Melancholia

ECRANS | Versant apaisé du diptyque qu’il forme avec le torturé Antichrist, Melancholia poursuit le travail psychanalytique mené par Lars Von Trier sur la dépression et le chaos, et prouve que ses concepts ne tiennent plus vraiment leurs promesses. Christophe Chabert

François Cau | Mercredi 6 juillet 2011

Il est risqué de débuter un film par sa bande-annonce, l'exposé visuel d'un programme que les 120 minutes suivantes développeront à l'écran. D'autant plus risqué si ce film dans le film est d'une splendeur époustouflante, si chaque image y imprime durablement la rétine. Lars Von Trier avait déjà ouvert son précédent Antichrist, jumeau noir de ce Melancholia apaisé, par une séquence du même ordre, mais elle n'était qu'un prologue, lançant plus qu'elle ne l'anticipait le récit à venir. Dans Melancholia, tout est dit avec ces dix minutes sublimes : l'imminence de la fin du monde, qui se matérialise aussi bien par des visions cosmiques que par des focus sur une mariée flottant au-dessus d'un marais de nénuphars, connectée par des éclairs à d'autres planètes, s'arrachant à des racines qui la retiennent au sol… Après un si beau morceau de bravoure, l'excitation est de mise, mais Von Trier va vite doucher le spectateur : de tous ces tableaux fulgurants, il faut trier ce qui relève de la métaphore et ce que le cinéaste traitera dans sa littéralité.

La mariée était en flammes

Justine (Kirsten Dunst, pas mal) vient de se marier avec Michael. Sa sœur Claire (Charlotte Gainsbourg, formidable) organise dans sa grande demeure une réception où famille, amis et patron sont réunis. Assez vite, Justine adopte un comportement fuyant, désaxée par la décision qu'elle vient de prendre. Une heure durant, Von Trier s'adonne selon son style habituel et éculé (caméra vidéo portée, scope et jump cuts) à un jeu de massacre où tout le monde marine dans son stéréotype. On patiente encore, et on ferme les yeux sur les facilités du scénario (un stagiaire dont la seule fonction est de provoquer un adultère précoce). Arrivé au bout de sa comédie de mœurs, Von Trier entame le deuxième chapitre du film en resserrant le script autour des deux sœurs, alors qu'une planète nommée Melancholia s'apprête à entrer en collision avec la terre. Même s'il réserve quelques très beaux moments de mise en scène, même si la tension monte et que les caractères s'affirment (Justine trouve dans le désastre une forme de délivrance, Claire sombre dans l'angoisse), le film paraît toujours loin de ses promesses de départ. En fin de compte, le discours est aussi maigre et adolescent que dans Antichrist : là où, hier, le chaos régnait, il fait maintenant surgir le calme éternel, réunissant les corps et les âmes. La montagne accouche donc d'une souris, dans un geste aussi fort que frustrant, entre vacuité totale et renversement malin.

Melancholia
De Lars Von Trier (Danemark-Fr, 2h10) avec Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg, Kiefer Sutherland…
Sortie le 10 août.

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"Lux Æterna" : demande à la lumière !

Cinema | À la fois “moking of” d’un film qui n’existe pas, reportage sur une mutinerie, bacchanale diabolique au sein du plus déviant des arts, vivisection mutuelle d’egos et trauma physique pour son public, le nouveau Noé repousse les limites du cinéma. Une fois de plus.

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2020

Sur le plateau du film consacré à la sorcellerie qu’elle dirige, Béatrice Dalle échange confessions et souvenirs avec Charlotte Gainsbourg, en attendant que le tournage reprenne. Le conflit larvé avec son producteur et son chef-opérateur va éclater au grand jour, déclenchant chaos et douleurs… À peine une heure. Aux yeux du CNC (yeux qui cuiront lorsqu’il le visionnera), Lux Æterna, n’est pas un long métrage. La belle affaire ! Depuis presque trente ans qu’il malaxe le temps, l’inverse en spirale involutée, le taillade ou le démultiplie, Gaspar Noé a appris à le dilater pour en faire entrer davantage dans cinquante minutes. Il dote ainsi dès son ouverture Lux Æterna d’extensions cinématographiques, de "ridelles" virtuelles, en piochant dans des œuvres antérieures ici convoquées visuellement pour créer un climat (Häxan de Benjamin Christensen, Jour de colère de Dreyer) ou verbalement par Dalle et Gainsbourg (La So

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"Mon chien Stupide" : chienne de vie !

ECRANS | De et avec Yvan Attal (Fr., 1h45) avec également Charlotte Gainsbourg, Pascale Arbillot, Éric Ruf…

Vincent Raymond | Jeudi 24 octobre 2019

Jadis écrivain prometteur, Henri (Yvan Attal) n’a rien produit de potable depuis des années. La faute en incombe, selon lui, à sa femme et ses enfants qu’il accuse de tous ses maux. Lorsqu’un énorme molosse puant et priapique débarque ex nihilo dans sa vie, il y voit un signe bénéfique du destin. Les personnages perdant toute inhibition pour cracher une misanthropie sans filtre au monde entier emportent facilement la sympathie du public, qui aimerait bien souvent se comporter comme eux. Incorrect au plus haut degré, l’égotique Henri est de cette race d’anars domestiques en ayant soupé des convenances et du masque social ; peu lui chaut de dire ses quatre vérités à son épouse ou à sa progéniture. En cela, il évoque beaucoup le narrateur d'American Beauty (1999) – dont on se demande par ricochet s’il n’a pas été inspiré par le roman posthume de John Fante que Yvan Attal adapte ici. Mais aussi cet autre écrivain obsessionnel et râleur héros de Kennedy et moi (1999), campé par Jean-Pierre Bacri. D’ailleurs, cela peut-être l’enseignement principal de Mon chien stupide, Yv

