Qui es-tu, le western ?

François Cau | Mercredi 16 février 2011

Genre / Donné pour mort après le passage de Sergio Leone et de Sam Peckinpah, le western reste un genre populaire, un film venant à intervalles réguliers le rappeler en faisant un carton au box office et en remportant une moisson d'oscars. Mais c'est aussi un genre atomisé, allant du néo-classique au maniérisme, du conservatisme au «révisionnisme». Quatre ans après l'échec cinglant du western marxiste de Cimino La Porte du paradis, Clint Eastwood tourne Pale Rider (1985), tentative crédible de réinscrire le genre dans son histoire — entre Ford et Leone. Le succès pousse d'autres cinéastes à s'engager dans cette voie, mais les conduit surtout à une distance ironique avec les codes : le troisième Retour vers le futur (1990) et les deux volets de Young guns (1988 et 1990) sont des westerns fétichistes et décalés. Seul Kevin Costner avec son triomphal Danse avec les loups (1990) retrouve le souffle spectaculaire des grandes épopées classiques, même si le sujet du film change complètement la perspective sur la légende de l'Ouest en montrant un Yankee adopté par les Indiens. Quand Eastwood, encore lui, réalise Impitoyable (1992), on a le sentiment qu'il a tourné «le dernier western», un film qui croit au genre mais qui en propose une vision mélancolique. Ce n'est pas le cas…

Le néo-western s'incruste ensuite dans le paysage : auteuriste (Dead man, The Hi-Lo country), parodique (Mort ou vif) ou ouvertement commercial (Tombstone, Maverick), le genre attire sans créer de mouvement de fond. Il en va ainsi jusqu'à l'exception Brokeback mountain (2005), qui invente la figure du cow-boy gay et le sous-genre du western mélodramatique. Deux films vont ensuite reprendre la vieille distinction classique / moderne : 3h10 pour Yuma (2007), remake par l'inégal James Mangold d'un film de Delmer Daves, qui flirte avec l'académisme à force de respect, et L'Assassinat de Jesse James (2007) d'Andrew Dominic qui souffre de l'excès inverse — stylisé, lent et réflexif. C'est la grande qualité de True Grit : les Coen ont cherché dans la chair de leur histoire ce qui pouvait la rendre personnelle, et non dans un regard formaliste sur le western. En cela, le film prétend à l'intemporalité plutôt qu'à capter un héritage devenu nébuleux. CC

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Serge Papagalli : « Il n'y a pas d'humour intéressant sans tragique »

SCENES | Fêter ses 50 ans de scène, ça doit être vertigineux ! Serge Papagalli : Ce n’est pas anodin, en effet. Ça peut même être vertigineux, certes, mais (...)

Aurélien Martinez | Mardi 6 octobre 2020

Serge Papagalli : « Il n'y a pas d'humour intéressant sans tragique »

Fêter ses 50 ans de scène, ça doit être vertigineux ! Serge Papagalli : Ce n’est pas anodin, en effet. Ça peut même être vertigineux, certes, mais comme j’ai fait un peu d’escalade dans ma jeunesse, je me cramponne aux rochers pour tenir ! Plus sérieusement, disons que quand on démarre dans ce métier à hauts risques, surtout à l’époque où j’ai commencé, on le fait avec passion, sans calcul et donc sans savoir réellement où l’on va. Être encore vivant après ce demi-siècle de théâtre, c’est génial ! Quand vous vous retournez sur ces 50 ans de carrière, que vous dites-vous ? Vous en êtes fier ? Vous avez des regrets ? Bien sûr que j’en suis fier, surtout que je suis encore là comme on le disait, avec un public toujours aussi fidèle. C’est incroyable ! Après, puisqu’on parle de regrets, je pense à l’époque où nous étions à Paris au début des années 1980. J’avais 33-34 ans, le Café de Gare était plein, des gens comme Patrice Leconte venaient nous voir sans qu’on ait un attaché de presse qui s’en occupe, nous faisions l’Olympia, je remplaçais Desproges sur France Inter dans Le Tribunal des flagrants d

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"Pachamama" : Inca de malheur…

ECRANS | La statuette de Pachamama, la déesse protectrice garante de la fertilité des récoltes de leur village, ayant été subtilisée par le collecteur d’impôts, deux (...)

