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Invictus

Critique publiée le Lundi 11 janvier 2010 par François Cau Petit Bulletin n°736 consulté 1128 fois

De Clint Eastwood (ÉU, 2h13) avec Morgan Freeman, Matt Damon…

 • Clint Eastwood • Invictus

La réussite d’Invictus tient à un fil, comme souvent chez Clint Eastwood. Sa manière de s’extraire par le haut des conventions scénaristiques rappelle son précédent film Gran Torino. Son héros, Nelson Mandela, a d’ailleurs plus d’un point en commun avec Walt Kowalski : derrière l’image publique, on découvre un vieillard seul, fatigué, prêt à sacrifier sa personne pour réconcilier deux peuples qui se détestent. Eastwood ne cache pas son admiration envers le personnage, et il le filme avec une bouleversante délicatesse. La première partie montre comment il entre à pas feutrés dans ses habits de Président. L’humanisme et l’équité dont il fait preuve rejoint le regard du cinéaste : chaque personnage, blanc ou noir, principal ou secondaire, sera traité avec le même nuancier, les mêmes égards. Mais le cœur d’Invictus est ailleurs, quand Mandela prend conscience que c’est par le sport que son projet de réconciliation peut se concrétiser. La coupe du monde de rugby va avoir lieu en Afrique du Sud, et les Spring Boks sont en pleine déroute. Mandela prend le risque de s’afficher aux côtés du capitaine de l’équipe, François Pienaar (Matt Damon, très crédible), et s’offre même un mensonge utile à la télévision en avouant sa passion pour un sport auquel il ne comprenait rien (beau raccord avec le discours tenu dans Mémoires de nos pères). En retour, cette équipe se transcendera, mais surtout se rapprochera de la population noire. Cela donne une scène magnifique où les joueurs apprennent les règles à des enfants des townships, échange qu’Eastwood capte avec un tact remarquable. Si l’odyssée de l’équipe et son triomphe répondent aux codes du film sportif, cette odyssée est aussi morale. Un passage est inoubliable : celui où les rugbymen visitent la prison où Mandela a été enfermé, quand Pienaar s’enferme dans sa cellule et en mesure la grandeur en étendant les bras en croix. Une puissance d’évocation à laquelle Eastwood nous a habitués, mais qui arrive encore à surprendre et émouvoir.
Christophe Chabert


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