Barbara

ECRANS | Proposant un contrechamp intimiste à La Vie des autres, Christian Petzold retrace le quotidien de l’Allemagne de l’Est à travers le parcours d’une infirmière exilée en Province pour ses idées subversives. Un film au classicisme appuyé, qui repose surtout sur son actrice et son scénario. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Lundi 30 avril 2012

La bonne idée de Barbara, le nouveau film de Christian Petzold, c'est de ne pas adopter tout de suite le point de vue de son héroïne. Elle apparaît au spectateur à travers le regard des autres, et sa froideur butée, son absence d'émotions apparentes, se heurtent aux rumeurs qui courent sur son compte. Nous sommes dans l'Allemagne de l'Est de 1980, et plus exactement dans un petit hôpital de province, où la surveillance de la Stasi est tout aussi forte qu'ailleurs, mais seulement plus voyante. Pour Barbara, infirmière à Berlin, ce nouveau poste est une forme de bannissement, elle qui de toute évidence n'a plus qu'une idée : passer à l'ouest, du côté de la liberté. Le médecin chef du service s'intéresse très vite à cette femme belle, méfiante, distante, mais ses tentatives pour briser la glace se soldent par des échecs répétés. Quand Petzold se décide à dévoiler un peu plus le projet de Barbara, c'est aussi pour peindre le harcèlement constant dont elle est victime : aucune intimité, ni face à sa logeuse, ni face à l'agent chargé de la surveiller, ce qui rend d'autant plus délicate la mise en route de son plan d'évasion.

Faites le mur !

Si la mise en scène de Petzold ne dévie jamais d'un classicisme appuyé, à la lisière de l'académisme notamment dans sa première partie, ce sont bien les nombreux arcs de son scénario qui rendent le film passionnant. L'internement d'une jeune fille sauvage qui, à sa manière brutale et hystérique, cherche aussi à échapper au contrôle étatique, puis la rencontre entre Barbara et son amant de l'Ouest, propose à chaque fois une bifurcation inattendue dans le récit : dans le premier cas, l'attention qu'elle porte à l'adolescente apporte un éclairage sur la dévotion réelle et profonde de Barbara envers les autres — son métier est aussi fort que son envie d'exil ; dans le second, c'est l'inverse qui se produit, lorsqu'elle découvre que ce désir de fuite est si grand chez ses compatriotes que ceux d'en face peuvent aussi s'en servir comme d'un miroir aux alouettes, ouvrant la voie à la désillusion. Des deux côtés du mur, il y a des gens bien et des crapules, et il n'est pas facile, vue la parano ambiante, de discerner les uns des autres. Seule résiste alors la détermination de Barbara, sa force et son intelligence pour ne jamais plier face à la pression environnante. La beauté butée de la comédienne Nina Hoss, excellente d'un bout à l'autre et magnifiquement regardée par le cinéaste, rend le personnage d'autant plus passionnant et confère au film le mystère et la grâce dont il est parfois dépourvu.

Barbara
de Christian Petzold (All, 1h45) avec Nina Hoss, Ronald Zehrfeld…

 

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« On n’est pas un théâtre à l’arrêt ! »

Crise du coronavirus | Depuis le 30 octobre et le deuxième confinement, les lieux culturels français sont fermés au public, sans date de réouverture annoncée pour le moment. Mais derrière les portes closes, entre lassitude et optimisme, il se passe tout de même des choses. Alors que la MC2 est occupée, quatre responsables de théâtres de la région grenobloise nous ont raconté leur activité "chez eux".

Aurélien Martinez | Mercredi 17 mars 2021

« On n’est pas un théâtre à l’arrêt ! »

Au Grand Angle de Voiron « Nous allons bien, du moins aussi bien que nous le pouvons. » À Voiron, si l’immense salle de 1700 places assises qu’est le Grand Angle est fermée au public depuis fin octobre, en coulisse, ça s’active toujours comme nous l’a expliqué son directeur Vincent Villenave. En dehors des murs du théâtre notamment, avec des représentations dans les écoles (vu que le gouvernement le permet), mais également directement sur le plateau disponible faute de spectacles donnés, avec des résidences de création proposées aux artistes – la compagnie de danse Arcosm, la compagnie de magie nouvelle 32 Novembre… « Au commencement du deuxième confinement et les semaines suivantes, il y a eu un sentiment de désœuvrement, d’épuisement, avec cette insupportable politique du "stop and go" – on rouvre à telle date, non ce sera celle-

