Chocolat

ECRANS | Avec quatre réalisations en 10 ans (dont trois depuis juin 2011), on va finir par oublier que Roschdy Zem a commencé comme comédien. Il aurait pourtant intérêt à ralentir la cadence : son parcours de cinéaste ressemble à une course forcenée vers une forme de reconnaissance faisant défaut à l’acteur… La preuve avec cette histoire du clown Chocolat, premier artiste noir de la scène française.

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Rien de tel, pour un réalisateur désireux de s'assurer un consensus tranquille, qu'un bon vieux film-dossier des familles ou la biographie d'une victime de l'Histoire. Qu'importe le résultat artistique : il sera toujours considéré comme une entreprise morale nécessaire visant à rétablir une injustice, et réduit à sa (bonne) intention de départ, aussi naïve qu'elle soit – on l'a vu il y a peu avec le documentaire mou du genou Demain de Cyril Dion & Mélanie Laurent, encensé pour les vérités premières qu'il énonce, malgré sa médiocrité formelle et sa construction scolaire.

Chocolat est de ces hyper téléfilms néo-qualité française qui embaument la reconstitution académique et s'appuient sur une distribution comptant le ban et l'arrière-ban du cinéma figée dans un jeu “concerné“, dans l'attente de séquences tire-larmes. La bande originale de Gabriel Yared, étonnamment proche des mélodies de Georges Delerue (mais ce doit être un hasard, Yared étant plutôt connu pour ses “hommages” à John Williams) incitant, d'ailleurs, fortement à l'usage du mouchoir. Une seule bonne idée, ayant du sens en dépassant le clin d'œil : avoir confié le rôle des frères Lumière à un duo de comédiens prodigieux et rarement réunis, les frères Podalydès. Les rares instants qu'ils passent à l'écran illuminent le film. Trop brefs, hélas : la durée d'une bobine de Cinématographe, soit cinquante secondes…

Une tranche de ghetto

Est-ce du cinéma ? De l'image utilitaire convenue par paquet de 24 ou 25, plutôt. On est à mille lieues de la crudité de Vénus Noire (2010) d'Abdellatif Kechiche, qui posait une image brutale, dépourvue de d'enluminures enjouées, de l'impitoyable “consommation” des Noirs par la société du spectacle du XIXe siècle. Les silences douloureux de la Vénus hottentote apparaissent en effet politiquement plus éloquents que les maigres discours revendicatifs d'un Chocolat manifestant son mécontentement d'être l'éternel faire-valoir du Blanc. Sa prise de conscience est ici aussi bâclée que les flash-back évoquant son enfance. Vouloir conter l'Histoire est certes louable ; mais savoir raconter des histoires reste un préalable.

Metteur en scène, Roschdy Zem, va-t-il après Omar m'a tuer et Chocolat, poursuivre dans cette voie du cinéma de réhabilitation ? Omar Sy, après Samba, endossera-t-il d'autres rôles d'oubliés, malmenés par une société discriminatoire et raciste ? Gare à l'écueil du déterminisme : se sentir obligé de représenter un groupe revient à se piéger soi-même, à s'imposer des limites...

Chocolat de Roschdy Zem (Fr., 1h50) avec Omar Sy, James Thiérrée, Clotilde Hesme…


Chocolat

De Roschdy Zem (Fr, 1h50) avec Omar Sy, James Thiérrée... Du cirque au théâtre, de l'anonymat à la gloire, l'incroyable destin du clown Chocolat, premier artiste noir de la scène française.
Pathé Échirolles 4 rue Albert Londres Échirolles
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Y aura-t-il du (bon) chocolat à Noël ? (spoiler : oui)

GUIDE URBAIN | Consommation / Crise sanitaire mondiale, afflux de rumeurs alarmistes sur la santé des cacaoyers, consommation en hausse… Aurait-on des raisons de redouter une pénurie de chocolat en cette fin 2020 ? Chez les grands chocolatiers de la région Pralus, Bonnat et Bernachon, aucune. Ouf…

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2020

Y aura-t-il du (bon) chocolat à Noël ? (spoiler : oui)

Le cerveau malade ayant scénarisé l’année 2020 eût pu, en guise d’apothéose perverse et maléfique, imaginer non point la fin des haricots mais celle des fèves de cacao. Un Noël sans papillotes ni truffes, dépourvu d’orangettes, de bûches et de bouchées au chocolat ; bref sans le divin réconfort de la théobromine, aurait plongé le monde dans la plus amère des afflictions. Pour ne pas dire dans un état de manque : chaque foyer hexagonal a en effet dévoré plus de 8 kg de chocolat en 2019*. Et il se peut fort qu’à la faveur des confinements, la consommation des Français ait sensiblement augmenté ces derniers mois. L’hypothèse n’avait rien de si ubuesque, car depuis quelques années, la situation de la filière est régulièrement sujette à des alertes. Premier péril annoncé, la problématique du réchauffement climatique : une hausse des températures de 2, 1°C prévue d’ici 2050 dans les pays équatoriaux fait courir un risque mortel aux cacaoyers ne pouvant se développer que dans

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Un nez rouge et beaucoup d’efficacité

Initiative | Solidarité / Leur look amuse, mais leur action est sérieuse : les clowns de la compagnie Les Coulisses à ressorts se produisent dans plusieurs structures de soins de l’agglo, auprès de personnes isolées ou vulnérables. C’est très utile !

Martin de Kerimel | Mardi 6 octobre 2020

Un nez rouge et beaucoup d’efficacité

Il pourrait travailler sur la scène des théâtres ou la piste des cirques, pour la joie des petits et grands enfants. Yoann Bonnier préfère s’exprimer autrement et, en guise de public, se tourner vers des spectateurs adultes fragiles, dans les EPADH, les foyers de vie et les structures d’accueil de personnes en situation de handicap. Clown professionnel depuis douze ans et membre actif de la compagnie Les Coulisses à ressorts, il intervient régulièrement en milieu de soins. Avec d’autres adhérents de l’association, il invente des univers et fait naître des rires, de la réflexion, de la mélancolie… en somme une palette d’émotions en des endroits où elles sont difficiles à faire sortir. « Nous ne considérons surtout pas comme des soignants, mais les équipes des structures avec lesquelles nous travaillons peuvent utiliser notre action comme levier thérapeutique auprès des personnes dont elles s’occupent, indique Yoann. Notre idée d’artiste est de soutenir le vivant, d’apporter à ces personnes un rire, une énergie différente ou un petit coup de peps, dans des endroits souvent clos ou isolés, et d’entrer dans un temps de partage. » Cela ne s’improvise pas, bien sûr :

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Omar Sy : « C’est à mon instinct que je me connecte le plus »

Interview | Entre Los Angeles et Paris, Omar Sy mène une prolifique carrière transatlantique. Avant d’attaquer le tournage de la série Arsène Lupin, il est à l’affiche de trois films en ce début 2020 : après "Le Prince oublié" et avant "Police", on peut le voir dans "L’Appel de la forêt"…

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Omar Sy : « C’est à mon instinct que je me connecte le plus »

Tout le monde a envie d’avoir un Buck dans sa vie. C’est votre cas ? OS : J’en ai deux : un cane corso et un american staff ! Mais j’espère que tout le monde a un Buck, que ce soit un frère, un pote, une copine, une chérie ou même ce qu’a Buck : un loup qui symbolise son instinct et qui le guide. J’espère qu’on est tous connectés à cette petite voix dans notre tête et qu’on l’écoute un petit peu plus. C’est ce que dit le film, et le livre aussi, je crois. Après, je ne connais pas Jack London, c’est pas mon pote ! (sourire) Ce que je comprends de ce qu’il nous raconte, Buck, c’est nous. On peut le voir comme un enfant qui devient un homme. Un enfant à qui on a appris des choses qui ne marchent pas toujours dans la vie. Alors, il s’adapte. Il s’adapte sans cesse et finalement, son vrai guide, c’est son instinct. Les réponses sont en lui. J’ai l’impression que pour nous aussi, c’est pareil. Malgré son imaginaire, malgré la communication, même s’il met des habits, l’Homme reste un animal. Vous-même, êtes-vous instinctif ? Je ne suis que ça ! Tout ce qui m’arrive par… chance ou par hasard ; to

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"L'Appel de la forêt" : loup y es-tu ?