Vincent Raymond | Mardi 11 décembre 2018

La statuette de Pachamama, la déesse protectrice garante de la fertilité des récoltes de leur village, ayant été subtilisée par le collecteur d’impôts, deux enfants se rendent à Cuzco, la capitale inca, afin de la récupérer. Pile au moment où les conquistadors débarquent… Terrible dans ce qu’il raconte des attaques commises contre des civilisations et peuples précolombiens, ce conte ne se distingue pas seulement par sa tonalité historico-politique bienvenue : il fait se répondre fond et forme. À l’instar de Brendan et le Livre de Kells (2009) qui semblait donner vie à des motifs gaéliques, Pachamama adopte un style graphique atypique faisant écho aux esthétiques, couleurs et représentations artistiques andines. Visuellement éclatant, le résultat tranche parce qu’il prend des libertés avec la doxa animée ; des entorses à la règle à mettre en regard avec la poésie magique dont le film de Juan Antin est nimbé : la poésie comme la magie ont la faculté, voire l’obligation, de s’autoriser toutes les transgressions. Et comme tout film d’apprentissage et d’émancipation, il porte aussi une morale dont la valeur est

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"Hostiles" : le western bouge encore

ECRANS | 1892. Peu avant de quitter l’armée, le capitaine Blocker se voit confier une ultime mission : escorter sur ses terres sacrées le chef Yellow Hawk moribond (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

1892. Peu avant de quitter l’armée, le capitaine Blocker se voit confier une ultime mission : escorter sur ses terres sacrées le chef Yellow Hawk moribond et les siens. Or Blocker, vétéran des guerres indiennes, hait les Cheyennes. Au terme d’un voyage agité, il révisera ses opinions. Le western constitue plus qu’un genre cinématographique : une merveilleuse éponge, s’imprégnant davantage de son contexte de tournage que de l’époque qu’il est censé dépeindre. Ainsi, le 1892 vu par le réalisateur Scott Cooper en dit-il long sur 2018 et l’approche de plus en plus ouvertement nuancée d’Hollywood vis-à-vis de la "conquête de l’Ouest". La représentation manichéenne, historiquement biaisée, du "gentil pèlerin propre sur lui face au vilain sauvage" a ainsi été rectifiée depuis les années 1970 (avec notamment Soldat Bleu et Little Big Man) ; et la terminologie elle-même a changé : les pionniers sont devenus des colons et les Indiens, des Amérindiens. Ceux-ci ne sont plus considérés comme des masses informes, mais en tant qu’individus organisés en peuple, aptes à agir indépendamment. Décrivant un long chemin (au sens propre vers le Mo

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"Impitoyable" et "L'Inspecteur Harry" : Eastwood, double détente

ECRANS | À trois semaines de la sortie de son nouveau film en tant que réalisateur (Le 15:17 pour Paris, inspiré de la tentative d’attentat à bord du Thalys), et (...)

Vincent Raymond | Lundi 15 janvier 2018

À trois semaines de la sortie de son nouveau film en tant que réalisateur (Le 15:17 pour Paris, inspiré de la tentative d’attentat à bord du Thalys), et alors qu’il semble avoir renoncé à passer devant la caméra, n’est-il pas tentant de se souvenir du comédien Clint Eastwood ; en particulier dans ces deux rôles indissociables de son imposante stature que sont Harry Callahan et Bill Munny ? Pour L’Inspecteur Harry (1971) de Don Siegel, il inaugure pour la première fois la plaque et le révolver Smith & Wesson de son plus fameux alter ego. Flic marmoréen aux mâchoires serrées et aux méthodes jugées expéditives par sa hiérarchie, Harry (qui a hérité du délicieux sobriquet de "Dirty" ainsi que d’une réputation exécrables auprès de ses équipiers – et pour cause : ils se font régulièrement dessouder) est ici sur les traces de Scorpion, un tueur en série terrifiant San Francisco. Inspiré par la traque du tueur du Zodiaque, ce thriller a déchaîné contre lui toutes les consciences progressistes, ulcérées par les saillies systématiques anti de l’ombrageux inspecteur. Taxé de fasciste, Harry est plutôt un anar de droite détes

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"Western Colors" : sur la route avec Bernard Plossu

CONNAITRE | Dans ses photographies, à l’instar du roman Sur la route de Jack Kerouac, soufflent un vent de liberté et une poésie que seul le photographe a su saisir (...)