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"Rest" : Charlotte Gainsbourg for ever

Concert | Il y a un an, Charlotte Gainsbourg a sorti "Rest", cinquième album dans lequel la chanteuse et actrice se livre comme jamais – sur son père Serge Gainsbourg, sur sa demi-sœur décédée, sur sa vie… Alors qu’elle sera en concert dimanche 2 décembre à la MC2, on remonte le fil d’une histoire musicale contrastée qui a pourtant permis d’aboutir à ce petit bijou.

Aurélien Martinez | Lundi 26 novembre 2018

Des morceaux en français : pour une artiste française (enfin, franco-britannique), cela semble presque évident (même si pas mal de musicien hexagonaux préfèrent uniquement s’exprimer en anglais, souvent par paresse) ; pour Charlotte Gainsbourg, c’est une petite révolution. Ou plutôt une affirmation : oui, c’est moi Charlotte Gainsbourg, fille du mythique Serge Gainsbourg (l’un des plus grands paroliers du siècle dernier) et de son interprète phare Jane Birkin, et voilà, je me confronte enfin à ce français si redouté ; faites en ce que vous voulez. Un parti pris qui tranche avec ses précédents albums qui, eux, évitaient soigneusement, à des rares exceptions près, de se rendre sur ce terrain miné obligeant forcément la comparaison, à l’image de son 5:55 sorti en 2006, pile 20 ans après son fameux Charlotte for ever composé par son père. Aux commandes de ce grand retour sur la scène musicale (après, notamment, quelques timides tentatives, dont un duo avec Étienne Daho), les Français de Air, en collaboration avec Nigel Godrich à la production (on

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"The House that Jack built" : la mort va si bien à Lars von Trier

ECRANS | Le cinéaste danois s'insinue dans la tête d’un serial killer aux ambitions (prétentions ?) esthétiques démesurées pour en retirer une symphonie en cinq mouvements criminels. Une variation sur la mégalomanie et le perfectionnisme artistiques forcément un brin provoc’ mais adroitement exécutée.

Vincent Raymond | Lundi 15 octobre 2018

Jack (Matt Dillon) aurait tellement voulu être architecte… Un destin contraire l’a fait ingénieur et affligé de TOC lui empoisonnant la vie, surtout lorsqu’il vient de commettre un meurtre. Car si l’on y réfléchit bien, le principal tracas de Jack, c’est de devoir obéir à ses pulsions de serial killer… Peu importe si son esthétique ou ses dogmes évoluent au fil de sa prolifique filmographie (et lui confèrent au passage l’apparence d’un splendide magma), Lars von Trier parvient à assurer à celle-ci une indiscutable cohérence par son goût maladif du défi stylistique et de la provocation morale, que celle-ci transparaisse dans la diégèse ou dans le discours d’accompagnement. Épouser, comme ici, le point de vue d’un détraqué jouissant dans l’esthétisation de la mise à mort de ses victimes participe évidemment de cette démarche : la mécanique humaine et celle, perverse, du suspense conduisent inconsciemment le spectateur de The House tha

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Charlotte Gainsbourg sera à la MC2 en décembre

Annonce | Son album Rest, paru l’an passé, est une pure merveille (clivante, certes !) dans laquelle la chanteuse et actrice se livre comme jamais. Bonne (...)

La rédaction | Mercredi 29 août 2018

Charlotte Gainsbourg sera à la MC2 en décembre

Son album Rest, paru l’an passé, est une pure merveille (clivante, certes !) dans laquelle la chanteuse et actrice se livre comme jamais. Bonne nouvelle : elle viendra le défendre à Grenoble, à la MC2, le dimanche 2 décembre à 19h30. Les places sont déjà en vente. Plus d’infos sur ce concert, et plus largement sur tous les concerts de la saison, dans notre panorama de rentrée culturelle prévu le mercredi 19 septembre.

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Rentrée cinéma 2018 : et voici les films qui feront les prochains mois

ECRANS | Quels sont les cinéastes et, surtout, les films à ne pas louper avant la fin de l'année ? Réponses en presque vingt coups – dix-neuf pour être précis.

La rédaction | Mardi 4 septembre 2018

Rentrée cinéma 2018 : et voici les films qui feront les prochains mois

Les Frères Sisters de Jacques Audiard Sortie le 19 septembre Escorté par son inséparable partenaire et coscénariste Thomas Bidegain, Jacques Audiard traverse l’Atlantique pour conter l’histoire de deux frères chasseurs de primes contaminés par la fièvre de l’or. Porté par l’inattendue fratrie John C. Reilly/Joaquin Phoenix (à l’œil puant le vice et la perversité), ce néo-western-pépite empli de sang et de traumas ne vaut pas le coup, non, mais le six-coups ! Climax de Gaspar Noé Sortie le 19 septembre Une chorégraphe a réuni une équipe internationale de danseurs pour son nouveau projet qu’elle achève de répéter dans une salle isolée. Après un ultime filage, la troupe s’octroie un réveillon festif sur la piste, s’enivrant de musique et de sangria. Mais après quelques verres, les convives se mettent à vriller sérieusement. Qu’y avait-il donc dans cette satanée sangria ? Noé compose un cocktail de survival et de transe écarlate à déguster séance hurlante.

