Adieu Berthe !

ECRANS | De et avec Bruno Podalydès (Fr, 1h40) avec Denis Podalydès, Isabelle Candelier, Valérie Lemercier…

Aurélien Martinez | Jeudi 14 juin 2012

Berthe est morte, mémé n'est plus. C'est ce qu'apprend Armand Lebrec (Denis Podalydès), la tête dans une boîte transpercée de sabres factices. Son affliction à l'annonce du décès est, elle aussi, purement factice : cette grand-mère était si discrète que tout le monde l'avait oubliée dans la famille (son père en particulier, atteint d'une forme de démence burlesque ; un numéro aussi bref que grandiose pour Pierre Arditi). De toute façon, Armand a d'autres chats à fouetter : une femme qu'il tente vainement de quitter, une autre avec qui il essaie de trouver un modus vivendi, une pharmacie appartenant à une belle-mère intrusive… Après l'inégal Bancs publics, Bruno Podalydès revient à des territoires plus familiers de son cinéma : la comédie de l'indécision sentimentale, sur un mode plus grave et plus mature, âge des protagonistes oblige. La première moitié est effectivement hilarante, notamment la peinture de pompes funèbres délirantes, l'une tenue par une sorte de gourou new age (Michel Vuillermoz, génial), l'autre par un taxidermiste arrondissant ses fins de mois en faisant des funérailles discount (Podalydès lui-même). La deuxième, où le cinéaste s'aventure dans un registre plus doux-amer, est un peu moins convaincante, mais c'est là qu'il tire les fils les plus étonnants de sa drôle de pelote : comme ces dialogues de textos colorés qui s'affichent à l'écran, ou encore cette nuit où le passé de Berthe ressurgit par la grâce d'une série de lettres d'amours envoyés à un magicien volage. À cet instant, Podalydès trouve une belle harmonie entre deux époques du discours amoureux, les faisant se rejoindre dans une même mélancolie, à l'image de la touchante chanson de Mouloudji qui précède l'ambivalent « Je reviens » final.

Christophe Chabert

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"Plaire, aimer et courir vite" : un peu, pas du tout et pas avec les bonnes chaussures

ECRANS | Pour raconter ses jeunes années entre Rennes et Paris, quand le sida faisait rage, le cinéaste Christophe Honoré use de la fiction. Et les spectateurs se retrouvent face à un pensum dépourvu de cette grâce parfois maladroite qui faisait le charme de ses comédies musicales. En compétition à Cannes 2018.

Vincent Raymond | Vendredi 11 mai 2018

Paris, 1993. Écrivain dans la radieuse trentaine, célibataire avec un enfant, Jacques (Pierre Deladonchamps) a connu beaucoup de garçons. Mais de ses relations passées, il a contracté le virus du sida. Lors d’une visite à Rennes, il fait la connaissance d’Arthur (Vincent Lacoste), un jeune étudiant à son goût. Et c’est réciproque… Il faudrait être d’une formidable mauvaise foi pour, quelques mois après le triomphe de 120 battements par minute, taxer Christophe Honoré d’opportunisme parce qu’il situe son nouveau film dans les années 1990 à Paris – ces années de l’hécatombe pour la communauté homosexuelle, ravagée par le sida. Car Plaire, aimer et courir vite s’inscrit dans la cohérence de sa filmographie, dans le sillage de Non ma fille, tu n’iras pas danser (20

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"Les Grands Esprits" : Denis Podalydès, le velours côtelé et la platitude

ECRANS | de Olivier Ayache-Vidal (Fr., 1h46) avec Denis Podalydès, Léa Drucker, Zineb Triki…