Charline Corubolo | Mardi 6 décembre 2016

Dans ses photographies, à l’instar du roman Sur la route de Jack Kerouac, soufflent un vent de liberté et une poésie que seul le photographe a su saisir dans la beauté banale du paysage. Le Français Bernard Plossu, né en 1945, fait partie de cette génération beatnik, piquée par l’irrépressible envie de goûter le monde. Pendant ses études à Paris, il s’initie à la photographie lors d’un voyage au Sahara avec son père en 1958. Le virus photographique ne le quittera plus. Au gré de ses expéditions, il rapporte des témoignages visuels allant au-delà du reportage, véritables expériences plastiques où la sensation vibre sur le papier. Connu pour son travail en noir et blanc, le photographe danse souvent dans la couleur : pour preuve les clichés de l’exposition Western Colors présentée lors des dernières Rencontres d’Arles. Après deux décennies à vivre aux États-Unis, Bernard Plossu livre une vision douce de cette Amérique du sud-ouest, entre grands espaces et ambiance western sur lesquels le grain de la matière dépose un film authentique qui creuse la profondeur du temps. Rencontre avec Bernard Plossu

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"Sully" : Clint Eastwood reprend les commandes

ECRANS | Clint Eastwood a-t-il résolu de se momifier en aède de la geste étasunienne contemporaine ? Alors, autant qu’il s’intéresse à cette belle figure du pilote (...)

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Clint Eastwood a-t-il résolu de se momifier en aède de la geste étasunienne contemporaine ? Alors, autant qu’il s’intéresse à cette belle figure du pilote Chesley "Sully" Sullenberger, plutôt qu’à Chris Kyle, sujet de son précédent opus American Sniper (2014). Pour la simple raison que le premier a sauvé les 155 vies de son avion sur le point de s’abîmer en le posant sur la rivière Hudson ; le second ayant gagné sa notoriété en flinguant des ennemis. Mais si ces deux personnages sont considérés par leurs concitoyens comme des héros équivalents malgré leurs mérites opposés, Sully a fait l’objet d’un traitement particulièrement inique : on l’a accusé d’avoir agi de manière irréfléchie et périlleuse. Voilà ce qui a dû titiller Clint, prompt à défendre façon Capra l’honnête homme contre une machine juridico-financière en quête de responsable. Eastwood/Hanks, c’est l’alliance de deux Amériques idéologiquement contradictoires, partageant pourtant des valeurs humaines fondamentales ainsi qu’une foi

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Voreppe croise les regards cinématographiques

ECRANS | Après une fin août proprement caniculaire, on aurait presque hâte de goûter à des températures inversement extrêmes. Quoi de plus rafraîchissant qu’une virée dans (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 septembre 2016

Voreppe croise les regards cinématographiques

Après une fin août proprement caniculaire, on aurait presque hâte de goûter à des températures inversement extrêmes. Quoi de plus rafraîchissant qu’une virée dans le Minnesota hivernal pour l’un des polars les plus frappés tournés par les frères Coen ? Sorti (bien emmitouflé) il y a déjà vingt ans, Fargo est un bijou d’humour noir au milieu des étendues blanches, où le sordide le dispute à l’absurde. On y suit la pathétique combine d’un vendeur de voitures ayant ourdi l’enlèvement de son épouse par des demi-sel pour renflouer ses finances. Évidemment, rien ne se déroule comme prévu : les cadavres tombent en avalanche, jusqu’à ce qu’une placide policière enceinte jusqu’à la mandibule fasse cesser ces floconneries… Prix de la mise en scène à Cannes, Oscar pour la comédienne Frances McDormand et pour le scénario signé par les Coen, Fargo est un must de la comédie macabre. Un excellent choix pour entamer la nouvelle saison du rendez-vous Regards Croisés institué par le cinéma Art et Plaisirs de Voreppe, qui propose chaque mois un grand film du patrimoine, ayant en général bénéficié d’une restauration récente et présenté par Laurent Huyart.

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Sept extra !

ECRANS | Avant de voir Les Huit Salopards de Tarantino, en salle mercredi, les amateurs de six-coups galoperont vers la salle Juliet Berto, où le Ciné-Club de (...)