ECRANS | La destinée de Buck, bon gros chien arraché à sa famille du sud des États-Unis pour être revendu au Yukon en pleine fièvre de l'or ; son parcours de maître en (...)

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

La destinée de Buck, bon gros chien arraché à sa famille du sud des États-Unis pour être revendu au Yukon en pleine fièvre de l'or ; son parcours de maître en maître et son éveil à son instinct primitif, jusqu'à ce que le loup en lui parvienne enfin à s'exprimer à nouveau… À l’instar de Joseph Conrad, Jack London "vécut" avant d’écrire (même s’il sut marier les deux de concert) et donc écrivit sur l’aventure en connaissance de cause. Ce n’est sans doute pas un hasard si ses romans d’apprentissage rencontrent encore aujourd’hui un succès inentamé par-delà les générations et au-delà des transpositions. En témoigne la récente variation sur Martin Eden signée par Pietro Marcello. Plus remarquable encore est le fait que le roman d’apprentissage d’un non-humain, un chien, touche autant nos congénères ; d’autant qu’à rebours de son époque flattant l’industrialisation triomphante, London y exaltait des valeurs quasi rousseauistes de retour à la nature ! Par un des étranges renversements auxquels l’Histoire nous a habitués, les notions de recherche ou de préservation de l’étincelle de sauvagerie innée sont au cœur des préoccupations contemporaines : à

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"La Fille au bracelet" : maillons à partir avec la justice

ECRANS | De Stéphane Demoustier (Fr., 1h36) avec Melissa Guers, Chiara Mastroianni, Roschdy Zem…

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Sur une plage estivale, la police interpelle Lise, 16 ans. Deux ans plus tard, la cheville ceinte d’un bracelet électronique, la jeune femme s’apprête à comparaître pour l’assassinat de sa meilleure amie. Le procès va révéler un visage insoupçonné de Lise. En particulier pour ses parents… Deux plans d’une brillante maîtrise encadrent La Fille au bracelet : l’interpellation de Lise, vue à distance sans autre son que le bruit océanique des vacanciers alentour ; et puis Lise, une fois le jugement prononcé, accomplissant un geste si particulier qu’il ne permet pas de statuer sur son innocence ni sa culpabilité. Deux plans qu’on aurait pu voir chez Ozon ou Haneke, exposant sans imposer, donnant en somme la "règle du jeu" au public : « Voici les faits objectifs, à vous de vous prononcer en votre âme et conscience. » Certes, si l’on en sait un peu plus que des jurés lambda en s’invitant dans le foyer familial de la jeune fille un peu avant et pendant le procès, ce film de prétoire suit scrupuleusement la procédure, dans son crescendo dramatique ponctué de révélations, coups et rebondissements, sans jamais désopacifier l’affaire, b

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"Le Prince Oublié" : en fin de conte…

Cinema | Le combat de personnages pour pouvoir survivre après la défection de leur public épouse celui d’un père pour rester dans le cœur de sa fille. Beau comme la rencontre fortuite entre "Princess Bride" et une production Pixar dans un film d’auteur français signé Hazanavicius.

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Tous les soirs, Djibi raconte à sa fille Sofia des histoires qu’il crée pour elle, où un prince triomphe du diabolique Pritprout. Mais à son entrée au collège, Sofia se met à s’inventer ses propres histoires, causant la mise au chômage des personnages de l’univers imaginé par son père… De la même manière que l’histoire du Prince oublié navigue continûment entre deux mondes, la sphère du réel et celle de l’imaginaire, le cinéma de Michel Hazanavicius offre au public un double plaisir : suivre le spectacle déployé par la narration (à savoir les aventures/mésaventures des personnages) tout en l’incitant à demeurer vigilant à la mécanique du récit, à sa méta-écriture et aux fils référentiels dont il est tissé. L’approche hypertextuelle constitue d’ailleurs une composante essentielle de l'œuvre d'Hazanavicius depuis le matriciel La Classe américaine ; au point que le réalisateur semble avoir voulu illustrer par l’exemple les différentes pratiques recensées par Gérard Genette dans Palimpsestes : pastiche et travestissement pour les OSS 117, parodie et charge dans

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Cirque : les quatre spectacles que nous attendons avec impatience

Panorama de rentrée culturelle 2019/2020 | Direction la MC2, l'Hexagone et le Grand Angle.

La rédaction | Mardi 17 septembre 2019

Cirque : les quatre spectacles que nous attendons avec impatience

Campana Le Cirque Trottola est une compagnie fascinante, qui revient à la MC2 (enfin, devant, car sous chapiteau) après sa réussite Matamore, jouée plus de 300 fois ici et là. Un peu sombres, parfois inquiétants mais constamment jubilatoires, Bonaventure Gacon et Titoune rejoignent de nouveau la piste et tentent d'établir un lien entre eux, à tâtons. Car le cirque, ce ne sont pas que des performances (même s'il y en a ici, entre trapèze et portés acrobatiques) mais une atmosphère, un regard sur le monde… Grandiose et émouvant à la fois. À la MC2 du vendredi 29 novembre au mercredi 11 décembre Möbius Pur déploiement poétique et virtuose des possibilités de l’acrobatie aérienne, incroyable émanation d’une énergie collective : il y a quatre ans, la pièce Il n’est pas encore minuit de la compagnie circassienne XY nous avait bluffés. Nous serons très heureux de retrouver les dix-neuf acrobates avec une nouvelle création ; et ce d’autant plus qu’elle a été accompagnée pa

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Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

ECRANS | Arnaud Desplechin délaisse, en apparence, la veine introspective pour signer "Roubaix, une lumière", film noir tiré d’un fait divers authentique survenu dans sa ville natale. Rencontre avec le cinéaste autour de la genèse de cette œuvre, sa méthode, ses doutes et ses joies. Mais aussi du théâtre (attention, spoilers).

Vincent Raymond | Vendredi 16 août 2019

Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

La tension est-elle un peu retombée depuis le Festival de Cannes, où le film était en compétition ? Arnaud Desplechin : C’était très intense ! Le soir de la projection a été un moment assez bouleversant pour chacun des acteurs. Il y a eu une deuxième ovation pour eux et j’ai vu Roschdy qui était comme un petit garçon. Il y a un amour des acteurs spécifique à Cannes : c’est le seul endroit où vous pouvez offrir aux acteurs cet accueil-là. Avec les photographes, les sourires, les encouragements, il y a tout un rituel qui est mis en place… Alors quand vous pouvez offrir ça aux acteurs qui vous ont tant donné pendant le tournage, c’est très, très, émouvant. À Venise, c’est différent, c’est le metteur en scène qui ramasse tout. Comment avez-vous choisi Roschdy Zem ? Je le connais depuis très longtemps, par ma maison de production. Je l’avais déjà repéré dans les films de Téchiné où il avait fait de petites apparitions et je m’étais dit : celui-là, on va compter avec lui. Et quand j’ai vu N’oublie pas que tu vas mourir… Même sa partition dans Le Petit Lieutenant est vachement b

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"Roubaix, une lumière" : divers faits d’hiver

ECRANS | Arnaud Desplechin retourne dans son Nord natal pour saisir le quotidien d’un commissariat de police piloté par un chef intuitif et retenu. Un polar humaniste où la vérité tient de l’épiphanie, et la parole du remède. Le premier choc de la rentrée cinématographique.