Vincent Raymond | Lundi 11 septembre 2017

Un agrégé de lettres sentencieux exerçant dans un lycée prestigieux se trouve victime de sa forfanterie et muté pour un an dans un collège difficile de banlieue. Arrivant coincé comme un chien dans un jeu de quilles, il fera l’unanimité en juin auprès de ses collègues et ouailles…[bâille] Remix entre Le plus beau métier du monde, L’École pour tous et Entre les murs, ce premier long-métrage d’Olivier Ayache-Vidal ne peut décemment pas revendiquer l’originalité ; aimable, il reste bien naïf dans sa vision des choses : dans la vraie vie, ça finit rarement aussi bien. Reposant grandement sur l’aptitude naturelle de Denis Podalydès à porter du velours côtelé et à citer des grands textes (bien sûr, Luchini aussi aurait pu convenir, mais il devait avoir conseil de classe), cette comédie qui prétend se jouer des présupposés aligne les clichés comme un cancre. Vision rousseauiste des élèves, atténuation de la réalité, sauvetages-miracles... : il n’y a guère que l’évocation des filandreuses procédures internes qui soit drôle, car elle paraît pour le coup en-deçà de la réalité. Doit faire ses preuves en salles

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"Marie-Francine" : retour en grâce pour Valérie Lemercier

ECRANS | Valérie Lemercier célèbre la rencontre de deux quinquas bouillis par la vie dans une comédie sentimentale touchante ranimant les braises d’une délicatesse désuète. Un beau couple de personnages qu’épouse un duo d’acteurs idéal : la cinéaste et l’extraordinaire Patrick Timsit.

Vincent Raymond | Lundi 29 mai 2017

Tuiles en cascades pour la quinquagénaire Marie-Francine : son mari la quitte pour une jeunette, elle perd son boulot de chercheuse puis doit retourner vivre chez ses parents (et supporter leurs manies hors d’âge). Une éclaircie tempère ce chaos : sa rencontre avec Miguel, un cuisinier attentionné traversant peu ou prou les mêmes galères qu’elle. Et si le bonheur était à venir ? On avait laissé, pour ne pas dire abandonné, Valérie Lemercier seule face à la Bérézina que constituait 100% Cachemire (2013), film trahissant un essoufflement ultime dans sa mécanique de comédie. Comme une fin de cycle en triste capilotade. Changement de ton et de registre ici avec ce qui pourrait bien être la plus belle réussite de la cinéaste : sous l’impulsion de sa coscénariste Sabine Haudepin, Valérie Lemercier sort en effet de sa zone de confiance, au-delà de l’aimable charge contre les bourgeois – plus prévisible que corrosive chez elle. Certes, elle s’octroie également le (petit) rôle de la jumelle snobinarde de Marie-Francine, clone des emplois qu’elle

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Valérie Lemercier : « Patrick Timsit, c’est l’homme idéal »

ECRANS | Cinquième long-métrage de Valérie Lemercier, "Marie-Francine" est sans doute le plus réussi. Et n’est pas (uniquement) une comédie. Rencontre avec la coscénariste/réalisatrice/interprète.

Vincent Raymond | Lundi 29 mai 2017

Valérie Lemercier : « Patrick Timsit, c’est l’homme idéal »

Est-il facile de signer une comédie romantique ? Valérie Lemercier : C’est ma première histoire d’amour au cinéma, et elle est venue malgré moi. À l’écriture avec Sabine Haudepin, je redoutais que ce soit "uc-uc". Le sujet était la résurrection de Marie-Francine, je ne voulais pas qu’elle soit trop victime : les victimes, on a envie de leur en remettre un coup, c’est humain. Alors j’ai beaucoup raccourci au montage. Il y a une évidence entre Patrick Timsit​ et vous à l’écran. Comment est né ce couple ? Cette évidence était évidente pour moi ! Elle ne l’était probablement pas sur le papier, mais je savais que le choix de Patrick serait bon, car il me plaisait dans la vie – ce n’est pas plus compliqué que cela. Il a du charme, c’est l’homme idéal, il a l’âge du rôle, il pouvait faire portugais… Et je voulais qu’on voie ce que moi j’avais vu – même si je ne l’avais jamais vu sur scène avant de lui proposer le rôle. Je voyais bien qu’il pou