Vincent Raymond | Dimanche 3 janvier 2016

Sept extra !

Avant de voir Les Huit Salopards de Tarantino, en salle mercredi, les amateurs de six-coups galoperont vers la salle Juliet Berto, où le Ciné-Club de Grenoble entame le cycle "En route vers l’Ouest". Et pour ouvrir ce pèlerinage, on aura droit à un monument de l’âge d’or du western, datant de cette époque où les Hawks, Ford et Wellman achevaient leur carrière, laissant place à une nouvelle génération intégrant Leone, Eastwood, Siegel, Peckinpah… Faisant la liaison entre ces deux ères, John Sturges dresse un pont entre l’Ouest américain et le Pays du Soleil levant en signant en 1960 Les Sept mercenaires. Volontiers considérée comme canonique dans le genre western, cette œuvre d’anthologie se trouve en effet être le remake, ou plutôt la transposition, des 7 samouraïs (1954) de Kurosawa. Rien d’étonnant à cela : "rōnins" et cow-boys solitaires sont des cousins proches (voyez le Yojimbo de Kurosawa et le Shane

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Le Pont des espions

ECRANS | Voir côte à côte les noms des Coen et celui de Spielberg fait saliver l’œil avant même que l’on découvre leur film. Devant l’affiche aussi insolite qu’inédite, (...)

Vincent Raymond | Mardi 1 décembre 2015

Le Pont des espions

Voir côte à côte les noms des Coen et celui de Spielberg fait saliver l’œil avant même que l’on découvre leur film. Devant l’affiche aussi insolite qu’inédite, on s’étonne presque de s’étonner de cette association ! Certes, Spielberg possède un côté mogul discret, façon "je suis le seigneur du château" ; et on l’imagine volontiers concevant en solitaire ses réalisations, très à l’écart de la meute galopante de ses confrères. C’est oublier qu’il a déjà, à plusieurs reprises, partagé un générique avec d’autres cinéastes : dirigeant Truffaut dans Rencontres du troisième type (1977) ou mettant en scène un scénario de Lawrence Kasdan/George Lucas/Philip Kaufmann pour Les Aventuriers de l’arche perdue (1981) voire, bien entendu, de Kubrick dont il acheva le projet inabouti A.I. Intelligence artificielle (2001). Et l’on ne cite pas le Steven producteur, qui avait proposé à Scorsese de réaliser La Liste de Schindler, avant que Marty ne le convainque de le tourner lui-même. Bref, Spielberg s’avère totalement compatible avec ceux chez qui vibre une fibre identique à la sienne. Drôles de cocos Avec les C

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American Sniper

ECRANS | « Tu es un redneck » dit sa future femme à Chris Kyle (massif et impressionnant Bradley Cooper) lors de leur première rencontre. « Non, je suis Texan » (...)

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

American Sniper

« Tu es un redneck » dit sa future femme à Chris Kyle (massif et impressionnant Bradley Cooper) lors de leur première rencontre. « Non, je suis Texan » lui répond-il. Et il précise : « Les Texans montent sur des chevaux, les rednecks se montent entre eux. » Avec cette (rare) respiration au milieu de la tension qui règne dans American Sniper, Clint Eastwood met déjà les choses au clair sur son personnage : Chris Kyle est un pur produit de l’Americana sudiste, élevé dans le culte de la Bible (qu’il transporte avec lui mais qu’il n’ouvre jamais), des armes (son père lui apprend tout jeune à chasser) et de la Patrie. Il semble n’avoir aucune vie intérieure, suivant un autre précepte édité par son paternel : il ne sera ni une brebis, ni un loup, mais un chien de berger, veillant presque par instinct sur les siens. Or, une fois engagé sur le terrain irakien en tant que sniper d’élite au sein des Navy SEALs, Kyle va faire l’expérience du trouble, même si sa carapace de machine de guerre texane ne se fissure pas si facilement. Sniper pas sans reproche En définitive, c’est bien le regard de Eastwood qui, progressivement, fait apparaît

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Fargo, du sang sur la neige

ECRANS | On continue cette semaine notre rétrospective "20 ans de PB, 20 ans de ciné" en se téléportant en 1996, mais surtout en rendant hommage à un tandem de cinéastes (...)