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"Ondine" : l’eau à la bouche

ECRANS | ★★★☆☆ De Christian Petzold (All.-Fr., 1h30) avec Paula Beer, Franz Rogowski, Maryam Zaree…

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2020

Conférencière spécialisée dans l’urbanisme de Berlin, Ondine est brutalement quittée par son amant. Christoph, un scaphandrier, tombe alors sous son charme et entame avec elle une romance. Mais la belle, encore rongée par sa blessure, doit en finir avec son ex… Histoire sentimentale néo-romantique, songe fantastique rêvée par le scaphandrier, cette variation sur le mythe de la nixe (ou sirène) troquant par amour son royaume contre la terre ferme, évoque, en version aquatique, la situation des anges wendersiens des Ailes du désir, condamnés à porter la mémoire de la ville qu’il survolent, dépositaires de l’histoire des hommes mais incapables d’en partager les affects ni les plaisirs mortels. Ondine est aussi de ces êtres de passage si fréquents dans le cinéma de Petzold, permettant à leur partenaire d’accomplir une traversée, mais dont la destinée revêt une dimension sacrificielle les rendant d’autant plus tragiques et… désirables, horrible paradoxe ! Pas étonnant que la fiévreuse Paula Beer ait, pour ce rôle de gardienne de Berlin, conquis l’Ours d’argent de la meilleure interprète à la Ber

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"Bacurau" : qui s’y frotte…

ECRANS | Après "Aquarius", Kleber Mendonça Filho s’associe à Juliano Dornelles pour livrer une fable picaresque futuriste, entre "Les Chasses du Comte Zaroff" et "Les Aventures d’Astérix" version brésilienne. Corrosif, sanglant et… visionnaire ? Prix du Jury à Cannes 2019.

Vincent Raymond | Mardi 24 septembre 2019

Nordeste brésilien, dans un futur proche. De retour à Bacurau pour enterrer sa grand-mère, Teresa remarque que le village est de plus en plus enclavé, comme coupé du monde. Les choses vont s’aggraver en présence de bien curieux étrangers. Mais Bacurau n’a pas dit son dernier mot ! Il y a trois ans, Kleber Mendonça Filho nous assénait une claque cuisante qui, à bien des égards, prophétisait métaphoriquement les prémices du populisme bolsonarien : on assistait en effet, dans Aquarius, à la déliquescence d’une société où le bon droit valait tripette face au poids des intérêts privés (et à leur omnipotence acquise par la corruption) ; où la maison Brésil semblait dévorée de l’intérieur, ses fondations menaçant de rompre à tout moment. Comme s’il souhaitait mettre entre parenthèses le temps présent, le cinéaste – en duo ici avec Juliano Dornelles – en propose, avec Bacurau, une manière d’extrapolation, histoire d’en mesurer les consé

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"I Remember Earth" : objectif Terre au Magasin des horizons

Exposition | Toujours en prise avec l’actualité, le Magasin des horizons ouvre une magnifique exposition sur les rapports que l’Homme entretien à la Terre. Au programme : de l’écologie, du féminisme, des figures historiques de l’art de la performance et pas mal de jeunes artistes qui méritent le détour.

Benjamin Bardinet | Mardi 10 septembre 2019

Ce qui caractérise d’emblée l'exposition I Remember Earth est son immédiate générosité et sa dimension extrêmement séduisante. La scénographie, aussi sobre qu’ingénieuse, invite à une déambulation parmi les œuvres et permet au visiteur de se plonger avec plaisir dans les démarches, souvent conceptuelles, des artistes présentés. Ceci est d’autant plus favorisé par l'accrochage qui rassemble, en début de parcours, plusieurs œuvres de figures pionnières de la performance : Gina Pane, Judy Chicago ou Agnès Denes. L’Italienne Gina Pane, que l’histoire de l’art a souvent cantonné à une pratique gentiment sentimentalo-geignarde (et soi-disant tellement plus appropriée pour une artiste femme !), présente ici des œuvres aussi minimales que poétiques dont la géniale performance de 1969 dans laquelle elle tente d’enfoncer un rayon de soleil dans la terre. Judy Chicago est également mise à l’honneur avec une série de photographies et de vidéos de la série Atmosphères (1969-1974, photo). Violemment colorées, les images de ces actions à base de fumigènes et de corps nus ont susci

