La Nuit fauve

François Cau | Lundi 9 janvier 2012

Classique / Fils du grand Maurice Tourneur, cinéaste français ayant offert au muet hollywoodien quelques-unes de ses œuvres phares, Jacques Tourneur lui emboîte le pas durant l'âge d'or des studios. S'associant avec le rusé mais avisé producteur Val Lewton, il lance sa carrière avec une trilogie de films «de peur» qu'il tourne pour la RKO, studio alors réputé pour ses budgets modestes et l'efficacité de ses techniciens. De fait, La Féline, Vaudou et L'Homme léopard compensent leur peu de moyens par une direction artistique inventive, une photographie faisant la part belle au clair-obscur, rehaussant le travail détaillé et méthodique sur les décors (en dur ou complétés par de superbes matte-paintings).Ce style convient parfaitement au projet de Tourneur, qui montre peu mais suggère beaucoup, promenant le spectateur dans des scénarios pas toujours grandioses (et forcément datés) en lui faisant miroiter la prochaine scène d'angoisse, pour le coup remarquable dans sa mise en scène. L'Homme léopard, dernier film de la trilogie, se déroule dans un Nouveau Mexique plein de castagnettes et d'amourettes mélodramatiques, de diseuses de bonne aventure et de flics nonchalants. Dans la première séquence, à la faveur d'une mesquinerie qui tourne mal, un léopard s'échappe dans la nature. Quelques heures plus tard, une jeune fille est dépecée en revenant de l'épicerie, première victime de l'animal… qui n'en est peut-être pas un ! Ce «meurtre» est l'occasion d'une belle démonstration de la part de Tourneur : la victime doit passer sous un pont dans un terrain vague. Pour le cinéaste, c'est surtout l'ooportunité de la faire disparaître dans l'obscurité, de faire surgir un train invisible figuré par des rais de lumière sur son visage et une bande-son stridente, de la regarder s'approcher d'un plan d'eau inquiétant. Tourneur sculpte la peur avec de la lumière, et définit une forme d'angoisse primitive, celle que les meilleurs séries B d'horreur exploitent encore aujourd'hui.
Christophe Chabert

L'Homme léopard
Mercredi 18 janvier à 20h

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Festival des Maudits Films : la passion du bis

ECRANS | Onzième édition pour le Festival des Maudits Films, qui revient du mardi 22 au samedi 26 janvier au cinéma Juliet-Berto avec une équipe renouvelée mais un objectif inchangé : faire découvrir l’époustouflante richesse du cinéma bis à travers un vaste panorama d’œuvres souvent méconnues. Et passées au crible par nos soins ci-dessous, histoire de vous repérer au sein de cette programmation foisonnante.

Damien Grimbert | Mardi 15 janvier 2019

Festival des Maudits Films : la passion du bis

Les apparences sont parfois trompeuses : le plus ancien des films projetés cette année dans le cadre du festival, Les Chasses du comte Zaroff (1932 ; à voir mercredi 23 janvier à 20h) d’Irving Pichel et Ernest B. Schoedsack, est également l’un des plus rythmés et des plus palpitants. Tourné en même temps, dans les mêmes décors et par la même équipe que le mythique King Kong, cette aventure à mi-chemin entre thriller horrifique et récit d’aventure accumule en l’espace d’à peine 63 minutes les moments de bravoure avec une grâce infinie. On est donc là sur l'un des immanquables de cette nouvelle édition du Festival des Maudits Films. Tout comme cette autre pépite : Des monstres attaquent la ville (1954 ; vendredi 25 à 18h) de Gordon Douglas, avec sa colonie de fourmis géantes issues d’une mutation génétique, qui reste sans doute l’une des plus grandes réussites de la vague de films de science fiction surfant sur la peur du nucléaire en vogue dans les années 1950. Toujour

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Festival des Maudits Films : « Montrer des films qu’on ne voit jamais en salles »

ECRANS | Dixième édition déjà pour le Festival des Maudits Films, destiné aux amateurs de cinéma décalé – au sens très large du terme. Pour fêter cet anniversaire, et avant de présenter la programmation de cette année, on a rencontré sa directrice Karel Quistrebert, histoire de revenir avec elle sur les bases de cet événement atypique totalement "PB compatible".