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Pierre Niney : « Le film n’est pas un biopic sur Romain Gary »

ECRANS | Dans "La Promesse de l'aube", Pierre Niney enfile un nouveau costume prestigieux : celui d’un auteur ayant au moins autant vécu d’existences dans la vraie vie que dans ses romans, Romain Gary. Rencontre avec un interprète admiratif de son personnage.

Vincent Raymond | Lundi 18 décembre 2017

Pierre Niney : « Le film n’est pas un biopic sur Romain Gary »

Comment êtes-vous passé du statut de lecteur de Romain Gary – et de connaisseur selon votre metteur en scène – à celui d’interprète de son personnage ? Pierre Niney : Éric Barbier dit que je connais très bien Romain Gary, mais ce n’est pas vrai (sourires) ! Je connaissais La Promesse de l’aube que j’adorais, mais peu Gary. Il m’a parlé de son film, qui est une adaptation d’une adaptation de certains épisodes de la vie de Gary, et notamment de ce lien complètement fou, démesuré, toxique et inspirant avec sa mère. On a pris la liberté de s’écarter d’une réalité factuelle de la vie de Gary. Ce n’est donc pas un biopic, car ce n’était pas l’intention du livre : un autobiographe a rarement l’intention de dire la stricte vérité ; surtout pas Gary, dans aucun de ses livres. Le fils de Romain Gary, Diego, avait fait la remarque : « ma grand-mère s’appelait Mina et pas Nina ». Cette distance-là est importante. Je joue donc un "personnage", à qui il arrive des choses extraordinaires qui sont réellement arrivées à Gary dans beaucoup de moments de son livre. Les chose

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"La Promesse de l'aube" : Romain Gary en grand format

ECRANS | Le réalisateur français Éric Barbier a adapté le fameux roman du tout aussi fameux Romain Gary. Une réussite portée par le tandem Pierre Niney - Charlotte Gainsbourg dans le rôle du fils et de la mère.

Vincent Raymond | Lundi 18 décembre 2017

Mexique, fin des années 1950. S’isolant de la fièvre de la Fête des morts, le diplomate et écrivain Romain Gary entreprend, la quarantaine révolue, de raconter dans un livre ce qui l’a conduit à mener toutes ses vies : une promesse faite à la femme de sa vie, sa mère… Le roman de Romain Gary se prête merveilleusement à l’adaptation (donc aux nécessaires trahisons) dans la mesure où l’auteur était le premier à enjoliver des faits trop plats afin de gagner en efficacité romanesque – il pratiquait le "mentir-vrai" d’Aragon à un niveau d’expert. Ce préalable étant connu, on peut considérer qu’une transposition prenant quelques libertés avec le texte-source à des fins narratives ou esthétiques fait preuve de la plus respectueuse des fidélités à l’égard de l’esprit du romancier. Telle cette version signée Éric Barbier, d’une ressemblante dissemblance. La mère de toutes les batailles Le cinéaste y déploie ses qualités que sont l’ambition et la sincérité, indispensables atouts pour marier l’épique, le picaresque, l’académisme et le cocasse autour de cette drôle de fresque où la mère devient un personnage sous la plume d’un fils qu’elle a

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"Les fantômes d'Ismaël" : un Desplechin vertigineusement délicieux

ECRANS | Avec ce nouveau film présenté en ouverture, hors compétition, au festival de Cannes, Arnaud Desplechin entraîne ses personnages dans un enchâssement de récits, les menant de l’ombre à la lumière, de l’égoïsme à la générosité. Un thriller romanesque scandé de burlesque, entre John Le Carré, Ingmar Bergman, Woody Allen et Alfred Hitchcock.

Vincent Raymond | Mardi 16 mai 2017

Revoici Arnaud Desplechin en sa pépinière cannoise, là où il a éclos et grandi. Qu’il figure ou non en compétition importe peu désormais : les jurys l'ont, avec une constance confinant au gag, toujours ignoré. De par sa distribution glamour internationale, Les Fantômes d’Ismaël convient ainsi à merveille pour assouvir l’avidité multimédiatique d’une ouverture de festival. Il allie en sus les vertus quintessentielles d’un film d’auteur – d’un grand auteur et d’un grand film. Ismaël (Mathieu Amalric) en est le héros paradoxal : inventeur d’histoires, ce cinéaste se trouve incapable de tourner après que Carlotta (Marion Cotillard), son épouse disparue depuis 20 ans, a refait surface dans sa vie. Plus fort que ses fictions, ce soudain coup de théâtre a en outre provoqué le départ de sa compagne Sylvia (Charlotte Gainsbourg)… Du grand spectral Si Desplechin exprime ici un désir frénétique de romanesque, il montre que l'imprévisibilité de l'existence surpasse par son imagination la plus féconde des machines à créer... dans le temps qu'il démultiplie le