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"Petra" : cœur de pierre

ECRANS | De Jaime Rosales (Esp-Fr-Dan, 1h47) avec Bárbara Lennie, Alex Brendemühl, Joan Botey…

Vincent Raymond | Lundi 6 mai 2019

Jeune artiste peintre, Petra vient effectuer une résidence auprès de Jaume, un plasticien réputé au caractère entier, dominateur et volontiers arrogant. Si elle se lie d’amitié avec le fils de celui-ci, Lucas, elle empêche que les choses aillent plus loin. Car Petra cache un secret… Depuis La Soledad (2008) et Un tir dans la tête (2009), c’est toujours un plaisir de retrouver le réalisateur espagnol Jaime Rosales qui fait partie de ces auteurs qui n’usent pas en vain de leur art, et dont chaque film procure ce double plaisir de la découverte : quelle est l’histoire et comment il choisit de la raconter. En bon théoricien, la forme interroge toujours le fond et lui répond. Ici, le récit est chapitré à la manière d’un roman, mais son ordre chronologique est contrarié. Une perturbation qui permet d’occulter des franges du passé, de présenter des conséquences avant certaines causes, d’induire également dans l’esprit du spectateur des hypothèses quant à la raison de ces ellipses. Cette construction n’est pas non plus sans évoquer le processus artistique, fait d’allers-retours, de repentirs – on assiste d

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"Transit" : guerre sans naguère

ECRANS | de Christian Petzold (All-Fr, 1h41) avec Franz Rogowski, Paula Beer, Godehard Giese…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

L’arrivée des forces d’occupation en France contraint l’Allemand Georg à gagner Marseille, où il compte rallier l’Amérique par la mer. Sur place, il récupère l’identité et le visa pour le Mexique de son compatriote Weidel dont il a trouvé le corps. Mais une femme, Marie, l’intrigue et le retient… Étrange concept que celui de ce film qui replace dans le contexte actuel et des décors contemporains une situation ancienne, à savoir datant d’il y a quatre-vingt-ans. Comme au théâtre, il s’agit pour le spectateur de souscrire un pacte et d’admettre une double réalité entre ce qu’il voit et ce qui est évoqué au-delà de l’image – Lars von Trier avait procédé de même dans Dogville, réduisant son dispositif à l’extrême. Cette dualité a certes du sens : Georg ne se dissimule-t-il pas sous le "masque" d’un autre individu ? De même, un état d’égarement se ressent à la vue de ce Marseille en état de siège où les repères sont abolis, chacun devenant pareil à un étranger. Hélas, Transit reste prisonnier de ce ping-pong référentiel et théorique, qui pousse nécessairement à chercher des comparaisons entre les deux époques. La figure évanesc

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"Chair à poème" : quand on a que les mots

Clown | La clown Pouk Personne (Barbara Gay) nous invite au Petit 38 pour un solo centré sur la poésie. Savoureusement étrange.

Aurélien Martinez | Mardi 5 décembre 2017

« Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne » (Victor Hugo), « Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant » (Paul Verlaine), « Mignonne, allons voir si la rose » (Pierre de Ronsard)… Ces vers, issus de poèmes classiques plus que connus (mais dont la suite est toujours plus difficile à sortir de tête !), servent de matériau à un curieux spectacle d’une artiste se qualifiant de « clown plasticienne ». Dans Chair à poème, présenté comme un « effeuillage poétique bouffon », la comédienne Barbara Gay interprète ainsi Pouk Personne, « entité bouffonne mégalomaniaque » bien décidée à parler poésie au monde. À savoir les spectateurs venus aussi bien l’écouter que la regarder, puisqu’elle reçoit engoncée dans une tenue qui fait autant office de costume que de décor. Voilà donc une petite forme intimiste (le cadre du Petit 38 qui l’accueille facilite cette proximité) captivante grâce à la présence scénique forte de la comédienne, drôle quand celle-ci joue avec le public, inégale quand Pouk met en jeu les différents poèmes ; mais surtout atypique dans la

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Musique classique : neuf concerts pour une saison cadencée

Panorama de rentrée culturelle 2017/2018 | Avec du classique de chez classique mais aussi de la philosophie en musique, du lyrisme théâtralisé ou encore du violoncelle.