Alice Colmart | Lundi 22 janvier 2018

Festival des Maudits Films : « Montrer des films qu’on ne voit jamais en salles »

Films d'horreur saugrenus, comédies délirantes, classiques mésestimés… Depuis sa création, le Festival des Maudits Films propose chaque année une sélection aux allures de vidéo-club géant grâce à sa patronne Karel Quistrebert qui, derrière son apparente timidité et sa longue frange cachant une partie de ses yeux, se montre très bavarde lorsqu’il s’agit de parler de cinéma. Et de son bébé. « L’idée du festival est de faire connaître des films qu’on ne voit jamais en salles, des films souvent plus rétro que modernes. Même si, pour moi, il y a des films rétro qui sont d’une modernité folle comme Citizen Kane par exemple. » Cet éclectisme cinématographique qu’elle défend et qui l’a amenée à créer un tel festival, Karel Quistrebert le doit à son éducation. « Si, pour beaucoup, les réalisateurs que j’apprécie sont morts, je m’intéresse à tout. Mes parents m’ont transmis la passion du cinéma très jeune. Chez moi, il n'y avait jamais de censure. Mon père me montrait des films de John Wayne, Clint Eastwood, Lino Ventura ; et ma mère m’emmenait toujours a

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Festival des maudits films 2017 : notre sélection énamourée

ECRANS | Vaste et méconnue constellation peuplée de perles cinématographiques en tout genre, le cinéma bis sera à l’honneur cette semaine à l’occasion de la neuvième édition du Festival des maudits films. Histoire de rendre hommage à la fabuleuse diversité de la programmation, on a (presque) vu tous les films présentés. Voici notre sélection, à découvrir au cinéma Juliet Berto.

Damien Grimbert | Mardi 17 janvier 2017

Festival des maudits films 2017 : notre sélection énamourée

Hitcher : terreur sur la route Certains réalisateurs signent parfois un coup d’éclat inaugural tellement intense qu’ils ne réussiront jamais à l’égaler par la suite. C’est le cas notamment de l’Américain Robert Harmon, auteur en 1986 avec Hitcher d’un thriller routier absolument unique en son genre, baignant dans une atmosphère d’étrangeté aussi trouble qu’envoûtante. Après avoir pris en stop un personnage inquiétant sur une route déserte, un jeune homme va progressivement se trouver plongé dans un véritable cauchemar éveillé, traqué à la fois par l’autostoppeur psychopathe (incarné par un Rutger Hauer iconique comme jamais) et par les forces de police qui le pensent coupable des meurtres commis par son poursuivant. Porté par une réalisation éblouissante, Hitcher n’explique jamais le rapport trouble et chargé de sous-entendus sexuels qui unit le chasseur et sa proie, embarquant le spectateur dans une odyssée routière aux confins du fantastique qui laisse la porte ouverte à une myriade d’interprétations. Jeudi 19

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Festival des Maudits Films : ça commence mardi !

ECRANS | Du mardi 17 au samedi 21 janvier au cinéma Juliet Berto se déroulera la 9e édition de l’incontournable Festival des Maudits Films, dédié au cinéma bis… de B à Z. On (...)

Damien Grimbert | Mardi 10 janvier 2017

Festival des Maudits Films : ça commence mardi !

Du mardi 17 au samedi 21 janvier au cinéma Juliet Berto se déroulera la 9e édition de l’incontournable Festival des Maudits Films, dédié au cinéma bis… de B à Z. On y reviendra, comme à notre habitude, de façon bien plus détaillée la semaine prochaine, mais ne considérez surtout pas ça comme un prétexte pour rater la projection inaugurale de ce mardi dédiée au film culte Le Retour des Morts-Vivants. Première et quasi dernière incursion derrière la caméra de Dan O’Bannon, scénariste pour John Carpenter (Dark Star), Ridley Scott (Alien) et Tobe Hooper (Lifeforce), Le Retour des Morts-Vivants est surtout l’un des tout premiers films à insuffler un peu d’humour potache et de décontraction à l’univers plutôt anxiogène du film de zombies. Résultat, une comédie horrifique ultra-rythmée et furieusement 80’s, mêlant dans un cocktail parfaitement dosé punks survoltés, militaires débordés et zombies dévoreurs de cerveaux. Un vrai classique ! Le Retour des Morts-Vivants Mardi 17 j

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Ciné-Club de Grenoble : putain, 50 ans !

ACTUS | En plein centre-ville de Grenoble, place Saint-André, se cache le cinéma Juliet Berto. Une très belle salle occupée par la Cinémathèque, mais aussi par le Ciné-Club de Grenoble, association qui fêtera ses cinquante ans en 2017. On est allés rencontrer deux de ses membres alors que sa nouvelle saison s’ouvrira mercredi 28 septembre avec la projection du légendaire "Apocalypse Now" de Francis Ford Coppola.