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Every thing will be fine

ECRANS | À partir d’un matériau ouvertement intimiste et psychologique, Wim Wenders réaffirme la puissance de la mise en scène en tournant son film en 3D, donnant à cette chronique d’un écrivain tourmenté des allures de prototype audacieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Every thing will be fine

On le croyait engoncé dans sa stature d’icône "has been", contrebalançant la médiocrité de ses films de fiction par des documentaires consacrés à des "stars" culturelles (Pina Bausch, Sebastiao Salgado)… Mais Wim Wenders a encore la gnaque, et c’est ce que prouve Every thing will be fine. Le réalisateur de Paris, Texas est allé dégotter le scénario d’un Norvégien, Bjorn Olaf Johannessen ; l’a transposé dans une autre contrée enneigée mais anglophone, le Canada ; l’a revêtu d’un casting international et sexy (James Franco, Charlotte Gainsbourg, Marie-Josée Croze, Rachel MacAdams) et, surtout, l’a réalisé en 3D. Mais pas pour lancer des objets à la figure du spectateur – il aurait de toute façon du mal puisque l’histoire est du genre intimiste de chez intimiste. On y suit sur une douzaine d’années les vicissitudes d’un écrivain (Franco) en panne et en bisbille avec sa compagne (MacAdams). Après une énième dispute, il écrase par accident l’enfant d’une jeune femme sec

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Awards 2014 cinéma

ECRANS | L’award du meilleur film : Nymphomaniac Avant même sa sortie, le (double) film de Lars von Trier a créé la polémique, qui ne s’est pas calmée lorsque (...)

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

Awards 2014 cinéma

L’award du meilleur film : Nymphomaniac Avant même sa sortie, le (double) film de Lars von Trier a créé la polémique, qui ne s’est pas calmée lorsque le premier volume est arrivé sur les écrans. De fait, on ne peut pas dire que Nymphomaniac ait fait l’unanimité, loin de là… Mais de tous les films de 2014, il paraît avec le recul (et l’arrivée, imminente, de sa version intégrale en DVD, celle souhaitée par l’auteur et qui lui donne sa pleine puissance opératique) le plus synchrone avec une certaine idée d’un cinéma authentiquement contemporain. Relecture très libre des Mille et une nuits, Nymphomaniac déploie pour raconter l’histoire de Joe, nymphomane autoproclamée, un dispositif où chaque chapitre est un nouveau mode de récit, et chaque récit une petite machine à produire de la figuration et de l’émotion. Drôle, cruel, violent et, bien sûr, pornographique, il s’affirme aussi comme une synthèse remarquable de tout le cinéma de Lars von Trier, mais dans une humeur moins dépressive qu’

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Samba

ECRANS | Retour de Nakache et Toledano, duo gagnant d’"Intouchables", avec une comédie romantique sur les sans-papiers. Où leur sens de l’équilibre révèle à quel point leur cinéma est scolaire et surtout terriblement prudent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Samba

Alors que le triomphe d’Intouchables leur ouvrait toutes les portes, Olivier Nakache et Éric Toledano ont choisi avec Samba de tracer tranquillement leur sillon. Mais en territoire miné. Car il faut être passablement inconscient pour tourner une comédie romantique sur les sans-papiers où une cadre en burn out (Charlotte Gainsbourg) devient bénévole dans une association et s’éprend d’un cuistot en situation irrégulière (Omar Sy). Le plus surprenant étant qu’ils réussissent à le faire sans froisser quiconque alors que le sujet, passionnel, cristallise l’opinion française depuis un quart de siècle. Exploit ? Pas vraiment, car c’est justement cette méthode, consistant à chercher sans arrêt l’équilibre pour quêter l’unanimité, qui finit par rendre le film agaçant. Le mot méthode n’est pas employé au hasard : Nakache et Toledano ont une manière bien à eux de rassurer le spectateur, de remettre toujours la balle au centre et, finalement, de jouer la carte de la plus grande prudence. Ainsi, chaque fois qu’ils s’approchent un peu trop près d’une situ

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3 Cœurs

ECRANS | De Benoît Jacquot (Fr, 1h46) avec Benoît Poelvoorde, Chiara Mastroianni, Charlotte Gainsbourg, Catherine Deneuve…

Christophe Chabert | Mardi 16 septembre 2014

3 Cœurs

Benoît Jacquot ne se prive pas pour définir 3 Cœurs comme un « thriller sentimental » ; et il ne lésine pas sur les moyens pour le faire comprendre au spectateur dans l’introduction, où, en plus des notes sombres qui parsèment la musique mélodramatique de Bruno Coulais, circule un climat fantomatique pour narrer le coup de foudre entre un type qui vient de rater son train (Pœlvoorde) et une fille qui erre dans les rues (Gainsbourg). Ils se donnent rendez-vous à Paris, mais en chemin pour le rendez-vous, il est foudroyé par une attaque cardiaque. Cette entame étrange, abstraite, à la lisière du fantastique, est en effet ce que Jacquot réussit le mieux, le moment où sa mise en scène dégage une réelle inquiétude. En revanche, tandis que l’histoire se resserre autour d’un nœud sentimental – confectionné grâce à un sacré coup de force scénaristique – où Poelvoorde tombe amoureux de la sœur de Gainsbourg (Chiara Mastroianni) ignorant les liens qui les unissent, le suspense est comme grippé par l’approche psychologique et réaliste du cinéaste. Il faut dire que lorsque Jacquot tente de ramener de la quotidienneté dans le récit (que ce soit les séquences à la di