Vincent Raymond | Jeudi 25 juillet 2019

L’arrivée d’un nouveau lieutenant, des incendies, la disparition de mineurs, le crime d’une personne âgée… Quelques jours dans la vie et la brigade de Yacoub Daoud (Roschdy Zem), patron du commissariat de Roubaix, pendant les fêtes de Noël… « On est de son enfance comme on est de son pays » écrivait Saint-Exupéry. Mais quid du pays de son enfance ? En dehors de tous les territoires, échappant à toute cartographie physique, il délimite un espace mental aux contours flous : une dimension géographique affective personnelle, propre à tout un chacun. Et les années passant, le poids de la nostalgie se faisant ressentir, ce pays se rappelle aux bons (et moins bons) souvenirs : il revient comme pour solder un vieux compte, avec la fascination d’un assassin de retour sur les lieux d’un crime. Rupture Aux yeux du public hexagonal (voire international), Arnaud Desplechin incarne la quintessence d’un cinéma parisien. Un malentendu né probablement de l’inscription de La Sentinelle (1992) et de Comment je me suis disputé... (1996) dans des élites situées, jacobinisme oblige, en Île-de-France. Pourtant, son

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Antonin Baudry : « "Le Chant du loup" est une tragédie grecque dans un sous-marin aujourd’hui »

ECRANS | Auteur et scénariste de la série BD et du film "Quai d’Orsay", Antonin Baudry s’attaque à la géopolitique fiction avec un thriller de guerre aussi prenant que documenté, à regarder écoutilles fermées et oreilles grandes ouvertes. Rencontre avec le cinéaste et ses comédiens autour d’une apocalypse évitée.

Vincent Raymond | Mercredi 20 février 2019

Antonin Baudry : «

Pour une première réalisation de long métrage, vous vous êtes imposé un double défi : signer un quasi huis clos en tournant dans des sous-marins, mais aussi donner de la visibilité au son… Antonin Baudry : C’était l’une des composantes dans l’idée de créer un espace immersif. Il fallait d’abord reproduire le son et ensuite avoir une représentation visuelle des choses qu'on entend, et une représentation dans le son des choses qu'on voie. C’est un truc très envoûtant : on a essayé de recréer des écrans à la fois beaux et réalistes, qui jouent narrativement, politiquement également. Cela fait partie du décor, du rapport entre les êtres humains et les machines – les sonars – donc de la problématique du film. Le terme "chant du loup" préexistait-il ? AB : C'est le nom que l’on donne souvent à des sonars ennemis parce qu’il reflète cette notion de danger. Une fois, quand j'étais à bord d’un sous-marin à moitié en exercice et en mission, une espèce de sirène a retenti et j'ai vu que tout le monde se crispait un peu. J’ai entendu quelqu'un qui disait :

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"Le Chant du loup" : la mort dans les oreilles

ECRANS | de Antonin Baudry (Fr, 1h55) avec François Civil, Omar Sy, Reda Kateb, Mathieu Kassovitz…

Vincent Raymond | Lundi 18 février 2019

L'ouïe hors du commun de Chanteraide lui permet d’identifier grâce à sa signature sonore n’importe quel submersible ou navire furtif. Mais à cause d’une hésitation, l’infaillibilité du marin est remise en cause. Une crise nucléaire sans précédent va pourtant le rendre incontournable… Scénariste sous le pseudonyme d’Abel Lanzac de la série BD et du film Quai d’Orsay, le diplomate Antonin Baudry change de "corps" mais pas d’état d’esprit en signant ici son premier long-métrage : une nouvelle fois, en effet, c’est une certaine idée du devoir et de la servitude à un absolu qu’il illustre. Les sous-mariniers forment un "tout" dévoué à leur mission, comme le ministre des Affaires étrangères l’était à sa "vision" d’une France transcendée par sa propre geste héroïque dans la BD. Mais s’il s’agit de deux formes de huis clos (l’un dans les cabinets dorés du pouvoir, l’autre parmi les hauts fonds), tout oppose cinématographiquement les projets. Le

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"Yao" : cahier d’un retour au pays des ancêtres

ECRANS | De Philippe Godeau (Fr-Sen, 1h44) avec Omar Sy, Lionel Louis Basse, Fatoumata Diawara…

Vincent Raymond | Lundi 21 janvier 2019

Petit Sénégalais de 13 ans, Yao vénère la star européenne Seydou Tall, au point de connaître le livre de l'acteur par cœur. Apprenant que l’idole est de passage à Dakar, Yao fait les 400 kilomètres séparant son village pour le rencontrer. Touché (et poussé par le destin), Seydou décide de le ramener chez lui. Il s’agit là clairement d’un conte où le voyageur pensant maîtriser son cheminement se trouve "voyagé", guidé par des forces de plus en plus pressantes à accomplir une mission initiatique à laquelle il n’était pas préparé. Dans ce récit, Yao n’est pas le héros mais le déclencheur inconscient, l’adjuvant à travers lequel le destin va se manifester pour infléchir la trajectoire de Seydou ; un guide malgré lui tirant par ailleurs des leçons profitables de son escapade. Si Philippe Godeau et Omar Sy ont tenté manifestement d’éviter le "folklorisme" tout en préservant un certain réalisme dans la vision du pays, il ne faut pas non plus s’attendre à une vérité documentaire : la caméra ne reste pas assez longtemps pour cela, c’est l’histoire qui veut cela… Et le road-movie, qui lui aussi effectue une manière de retour aux source

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Belledonne en cirque : « Créer un cirque à ciel ouvert »

Festival | Samedi 23 et dimanche 24 juin, c'est du côté de Revel, dans le massif de Belledonne, que ça va se passer. On vous en dit plus.

Alice Colmart | Mardi 19 juin 2018

Belledonne en cirque : « Créer un cirque à ciel ouvert »

Samedi 23 et dimanche 24 juin est prévue la deuxième édition du festival Belledonne en cirque, au bord du lac de Freydières à Revel (massif de Belledonne). « L’idée était de créer un cirque à ciel ouvert pour changer des chapiteaux et des lieux fermés. On a voulu transformer cet espace destiné aux skieurs, aux randonneurs, aux grimpeurs, en un lieu artistique » explique Marie Maton, co-fondatrice du festival organisé par l’association Kafé sauvage. Au cœur de la nature s’installera donc un véritable cabaret circassien où se succéderont des jongleurs, des clowns, ou encore des acrobates comme ceux de la cie La Tête sur les Étoiles « qui mixe plusieurs disciplines : du jonglage, de la musique en live, du clown ». Et si le festival aspire à « rendre ces arts accessibles à tous, notamment en proposant un prix d’entrée libre », il prévoit également des initiations – au monocycle, à la jongle, à la bascule coréenne... « Le but est de montrer que ce n’est pas si compliqué que ce que l’on se l’imagine. » Au programme s’ajoutent également une projection Back to the Fjords, « film qui mê

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"La Dernière saison" : le Cirque Plume au crépuscule

Cirque | Critique enthousiaste du spectacle que la compagnie présentera au Grand Angle de Voiron du vendredi 2 au jeudi 8 mars.

