Casa Grande

ECRANS | Un premier long qui illustre à merveille le renouveau du cinéma brésilien, social et décontracté.

Christophe Chabert | Mardi 2 juin 2015

Après Les Bruits de Recife et quelques semaines avant l'excellent Une seconde mère, le nouveau cinéma brésilien démontre qu'il est en pleine effervescence avec ce premier long-métrage de Fellipe Barbosa. Sur le papier, il s'agit d'un classique film d'apprentissage adolescent, où un jeune garçon de 17 ans, que sa francophile de mère a baptisé Jean, rencontre une jolie métisse, Luiza, avec laquelle il entend bien assouvir sa libido débordante. Mais cette trame-là se joue sur fond de choc entre classes sociales, la famille bourgeoise de Jean faisant tout pour dissimuler sa banqueroute financière, tandis que Luiza, elle, entend bien profiter de la nouvelle loi sur les quotas décrétée par Lula pour s'offrir un futur que ses origines modestes lui interdisaient jusqu'alors.

C'est la constante de cette Nouvelle Vague brésilienne : parvenir à être des deux côtés de la barrière, des nantis comme des défavorisés, et filmer les frictions qui les opposent comme des éléments de thriller, de mélodrame ou ici, de comédie matinée d'érotisme. Barbosa parvient ainsi à donner de la consistance à tous ses personnages, tout en adoptant un trait vif où la critique ne vire jamais au cynisme. L'écriture comme la mise en scène savent se tenir à la juste distance de leur sujet, produisant un récit plein qui monte crescendo au double rythme du désir érotique et de la peur du déclassement.

Christophe Chabert


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"Domingo" : les bourgeois, c'est comme les cochons...

ECRANS | de Fellipe Barbosa & Clara Linhart (Bré, 1h28) avec Itala Nandi, Camila Morgado, Augusto Madeira…

Vincent Raymond | Mardi 9 octobre 2018

Dimanche 1er janvier 2003. La vieille et acariâtre Laura rejoint les siens dans la demeure familiale pour célébrer la nouvelle année. Pendant que cette bourgeoisie fin de race festoie, les employés de maison suivent dans les coulisses l’investiture du nouveau président élu par le peuple, Lula… Domingo ressemble à une version contemporaine et brésilienne de La Règle du jeu (1939) de Jean Renoir ou de Gosford Park (2001) de Robert Altman : une peinture corrosive de ces "grandes familles" vivant dans l’aveuglement de leur propre déliquescence, à l’approche d’un changement de société majeur. Si les notables n’en ont aucune perception, endormis qu’ils sont par les reliquats de leurs privilèges féodaux, le nez dans la drogue et le pantalon en bas des chevilles, au royaume des domestiques en revanche, tout indique qu’une révolution se prépare. Mais aura-t-elle vraiment lieu ? On pardonnera à Fellipe Barbosa et Clara Linhart leur petite entorse à la vérité historique (le 1er janvier 2003 était un mercredi et non un dimanche) mais la tentation était grande de f

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