Aurélien Martinez | Mardi 20 septembre 2016

Ciné-Club de Grenoble : putain, 50 ans !

« On est sur une idée peut-être ancienne mais à laquelle on croit beaucoup : celle du partage du cinéma, celle de l’échange autour des films. » Voilà ce que nous dit Daniel Buisson, président du Ciné-Club de Grenoble, lorsqu’on lui demande à quoi sert un ciné-club aujourd’hui – on vous passe le couplet historique sur les mutations du monde du cinéma, mais c’est l’idée. Comprendre avec sa réponse qu’on est face à des cinéphiles militants, pour qui la séance de cinéma est un moment sacré propice au débat. Des débats que mènent chaque mercredi, à raison de 35 et 40 séances par an, les membres de l’association. « Quand on présente un film, c’est une illusion de croire que tout le monde dans la salle a vu le même. D’où la pertinence de ces débats. » Surtout que les films choisis, qu’ils soient du patrimoine ancien ou produits plus récemment (les prochaines semaines, on ira d’Apocalypse Now de Francis Ford Coppola au plus récent

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Boukhrief : « "Made in France" ne sera pas maudit »

ECRANS | Après les attentats de novembre, Nicolas Boukhrief avait pris avec philosophie et dignité la non-sortie sur les écrans de son “Made in France”, sur une cellule djihadiste qui doit semer le chaos au cœur de Paris. Il découvre qu’un festival à Grenoble (Les Maudits films) le présente en exclusivité… Propos recueillis par Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

Boukhrief : «

Votre film est programmé dans le cadre du Festival des maudits films. Il y a là une ironie tragique… Nicolas Boukhrief : Pour le public, c’est surtout l’occasion de le voir dans la dimension pour laquelle on l’a conçu. Et d’apprécier le travail du chef-opérateur sur l’image et celui sur le son. Et quel honneur d’être programmé dans le même festival que Sorcerer de Friedkin ! À quel moment avez-vous fait le deuil d’une diffusion sur grand écran ? Franchement, après le Bataclan [sa sortie était prévue le mercredi suivant – NDLR]. Après ce qui s’était passé dans une salle de spectacle, j’aurais été étonné que beaucoup de cinémas le prennent. Moi-même, si j’avais été exploitant, j’ignore ce que j’aurais fait, c’est complexe… D’ailleurs, ce film a été très difficile à faire, dès sa phase de production. Mais il n’était pas fait pour provoquer : c’est un état des lieux. Ayant été critique, vous savez qu’une œuvre maudite finit par rencontre

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Festival des maudits films : notre sélection

ECRANS | Pour sa huitième édition, le Festival des maudits films dévoile une fois encore une sélection d’œuvres « bis » éblouissante de diversité. On en a sélectionné six au sein de la rétrospective et de la compétition ; à vous de découvrir le reste ! Damien Grimbert et Vincent Raymond

Damien Grimbert | Mardi 12 janvier 2016

Festival des maudits films : notre sélection

C’était demain Narrant la quête éperdue de l’écrivain de science-fiction H.G. Wells, parti à l’aide d’une machine à explorer le temps à la poursuite de Jack l'Éventreur dans le San Francisco des années 1970, ce premier film de Nicholas Meyer sorti en 1979 peut être vu comme une forme de chant du cygne d’un certain cinéma de science-fiction « à l’ancienne ». Peu d’effets spéciaux, encore moins de scènes d’action spectaculaires, mais à l’inverse un script solide et divertissant alternant sans temps mort scènes de suspens, de romance et d’humour, le tout porté par l’interprétation brillante de Malcolm McDowell et la foi absolue du réalisateur dans son scénario pourtant rocambolesque. S’offrant qui plus est le luxe d’une réflexion humaniste un brin naïve mais néanmoins bien amenée, C’était demain dégage ainsi un charme suranné de tous les instants. DG Mardi 19 janvier à 20h

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Maudit soit qui mal y filme !

ECRANS | Séries B, Z, ou X, la septième édition du festival des Maudits films s’intéresse au cinéma d’exploitation en lettres capitales, des « cous rouges » américains aux culs rougis du porno français. Petit panorama des réjouissances… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 janvier 2015

Maudit soit qui mal y filme !