Christophe Chabert | Mardi 3 décembre 2013

Fargo, du sang sur la neige

On continue cette semaine notre rétrospective "20 ans de PB, 20 ans de ciné" en se téléportant en 1996, mais surtout en rendant hommage à un tandem de cinéastes régulièrement loués dans nos colonnes : Joel et Ethan Coen. Fargo leur permet de revenir sur leurs terres natales, le Minnesota froid et enneigé, où un fait divers sordide se transforme devant leur caméra en tragédie de la bêtise et de la cupidité. Jerry Lundegaard (William H. Macy), médiocre vendeur de voitures, paie deux tueurs dégénérés, l’un (Steve Buscemi) volubile et agité, l’autre (Peter Stormare) peu loquace et impassible, pour enlever sa propre femme et demander une rançon à son beau-père blindé mais radin. Bien sûr, le plan tourne au cauchemar et seule une femme flic enceinte (Frances McDormand) tente de résister à cette spirale de violence. Le génie des Coen éclate à tous les étages de Fargo : le dialogue, vertigineux, la construction scénaristique, particulièrement audacieuse avec ses digressions imprévisibles – notamment via un personnage de Japonais dépressif et mythomane – et bien sûr la mise en scène, fabuleuse. En pleine symbiose avec leur chef opérateur Roger Deakins, les Coen

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Inside Llewyn Davis

ECRANS | Les dernières répliques de Burn after reading valent définitivement comme maxime du cinéma des frères Coen. Llewyn Davis, leur dernier anti-héros, n’échappe pas à (...)

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

Inside Llewyn Davis

Les dernières répliques de Burn after reading valent définitivement comme maxime du cinéma des frères Coen. Llewyn Davis, leur dernier anti-héros, n’échappe pas à cette loi : au terme d’un cycle narratif étourdissant, il n’a rien appris, sinon qu’il ne le refera pas – mais cet éternel retour laisse entendre qu’en fait si, il se fourvoiera dans la même impasse sombre… Llewyn Davis n’est pas un mauvais chanteur folk : les Coen le prouvent en le laissant interpréter en ouverture un de ses morceaux dans son intégralité, et c’est effectivement très beau. Mais le talent ne garantit pas le succès et Llewin collectionne surtout les déconvenues. Ses disques ne se vendent pas, son manager le fait tourner en bourrique – scène admirablement écrite où la surdité du vieux grigou devient paravent à sa pingrerie – il met enceinte la copine d’un autre chanteur, qui lui répète en boucle son statut de loser. Et il n’est même pas foutu de veiller sur le chat de ses hôtes, fil rouge d’un premier acte d’une éton

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J. Edgar

ECRANS | Qui était J. Edgar Hoover, puissant patron du FBI pendant plus de quarante ans ? Un réactionnaire obsédé par un potentiel complot bolchevique ? Un (...)

François Cau | Dimanche 8 janvier 2012

J. Edgar

Qui était J. Edgar Hoover, puissant patron du FBI pendant plus de quarante ans ? Un réactionnaire obsédé par un potentiel complot bolchevique ? Un homosexuel honteux incapable de s’affranchir d’une mère castratrice ? Un junkie cherchant à repousser le moment tragique où il n’aura plus la puissance physique de résister à ceux qui réclament son départ ? Un mythomane qui ne cesse de réécrire son histoire, s’inventant un destin héroïque et romanesque ? Il était tout cela, mais ce tout est aussi un grand vide, et l’énigme Hoover demeure entière. Clint Eastwood, fidèle à sa dialectique qui lui permet de critiquer les mythes fondateurs de l’Amérique sans pour autant en dénoncer les valeurs, fait du portrait de Hoover un labyrinthe temporel où chaque séquence viendrait brouiller la précédente, où le personnage ne serait jamais saisi dans une alternance de blanc et de noir, mais dans de constantes zones de gris. De fait, si le cinéaste déconstruit Hoover, il refuse toute explication psychologique. Et pour cause : le film ne cesse de dire qu’Hoover n’existe pas, qu’il est une invention, un être dont la vie n’a été qu’une affaire d’adaptation, d’opportunisme et de survie. La grand

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Le grand silence

ECRANS | Les Coen n’aiment pas parler de leurs films, comme beaucoup de grands cinéastes américains — de Ford à Fincher en passant par Hawks et Eastwood. Leurs (...)