Régis Le Ruyet | Mercredi 13 septembre 2017

Musique classique : neuf concerts pour une saison cadencée

Orchestre philharmonique de Radio France Muse géniale de l’opéra contemporain, la soprano canadienne Barbara Hannigan stupéfiait, en 2011, les spectateurs du festival Présences de Radio France par ses talents de cheffe. Combinant audace et précision, la chanteuse y soutenait les plus folles vocalises du Grand Macabre de György Ligeti pendant que, d'une poigne ferme, elle menait en extase les musiciens finnois de l'Avanti ! Chamber. Un exercice de direction et de haut vol lyrique qu’elle réitéra à Grenoble avec l’Orchestre philharmonique de Radio France dans les atours de Lulu d'Alban Berg et de la Fille folle de George Gershwin. À la MC2 le 6 octobre Michel Onfray et Henri Demarquette – musique et philosophie Accompagné par le violoncelliste Henri Demarquette, le philosophe hédoniste Michel Onfray nous expliquera comment, avec les penseurs, dire et entendre le monde. Une passionnante rencontre en pe

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"Dieu, ma mère et moi" : crise de foi érotique

ECRANS | Un apprenti philosophe peut-il sortir victorieux d’un combat simultané contre l’Église espagnole et sa famille ? S’il est prêt à renoncer à remporter d’autres prix, oui ! La preuve dans cette fantaisie spirituelle, sensible et sensuelle. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 3 mai 2016

L’avènement de l’ère du big data a contribué à matérialiser l’existence de données personnelles pour chaque individu… ainsi que celle d’entités les convoitant à des fins commerciales ou non, avec ou sans le consentement de leur légitime propriétaire. Les particuliers disposent donc d’un droit d’accès et de modification aux fichiers regroupant les informations les concernant, pour éviter leur exploitation ou divulgation sauvage. Sous la forme d’une fable surréaliste (il faut avoir l’esprit ouvert à l’absurdité comique pour l’apprécier), Dieu, ma mère et moi révèle comment une organisation refuse de radier de ses effectifs le héros Tamayo, qui n’a pas demandé à en faire partie. Le fait que l’organisation soit l’Église espagnole, et qu’elle bénéficie toujours de liens privilégiés avec l’État, doit expliquer cette capitulation du temporel… Ceci est son corps Originellement titré El Apóstata (clairement : L’Apostat), le film a étrangement été rebaptisé en France. Histoire, sans doute, de le faire passer pour un succédané ibérique de Woody Allen ou de Nanni Moretti. Certes, le scénario s’inspire d’une anecdote authentique vécue (subie

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La Niña de fuego

ECRANS | Deuxième film du dessinateur de BD espagnol Carlos Vermut, "La Niña de fuego" impressionne par sa beauté vénéneuse, sa construction mystérieuse et sa singularité cinématographique, faisant pleinement confiance au spectateur pour s’orienter dans son labyrinthe. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 juillet 2015

La Niña de fuego

Il est finalement assez rare de voir débarquer sur les écrans un pur ovni, un film qui ne ressemble à aucun autre et qui se paye même le luxe de prendre à rebrousse-poil toutes les modes actuelles. C’est d’autant plus délectable que La Niña de fuego est un deuxième film signé par un inconnu qui possède manifestement une certaine réputation dans son pays, l’Espagne, en tant que dessinateur de BD. Cette notation biographique-là pourrait pousser paresseusement à expliquer son goût des cadres fixes et rigoureux ; on est pourtant tout aussi loin de l’idée de cases que de la pratique de certains cinéastes autrichiens, avides de plans implacables enfermant les personnages dans des prisons filmiques. Ce qui intéresse Carlos Vermut, ce n’est pas tant ce qui s’exprime à l’intérieur des plans que ce qui n’y figure pas ; et lorsqu’il pratique des ruptures spectaculaires d’axe, comme dans un prologue étrange qui ne trouvera d’écho qu’en toute fin de métrage, c’est pour faire circuler du mystère et de la magie. « Magical girl » : c’est le surnom d’une héroïne de manga qui fascine une jeune fille de 12 ans, Alicia, atteinte d’une leucémie. Son père aimerai

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Phoenix

ECRANS | Après "Barbara", Christian Petzold et son actrice Nina Hoss explorent de nouveau l’histoire allemande – ici, le retour des camps – mais sur un mode labyrinthique et hitchcockien. Un très grand film sur l’identité et l’inexprimable. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 27 janvier 2015