Nadja Pobel | Mardi 27 février 2018

Créé dans leur fief de Besançon en mai dernier, le spectacle La Dernière saison signe la fin de l'aventure du Cirque Plume. L'équipe, toujours menée par les fondateurs (dont le directeur Bernard Kudlak), achève là sa formidable aventure née au début des années 1980 avec cette idée de « fédérer un public large sans étiquette sociale prédéfinie ». C'est toujours le cas sous leur chapiteau qui accueille un millier de spectateurs durant les trois années (nécessaires à sa rentabilité) d'exploitation du spectacle. Eux qui ont commencé leur carrière bien avant que les arts du cirque ne soient institutionnalisés n'ont eu de cesse de creuser le même sillon : celui de l'authentique et de la rigueur. Et si leur précédent spectacle Tempus fugit n'était à nos yeux qu'un catalogue de numéros trop vus, celui-ci est habité par une poésie qu'ils revendiquent à tel point que l’atmosphère, les bruits inquiétants et les gestes simples (une danse avec une plume par exemple) sont plus émo

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"Diane a les épaules" : voici une comédie sentimentale moderne sur la GPA

ECRANS | de Fabien Gorgeart (Fr., 1h27) avec Clotilde Hesme, Fabrizio Rongione, Thomas Suire…

Vincent Raymond | Lundi 13 novembre 2017

Diane est du style à se replacer seule l’épaule lorsqu’elle se la déboite. Ce qui lui arrive souvent en ce moment : elle rénove une maison pour occuper sa grossesse. Diana, qui est enceinte pour un couple d’amis, a tout prévu. Sauf son coup de foudre pour Fabrizio, l’artisan qui l’aide… La présence de Clotilde Hesme au générique d’une comédie sentimentale va devenir un indice de modernité amoureuse : après le ménage à trois des Chansons d’amour (2007) de Christophe Honoré, la voici engagée dans une GPA. Cette inscription dans une réalité sociale n’a rien d’anecdotique : elle témoigne d’une volonté de rebattre les cartes d’un genre épuisé, qui d’ordinaire réchauffe des sauces éventées quand elles ne sont pas rancies (nul besoin de citer les coprolithes polluant les écrans). Diane a les épaules renverse les perspectives en donnant au caractère féminin la place centrale et décisionnaire (tout en jouant avec ses atermoiements), sans faire l’impasse ni sur sa féminité ni ses sentiments. Au-delà du fait qu’il aborde la GPA, le propos est ainsi politique, et n’empêche pas le film d’abriter des instants de tendresse

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Cinq spectacles de cirque (mais pas que) à voir cette saison

Panorama de rentrée culturelle 2017/2018 | Une sélection à base d'acrobaties mais aussi de western, de clown ou encore d'humour.

La rédaction | Jeudi 14 septembre 2017

Cinq spectacles de cirque (mais pas que) à voir cette saison

Le syndrome de Cassandre Champion du monde de magie avec Baltass, un numéro de balles vu près d'un million de fois sur Youtube, Yann Frisch a poussé plus loin son talent et a même déconstruit son savoir-faire dans cette pièce qui tourne partout et émeut. Il est un clown qui tombe le masque ; plutôt que de faire rire de ses maladresses, il voudrait faire croire ce qu'il raconte. Alors il se fait sombre, sort sa mère en tissu d'un cercueil, escamote des tours et touche au cœur. À l’Hexagone du 17 au 19 octobre Halka Le Groupe Acrobatique de Tanger est une compagnie de cirque impressionnante, qui maîtrise l’art du spectaculaire (ils seront quatorze acrobates sur scène) et de la pyramide humaine. Si nous n’avons pas encore vu leur nouvelle création, on en attend beaucoup. À la Rampe (Échirolles) les 12 et 13 décembre Minuit

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"Le Prix du succès" : la rançon de la gloire (et la monnaie de sa pièce)

ECRANS | de Teddy Lussi-Modeste (Fr., 1h32) avec Tahar Rahim, Maïwenn, Roschdy Zem…

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

Sur scène, Brahim (Tahar Rahim) fait rire. Et son succès profite à toute sa famille, en particulier à son irascible aîné Mourad (Roschdy Zem) qui le cornaque depuis toujours. Violent, jaloux de Linda (Maïwenn), la fiancée et metteuse en scène de Brahim, Mourad devient un obstacle dont son frère décide se séparer. Sans le lui dire… Teddy Lussi-Modeste quitte le monde gitan servant de décor à sa première réalisation Jimmy Rivière mais n’abandonne pas pour autant les histoires d’emprises claniques, où la parole (autant le verbe que la promesse) joue un rôle central. Il reste également proche des Écritures : ces histoires de bisbille entre frères, de prodigalité, de respect des anciens, de trahison des proches, de tentation… Tout cela à des relents ma foi bien bibliques. Mais si la progression dramatique de son intrigue impliquait un inéluctable virage vers le genre polar, celui-ci intervient hélas trop tard, dans un croupion de film – alors qu’il y avait matière à en faire un ress

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Cyril Griot : « Montrer au public la diversité des clowns »

Festival | Depuis 2015, la compagnie iséroise Le Bateau de papier organise son Festival du numéro de clown. « Un public (jusqu’à 300 personnes par soirée), une véritable piste de cirque sous un chapiteau, un temps de jeu ne dépassant pas les 14 minutes, et surtout, surtout, le désir de faire rire et de rire ensemble » assurent les organisateurs. Pour en savoir plus, nous avons rencontré le directeur artistique de l’événement.

Aurélien Martinez | Vendredi 21 avril 2017

Cyril Griot : « Montrer au public la diversité des clowns »

C’est quoi ce Festival du numéro de clown ? Cyril Griot : C’est d’abord une rencontre avec le monde des clowns pour montrer au public la diversité de notre univers. Car il y a autant de propositions artistiques différentes que de clowns ! Et c’est aussi un festival qui privilégie la forme clownesque courte, c’est-à-dire le numéro, avec un maximum de 14 minutes. Ce qui permet de voir plein de choses en une soirée, sachant que cette forme courte demande une certaine efficacité : faut que ça démarre très vite, qu’on crée un événement en quelques minutes… D’où viennent les clowns que nous verrons sur scène ? On lance une invitation très large à tous les clowns. Du coup beaucoup nous contactent, de partout. L’information circule bien : par exemple, on a pas mal de demandes qui viennent d’Espagne. On aura ainsi cette année Ricardo Cornelius, clown assez connu dans son pays. Et de l’Espagne, l’info est carrément partie en Amérique latine ! On a aussi des clowns de toute la France, dont certains qui viennent du Samova

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"L’Indomptée" : tensions à la villa Médicis

ECRANS | de Caroline Deruas (Fr, 1h38) avec Clotilde Hesme, Jenna Thiam, Tchéky Karyo…

Julien Homère | Mardi 14 février 2017

Coscénariste de Philippe Garrel sur Un été brûlant et La Jalousie, Caroline Deruas signe avec L’Indomptée son premier long-métrage. Rome, la Villa Médicis : les destins de Camille et son mari Marc Landré, tous deux écrivains, et d’Axèle, une photographe, s’entrechoquent. Dans le couple comme dans la résidence, les tensions vont monter jusqu’à l’explosion finale. Volontairement elliptique, cet essai tient plus du cinéma abstrait de Lynch que du film de chambre d’Eustache. Sans compromis dans son traitement expérimental, L’Indomptée est un beau brouillon, un exercice de style prometteur plus qu’un travail accompli. Si la réalisatrice reste encore prisonnière de ses influences, le trio d’acteurs (Hesme, Thiam, Karyo) donne corps et vie à ce qui aurait pu ressembler à un étalage de références un peu guindé.

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"Sahara" : Pour qui sont ces serpents qui sifflent dans le désert ?

ECRANS | Appartenant à des peuples ne frayant jamais ensemble, Ajar le serpent des sables et Eva la serpente de l’oasis bravent les interdits en franchissant les (...)

