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Entretien - portrait publié le Dimanche 13 septembre 2009 par François Cau Petit Bulletin n°720 consulté 1731 fois

C’est ce qui s’appelle un virage à 180° : Jean-Michel Asselin, plus connu pour ses travaux journalistiques sur la montagne, vient de publier deux livres sur son voyage à Gaza l’an dernier pendant les “événements“. Un recueil de témoignages, et un autre de photos. Deux histoires sur un même conflit, qu’il défend avec les mêmes convictions. Propos recueillis par François Cau

Petit Bulletin : Comment s’est déroulée l’écriture du premier ouvrage ?
Jean-Michel Asselin : Je prenais des notes pendant les entretiens, je n’avais pas emmené de dictaphone tout simplement pour ne pas me le faire piquer à la sortie, et les feuilles de papier sont plus faciles à dispatcher dans les sacs. J’étais aidé par une traductrice franco-arabe, et je notais tous les jours. C’est peu de temps après être revenu que j’ai écrit tous les textes. Je ne voulais pas faire de la littérature, je voulais rester près des mots, y compris ceux que la traductrice employait, qui ne semblaient pas être les bons… Le but était de capter la parole donnée, les façons de parler, avec tous leurs allers et retours. Tout le livre tourne autour de la recherche d’objectivité sur la situation…
C’était vraiment important dans la démarche de l’ONG Help Doctors, c’est pour ça qu’ils ont fait appel à moi ; je ne connaissais strictement rien à cette guerre, comme la plupart des gens. Et je n’en suis pas ressorti en me disant qu’il y avait les salauds d’un côté et les bons de l’autre, mais juste en constatant à quel point il était redoutable de vivre dans cet état-là, à quel point c’était injuste. Et c’est terrible, parce que Gaza, on en reparlera peut-être dans deux mois, pour le premier anniversaire de la guerre, mais sinon, ça n’existe pas. Or il y a toujours un million cinq personnes qui sont là, qui demandent qu’on s’occupe d’elles. On sent effectivement l’atrocité et l’absurdité…
Puis l’urgence. Et le besoin de dire que 99% de ces gens-là sont comme tout le monde, ne sont pas tous des combattants féroces du Hamas. Ce sont des gens qui racontent que Gaza a été un endroit agréable il y a longtemps, et qui veulent revenir à ça. Ils ont des désirs finalement très simples : amener les gosses à l’école sans être au taquet, avec un drone qui te survole, acheter une chaise, une vitre… Tu voues une grande admiration à tes compagnons de voyage, et tu sous-entends que le dépassement de soi passe avant tout à travers les autres…
Je n’ai jamais cru à la pertinence et même au bien-fondé, pour rester dans ma discipline de prédilection, de l’exploit himalayen ou alpinistique. Pour moi, c’est une très belle réalisation, une belle chose, mais ça ne fonde jamais la grandeur d’un homme. C’est de l’exploit, mais ce n’est que ça. Il y a longtemps que je pense que la véritable mission des hommes n’est pas d’escalader les montagnes mais de se bonifier et de faire en sorte de bonifier autour de soi. Tu mets en jeu une notion fondamentale, l’espoir en l’humanité. L’as-tu toujours ?
Oui, complètement, je ne peux pas perdre ça. Et je l’ai vraiment relevé chez les gens que je rencontrais, c’était incroyable, même au-delà de l’espoir, ils arrivent à avoir du recul alors que tout les pousse au contraire. Tu as volontairement éludé les questions politiciennes ?
Oui. Ce n’est pas du politicien, c’est du politique, ce n’est pas de la prise de parti, c’est de l’engagement. Il y a eu beaucoup de craintes du côté engagé de l’ouvrage, mais je l’assume totalement. Quel était le projet éditorial du recueil de photos ?
On a collaboré avec un photographe de ma connaissance en se disant que l’important était d’interpeller les lecteurs, les faire s’interroger sur le pourquoi de ces images. Ce n’est pas du pré-mâché, l’intention de départ était de montrer les images de cette guerre-là. On voit tout et n’importe quoi, et finalement on a restitué cette espèce de dégueulis médiatique d’une façon brute. Gaza, c’était un conflit filmé avec des téléphones portables, des caméras d’Al Jazeera un peu partout, puis finalement Tsahal (l’armée israélienne) qui arrive avec ses réalisateurs, ses images bien léchées, Bernard Henri-Lévy qui débarque en bonus… Les lecteurs apprécieront ou pas, mais j’ai bien aimé


 


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