La marge tient la page, dit (approximativement) l’adage godardien… Les pages de l’histoire du cinéma, elles, s’écrivent chaque semaine partout, du web aux derniers journaux papiers, de l’édition aux universités, selon le flux des sorties et des ressorties officielles, des hommages aux grands cinéastes disparus jusqu’aux études sur les nouveaux cinéastes contemporains. Mais la marge, elle, ne s’écrit pas. Elle reste vierge, à l’exception de quelques mordus en voie de disparition – au début du mois, le site 1Kult fermait ses portes, laissant derrière lui cette utopie d’une histoire du cinéma différent, sinon d’une différente histoire du cinéma. Restent alors les festivals, précieux agitateurs d’images interdites car recalées par la distribution parce que ne parlant qu’à une "niche" (alors qu’elles finissent toujours par en sortir pour nous mordre les mollets) ou oubliées des cinéphiles. Cachez ces maudits films que l’on ne saurait voir, disent les prudes. Montrons une semaine de maudits films, leur répondent, bravaches, les membres du Centre culturel cinématographique de Grenoble,

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Jack Arnold, l’outsider de la série B

ECRANS | Tous les cinéastes ne peuvent pas être Hawks, Ford ou Hitchcock… Et comme il faut de tout pour faire un monde, des grands maîtres et des tâcherons, des (...)

Christophe Chabert | Mardi 20 janvier 2015

Jack Arnold, l’outsider de la série B

Tous les cinéastes ne peuvent pas être Hawks, Ford ou Hitchcock… Et comme il faut de tout pour faire un monde, des grands maîtres et des tâcherons, des artisans et des artistes, on devra un jour reconnaître à Jack Arnold sa place dans le cinéma américain. De lui, on connaît surtout deux films : L’Homme qui rétrécit et L’Étrange créature du lac noir, pour des raisons très différentes. Autant le premier est une merveille, non seulement à cause de son exploit technique (arriver à faire évoluer un personnage lilliputien dans des décors géants où l’ordinaire devient extraordinaire, goutte d’eau ou épingle à nourrice, chat ou araignée) mais aussi grâce à sa réflexion métaphysique sur la place de l’humain dans l’univers, autant le second est encore aujourd’hui une amusante attraction liée à son utilisation, pionnière, de la 3D. En poussant plus loin sa filmographie, on découvrira quelques autres bijoux, comme Le Météore de la nuit ou l’incroyable Jeunesse droguée (High school confidential), film de propagande anti-drogue tellement mal élevé à la culture beatnick qu’il en devient un pur produit de la contre-culture. Ou encore ce S

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Des films qui font mauvais genre

ECRANS | Ça s’appelle la convergence des luttes : d’un côté, Vues d’en face, le festival qui défend le cinéma gay et lesbien ; de l’autre, le festival des maudits (...)

Christophe Chabert | Mardi 9 décembre 2014

Des films qui font mauvais genre

Ça s’appelle la convergence des luttes : d’un côté, Vues d’en face, le festival qui défend le cinéma gay et lesbien ; de l’autre, le festival des maudits films, qui se bat pour la reconnaissance du cinéma bis, de la série B et des films scandaleux. Ensemble, ils ont monté une épatante soirée à la Cinémathèque baptisée "Rencontres du troisième genre" autour de deux films particulièrement queer : Glen or Glenda d’Ed Wood et Polyester de John Waters. Sur le papier, accoler ensemble le prince du nanar cheap et le pape du mauvais goût provocateur ne va pas forcément de soi, tant il y a une différence fondamentale entre un cinéaste qui pense faire de bons films et se retrouve à torcher d’aberrantes séries Z et un autre qui joue au contraire des codes du mauvais goût et de l’outrance pour en tirer une force subversive. Mais les deux films se rejoignent sur un point : le rapport au ge

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Un Browning à deux coups

ECRANS | Il y a trois manières d’escalader la filmographie de Tod Browning : par son versant culte via le diptyque Freaks / L’Inconnu ; par sa face classique, (...)

Christophe Chabert | Lundi 21 janvier 2013

Un Browning à deux coups

Il y a trois manières d’escalader la filmographie de Tod Browning : par son versant culte via le diptyque Freaks / L’Inconnu ; par sa face classique, avec London after midnight et Dracula ; mais c’est le parcours le plus inattendu que propose le Festival des Maudits films. D’abord, avec une bizarrerie de sa période muette, Le Mystère des poissons volants, où Douglas Fairbanks incarne le détective Coke Ennyday. Soit, selon une traduction de notre cru : "De la coke à n’importe quel moment". Cela en dit long sur la dimension hallucinatoire d’un tel projet, et son caractère puissamment transgressif. Browning jouera toute sa carrière avec le feu de la censure, ce qui conduira au cauchemar du remontage de Freaks, et précipitera sa fin de carrière. Son avant-dernier film, Les Poupées du diable (présenté au cours de cette soirée – photo), montre pourtant que le cinéaste n’a jamais baissé les bras, expérimentant de nouvelles techniques (ici, la "miniaturisation" des acteurs à l’écran, qui consiste en fait en une construction de décors géants sur le tournage) ou s’amusant avec les interdits (Lionel Barrymore qui se travestit,

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L’appel du péplum

ECRANS | Alors que les musées archéologiques de Lyon et de Saint-Romain-en-Gal consacrent une grande exposition, à la fois historique et cinéphile, au genre, les (...)