François Cau | Mercredi 16 février 2011

Le grand silence

Les Coen n’aiment pas parler de leurs films, comme beaucoup de grands cinéastes américains — de Ford à Fincher en passant par Hawks et Eastwood. Leurs premières interviews étaient avant tout des successions de blagues, et même l’honneur suprême de la Palme d’or à Cannes, qui plus est avec leur film le plus introspectif (Barton Fink), n’a pas vraiment changé la donne. Ce qui en ressort en général, ce sont des questions de méthode. ActeursAinsi confessent-ils que c’est la manière dont les personnages s’expriment qui les motive à construire leurs histoires. L’acteur est bel et bien le centre du cinéma des Coen, d’où leur fidélité à des comédiens (Clooney en est à trois films avec eux, Bridges et Brolin deux, tout comme en leur temps John Turturro et Steve Buscemi). Des acteurs qui acceptent par ailleurs de se soumettre à la vision des cinéastes, sans chercher à la déborder — leur expérience avec Nicolas Cage sur Arizona Junior fut douloureuse, l’acteur cherchant à proposer à chaque prise de nouvelles interprétations. ÉclectismePour True Grit, ils affirment ne pas avoir eu envie de faire un western en particulier, mais d’

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True Grit

ECRANS | No country for old men n’était donc pour les frères Coen qu’un échauffement avant le grand départ vers l’Ouest, le vrai. Le shérif qu’incarnait Tommy Lee Jones (...)

François Cau | Mercredi 16 février 2011

True Grit

No country for old men n’était donc pour les frères Coen qu’un échauffement avant le grand départ vers l’Ouest, le vrai. Le shérif qu’incarnait Tommy Lee Jones ressemblait pourtant à l’ombre crépusculaire d’un genre débordé par la violence de nouveaux corps indestructibles venus du cinéma d’action (le tueur impitoyable campé par Javier Bardem). En cela, True Grit est une surprise ; non seulement il s’aventure totalement dans le western, adaptant un livre de Charles Portis déjà porté à l’écran par Henry Hathaway avec John Wayne (Cent dollars pour un shérif), mais il ne cherche jamais à prendre ses codes de haut par une attitude moderniste ou maniériste. Les Coen, qui dans leurs trois derniers films faisaient imploser les règles scénaristiques, optant pour des constructions audacieuses et anticonformistes, respectent ici les trois actes du matériau d’origine. Et parsèment le film de scènes inévitables : fusillades, grandes chevauchées dans des décors mythologiques, discussion autour d’un feu de camp, climax à rebondissements… Le tout avec leur habituelle maîtrise de la mise en scène, qui donne à True Grit son aspect immédiatement plaisant et élégant, le plaçant d’évidence dans la

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Au-delà

ECRANS | Journaliste star de France Télévisions, Marie Lelay (Cécile de France, convaincante malgré quelques maladresses concernant l’activité de son personnage) est (...)

François Cau | Jeudi 13 janvier 2011

Au-delà

Journaliste star de France Télévisions, Marie Lelay (Cécile de France, convaincante malgré quelques maladresses concernant l’activité de son personnage) est emportée par le tsunami thaïlandais de 2004. Elle vit alors une expérience de mort imminente au cours de laquelle elle distingue des silhouettes sur un fond blanc aveuglant. De retour en France, elle reste hantée par cette vision. Dans le même temps, à Londres, le frère jumeau de Marcus, Jacob, meurt écrasé par une voiture. Et à San Francisco, George Lonegan (formidable Matt Damon, aussi massif que fragile), medium vivant son «don» de communication avec les morts comme une «malédiction», tente de se reconstruire en travaillant à l’usine et en suivant des cours de cuisine. On voit bien les écueils qui guettaient Au-delà : son rapport au paranormal, qui a déjà donné naissance à une flopée de nanars new-age, et son scénario en destins croisés et mondialisés façon Iñarritu. Mais Clint Eastwood, justifiant l’admiration qu’on peut avoir pour son cinéma, déjoue tout cela par la seule intelligence de son point de vue. Le surnaturel n’est pas son problème, mais celui de ses personnages ; ce qui l’intéresse, ce n’est pas de savoir s’i

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Invictus

ECRANS | La réussite d’Invictus tient à un fil, comme souvent chez Clint Eastwood. Sa manière de s’extraire par le haut des conventions scénaristiques rappelle son (...)