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Appartenant à des peuples ne frayant jamais ensemble, Ajar le serpent des sables et Eva la serpente de l’oasis bravent les interdits en franchissant les frontières de leurs territoires. Mais leur expédition tourne mal et Eva est capturée par un montreur de reptiles. Ajar part à sa recherche… Dans le paysage plutôt singulier de l’animation français, où fleurissent d’un côté des créations aux partis pris stylistiques et/ou scénaristiques radicaux (Avril, Ma vie de courgette, Tout en haut du monde…), de l’autre de médiocres décalques des studios américains (Le Petit Prince), Sahara apparaît comme une curiosité. Car s’il emprunte à ces dernières leur esthétique “standardisée” ainsi que la bonne vieille trame d’une quête initiatique riche en personnages aux formes rondes et aux couleurs vives, le propos ne se trouve pas pour autant aseptisé. Derrière l’apparente convention se tient un buddy movie solide à l’animation tout sauf boiteuse — en même temps, a-t-on déjà vu serpent boiter… Pierre Coré n’est pas là pour épater l’œil en oubliant de raconter son histoire, il réfléchit à une harmonie d’ensemble et livre une œuvre d’une jol

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"Norm" : qui a vu l’ours Omar Sy ?

ECRANS | de Trevor Wall et Xia Xiao Ping (É.-U., 1h30) animation

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Norm, un gentil ours polaire doué de la parole, gagne New York escorté par des lemmings indestructibles pour faire sa fête à Mr. Greene, un fourbe promoteur aux allures de baba-cool mais voulant envahir l’Arctique. Devinez qui gagnera à la fin ? Un dessin animé dénonçant l’avidité des grosses entreprises et la personnalité janusienne de leurs dirigeants, avec un sous-texte écologiste : pourquoi pas, ça ne peut pas plus faire de mal à la cause qu’un documentaire de Mélanie Laurent. Malheureusement, ce discours un peu divergent se plaque sur une forme oscillant entre le banal et le bancal – à l’instar des lemmings crétins à tout faire, épigones de Minions en moins jaunes et plus velus. Sans être déplaisant à voir, Norm ne captive pas. On a ainsi tout le loisir de tenter de reconnaître les voix des doubleurs (Omar Sy en tête), d’observer les arrière-plans ou de remarquer les étranges ressemblances entre certaines silhouettes fugaces et des chancelier(e)s allemand(e)s contemporain(

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"Demain tout commence" : préparez vos mouchoirs

ECRANS | de Hugo Gélin (Fr., 1h58) avec Omar Sy, Clémence Poésy, Gloria Colston…

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Ah ah ! Si l’affiche sur fond blanc, avec un Omar Sy rigolard, laisse croire à une comédie, ne vous y trompez pas : Demain tout commence est signé par un amateur de mélo en la personne d’Hugo Gélin, déjà responsable de Comme des frères – aurait-il des accointances avec un fabricant de mouchoirs en papier ? Il convoque ici l’acteur préféré des Français pour un rôle de papa célibataire susceptible de perdre doublement sa fille Gloria : parce que sa mère démissionnaire décide brutalement d’en récupérer la garde, et parce que la gamine est atteinte d’une sale maladie… Parfait mash-up de la chanson de Balavoine Mon fils ma bataille et du tire-larmes L’Arbre de Noël de Terrence Young (1969), ce piège à sentiments se referme impitoyablement sur le spectateur un peu trop sensible, conditionné par l’ambiance de fin d’année et le cocon d’amour irréel tissé autour de la petite Gloria, über choyée par ses deux papas – sans pourtant autant virer gamine pourrie-gâtée. Louchant vers le cinéma anglo-saxon jusqu’au strabisme, ce film un peu trop produit pour être sincère n’arrive pas à trouver la spontanéité ni la légèreté

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"Demain tout commence" : Omar Sy mercredi à Grenoble

ECRANS | Futur président du jury du prochain festival de l’Alpe d’Huez, Omar Sy tient à montrer qu’il sait toujours (faire) rire : après avoir commencé l’année par la (...)

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Futur président du jury du prochain festival de l’Alpe d’Huez, Omar Sy tient à montrer qu’il sait toujours (faire) rire : après avoir commencé l’année par la tragédie Chocolat, il revient la finir sur les écrans avec une comédie dramatique, Demain tout commence. Un film qui sortira quasiment après-demain (le 7 décembre), mais qu’il a choisi de présenter en avant-première en compagnie de son réalisateur Hugo Gélin (Comme des frères), le mercredi 16 novembre à 17h au Pathé Chavant. Notez que si vous manquez la séance avec l’équipe, une autre aura lieu à 20h. Préparez vos mouchoirs !

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Août dans le Trièves avec le festival Mens alors

CONNAITRE | Entre le 8 et le 13 août, on croisera notamment le duo Arlt ou encore le spectacle "Le Petit cirque" de Laurent Bigot. Deux grands moments.

Aurélien Martinez | Lundi 18 juillet 2016

Août dans le Trièves avec le festival Mens alors

Treizième édition pour Mens alors, festival « d’échange et de création » situé à Mens (forcément), au sud de Grenoble. Et une édition qui, comme toujours, va sur plusieurs terrains, dont des passionnants. Ainsi du duo (et couple) Arlt, qu’on pourrait négligemment ranger dans la boîte chanson française, mais qui est plutôt à rapprocher de la famille des déglingueurs de langue. Arlt, ce sont ainsi des jongleries poétiques frémissantes voire bondissantes, lorgnant vers le folk, livrées en toute intimité, en mode trio pour leur concert du mercredi 10 août. À noter que d’autres beaux noms de la musique d’aujourd’hui (le bluesman suédois Bror Gunnar Jansson, le flûtiste Joce Mienniel en mode quartette, le trio du très jazzy François Raulin...) se côtoieront pendant la semaine de festivités. Côté spectacles, entre un ciné-concert pour orgue et une fantaisie théâtrale tout public, on aura notamment droit le vendredi 12 aoû

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Voyage au Vietnam avec "À Ố Làng Phô"

Nouveau cirque | Spectacle pour seize acrobates du Nouveau cirque du Vietnam, "À Ô Làng Phô" est une pure merveille. À découvrir à la MC2.

Nadja Pobel | Dimanche 5 juin 2016

Voyage au Vietnam avec

À la fois exercice technique de très haut niveau mais aussi formidable documentaire sur le Vietnam, À Ố Làng Phô est une œuvre aussi personnelle qu'universelle. Si parfois ces circassiens semblent verser dans le cliché, c'est bien leur réalité qu’ils peignent et non les cartes postales d'Occidentaux en mal d'exotisme. Ainsi, ils traversent le plateau sur des vélos vacillants et surchargés de provisions, rejouent le travail à la chaîne d’une usine ressemblant à une fourmilière ou encore agitent leurs fouets culinaires immenses, comme à l'arrière-salle d'un restaurant. Très narratif, ce spectacle présente une succession de tableaux décrivant la modernisation de cette société et, comme au théâtre, un décor (ici tout en bois d’une grande élégance) abrite cette faune qui bondit, jaillit à cour, à jardin. Ils se saisissent de toutes les possibilités qu’offrent le cirque : voltige, jonglage (avec des mal nommés mâts "chinois"), contorsions (dans de drôles de demi-coques)… Un portrait de la jeunesse Tout est prétexte au jeu : que faire des paniers d'osier avec lesquels ils viennent de reconstituer une scène de marché ? En les accr

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Les Ogres

ECRANS | Léa Fehner tend le barnum de son deuxième long métrage au-dessus du charivari d’une histoire familiale où les rires se mêlent aux larmes, les sentiments fardés aux passions absolues… Qu’importe, le spectacle continue ! Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

Les Ogres

Surprenant de voracité, le titre ne ment pas : Les Ogres est bien un film-monstre. Car pour évoquer de manière lucide le quotidien d’une troupe tirant le diable par la queue, confondant la scène et la vraie vie, l’enfant de la balle (voire, enfant de troupe) Léa Fehner n’aurait pu faire moins que cette chronique extravagante, profuse, débordante de vie. D’une durée excessive (2h25) et cependant nécessaire, cette œuvre vrac et foutraque rend compte du miracle sans cesse renouvelé d’un spectacle né d’un effarant chaos en coulisses, produit par la fusion d’une somme d’individus rivaux soumis à leurs démons, leurs passions et jalousies. Quel cirque ! Ogres, ces saltimbanques le sont tous à des degrés divers, se nourrissant réciproquement et sans vergogne de leur énergie vitale – à commencer par le propre père de la cinéaste. Chef de bande tout à la fois charismatique et pathétique, odieux et investi dans le fonctionnement de la compagnie qu’il dirige en pote-despote, il tiendrait même de Cronos, dévorant ses enfants comme le Titan mythologique. Si Léa Fehner a su dépeindre les relations complexes se nouant au sein de ce groupe d’artistes cabossés, se q

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Matamore, un bien étrange voyage

SCENES | On vous en disait déjà un bien fou l’an passé dans notre panorama de rentrée culturelle – article toujours disponible ici. On en remet une couche cette (...)