Christophe Chabert | Lundi 21 janvier 2013

L’appel du péplum

Alors que les musées archéologiques de Lyon et de Saint-Romain-en-Gal consacrent une grande exposition, à la fois historique et cinéphile, au genre, les Maudits films se penchent à leur tour sur le péplum. Fleuron d’un cinoche populaire qui faisait florès dans les salles de quartiers, partagé entre superproductions hollywoodiennes (Ben Hur, La Chute de l’empire romain, et le dispendieux Cléopâtre) et relectures italiennes (qui ne faisaient que reprendre ce qui leur appartenait de fait), le péplum a ainsi connu un âge d’or à la fin des années 50 avec quelques artisans de renoms. Vittorio Cottafavi est ainsi le Sergio Leone du péplum, et les deux films présentés au festival (Hercule à la conquête de l’Atlantide et Les Légions des Cléopâtre) sont de bons marqueurs de son style : fantaisistes dans leur approche historique (sinon carrément fantastique) mais rigoureux et spectaculaires dans leurs mises en scène. Une double séance à l’ancienne qui sent bon son Eddy Mitchell du mardi soir… CC Soirée Péplum, jeudi à 20h, salle Juliet Berto

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Une compétition qui sort ses tripes

ECRANS | C’est la grande nouveauté du festival : une compétition officielle dans les règles de l’art, avec jury et grand prix, où l’on devra départager cinq films venus de tous horizons, entre inédits, avant-premières et nécessaire redécouverte. Passage en revue. CC

Christophe Chabert | Lundi 21 janvier 2013

Une compétition qui sort ses tripes

Malcolm d’Ashley Cahill Le film qu’on n’a pas vu de la compétition. Il a été présenté ce mardi, mais il sort aujourd’hui sur les écrans. On dit plus loin que c’est un C’est arrivé près de chez vous new-yorkais. On ne se hasardera pas à en dire plus. Antiviral de Brandon Cronenberg À Cannes, pendant que papa David recevait les honneurs de la compétition avec son Cosmopolis, son fiston Brandon se retrouvait dès sa première œuvre dans la cour des petits (la sélection Un certain regard) avec Antiviral. D’un côté, on n’a pas envie de faire une comparaison cruelle et écrasante pour junior ; de l’autre, il la cherche en allant décalquer sans scrupule un scénario du padre (Videodrome) qu’il bascule dans un imaginaire (et un charabia) geek assez désolant, pour un très long essai qui ressemble à un film de fin d’études ou à la synthèse de longues nuits passées à bouffer de la théorie du complot sur internet. Alyce de Jay Lee La potacherie n’est parfois qu’une manière de se faire un bon coup de pub. Ainsi de Jay Lee, qui s’était amusé à tricoter une série Z autoproclamée culte,

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Sexe, drogue et cervelle crue

ECRANS | Quel cinéaste plus approprié pour une séance de minuit que l’électron libre survolté et subversif Frank Henenlotter ? Figure de proue du cinéma trash 80’s qui a (...)

Damien Grimbert | Lundi 21 janvier 2013

Sexe, drogue et cervelle crue

Quel cinéaste plus approprié pour une séance de minuit que l’électron libre survolté et subversif Frank Henenlotter ? Figure de proue du cinéma trash 80’s qui a grandi dans l’atmosphère trouble des salles miteuses de la 42e Rue, adepte des tournages-commandos, des budgets microscopiques et du mauvais goût irrévérencieux, ce fils spirituel de John Waters signe avec Elmer, le remue-méninges un film profondément ancré dans son environnement, celui de l’urbanité insalubre et sauvage du New York pré-Giuliani. Petit parasite bleuté au look ouvertement phallique, Elmer prend pour hôte Brian, jeune homme sans histoire qu’il va rendre complètement accro en lui injectant une substance hallucinogène violente à même le cerveau. Pour obtenir de nouvelles doses, Brian va en échange devoir approvisionner la créature en cervelle fraîche… Film fauché et rebelle au mauvais esprit assumé, Elmer… aborde le thème de l’addiction à la drogue sans détour, mais armé d’un humour noir décapant… Elmer le remue-méninges, de Frank Henenlotter (1988), vendredi à minuit salle Juliet Berto

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Sale temps pour un flic

ECRANS | Joyau noir du cinéma américain des années 70, et unique film de James William Guercio, plus connu pour ses activités de producteur du groupe Chicago, Electra (...)