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"La Mécanique de l'ombre" : affaires intérieures

ECRANS | de Thomas Kruithof (Fr.-Bel., 1h33) avec François Cluzet, Denis Podalydès, Sami Bouajila…

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Solitaire, chômeur et buveur repenti, un comptable (François Cluzet) est recruté par un discret commanditaire pour retranscrire à la machine à écrire des écoutes téléphoniques enregistrées sur cassettes magnétiques. Sans le savoir, il va pénétrer dans les sordides coulisses de l’appareil d’État… Un thriller politique s’inscrivant dans le contexte de ces officines supposées gripper ou fluidifier les rouages de notre république bénéficie forcément d’un regard bienveillant. Pas parce qu’il alimente la machine à fantasmes des complotistes (fonctionnant sans adjonction de carburant extérieur) mais parce qu’elles recèlent autant de mystères et d’interdits que les antichambres du pouvoir américaines, si largement rebattues. Comme un creuset où se fonderaient entre elles les affaires Rondot, Squarcini, Snowden et Takieddine, cette première réalisation de Thomas Kruithof est à la fois très concrète et pétrie de symboles (tel celui du puzzle l’objet fétiche du héros ; une structure complexe rendue inopérante dès lors que la plus misérable pièce fait défaut). Esthétiquement composé en Scope, ce film à la lisière de l’enquête intérieure

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Valérie Lemercier : le rire dans la peau

Humour | L'une des femmes les plus drôles de France (oui, oui) sera vendredi soir au Grand Angle de Voiron pour son grand retour sur scène après sept ans d'absence. On sera dans la salle.

Aurélien Martinez | Lundi 10 octobre 2016

Valérie Lemercier : le rire dans la peau

Humoriste, comédienne (parfaite dans Fauteuils d'orchestre), réalisatrice (Palais Royal notamment), chanteuse (génial Goûte mes frites), présentatrice des César (ah, son entrée en 2007 sur le Maldòn de Zouk machine devant un Almodóvar interloqué)… À 52 ans, Valérie Lemercier a (presque) tout fait. Et (presque) toujours avec un talent fou qui lui confère un statut à part dans le monde artistique français. Son grand retour sur scène, sept ans après son dernier one-woman-show (qui, à l’époque, avait fait la une du PB), était donc forcément très attendu. Surtout que c’est sur les planches, seule face à la foule et avec une économie de moyens manifeste, que la force Lemercier s’exprime le plus librement à travers ses personnages cultes – notamment et évidemment la grande bourgeoise qu’elle campe depuis plus de 25 ans, d

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Humour : nos quatre temps forts de la saison

Saison 2016 / 2017 | Une sélection à base de têtes d'affiche et de (plus ou moins) découvertes.

Aurélien Martinez | Mardi 13 septembre 2016

Humour : nos quatre temps forts de la saison

Max Bird Les spectacles d’humour tournent souvent autour des mêmes thèmes – le sexe, les relations hommes-femmes, les iPhone… Alors quand un comique vient avec son Encyclo-spectacle nous parler de son amour des dinosaures ou encore des effets de l’alcool sur notre corps, on l’écoute avec attention. Et on rit grandement, tant il le fait magistralement (Max Bird est un excellent comédien, façon Jim Carrey) et avec pertinence (on apprend en plus plein de trucs). À la Basse cour du jeudi 29 septembre au samedi 8 octobre Valérie Lemercier Celle qui aime tant camper les grandes bourgeoises est de retour sur scène sept ans après son dernier one-woman-show. Un nouveau spectacle dans lequel on croisera visiblement certains de ses personnages fétiches – la grande bourgeoise bien sûr ou encore la coach en diététique. Car la polyvalente Lemercier, tour à tour comédienne, réalisatrice, humoriste voire chanteuse, a un talent certain pour croquer ses semblables ; et surtout pour livrer des textes intellige