Aurélien Martinez | Mardi 7 avril 2015

Matamore, un bien étrange voyage

On vous en disait déjà un bien fou l’an passé dans notre panorama de rentrée culturelle – article toujours disponible ici. On en remet une couche cette semaine alors qu’arrive enfin à Grenoble, sous un tout petit chapiteau posé devant la MC2, le cirque de l’étrange baptisé Matamore. Aux commandes, deux troupes (le Cirque Trottola et le Petit Théâtre Baraque) qui n’en font qu’une pour un spectacle où les performances ne sont pas celles que l’on imagine. Ainsi, « matamore », terme venu de l'espagnol, signifie « faux brave », « homme qui se vante d'exploits imaginaires » : c’est tout à fait ça. Ici, les freaks sont de sortie, le bancal est à l’honneur, l’étrange suinte de partout. Les créatures qui peuplent la minuscule piste que le public surplombe sont inhabituelles : des êtres lunaires, des pauvres fous, des corps fatigués. Oui, tout ça à la fois, et plus encore. Visuellement, c’est splendide, presque pictural, avec un travail soigné loin, très loin du tape-à-l’œil des son et lumière désincarnés de certains cirques. C’est surtout

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Le Dernier coup de marteau

ECRANS | D’Alix Delaporte (Fr, 1h23) avec Clotilde Hesme, Grégory Gadebois, Romain Paul…

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2015

Le Dernier coup de marteau

Avec Angèle et Tony, Alix Delaporte s’aventurait dans la fable sociale, en quête de justesse et de finesse dans la peinture de ses personnages ébréchés par la vie. Pour son deuxième film, elle reconduit la formule, qui plus est avec les deux mêmes comédiens (Clotilde Hesme et un extraordinaire Grégory Gadebois, qui bouffe l’écran à chacune de ses apparitions), en en modifiant à peine l’équation : la grise Normandie est remplacée par un Montpellier solaire, et l’enfant, au second plan précédemment, devient ici le pivot de la narration. Tandis que sa mère souffre d’un cancer, son père, chef d’orchestre perfectionniste qu’il n’a jamais connu, vient diriger à l’opéra la sixième symphonie de Mahler. Commence alors un jeu d’approche feutrée, fidèle au goût de la demi-teinte de la réalisatrice, mais qui s’apparente à un programme déjà vu ailleurs, en mieux : chez les frères Dardenne, évidemment, dont Delaporte ne possède ni le sens de la mise en scène physique, ni la hauteur de vue morale. Aussi noble soit-il dans ses intentions, Le Dernier coup de marteau

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La Rançon de la gloire

ECRANS | Cette odyssée dérisoire de deux pieds nickelés décidés à voler le cercueil de Charlie Chaplin creuse surtout la tombe de son réalisateur Xavier Beauvois, qui signe un film apathique à tous les niveaux, sans forme ni fond. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

La Rançon de la gloire

Eddy sort de prison après y avoir passé quelques années pour des trafics dont on ne saura jamais la nature, et se voit recueilli par Osman, éboueur à Vevey, Suisse. Il vit avec sa fille dans une caravane, tandis que sa femme est à l’hôpital à cause d’une lourde maladie. Nous sommes en 1977, peu avant Noël, et c’est justement ce jour-là que Charlie Chaplin casse sa pipe au bord du lac Léman. Eddy et Osman décident de déterrer son cercueil et de demander une rançon. La Rançon de la gloire est inspiré d’une histoire vraie, comme le précédent film de Xavier Beauvois, le triomphal Des hommes et des Dieux. Entre les deux, le cinéma français n’a cessé d’adapter faits divers et affaires célèbres, dans une quête de véracité qui va de pair avec un assèchement progressif de sa foi en la fiction. Beauvois, justement, semble avoir glissé sur la même pente : ici, l’anecdote, pourtant mince, ne débouche jamais sur un projet plus vaste où les personnages et le récit conduiraient à une forme de fantaisie ou de grâce, et où l’argument de départ n

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Samba

ECRANS | Retour de Nakache et Toledano, duo gagnant d’"Intouchables", avec une comédie romantique sur les sans-papiers. Où leur sens de l’équilibre révèle à quel point leur cinéma est scolaire et surtout terriblement prudent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Samba

Alors que le triomphe d’Intouchables leur ouvrait toutes les portes, Olivier Nakache et Éric Toledano ont choisi avec Samba de tracer tranquillement leur sillon. Mais en territoire miné. Car il faut être passablement inconscient pour tourner une comédie romantique sur les sans-papiers où une cadre en burn out (Charlotte Gainsbourg) devient bénévole dans une association et s’éprend d’un cuistot en situation irrégulière (Omar Sy). Le plus surprenant étant qu’ils réussissent à le faire sans froisser quiconque alors que le sujet, passionnel, cristallise l’opinion française depuis un quart de siècle. Exploit ? Pas vraiment, car c’est justement cette méthode, consistant à chercher sans arrêt l’équilibre pour quêter l’unanimité, qui finit par rendre le film agaçant. Le mot méthode n’est pas employé au hasard : Nakache et Toledano ont une manière bien à eux de rassurer le spectateur, de remettre toujours la balle au centre et, finalement, de jouer la carte de la plus grande prudence. Ainsi, chaque fois qu’ils s’approchent un peu trop près d’une situ

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Bodybuilder

ECRANS | De et avec Roschdy Zem (Fr, 1h44) avec Vincent Rottiers, Yolin François Gauvin, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Mardi 30 septembre 2014

Bodybuilder

Faire un film réaliste et honnête sur le milieu du bodybuilding français est un défi inattendu de la part de Roschdy Zem, dont c’est le troisième long en tant que réalisateur après deux tentatives (Mauvaise foi et Omar m’a tuer) assez catastrophiques, chacune à leur manière. La vision de ces corps monstrueux et l’appréhension de l’esprit quasi philosophique qui préside à leur transformation produisent d’ailleurs parfois un certain vertige. Mais c’est surtout grâce à la présence incroyable de Yolin François Gauvin, sommet de virilité tranquille dont le visage et la voix impassibles semblent déconnectés de son impressionnante masse musculaire, que le film trouve une vraie raison d’être. Il rejoint ainsi la belle lignée des Ventura ou Michel Constantin, anciens boxeurs devenus acteurs charismatiques du cinéma populaire français. Mais Zem n’est pas Melville ou Giovanni, et plutôt que de lui offrir une solide intrigue de polar, il le plonge dans une très banale histoire de transmission père / fils compliquée, dans laquelle Vincent Rottiers fait assez pa

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"Matamore" : démons et merveilles

Théâtre | Macabre et prodigieux, "Matamore" ramène les arts de la piste à leurs origines conjuratoires. Planquez les mouflets et les coulrophobes : le cirque le plus étrange de ce côté-ci du Styx arrive en ville.