Damien Grimbert | Lundi 21 janvier 2013

Sale temps pour un flic

Joyau noir du cinéma américain des années 70, et unique film de James William Guercio, plus connu pour ses activités de producteur du groupe Chicago, Electra Glide in Blue est souvent présenté comme une sorte d’anti-Easy Rider. Et pour cause, les motards auxquels on s’intéresse ici sont des policiers, que l’on voit même s’entraîner au tir sur l’affiche du film en question ! Mais plus que tout autre chose, cette œuvre singulière est surtout un dynamitage en règle du mythe américain, à travers le parcours d’un petit flic (au sens propre comme au figuré) qui rêve de devenir détective pour la section criminelle et ainsi donner sens à sa vie. Sympathique, honnête et ouvert d’esprit, peu à l’aise dans ce climat d’affrontement entre hippies et forces de l’ordre, John Wintergreen est comme un chien dans un jeu de quilles : avec comme toile de fond hautement symbolique Monument Valley et les grands espaces de l’Arizona, le film va méthodiquement réduire à néant ses idéaux professionnels et moraux, sans la moindre concession… Electra Glide In Blue, de James William Guercio (1973), vendredi à 22h salle Juliet Bert

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Qui s’y frotte s’y pique

ECRANS | Deuxième volet d’une série de quatre films considérée (à juste titre) comme l’une des plus marquantes du cinéma d’exploitation japonais des années 70, Elle (...)

Damien Grimbert | Lundi 21 janvier 2013

Qui s’y frotte s’y pique

Deuxième volet d’une série de quatre films considérée (à juste titre) comme l’une des plus marquantes du cinéma d’exploitation japonais des années 70, Elle s’appelait Scorpion est avant tout un spectacle visuel d’une beauté sidérante, une expérience de cinéma pop flirtant sans cesse avec le surréalisme, à la puissance d’immersion sensorielle inégalée. Mais pas seulement ! Centré autour de la cavale d’un petit groupe de détenues – parmi lesquelles la mutique et mystérieuse Sasori – poursuivies par les gardiens du pénitencier dont elles se sont évadées, le métrage surprend aussi par la virulence avec laquelle il adresse la question de la condition féminine au Japon, et plus globalement son mépris affiché pour toute forme d’autorité. Reste enfin à rendre justice à l’intensité tétanisante avec laquelle l’actrice Meiko Kaji interprète le personnage de Sasori, ici élevé au rang de véritable icône vengeresse que rien ne saurait jamais abattre ou rabaisser. Du grand cinéma !  Elle s’appelait Scorpion, de Shunya Ito (1972), vendredi à 20h salle Juliet Berto  

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Un cinéma pas comme les autres

ECRANS | 5e édition pour le Festival des Maudits Films, caractérisé cette année encore par une sélection absolument irréprochable de films bis des années 1910 à nos jours. L’occasion de rendre hommage à ce cinéma de la marge, dont la générosité, la flamboyance, mais également la pertinence ne devraient plus être à démontrer. Damien Grimbert et Christophe Chabert

Damien Grimbert | Lundi 21 janvier 2013

Un cinéma pas comme les autres

Vous l’avez sans doute déjà remarqué, le Petit Bulletin nourrit depuis toujours une affection toute particulière pour le cinéma bis et les films de genre. Une frange du cinéma qui bénéficie désormais d’une visibilité plus importante que par le passé, mais souffre toujours d’une condescendance critique vaguement bienveillante, en décalage total avec ses atouts intrinsèques. Alors, quitte à se répéter, affirmons-le encore une fois haut et fort : non, le cinéma bis n’a rien d’un simple "plaisir coupable", d’un divertissement gentiment régressif à destination d’un public de geeks grands enfants qui aiment ricaner bêtement devant des films un peu cheap. Les vrais cinéphiles le savent bien : loin d’être un handicap, les contraintes budgétaires qui le caractérisent constituent bien souvent les garants d’une créativité visuelle hors norme et d’une liberté d’esprit frondeuse, qui permettent à ces films atypiques d’exprimer des propos politiques, sociaux et culturels forts, tout en témoignant d’une véritable soif de cinéma qu’on serait bien en mal de retrouver dans beaucoup de blockbusters hollywoodiens et films d’auteur estampillés Fémis. Cela ne veut évidemment pas dire

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Appelez-le Snake

ECRANS | Pour lancer sa nouvelle édition (dont on reparlera longuement la semaine prochaine), le festival des Maudits films s’offre une soirée d’ouverture grande (...)

