Le goût de la claustrophobie
Article publié le Vendredi 2 décembre 2011 par François Cau Petit Bulletin n°822 consulté 618 fois
Polanski et le théâtre, c’est une longue histoire faite d’adaptations à l’écran, de créations pour la scène, mais surtout d’influence créative et de réminiscences autobiographiques. CC
Roman Polanski theatre Carnage Le Pianiste Amadeus Metamorphose Macbeth La Jeune fille et la mort

Pour Roman Polanski, le théâtre semble être une valeur refuge, sa filmographie revenant à intervalles réguliers vers des adaptations de pièces célèbres, classiques ou contemporaines, et lui-même s’aventurant régulièrement sur les planches, en tant qu’acteur et metteur en scène. C’est d’ailleurs la part la moins connue de son œuvre : en 1981, c’est lui qui crée à Londres Amadeus, la pièce de Peter Schaeffer, se distribuant dans le rôle de Mozart, ouvrant la voie à l’adaptation qu’en fera pour le cinéma un autre réalisateur de l’Est expatrié, Milos Forman. Sept ans plus tard, c’est sur une scène parisienne qu’il brille en incarnant Grégoire Samsa, l’homme ordinaire transformé en cloporte dans La Métamorphose de Kafka. Au cinéma, il met tout de suite la barre très haute pour sa première adaptation : une version de Macbeth de Shakespeare qui a le mérite de ne lorgner ni sur le baroque tapageur d’un Welles, ni sur le classicisme respectueux d’un Laurence Olivier — le film, toutefois, est loin d’être son meilleur. Il aura encore moins de chance avec La Jeune fille et la mort, huis clos trop attendu autour d’une rescapée des camps de la mort qui séquestre chez elle celui qu’elle pense avoir reconnu comme son bourreau. Le film a des semelles de plomb, et marque le début d’un passage à vide dans la filmo de Polanski.
Enfermement
La contrainte théâtrale, cependant, s’infiltre depuis longtemps dans ses films, en particulier sa prédilection pour les décors fermés, notamment les appartements où il réalise une trilogie flamboyante constituée de Répulsion, Rosemary’s baby et Le Locataire. Même quand il tourne entièrement à l’air libre, la tentation est grande de circonscrire l’action dans un lieu unique, que ce soit le voilier du Couteau dans l’eau, le galion de Pirates ou l’île de Cul-de-sac. C’est dans sa grande œuvre, Le Pianiste, que le cinéaste livre la source autobiographique de cette obsession de l’enfermement : dans la dernière partie du film, Wladyslaw Szpilman se terre dans une maison à moitié détruite du ghetto de Varsovie pour échapper aux nazis. Une expérience proche de celle vécue par Polanski lui-même, enfant polonais se cachant des patrouilles allemandes à Cracovie après la déportation de sa famille à Auschwitz.






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