Phoenix

Fidèle au précepte d’un Claude Lanzman, Christian Petzold ouvre Phoenix sur ce que l’on ne peut pas montrer : l’horreur des camps de concentration nazis. Il le fait à travers le visage d’une rescapée, Nelly, recouvert par des bandelettes tel Rock Hudson dans le film Seconds. Défigurée, quasi-mutique, elle est prise en charge par Lene, qui veut lui offrir un nouveau visage et une nouvelle vie, dans une Palestine qui ne s’appelle pas encore l’État d’Israël. Mais l’opération réussie, Nelly ne se reconnaît pas et se voit comme une autre. On ne saura jamais si cette sensation de dédoublement est une conséquence psychologique du martyre qu’elle a subi  – provoquant une cassure irrémédiable entre son moi d’avant et ce qu’il en reste aujourd’hui  – ou si, effectivement, elle relève d’une vraie transformation physique. Ce trouble-là, que Petzold entretient magistralement, le film le redouble encore quand Nelly retrouve son mari Johnny, ancien pianiste désormais homme à tout faire dans un cabaret au milieu des ruines berlinoises. Johnny est redevenu Johannes et, quand il croise Nelly, ce n’est pas sa femme qu’il voit, mais son sosie. Là encore, l’ambiguïté est à

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Elle est belle ma gazette

CONNAITRE | RDV artistique / Chaque exposition du Laa est désormais accompagnée d’un moment de partage et de discussion avec le public : le LAAB. Une façon d’explorer (...)

Laetitia Giry | Vendredi 13 avril 2012

Elle est belle ma gazette

RDV artistique / Chaque exposition du Laa est désormais accompagnée d’un moment de partage et de discussion avec le public : le LAAB. Une façon d’explorer le sens possible des œuvres avec les artistes et de participer à la dimension « laboratoire » du lieu (qui se nomme donc Laboratoire d’Art d’Aujourd’hui). Pour que ces rendez-vous ne sombrent pas dans l’oubli et bénéficient d’un retentissement à plus long terme, l’idée a germé de faire participer quelqu’un d’extérieur aux membres actifs du lieu pour venir observer et restituer à sa manière ces LAAB - restitution sous forme de gazette, laissant une grande liberté à son créateur d’une fois tant dans la forme que dans le contenu. En février dernier, carte blanche a été donnée à l’artiste Emilie Ibanez, laquelle s’est livrée à un travail de recherche théorique à partir des expériences et commentaires entendus alors. Forte de ses (très) nombreuses lectures (elle porte d’ailleurs un projet original intitulé BARBARa : bibliothèque périplasticienne, mise à disposition de ses nombreux trésors bibliographiques), et sans craindre de s’engager personnellement, l’artiste a jeté sur le papier idées et schémas, pensées et corrélations… Une «

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Ça ne nous ramènera pas Barbara !

MUSIQUES | De la longue dame brune il a récupéré le nom, le festival Barbara de Saint-Marcellin a cette année la bonne idée d’accueillir l’inénarrable Thomas Fersen et la grande Juliette Gréco : nous sommes impressionnés. Laetitia Giry

François Cau | Vendredi 13 mai 2011

Ça ne nous ramènera pas Barbara !

Chanson / « Dis, quand reviendras-tu ? Dis, au moins le sais-tu ? » On pourra toujours se lamenter et invoquer la grande dame en noir, s’il est une certitude en ce bas monde c’est bien celle qu’elle ne reviendra pas. Une impossibilité consolée par l’éternité de l’œuvre laissée comme trace – privilège ô combien honorable de l’artiste. Ce festival éponyme lui fait honneur d’une part en présentant une exposition, d’autre part en invitant de dignes représentants de la chanson française. Sur le premier point, on a comme un doute : « Barbara, regards et clins d’œil » offre une série de dessins et caricatures qui, vus d’ici, sont loin de nous faire rêver. Sur le second, rien à dire : même si Saint-Marcellin n’est pas Göttingen, la verve délicatement malicieuse de Fersen et la classe de Gréco nous y mèneront, par « le petit sentier » ou « le raccourci à travers champ » de « Ce matin-là ». Alors, raconteThomas Fersen n’a encore lassé personne. C’est un exploit quand on sort son neuvième album. Ça l’est encore plus quand les albums en question sont composés de chansons à texte, d’histoires écrites à la manière

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