Christophe Chabert | Mercredi 9 janvier 2013

Appelez-le Snake

Pour lancer sa nouvelle édition (dont on reparlera longuement la semaine prochaine), le festival des Maudits films s’offre une soirée d’ouverture grande classe avec le diptyque de John Carpenter consacré à son héros le plus légendaire, Snake Plissken. Après deux succès retentissants qui renouvelaient le genre du cinéma d’horreur (Halloween et Fog), Carpenter tourne en 1981 une pure série B d’anticipation, New York 1997. L’Amérique, qui voit son taux de criminalité exploser, réagit de manière radicale en transformant la Grosse Pomme en ville-prison ultra sécurisée dans laquelle sont déportés tous les délinquants (au sens très large du terme) de manière définitive. Pas de bol, le Président des États-Unis est victime d’un crash à bord d’Air force one, et se retrouve livré à la horde des prisonniers. En échange d’une grâce, Snake Plissken (Kurt Russell), hors-la-loi hors du temps, a vingt-quatre heures pour aller le récupérer. Amateur de western, Carpenter en retrouve l’esprit et les codes par la seule force de ce personnage badass et viril, individualiste et iconisé. Adepte du grand «fuck off» final renvoyant tout le monde (politiciens e

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Le chat à neuf queues

ECRANS | Invité d’honneur de cette édition du Festival des Maudits Films, l’éditeur Le Chat qui Fume viendra présenter quelques nouveaux fleurons de son catalogue et (...)

François Cau | Dimanche 8 janvier 2012

Le chat à neuf queues

Invité d’honneur de cette édition du Festival des Maudits Films, l’éditeur Le Chat qui Fume viendra présenter quelques nouveaux fleurons de son catalogue et de très référencées productions maison, faisant partager son expérience d’indépendant dans un marché en pleine déliquescence. Cette société est le bébé de deux cinéphiles pathologiques, dont la rencontre se fit sur le forum de Devildead, site hautement recommandable spécialisé dans les cinématographies bis, décalées et méconnues. Les deux commentateurs acerbes ont décidé de passer de la théorie à la pratique, et de mettre sur pied leur propre structure d’édition DVD, avec des partis pris militants par rapport au tout venant – la constitution d’un catalogue éclectique d’objets rares et déviants, une politique éditoriale de valorisation affirmée des films, de la confection de bonus rendant justice à leur unicité jusqu’à leur packaging, le tout à des tarifs abordables. Le très glauque polar gay Hard, le foutraque Punk Rock Holocaust, la rarissime anthologie de courts-métrages du photographe Richard Kern… leurs premiers titres témoignent à la fois d’une grande tenue par rapport à leurs ambitions éditoriales, et d’un éclectisme q

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Oh oui, exploite-moi

ECRANS | La nouvelle édition du Festival des Maudits Films enfonce le clou d’une ligne éditoriale aussi ludique qu’exigeante. En offrant la parole à d’authentiques passionnés de la chose cinématographique, en exhumant des bijoux méconnus du 7e art, et, in fine, en redonnant aux cinémas de genre et d’exploitation des lettres de noblesse qu’ils auraient toujours dû avoir. François Cau

François Cau | Vendredi 6 janvier 2012

Oh oui, exploite-moi

En septembre, on vous entretenait de la précarité toujours accrue du Centre Culturel Cinématographique, et incidemment de l’impact prévisible sur son événement phare annuel. Comme le soulignait la présidente du ciné-club historique grenoblois, un festival doit prendre de l’ampleur pour ne pas stagner puis disparaître. Si la compétition de longs-métrages n’est toujours pas à l’ordre du jour (celle des courts répond présent cette année encore), le corpus de sa programmation en revanche mérite moult louanges de la part de tout cinéphile se respectant un minimum. Pour vous donner une idée, si on était dans un teen movie américain, au beau milieu d’une assemblée, une personne se lèverait, regarderait le comité de sélection dans les yeux, et commencerait à frapper dans ses mains de la façon la plus sonore possible, entraînant rapidement le reste de la salle dans un tonnerre d’applaudissements. L’équipe du CCC avait d’ores et déjà démontré que son appréhension du cinéma de genre ne se limitait pas à surfer sur un engouement ludique, mais reposait bien sur une émulation poussée autour de la face trop souvent cachée et déconsidérée du cinéma. Artistes maudits Le caractè