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The Two faces of January

ECRANS | D’Hossein Amini (EU-Ang-Fr, 1h37) avec Viggo Mortensen, Kirsten Dunst, Oscar Isaac…

Christophe Chabert | Mardi 17 juin 2014

The Two faces of January

Dans les années 60 en Grèce, un petit arnaqueur américain officie comme guide touristique et se rapproche d’un couple bien sous tous rapports, lui très riche, elle très belle. Sauf que le mari est en fait un escroc recherché, cachant à sa femme la réalité de ses activités et embringuant le guide dans un jeu dangereux. Tiré d’un roman de Patricia Highsmith, The Two faces of January prolonge le travail entrepris par feu-Anthony Minghella sur Le Talentueux Monsieur Ripley, à qui Hossein Amini, scénariste de Drive (ce qui est à la fois un bon et un mauvais présage, la valeur du film tenant surtout à la mise en scène de Winding Refn) reprend une évidente volonté de classicisme. De fait, The Two faces of January tente de retrouver l’atmosphère des polars exotiques à l’ancienne, mais ne dépasse pas dans sa mise en scène le niveau d’un joli catalogue d’images glacées et racées, lissant tout le trouble de l’intrigue et réduisant les personnages à des stéréotypes sans épaisseur. Cette aseptisation touche particulièrement le jeu d’ordinaire fiévreux de Mort

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Son épouse

ECRANS | De Michel Spinosa (Fr, 1h47) avec Yvan Attal, Janagi, Charlotte Gainsbourg…

Christophe Chabert | Mardi 11 mars 2014

Son épouse

Curieux film, aussi téméraire que raté, Son épouse tranche avec l’ordinaire du cinéma français. Cela tient autant à son sujet aux accents fantastiques qu’au dépaysement de l’action, démarrée dans la grisaille d’une campagne française avant de s’expatrier vers une Inde inédite, celle des asiles où sont enfermées des femmes "possédées". C’est Joseph (un Attal fantomatique) qui effectue le voyage, sur les traces de sa défunte épouse Catherine (une Gainsbourg fantôme), ex-junkie disparue dans des conditions troubles du côté de Madras. Une jeune Tamoule, Gracie, prétend être habitée par son esprit, ébranlant le cartésianisme de Joseph. Comme Corneau dans Nocturne indien il y a vingt-cinq ans, ce choc des cultures et des croyances se traduit dans la mise en scène de Michel Spinosa (auteur du très bon Anna M.) par une certaine langueur hébétée, le rythme du film se calquant sur celui de son protagoniste, errant dans un monde dont il ne comprend ni la langue, ni les traditions, ni les valeurs. Belle idée, que le film saborde par sa construction dramatique en flashbacks, ramenant à intervalles réguliers l’action vers un laborieux psychodrame conjugal do

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Berlinale 2014, jour 3 : vraies et fausses valeurs

ECRANS | "Nymphomaniac volume 1" (version longue) de Lars von Trier. "Kreuzweg" de Dietrich Brüggemann. "Historia de miedo" de Benjain Naishtat. "A long way down" de Pascal Chaumeil.

Christophe Chabert | Lundi 10 février 2014

Berlinale 2014, jour 3 : vraies et fausses valeurs

Dans un festival de cinéma, les journées se suivent et ne se ressemblent pas. Après un samedi fracassant, ce dimanche fut des plus décevants, avec un retour en force de l’auteurisme frelaté qui, jusqu’ici, était resté gentiment à la porte. Le meilleur film du jour, et de très très loin, n’était pas une surprise du tout, puisqu’il s’agissait de la version longue de Nymphomaniac volume 1. Soit le montage voulu par Lars von Trier, avec la totalité des plans de sexe explicite et la durée imaginée par l’auteur. Niveau cul, disons-le, s’il y a là plus de bites en érection et de coïts en insert que dans la version courte, on reste loin du porno annoncé. En revanche, le rythme de cette version est très différent de celle sortie en salles, et cela ne fait désormais plus aucun doute : Nymphomaniac est une des œuvres cinématographiques les plus importantes de ces dernières années. La mise en scène gagne en ampleur, en beauté, en profondeur, gardant tout ce q

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Jacky au royaume des filles

ECRANS | Après "Les Beaux gosses", Riad Sattouf monte d’un cran son ambition de cinéaste avec cette comédie sophistiquée, aussi hilarante que gonflée, où il invente une dictature militaire féminine qu’il rend crédible par des moments de mise en scène très inspirés… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 24 janvier 2014

Jacky au royaume des filles

Il était une fois la République Démocratique de Bubune, où les femmes ont le pouvoir qu’elles exercent par la force, où les hommes sont réduits à porter une proto-Burka (la « voilerie »), où les pauvres mangent une bouillie immonde plutôt que des « plantins »… L’autarcie de cette dictature militaire et féminine est aussi un principe de mise en scène pour Riad Sattouf : pas de contrechamp sur l’extérieur (simplement appelé « l’étranger »), mais une immersion dans ce monde créé de toutes pièces, où l’on s’amusera à pister les éléments prélevés dans des pays existants. Il y a donc un peu de Corée du Nord, d’Iran façon Ahmadinejad et de Russie poutinienne, ou encore d’Inde à travers les castes et les vaches sacrées ici transformées en « chevallins ». L’environnement de cette comédie hallucinante et hallucinée est tenu d’un bout à l’autre avec sa calligraphie, son histoire, son langage, et il n’y a qu’à y propulser un héros sans qualité, Jacky (Vincent Lacoste, le Bernard Menez des années 2000), qui se masturbe en pensant à la Colonelle promise à prendre le pouvoir (Charlotte Gainsbourg, aussi géniale et troublante ici que chez von Trier),