Benjamin Mialot | Mardi 9 septembre 2014

En 2012, la Biennale d'art contemporain de Lyon faisait sienne la « terrible beauté » de William Butler Yeats. Cette saison, c'est à notre tour d'emprunter au poète irlandais l'oxymore que lui inspira la déclaration d'indépendance à mains armées de l'Irlande pour qualifier Matamore, l'événement circassien qui rythmera les vacances scolaires d'avril à la MC2. Rarement en effet a-t-on vu spectacle aussi monstrueux et, dans le même temps, aussi lyrique que ce détournement maboul et crépusculaire des codes de la cabriole sous chapiteau (de la voltige au clown en passant par le dressage canin), mis au point de concert par le vénérable Petit Théâtre Baraque (dont les fondateurs ont assisté Bartabas dans la création de son Théâtre équestre Zingaro) et le Cirque Trattola. En tout cas pas depuis, pêle-mêle, l'apparition du Jim Rose Circus dans l'un des épisodes les plus cultes de la série X-Files (Humburg, saison 2, épisode 20), l'arrêt prématuré de sa cadette La Caravane de l'étrange et l'adaptation en comic-book de l'album Psycho Circus de Kiss (si si). Des maux nécessaires À leur ins

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On a failli être amies

ECRANS | D’Anne Le Ny (Fr, 1h31) avec Karin Viard, Emmanuelle Devos, Roschdy Zem…

Christophe Chabert | Mardi 24 juin 2014

On a failli être amies

Au départ d’On a failli être amies, il y a un beau sujet : comment deux femmes en viennent à échanger leurs rôles, l’une par ennui de sa vie conjugale, l’autre par envie d’une aventure sentimentale. Au lieu de se jouer sur le terrain du vaudeville, cela se fait par le biais du travail : la conseillère Pôle emploi tente de recaser professionnellement sa rivale pour lui piquer son patron de mari. Curieusement, Anne Le Ny ne choisit pas de creuser ce regard profondément inquiet sur une époque où la compétition libérale se répercute même dans les rapports amoureux ; elle préfère broder une comédie vieillotte et télévisuelle aux dialogues impossibles et à la musique régulièrement à côté de la plaque, où tout sonne faux et où le boulevard reprend sans cesse le dessus sur l’observation sociale. Ce mixe de calibrage et de décisions hasardeuses fait un dommage collatéral : les deux actrices, qu’on a rarement vues autant à la peine. Il faut dire aussi que Karin Viard et Emmanuelle Devos trustent tellement les écrans depuis un an (et même six mois pour Viard) qu’on a l’impression de ne plus voir que leurs tics de jeu et pas les personnages qu’elles défendent.

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Dans les airs

SCENES | Je suis « l’homme cirque » dit David Dimitri pour un spectacle qu’il n’a pas baptisé autrement que par ces mots-là. David Dimitri conduit ses deux (...)

Nadja Pobel | Mardi 13 mai 2014

Dans les airs

Je suis « l’homme cirque » dit David Dimitri pour un spectacle qu’il n’a pas baptisé autrement que par ces mots-là. David Dimitri conduit ses deux semi-remorques jusqu’aux lieux de ses représentations, en déballe le contenu, monte le chapiteau avec les techniciens des lieux d’accueil puis joue. Artiste, musicien, directeur de cirque et technicien de son spectacle, il s’assure ainsi une parfaite autonomie pour évoluer dans un univers qui ne ressemble à aucun autre.  Cardigan, pantalon de costard, voici le funambule qui rebondit sur un fil à trois mètres de hauteur comme s’il était sur un trampoline au sol. Sa souplesse et son agilité font le reste. Et voilà qu’il s’allonge sur ce fil, sous les yeux ébahis des enfants et des plus grands. Il entonne un air de trompette !  David Dimitri n’invente rien. Il se sert des techniques du cirque traditionnel apprises au cours de sa formation à la State Academy for Circus Arts de Budapest puis dans la prestigieuse école de danse Juilliard School de New York. Et puisqu’au cirque il y a des chevaux, il y en a chez Dimitri aussi. Mais le sien est en bois, immobile. En courant sur place à côté du faux animal, il déclench

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La boîte à musique

SCENES | C’est un spectacle qui, depuis sa création il y a dix ans, tourne un peu partout dans le monde, et qui revient à Grenoble pendant les vacances – du (...)

Aurélien Martinez | Mardi 25 février 2014

La boîte à musique

C’est un spectacle qui, depuis sa création il y a dix ans, tourne un peu partout dans le monde, et qui revient à Grenoble pendant les vacances – du mercredi 5 au vendredi 7 mars à l’atelier l’Œil et la Main. Revient car Laurent Bigot, le concepteur de ce Petit cirque, est grenoblois. En tout juste 30 minutes, il matérialise dans un espace réduit (une sorte de table) toute une ménagerie de bric et de broc (gadgets, jouets and co) qui s’anime par divers stratagèmes. Tout est manipulé à vue, avec une inventivité débordante, et un travail sur le son remarquable – Laurent Bigot est un musicien électroacousticien. Divers micros sont ainsi disposés pour capturer les frottements, grincements et autres petits bruits : de la musique improvisée et ludique ! Si on n’a pu découvrir le résultat qu’en captation vidéo, on imagine que la puissance visuelle de ce Petit cirque doit être décuplée par la proximité forte entre l’artiste et le public. AM

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"Tempus fugit" du Cirque plume : léger, léger

Cirque | Le temps fuit nous dit le titre du nouveau spectacle du Cirque plume. Un métronome récurrent et des pendules l’illustrent basiquement. Le reste ? Des (...)

Nadja Pobel | Jeudi 14 novembre 2013

Le temps fuit nous dit le titre du nouveau spectacle du Cirque plume. Un métronome récurrent et des pendules l’illustrent basiquement. Le reste ? Des numéros enchaînés sans aucun lien entre eux, si ce n’est un clown agaçant qui assure les transitions à coups de gimmicks faciles (lancers de chapeaux et gamelles programmées). Des gymnastes exécutent de traditionnels numéros de mât chinois, de funambulisme, de trapèze, de body clapping... que l’on a souvent vu meilleurs ces derniers mois sur les planches des salles rhônalpines (au choix : le très bon Opus de Circa et du Quatuor Debussy, l’excellent Pour le meilleur et pour le pire du Cirque Aïtal, le fascinant travail de Yoann Bourgeois dans L’Art de la fugue ou associé comme une évidence avec Mathurin Bolze et Alexandre Tharaud...). Le spectacle regorge par ailleurs de clins d’œil et d’auto-citations : si l'on n'en attendait pas moins à l’occasion des

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La Vie en bleu

ECRANS | Pendant solaire de son précédent "Vénus Noire", "La Vie d’Adèle" est pour Abdellatif Kechiche l’opportunité de faire se rencontrer son sens du naturalisme avec un matériau romanesque qui emmène son cinéma vers de nouveaux horizons poétiques. Ce torrent émotionnel n’a pas volé sa Palme d’or. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 3 octobre 2013

La Vie en bleu

Ce serait l’histoire d’une fille de maintenant qui s’appellerait Adèle, qui irait au lycée, qui aimerait la littérature, qui vivrait chez des parents modestes, qui perdrait sa virginité avec un garçon de son âge, puis qui rencontrerait une autre fille plus âgée et plus cultivée qui s’appellerait Emma, avec qui elle vivrait une passion au long cours. Ce serait donc un film très français, un territoire que l’on connaît par cœur : celui du récit d’apprentissage et des émois sentimentaux. Mais La Vie d’Adèle, tout en suivant pas à pas ce programme, le déborde sans cesse et nous fait redécouvrir un genre comme si jamais on ne s’y était aventuré auparavant. Par quelle magie Abdellatif Kechiche y parvient-il ? D’abord grâce à une vertu qui, depuis trois films, est devenue cardinale dans son cinéma : la patience. Patience nécessaire pour voir surgir une vérité à l’écran, faire oublier que l’on regarde de la fiction et se sentir de plain-pied avec des personnages qui n’en sont plus à nos yeux. Cassavetes, Pialat, Stévenin y sont parvenus avant lui, mais Kechiche semble vouloir les dépasser en cherchant des espaces figuratifs que ceux-là n’ont pas osés – par pudeur ou par

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"L’Écume des jours" : mais qu'est-il donc arrivé à Michel Gondry ?