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«Tout le monde peut voir du bis»

ECRANS | Entretien avec Karel Quistrebert, déléguée générale du Festival des Maudits Films. Propos recueillis par FC

François Cau | Lundi 10 janvier 2011

«Tout le monde peut voir du bis»

Petit Bulletin : Tous les cinéphiles ont leur définition du cinéma de genre, du cinéma bis… quelle serait la vôtre ?Karel Quistrebert : Je prends le terme cinéma bis dans le sens le plus généralisé. Ça peut être du péplum, du western, de l’horreur, de la série Z… J’aime bien tous les genres, et surtout leurs croisements, je n’aime pas qu’on reste dans le même carcan. C’est très difficile d’avoir une vraie définition du bis, c’est pour ça que je préfère l’employer dans le sens le plus large possible. Comment accompagnez-vous les projections, vous restez dans une démarche ciné-club ? Je pense que tout le monde peut voir du bis. Certains se disent «ah non, c’est de l’horreur, je ne vais pas y aller», alors qu’entre Les Yeux sans visage et le dernier Saw, c’est le grand écart, enfin plutôt le Grand Canyon ! Hélas, il y a des a priori, et qui fonctionnent dans les deux sens, certains fans de cinéma bis ne feront pas la démarche d’aller voir le Franju du fait de son aura “auteur“ alors que c’est un film superbe… Quand on fait venir des intervenants pour présenter les films, ce sont des passionnés

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L’amour du bis

ECRANS | Le Centre Culturel Cinématographique célèbre cette année la troisième édition de son Festival des Maudits Films, et le rallonge même d’une (plantureuse, il va sans dire) journée supplémentaire. Joie, allégresse, et commémoration festive du cinéma de genre. François Cau

François Cau | Lundi 10 janvier 2011

L’amour du bis

Le cinéma bis a toujours été, là, tapi dans l’ombre. Des séries B à Z, il y en eut dans chaque marge possible de la série A. Le cinéma d’exploitation ou le cinéma de genre, bon ou mauvais, pour présent et populaire qu’il ait pu être, fut trop longtemps considéré comme le parent pauvre, pour ne pas dire un peu con, d’un 7e art officiel et forcément plus respectable. Puis le revirement critique (qu’on attribue de façon chauvine aux Cahiers du Cinéma avec leur défense forcenée d’Alfred Hitchcock) commença à bouleverser la donne, et certains de ses artisans furent considérés comme de véritables artistes. On comprit que la liberté de ton octroyée par les univers fantastiques, horrifiques, science-fictionnels ou policiers pouvait laisser le champ libre à de véritables démarches d’auteurs, et en dire beaucoup plus sur l’époque qu’un drame en chambre, tout en offrant un spectacle autrement plus réjouissant. Après, et c’était là le moins évident, il appartenait aux spectateurs de se faire leur propre éducation à l’image, d’en retirer ce qu’ils voulaient, de ne pas sur-interpréter ou surévaluer certaines œuvres, et de faire le tri dans la démocratisation commerciale outrancière du cinéma de

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Le bon mauvais goût

ECRANS | Le Festival des Maudits Films se conclut en beauté avec un double hommage au méconnu Paul Bartel. Un auteur frondeur, cousin cinématographique d’un John (...)

François Cau | Jeudi 6 janvier 2011

Le bon mauvais goût

Le Festival des Maudits Films se conclut en beauté avec un double hommage au méconnu Paul Bartel. Un auteur frondeur, cousin cinématographique d’un John Waters en moins tapageur, et surtout connu pour le cultissime La Course à la mort de l’an 2000 (1975). Un film de science-fiction à la production design délicieusement surannée, où les différents participants d’une course à travers les Etats-Unis doivent écraser le plus de monde possible, afin de distraire la plèbe d’une Amérique futuriste fascisante. Inutile de se fourvoyer en voyant son récent et imbécile remake par Paul W. Anderson, tant ce dernier occulte tout ce qui fait toujours la saveur de ce détournement d’une commande de Roger Corman : une outrance hallucinée dans la violence et l’érotisme crapuleux, le tout au service d’un discours politique subversif, à l’insolence hilarante. Un tour de force jouissif, dont tout amateur de bis qui se respecte ne se lasse jamais, notamment grâce à une version française aux petits oignons. Tout aussi taré, Lust in the dust (1985) est un western musical déviant opposant l’égérie de John Waters, le travesti Divine, à la tonitruante Lainie Kazan et au matois Geoffrey Lewis, dans une sombre h

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