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Comme un avion

ECRANS | Bruno Podalydès retrouve le génie comique de "Dieu seul me voit" dans cette ode à la liberté où, à bord d’un kayak, le réalisateur et acteur principal s’offre une partie de campagne renoirienne et s’assume enfin comme le grand cinéaste populaire qu’il est. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 juin 2015

Comme un avion

Qu’est-ce qu’un avion sans aile ? Un kayak… Drôle d’idée, qui surgit par paliers dans la tête de Michel (Bruno Podalydès lui-même, endossant pour la première fois le rôle principal d’un de ses films). À l’aube de ses cinquante ans, il s’ennuie dans l’open space de son boulot et dans sa relation d’amour / complicité avec sa femme Rachelle (Sandrine Kiberlain, dont il sera dit dans un dialogue magnifique qu’elle est « lumineuse », ce qui se vérifie à chaque instant à l’écran). Michel a toujours rêvé d’être pilote pour l’aéropostale, mais ce rêve-là est désormais caduque. C’est un rêve aux ailes brisées, et c’est une part de l’équation qui le conduira à s’obséder pour ce fameux kayak avec lequel il espère descendre une rivière pour rejoindre la mer. Une part, car Bruno Podalydès fait un détour avant d’en parvenir à cette conclusion : son patron (Denis Podalydès), lors d’un énième brainstorming face à ses employés, leur explique ce qu’est un palindrome. Pour se faire bien voir, tous se ruent sur leurs smartphones afin de trouver des exemples de mots se lisant à l’endroit et à l’envers. Plus lent à la détente, Michel finira in extremis par tomber sur le mot "kayak"

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100% Cachemire

ECRANS | De et avec Valérie Lemercier (Fr, 1h38) avec Gilles Lellouche, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Vendredi 6 décembre 2013

100% Cachemire

Un drôle de désir semble avoir guidé Valérie Lemercier pour son quatrième film en tant qu’actrice-réalisatrice… S’approprier un fait-divers glauque où une mère adoptive décide de rendre son fils après quelques mois "d’essai" ; faire le portrait acide d’une bourgeoisie étranglée entre bonne et mauvaise conscience ; mais aussi s’écrire un personnage détestable dont la caméra, toutefois, ne se détache jamais, exercice narcissique très curieux et, à l’image du film tout entier, plutôt déplaisant. Car si Lemercier a un vrai talent pour écrire des dialogues de comédie qui claquent, et si elle sait les mettre dans la bouche de comédiens ravis de s’amuser avec cette musique virtuose, le scénario de 100% Cachemire n’a pas de centre, sinon une misanthropie qui s’exerce aveuglément sur les riches et les pauvres, les premiers très cons, les seconds très cons et très moches. Il y avait pourtant une idée magnifique, hélas laissée en jachère : cet enfant russe muet et impavide, mur indéchiffrable sur lequel les émotions des adultes alentour ricochent ou se fracassent. Mais la mise en scène semble fuir ce trou noir émotionnel, préférant se réfugier dans la peinture sarc

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Main dans la main

ECRANS | De et avec Valérie Donzelli (Fr, 1h25) avec Jérémie Elkaïm, Valérie Lemercier…

Christophe Chabert | Mercredi 12 décembre 2012

Main dans la main

Ceux qui ont sacralisé le tandem Donzelli / Elkaïm sur la foi de leur il est vrai correcte La Guerre est déclarée vont en être pour leur frais. Avec Main dans la main, c’est retour à la case départ, celle de leur premier film, ce navet indescriptible qu’était La Reine des pommes. L’argument (un danseur du dimanche tombe en "synchronicité" avec une prof de danse de l’Opéra Garnier) s’épuise en trente minutes et ne donne même pas lieu à une quelconque virtuosité physique ou gestuelle : tout est approximatif et ruiné par un surdécoupage qui traduit une réelle absence de point de vue. On assiste alors à un film entre potes (Lemercier, pièce rapportée, semble paumée au milieu de la bande) où l’amateurisme est presque une condition pour faire partie du club (pourquoi avoir donné un tel rôle à Béatrice De Staël, absolument nulle d’un bout à l’autre ?). L’artisanat du film, son côté lo-fi, a bon dos : c’est surtout une m