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Nymphomaniac volume 2

ECRANS | Fin du diptyque de Lars von Trier, qui propulse très haut sa logique de feuilleton philosophique en complexifiant dispositif, enjeux, références et discours, prônant d’incroyables audaces jusqu’à un ultime et sublime vertige. On ose : chef-d’œuvre ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 23 janvier 2014

Nymphomaniac volume 2

5+3. Cette addition, qui lançait la vie sexuelle de Joe dans le premier volume de Nymphomaniac, est aussi la répartition choisie par Lars von Trier entre les chapitres de chaque partie. 5 pour le coït vaginal et le volume 1 ; 3 pour la sodomie et le volume 2 qui, de facto, fait un peu plus mal que le précédent… Après nous avoir laissés sur un climax diabolique, où la nymphomane hurlait : «Je ne sens plus rien !», von Trier reprend les choses là où elles en étaient : dans la chambre de Seligman, qui ne va pas tarder à expliquer les raisons de sa chaste attitude face au(x) récit(s) de débauche de Joe-Gainsbourg ; et dans celle de Joe-Martin et de Jerome, premier amant, grand amour idéalisé, compagnon et père de son enfant. Mais avant d’embrayer sur un nouveau chapitre et un nouvel épisode entre fantasme (romanesque) et fantasme (sexuel), le voilà qui digresse déjà en flashback sur Joe-enfant et son premier orgasme où lui apparaissent deux icônes qu’elle prend pour des visions de la vierge Marie, mais que Seligman va rectifier en gr

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Nymphomaniac, volume 1

ECRANS | Censuré ? Remonté ? Qu’importe les nombreuses anecdotes et vicissitudes qui entourent le dernier film de Lars von Trier. Avec cette confession en huit chapitres d’une nymphomane – dont voici les cinq premiers –, le cinéaste est toujours aussi provocateur, mais dans une tonalité légère, drôle et ludique qui lui va plutôt bien. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 décembre 2013

Nymphomaniac, volume 1

On avait laissé Lars von Trier sur la fulgurante dernière image de Melancholia, parvenu au bout de sa dépression et affirmant que le meilleur moyen d’apaiser ses tourments, c’était encore de voir le monde voler en éclats. Au début de Nymphomaniac, après avoir plongé longuement le spectateur dans le noir et une suite de bruits anxiogènes, il révèle le corps de Joe – Charlotte Gainsbourg, réduite dans ce premier volet au statut de narratrice des exploits de son alter ego adolescente, la troublante Stacy Martin – dans une ruelle sombre, ensanglantée et amochée. Passe par là un brave bougre nommé Selligman – Stellan Skarsgard – qui la recueille chez lui et lui demande ce qui s’est passé. « Ça va être une longue histoire » dit-elle, après avoir affirmé qu’elle était une « nymphomane »… En fait, l’histoire tient en deux films décomposés en huit chapitres comme autant de récits obéissant à des règles esthétiques propres, utilisant une panoplie d’artifices (ralentis, split screen, retours en arrière) et changeant sans cesse de formats (pellic

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Apocalypse No(w)

ACTUS | Entre supposées prédictions mayas, sortie de "4h44, dernière nuit sur terre", le dernier film d'Abel Ferrara, et autres événements thématisés « fin du monde », tout semble concorder vers un 21 décembre apocalyptique – même si on n'y fait que se bourrer la gueule. Peu étonnant quand on songe que la « fin du monde » est vieille comme... le monde. Et qu'elle n'a pas fini de nous tarauder. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 14 décembre 2012

Apocalypse No(w)

« Dans le roman qu'est l'histoire du monde, rien ne m'a plus impressionné que le spectacle de cette ville jadis grande et belle, désormais renversée, désolée, perdue […], envahie par les arbres sur des kilomètres à la ronde, sans même un nom pour la distinguer. » Ce pourrait être la voix-off du survivant d'un film post-apocalyptique déambulant dans Londres, New-York, Paris, Grenoble... Ce ne sont « que » les mots de l'explorateur américain John Lloyd Stephens, découvrant au XIXe siècle la splendeur passée d'une ancienne ville maya mangée par la jungle du Yucatan. Ces mêmes Mayas dont le calendrier aurait prévu la fin du monde pour le 21 décembre 2012. Peu importe que la Nasa elle-même ait démenti ces rumeurs dont les illuminés, les conspirationnistes et les survivalistes font leur miel et la fortune des agents immobiliers du village français de Bugarach, censé être épargné.   Qu'on la nomme Apocalypse (« révélation » dans la Bible) ou Armageddon (d'Harmaguédon, le « Waterloo » hébreu du livre de l'Apocalypse), la « fin du Monde » est depuis toujours le sujet de c