François Cau | Lundi 11 janvier 2010

Invictus

La réussite d’Invictus tient à un fil, comme souvent chez Clint Eastwood. Sa manière de s’extraire par le haut des conventions scénaristiques rappelle son précédent film Gran Torino. Son héros, Nelson Mandela, a d’ailleurs plus d’un point en commun avec Walt Kowalski : derrière l’image publique, on découvre un vieillard seul, fatigué, prêt à sacrifier sa personne pour réconcilier deux peuples qui se détestent. Eastwood ne cache pas son admiration envers le personnage, et il le filme avec une bouleversante délicatesse. La première partie montre comment il entre à pas feutrés dans ses habits de Président. L’humanisme et l’équité dont il fait preuve rejoint le regard du cinéaste : chaque personnage, blanc ou noir, principal ou secondaire, sera traité avec le même nuancier, les mêmes égards. Mais le cœur d’Invictus est ailleurs, quand Mandela prend conscience que c’est par le sport que son projet de réconciliation peut se concrétiser. La coupe du monde de rugby va avoir lieu en Afrique du Sud, et les Spring Boks sont en pleine déroute. Man

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Eastwood est Gran !

ECRANS | Walt Kowalski vient d’enterrer sa femme et s’apprête à retourner à une fin de vie routinière. Ancien de la guerre de Corée, le voilà entouré de ses «ennemis» d’hier (...)

François Cau | Jeudi 19 février 2009

Eastwood est Gran !

Walt Kowalski vient d’enterrer sa femme et s’apprête à retourner à une fin de vie routinière. Ancien de la guerre de Corée, le voilà entouré de ses «ennemis» d’hier dans un ghetto dont il ne veut pas bouger, peinard avec ses bières, sa chienne et la Gran Torino 72 qu’il a contribuée à assembler lorsqu’il était ouvrier chez Ford. Kowalski est un bout d’Amérique échoué, qui marine dans son aigreur, ses préjugés raciaux et sa haine des générations suivantes en poussant des grognements de clebs à qui l’on tenterait de voler son os. Kowalski, c’est Clint Eastwood, de retour devant la caméra quatre ans après Million dollar baby, qu’il avait pourtant présenté comme son dernier rôle. Mais l’occasion était trop belle de remettre la défroque du comédien… Ce personnage est taillé sur mesure pour l’acteur devenu un mythe nourri de fulgurances et d’ambiguïtés. Kowalski synthétise sans tapage tout cela : les justiciers aux méthodes contestables, les éducateurs guerriers cherchant à transmettre leurs valeurs, les ratés vieillissants et torturés. Avec un seul objectif : être en paix avec lui-même au jugement dernier. John Wayne de proximité Depuis l’excellent

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Qui es-tu, le film d’auto-défense ?

ECRANS | Rétro / Avec L’Inspecteur Harry, Don Siegel et Clint Eastwood posaient les codes du film d’auto-défense (ou vigilante-flicks en parler cinéphage) telles que (...)

François Cau | Jeudi 19 février 2009

Qui es-tu, le film d’auto-défense ?

Rétro / Avec L’Inspecteur Harry, Don Siegel et Clint Eastwood posaient les codes du film d’auto-défense (ou vigilante-flicks en parler cinéphage) telles que brillamment détournées aujourd’hui par le même Eastwood dans Gran Torino. À savoir : un individu, seul et idéaliste, qui passe outre lois, justice et police pour redresser les torts avec ses propres méthodes. Charles Bronson a kiffé grave le concept, sans en saisir l’ironie narquoise, et s’est mis fissa sur le créneau avec Un justicier dans la ville (Death wish) et ses suites, graduellement bidons (notamment Le Justicier braque les dealers, dont le titre est déjà un appel aux soirées déviantes entre potes bourrés). Stallone, jaloux, l’imitera dans le grotesque Cobra, faisant allégeance à son maître de l’époque : Ronald Reagan. Deux grands cinéastes vont, eux, subvertir les règles et livrer des films autrement plus pertinents : John Carpenter avec Assaut, où une bande d’individus sans visage font le siège d’un commissariat en cours de déménagement. Flics, voyous et justicier amateur se donnent alors la main pour résister à la horde. En fait, le grand Carpenter uti