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Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Passant après le calamiteux épisode Langmann, Laurent Tirard redonne un peu de lustre à une franchise inégale en misant sur un scénario solide et un casting soigné. Mais la direction artistique (affreuse) et la mise en scène (bancale) prouvent que le blockbuster à la française se cherche encore un modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir été écrit sur mesure. Il y a dans Au service de sa Majesté un petit charme très français du second rôle savoureux, plus digeste que la pr

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Du vent dans mes mollets

ECRANS | De Carine Tardieu (Fr, 1h29) avec Agnès Jaoui, Denis Podalydès, Isabelle Carré…

Aurélien Martinez | Mardi 17 juillet 2012

Du vent dans mes mollets

Depuis ses courts-métrages, Carine Tardieu s’applique à regarder le monde avec les yeux des enfants, en général confrontés à des drames qui bouleversent leur naïveté. Avec Du vent dans mes mollets, l’affaire vire au procédé, et on ne voit plus que les gimmicks et les formules à l’écran. Le ripolinage général, la brocante vintage 80 qui sert de direction artistique ou le jeu sur les différents régimes d’image, tout cela distrait sans cesse de l’histoire racontée, il est vrai pas palpitante en soi. Non seulement le film est surproduit, mais il est aussi surécrit, de la voix-off singe savant de sa jeune héroïne au jeu lassant sur les dialogues en franglais entre les parents Jaoui et Podalydès, ou encore une galerie de seconds rôles stéréotypés à souhait. Même quand le film aborde des rivages plus troubles, notamment sexuels, il s’avère d’un grand puritanisme, sur la forme comme sur le fond. Et en devient, du coup, assez irritant. Christophe Chabert

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« Des amours en vitesse de croisière »

ECRANS | Bruno Podalydès retrouve dans "Adieu Berthe", en plus de son frère Denis, premier rôle et co-scénariste, les thèmes et figures fortes qui ont défini son cinéma, singulier et personnel, drôle et attachant. Propos recueillis par Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Jeudi 14 juin 2012

« Des amours en vitesse de croisière »

Dans Adieu Berthe, il y a trois arcs scénaristiques très clairs : la mort de Berthe et ses funérailles, l’hésitation amoureuse d’Armand Lebrec et le rapport à la magie qui fait le trait d’union entre ces deux axes. Comment avez-vous organisé ses trois arcs et lesquels se sont spontanément mariés entre eux ?Bruno Podalydès : Ce qui était intéressant, c’est qu’a priori ils ne se mariaient pas forcément, et pourtant tel était mon souhait. Je voulais tourner une suite de Liberté Oléron, donc j’étais surtout axé sur l’histoire de la grand-mère : quelque chose qui touche spontanément et de près, la mort d’un proche, mais qui peut aussi ne pas toucher du tout, car on peut être négligent envers certaines personnes dans la famille. Il y avait ce point de départ-là, l’enterrement de mémé en gros, avec l’envie d’imaginer des pompes funèbres loufoques. Après est arrivé ce que vous appelez le deuxième axe : une deuxième femme. Pas la femme légitime, mais une amante, sans forcément faire da