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Bachelorette

ECRANS | De Leslye Headland (ÉU, 1h27) avec Kirsten Dunst, Lizzy Caplan…

Jerôme Dittmar | Lundi 15 octobre 2012

Bachelorette

Le féminisme trash et décomplexé est-il l'avenir de l'homme ? À en croire la voie empruntée par Bachelorette, version sale et méchante de Mes meilleures amies, toutes les conditions à son avènement sont prêtes. Adaptation perso de sa propre pièce, le film de Leslye Headland prouve une fois encore que la prétention à l'intelligence par la vulgarité est pire que tout. Folle nuit de trois demoiselles d'honneur invitées au mariage de leur copine de fac obèse (c'est le film qui souligne), ce Very Bad Trip au leitmotiv étourdissant (réparer la robe de la mariée, ruinée après un excès de coke) se voudrait manier esprit punk et cynisme avec l'air de dire que la franchise le mérite bien. L'illusion ne tient pas deux secondes : la complaisance dans un immoralisme crétin comme nouveau gynécée irrévérencieux de la comédie romantique offre des perspectives assez effrayantes au genre. Si la femme s'imagine échapper à son éternel second rôle en jouant les badass soulardes et fières de l'être, on est mal barrés.

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Apocalypse now !

ECRANS | Sidérante programmation consacrée à la fin du monde au cinéma proposée par la Cinémathèque de Grenoble et orchestrée par le passionnant Jean-Pierre Andrevon, qui a sorti quelques trésors de ses malles et de sa colossale cinéphilie. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 5 octobre 2012

Apocalypse now !

A priori, la quantité astronomique de films post-apocalyptiques tournés ces dernières années aurait pu suffire à alimenter le cycle entier consacré à la fin du monde par la Cinémathèque de Grenoble. S’il se conclut en effet par deux fleurons récents de ce sous-genre (l’affreux 2012 de Roland Emmerich et le discuté Melancholia de Lars Von Trier), le cycle est constitué de raretés piochées dans tous les âges du cinéma. Ce qui n’étonnera personne quand on aura dit que Jean-Pierre Andrevon, véritable bible du cinéma fantastique, est derrière cette sélection de haute volée, qui prouve si besoin était que la crainte d’un cataclysme ne date pas du moment où une bande de geeks en réseau ont soudain déchiffré les prophéties du calendrier maya. Dès 1916 au Danemark, un cinéaste inconnu tourne une Fin du monde muette (le film a fait l’ouverture du cycle la semaine dernière). Dans les années 50, Hollywood se saisit de la question et produit

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Confession d’un enfant du siècle

ECRANS | De Sylvie Verheide (Fr-All-Ang, 2h) avec Peter Doherty, Charlotte Gainsbourg…

Aurélien Martinez | Mardi 28 août 2012

Confession d’un enfant du siècle

On voit bien quelle idée a conduit à la réalisation de cet aberrant Confession d’un enfant du siècle : et si Peter Doherty était la version XXIe siècle des dandys décadents du XIXe décrits par Alfred De Musset ? Certes, mais confier au rockeur bedonnant le soin de porter un film entier sur ses épaules à partir de cette seule métaphore était un sacré pari, absolument perdu à l’arrivée. Inexpressif à l’écran, il faut en passer par sa récitation du texte en voix-off pour faire exister les émotions du personnage. C’est laborieux et lassant, mais la mise en scène de Sylvie Verheide n’est pas plus inspirée : hésitant entre créer une atmosphère narcotique au prix de nombreux anachronismes ou se replier sur l’académisme de la reconstitution en costumes, elle navigue à vue en tentant de dynamiser le peu d’événements qui se produisent deux heures durant. Face à cette longue et ennuyeuse adaptation, on repense à L’Apollonide de Bonello qui avait des défauts, certes, mais était porté par un incontestable projet de cinéma. Christophe Chabert

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Le mystère Gainsbourg

MUSIQUES | De quoi Charlotte Gainsbourg est-elle le nom ? De la fille de son père ? D’une comédienne à l’aura subtile ? D’une chanteuse discrète ? À l’occasion de son concert à la MC2 avec Connan Mockasin, on s’intéresse plus longuement à cette artiste difficilement cernable mais non moins captivante. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Lundi 21 mai 2012

Le mystère Gainsbourg

Dans la grande famille des artistes français, il y a la frange des jeunes filles touche-à-tout nées sous les projecteurs, et qui continuent avec discrétion une carrière soigneusement construite. Vanessa Paradis en est un parfait exemple, elle qui fut violemment propulsée sur le devant de la scène en 1987 avec son tube Joe le taxi, négociant ensuite son virage musical au fil des rencontres (Serge Gainsbourg, Lenny Kravitz ou encore -M-), tout en ajoutant une corde à son arc en s’attelant dès 1989 au cinéma sous la caméra de Jean-Claude Brisseau – le dérangeant Noces blanches. Charlotte Gainsbourg en est un autre exemple. La fille du couple star Serge Gainsbourg et Jane Birkin fut ainsi rapidement poussée devant la caméra par sa mère. Bingo : un premier rôle à treize ans (dans Paroles et musique d’Élie Chouraqui), un César du meilleur espoir féminin à quatorze grâce à L’Effrontée de Claude Miller, et – grand saut dans le temps – un prix d’interprétation à Cannes en 2009 pour Antichrist de Lars von Trier. Entre toutes ces années, sa carrière a connu différentes phases : grosse baisse de régime pendant la décennie 90, retour sur le devant

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Charlotte Gainsbourg en concert à la MC2 le 30 mai

MUSIQUES | Celle qui se sent « autant chanteuse qu’actrice » sera en concert mercredi 30 mai à la MC2, pour défendre Stage Whisper : un quatrième album sorti en décembre (...)