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«Je fais ce que j’ai envie de faire»

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François Cau | Jeudi 19 février 2009

«Je fais ce que j’ai envie de faire»

Peu loquace en interview, généralement réticent à parler du contenu de ses films, Clint Eastwood a fait de sa parole de cinéaste une denrée rare. C’est ce qui rend le recueil d’entretiens réalisés sur plus de vingt ans par Michael Henry Wilson, co-réalisateur des docus de Scorsese sur le cinéma américain, aussi précieux. Wilson aborde Eastwood en cours de carrière, peu de temps après la sortie de Sudden impact. Il le rencontrera ensuite régulièrement à chaque sortie de films (évitant judicieusement les rares faux-pas de sa filmographie) et même au début de son éphémère carrière politique. Au fil des discussions, le mystère Eastwood se dissipe. Ses thèmes d’abord, à commencer par le rejet des institutions bureaucratiques qui brident la liberté individuelle. Une idée qui effectivement relie les Inspecteur Harry à Mémoires de nos pères, les films «d’auteur» aux films de genre. La méthode ensuite : Eastwood ne signe pas ses scénarios, mais les prépare méticuleusement. Soit il fait réécrire avant de tourner, soit il réécrit pendant. Quand un scénario lui plaît, il le filme tel quel (comme celui de Million dollar baby) ; il peut même dans la foulée passer commande au scénariste pour u

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Burn after reading

ECRANS | Les frères Coen ont écrit les scripts de No country for old men et de Burn After Reading simultanément, alternant les phases d’écriture d’un jour à l’autre. En (...)

François Cau | Jeudi 4 décembre 2008

Burn after reading

Les frères Coen ont écrit les scripts de No country for old men et de Burn After Reading simultanément, alternant les phases d’écriture d’un jour à l’autre. En voyant ce dernier, on devine le rôle cathartique qu’il a dû jouer dans le travail d’adaptation scrupuleux du roman de Cormac McCarthy : les Coen prennent un plaisir évident à brosser une galerie de personnages tous plus graves les uns que les autres, à les mettre dans des situations complaisamment grotesques - sans pour autant les juger avec condescendance, mais en faisant de leur idiotie l’un des moteurs de l’intrigue. Le film conte les mésaventures d’Osbourne Cox (John Malkovich, constamment au bord de la crise de nerfs), un agent de la CIA mis au rencard, trompé par sa femme au profit d’un érotomane, et dont les mémoires atterrissent dans les mains du personnel d’un club de gym : Linda (Frances McDormand, géniale), la cinquantaine honteuse, qui se rêve en bimbo retouchée, et son comparse littéralement abruti, Chad (Brad Pitt, incroyable). Ce qui ne devait être qu’une banale tractation va progressivement basculer dans un chaos incontrôlable. La conjuration des imbéciles L’explosive scè

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L’Échange

ECRANS | On n’en voudra pas à Clint Eastwood, après avoir enchaîné des films aussi énormes que Mystic River, Million Dollar Baby et le diptyque Iwo Jima, de marquer le (...)

François Cau | Mardi 11 novembre 2008

L’Échange

On n’en voudra pas à Clint Eastwood, après avoir enchaîné des films aussi énormes que Mystic River, Million Dollar Baby et le diptyque Iwo Jima, de marquer le pas avec cet Échange bancal. Cela étant, le film ne se dégage pas d’un revers de coude et s’il rate sa cible, c’est plus par excès d’ambition que par manque d’inspiration. Car la mise en scène est là, classique, épurée, au service d’un scénario complexe à l’argument poignant : à Los Angeles dans les années 20, Christine Collins découvre que son fils a été enlevé. Après plusieurs semaines d’enquête, la Police lui apprend que son enfant est vivant. Mais lors des retrouvailles sur un quai de gare, c’est un autre gamin qui lui est restitué. Le shérif refuse d’entendre ses protestations, cherchant par cette action d’éclat à redorer un blason terni par les accusations de corruption portées par un pasteur influent. Toute cette introduction est remarquable : Eastwood montre un état qui fabrique un mensonge et met en œuvre une machine bureaucratique où des experts s’unissent pour plier la réalité à cette fiction. Impossible de ne pas penser, même si c’est une facilité, à la manière dont l’administration Bush à fabriquer des preuves

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