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La Conquête

ECRANS | De Xavier Durringer (Fr, 1h45) avec Denis Podalydès, Florence Pernel…

François Cau | Jeudi 19 mai 2011

La Conquête

De la part de Durringer, on s’attendait à un film en demi-teinte, mais pas vraiment à un résultat aussi affligeant. Vendu sur un mensonge par omission fleurant bon l’escroquerie (« le film a eu du mal à se monter », sous-entendu à peine masqué d’un propos a priori rentre-dedans), La Conquête, récit de l’accession de Nicolas Sarkozy au pouvoir, n’est dans sa première partie qu’une suite de sketchs pas vraiment finauds, dans l’esprit du Coluche d’Antoine de Caunes. Chacun semble jouer sa partition en se calquant sur les marionnettes des Guignols de l’Info (mention spéciale à Bernard Lecoq en Jacques « crac crac » Chirac), les scènes lapidaires ne reposent que sur des “bons“ mots qui font au mieux sourire et au pire engendrent la consternation – quand bien même ces répliques auraient été proférées par leurs modèles, encore eut-il fallu les mettre en valeur autrement que dans une mise en scène cheap dans sa logique, ses effets et sa mise en œuvre. Dans la deuxième partie, Durringer et son coscénariste Patrick Rotman, non contents de cumuler les anecdotes au lieu de raconter une histoire, cèdent à un écueil inattendu : la fascination pour leur sujet, culminan

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Valérie Lemercier : « Écouter l’intimité »

SCENES | Rapide échange avec Valérie Lemercier à propos de son spectacle.

François Cau | Samedi 14 mars 2009

Valérie Lemercier : « Écouter l’intimité »

Petit Bulletin : Etes-vous déjà en mesure de dire si la scène vous avait manqué ? Valérie Lemercier : Oh, ça je le savais dès le début. J’ai eu peur tous les soirs de représentations, mais j’ai quand même été apte à apprécier le plaisir d’être sur scène. Le spectacle a été écrit dans l’urgence… Oui, mais pas plus qu’un autre, pour le deuxième, j’avais remplacé Belmondo au dernier moment au Théâtre de Paris et j’avais dû l’écrire en encore moins de temps… Je fonctionne comme ça, je ne répète pas, je ne rôde pas en Province, il faut que ça sorte. Je ne me projette jamais un an à l’avance, je ne serais pas capable de tenir un rythme d’écriture quotidien. Qu’est-ce qui vous a poussée à reprendre certains de vos personnages plus que d’autres ? Il y a des personnages que j’aime jouer, dont je souhaitais adapter les textes, garder les voix d’avant mais en évoquant ce qui me parle aujourd’hui. Par exemple, je fais des petites filles depuis toujours, mais là j’aborde des sujets plus graves que d’habitude. À la grande différence de la majorité des comique

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Valérie Lemercier, arme de distraction massive

SCENES | Le nouveau spectacle de Valérie Lemercier nous rappelle, si besoin en était, à quel point cette dernière est une interprète hors pair, capable de s’approprier n’importe quel univers pour en explorer le potentiel humoristique avec talent. François Cau

François Cau | Jeudi 12 mars 2009

Valérie Lemercier, arme de distraction massive

Allez, on est entre nous, on peut tout se dire. Les one-(wo)man-shows français, ça n’a jamais été notre tasse de thé. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, mais les mêmes travers revenaient, envahissants à en hurler à la lune, le poing rageusement levé vers le ciel : manque de rythme, d’écriture convaincante ou même d’humour, incapacité chronique à se mettre au niveau des sempiternelles mêmes références (Pierre Desproges, Eddie Murphy et Jerry Seinfeld), de la vulgarité crasse et mal digérée en guise de provocation ultime… On s’assied donc l’air fat, peu sensible aux charmes de la rénovation gentiment tape-à-l’œil de la salle parisienne du Palace, on essaie de ne pas trop penser au très frais accueil du spectacle dans ses premières critiques, on se prépare à compter les sketchs pour patienter jusqu’à la fin. Mais quand le show démarre, on est happés : les premières notes du P.I.M.P. de 50 cent (version non censurée, of course !) résonnent, Valérie Lemercier fait son entrée, traverse la scène au gré d’une chorégraphie délicieusement décalée. Alors OK, ça ne vaut peut-être pas sa mémorable danse aux César sur Zouk Machine, mais il ne nous en fallait pas plus pour ê

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