Aurélien Martinez | Lundi 19 mars 2012

Charlotte Gainsbourg en concert à la MC2 le 30 mai

Celle qui se sent « autant chanteuse qu’actrice » sera en concert mercredi 30 mai à la MC2, pour défendre Stage Whisper : un quatrième album sorti en décembre et regroupant des versions live des titres de ses deux derniers albums, ainsi que des exclusivités écrites par Charlie Fink de Noah & The Whale, Villagers et Beck. Sur scène, elle sera accompagnée de Connan Hosford, du groupe néo-zélandais Connan Mockasin.

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Top flop Cinéma

ECRANS | Au gré d'un suspense insoutenable, voici enfin les résultats des votes récompensant les meilleurs et pires films de l'année !

François Cau | Vendredi 16 décembre 2011

Top flop Cinéma

Lecteurs TOP : 1. Drive de Nicolas Winding Refn2. Black swan de Darren Aronofsky3. Melancholia de Lars Von Trier4. La piel que habito de Pedro Almodovar5. Une séparation d’Asghar Farhadi6. Shame de Steve McQuenn7. The tree of life de Terrence Malick8. Le discours d’un roi de Tom Hooper / La guerre est déclarée de Valérie Donzelli10. Polisse de Maïwenn FLOP : 1. Au-delà de Clint Eastwood2. The tree of life de Terrence Malick3. Minuit à Paris de Woody Allen4. Twilight chapitre 4 : Révélation 1ère partie de Bill Condon5. Les Schtroumpfs de Raja Gosnell6. Bienvenue à bord de Eric Lavaine7. Les lyonnais de Olivier Marchal / Ma part du gâteau de Cédric Klapisch9. Contagion de Steven Soderbergh10. Pirates des caraïbes : la fontaine de jouvence de Rob Marshall   Rédaction  TOP : 1. Balada triste de Alex de la Iglesia2. La solitude des nombres premiers de Saverio Costanzo3. Carancho de Pablo Trapero / Shame de Ste

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Cannes, jour 8 : Pater noster

ECRANS | Melancholia de Lars Von Trier. Pater d’Alain Cavalier.

François Cau | Jeudi 19 mai 2011

Cannes, jour 8 : Pater noster

Arrivé dans la dernière ligne droite du festival et de sa compétition, on attend toujours le film qui mettra tout le monde d’accord, celui qui trouvera le juste milieu entre film pour festival et œuvre suffisamment audacieuse pour séduire la frange la plus dure de la cinéphilie. On pensait que Melancholia, le dernier Lars Von Trier, allait jouer ce rôle. Présenté ce matin au Grand Palais, le film s’avère en définitive une des déceptions majeures de Cannes 2011. Pourtant, Melancholia démarre par dix minutes de pure sidération visuelle, où Von Trier mélange des ralentis étranges où les personnages semblent flotter au milieu des décors, et des visions spatiales d’une planète en fusion, se terminant par une spectaculaire collision avec la Terre, le tout sur fond de Wagner. C’est magnifique, impressionnant, même si on se souvient que l’ouverture d’Antichrist produisait sensiblement la même sensation. Quand le film retrouve une forme traditionnelle (et même ultra-traditionnelle pour du Lars Von Trier : scope et caméra portée, zooms et raccords dans l’axe), les choses s’enlisent dans un pénible remake de Festen. Un mariage, des invités qui règlent leurs comptes (Rampl

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Antichrist

ECRANS | Mélodrame psychanalytique qui vire à mi-parcours à l’ésotérisme grand-guignol, le nouveau Lars von Trier rate le virage entamé par son auteur en voulant trop en faire sans s’en donner la rigueur. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 28 mai 2009

Antichrist

De toute évidence, il y aura un avant et un après Antichrist dans la carrière de Lars von Trier. Son précédent film, Le Direktor, semblait atteindre les limites de sa "démission" en tant que metteur en scène, laissant une caméra automatisée cadrer l’action au hasard. Le prologue d’Antichrist en est l’exact opposé et s’affirme comme une réelle reprise en main : un sommet de maîtrise où chaque plan est une merveille plastique, magnifiant la scène traumatique qui va enclencher le récit Pendant qu’un couple fait l’amour, leur enfant tombe par la fenêtre. Eros et thanatos, deuil et culpabilité : voilà le programme des quarante minutes suivantes. Lui (Willem Dafoe) est analyste, elle (Charlotte Gainsbourg) s’enfonce dans la dépression, à la recherche de la peur fondatrice qu’il va falloir exorciser. Cette peur est une forêt, Eden, où le couple se retire pour affronter ses démons. Mais sur place, c’est un autre film qui commence, un film d’horreur faisant remonter une mythologie oubliée, le «gynocide». Messie, messie… Tout cela ne manque pas d’ambition, ni de culot ; par contre, Lars von Trier manque sérieusement de

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