ECRANS | Avec cette adaptation du roman culte de Boris Vian, Michel Gondry s’embourbe dans ses bricolages et recouvre d’une couche de poussière un matériau littéraire déjà très daté. Énorme déception.

Christophe Chabert | Jeudi 25 avril 2013

Plus madeleine de Proust adolescente que véritable chef-d’œuvre de la littérature française, L’Écume des jours avait déjà fait l’objet d’une adaptation cinématographique, devenue difficile à voir pour cause de gros échec à sa sortie en salles. Le cinéma français ayant redécouvert les vertus de son patrimoine littéraire, voici donc Michel Gondry qui s’y colle. Le moins que l’on puisse dire est que, là où beaucoup auraient jugé l’univers métaphorico-poétique de Vian ardu à transposer à l’écran, Gondry est face à lui comme un poisson dans l’eau, trouvant une matière propice à déverser toutes ses inventions visuelles. Trop propice, tant les premières minutes du film fatiguent par leur accumulation d’idées passées au broyeur d’un montage hystérique. On n’a tout simplement pas le temps de digérer ce qui se déroule sous nos yeux, Gondry enchaînant à toute blinde les trouvailles, multipliant les accélérés, les changements d’échelle ou les trucages à la Méliès. D’une certaine manière, sa fidélité à Vian est déjà un handicap : là où il aurait pu faire le tri, il préfère empil

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Des clowns sans filet

SCENES | Avec son Improclown, la Lig1Pro38 balaie les codes du spectacle clownesque. Pas de texte, pas de préparation, une seul question adressée au public : « On est où ? ». MB

Aurélien Martinez | Mardi 16 avril 2013

Des clowns sans filet

Dire qu'Alain Fert et Bruno Caillaud campent deux personnages est une ineptie. En réalité, il propose une palette infinie d'individus. Curés, chasseurs, ours polaires... tout est fait pour tenter de faire rire les enfants, mais aussi les plus grands. Pour cela, cette simple question : « on es où ? ». La réponse, donnée par la salle, lance l'improvisation des deux comédiens de la Ligue1pro38. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'assemblée joue le jeu. « Dans un château », « à la mer », « à l’église », « aux toilettes », presque autant de propositions que d'enfants dans les gradins. Un spectacle unique  « On improvise tout » confirme Alain Fert. « C'est assez barge, ça peut partir d'un coup. » En effet, donner trop la parole à un jeune public peut vite devenir compliqué. Une fois à l'aise les enfants se lâchent, crient, gigotent : en clair s'amusent. Gestes patauds, fautes de français, utilisation d'un mégaphone, les techniques des deux artistes ne manquent pas pour capter l'attention. Chaque spectacle est unique et re

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Trois mondes

ECRANS | De Catherine Corsini (France, 1h40) avec Clotilde Esme, Raphaël Personnaz…

Jerôme Dittmar | Lundi 3 décembre 2012

Trois mondes

L'influence récurrente du cinéma d'Iñárritu serait-elle le signe que la fin du monde approche ? Récit choral autour d'un sans-papiers tué par un chauffard en fuite, Trois mondes commence à la façon d'un 21 grammes, par un enchevêtrement de destins croisés où tout bascule. Autant dire qu'on commence à en avoir assez de cette partition saoulante voulant réduire les choses à un découpage tragique et providentiel. Après une heure de calvaire cosmique, le film relève pourtant timidement la tête, et cette histoire de dilemme bifurque pour questionner les limites de la compassion (une femme témoin de l'accident se lie avec l'épouse du sans-papiers et celui qui l'a tué, rongé par les remords). Catherine Corsini donne alors un peu d'ambiguïté à son raisonnement binaire (chacun sa classe, chacun ses raisons d'agir), et trouve en Clotilde Esme un alter ego à ses conflits intérieurs. Le film sort hébété de son humanisme torturé, et nous pas plus avancés devant un constat moral sans issue. Jérôme Dittmar

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Mains armées

ECRANS | De Pierre Jolivet (Fr, 1h45) avec Roschdy Zem, Leïla Bekhti…

Aurélien Martinez | Vendredi 6 juillet 2012

Mains armées

Que le polar ne soit qu’un prétexte pour raconter quelque chose de plus intime et existentiel, c’est un fait vieux comme Hérode. Encore faut-il que le texte (le polar) soit palpitant et que le sous-texte (le drame) soit pertinent. Ce n’est le cas ni de l’un ni de l’autre dans Mains armées, qui montre un Pierre Jolivet plus consciencieux que d’ordinaire, mais toujours aussi à la ramasse du cinéma de l’époque. Suivant un flic d’une brigade d’intervention spéciale marseillaise (Zem) qui doit collaborer avec les stups parisiens dans laquelle officie sa propre fille (Bekhti), qu’il n’a jamais vraiment connue, Jolivet tente d’imbriquer son récit, assez confus, avec une étude psychologique plutôt grossière (la fille qui tente de plaire à son père en allant le défier sur son propre terrain), échouant à être à la fois efficace et profond. Seul intérêt : le duo de comédiens. Toujours à la limite du surjeu lorsqu’ils sont séparés, leur rencontre est à l’inverse passionnante, cherchant un territoire commun de virilité et de fragilité pour exprimer ce qui peut les rapprocher. Grâce à eux, le film évite de justesse la vacuité. Christophe Chabert

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Nuits élastiques

SCENES | Les Nuits de Fourvière ne se contentent pas du théâtre, de la danse et de la musique pour faire scintiller les soirées lyonnaises. Le festival s’ouvre au cirque en formule solo ou troupe grâce à David Dimitri et la compagnie Circa. Découverte de ces spectacles qui ne cessent de réinventer l’art circassien ancestral. Nadja Pobel

Aurélien Martinez | Jeudi 21 juin 2012

Nuits élastiques

« Je suis l’homme cirque », dit David Dimitri pour un spectacle qu’il n’a pas baptisé autrement que par ces mots-là. David Dimitri conduit ses deux semi-remorques jusqu’aux lieux de ses représentations, en déballe le contenu, monte le chapiteau avec les techniciens des lieux d’accueil, puis joue. Artiste, musicien, directeur de cirque et technicien de son spectacle, il s’assure ainsi une parfaite autonomie pour évoluer dans un univers qui ne ressemble à aucun autre. Cardigan, pantalon de costard, voici le funambule qui rebondit sur un fil à trois mètres de hauteur comme s’il était sur un trampoline au sol. Sa souplesse et son agilité font le reste. Et voilà qu’il s’allonge sur ce fil, sous les yeux ébahis des enfants et des grands. Il entonne un air de trompette ! David Dimitri n’invente rien. Il se sert des techniques du cirque traditionnel apprises au cours de sa formation à la State Academy for Circus Arts de Budapest puis dans la prestigieuse école de danse Juilliard School de New York. Et puisqu’au cirque il y a des chevaux, il y en a chez Dimitri aussi. Mais le sien est en bois, immobile. En courant sur place à côté du faux animal, il déclenche l’hilarité et confère à son

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Chocolat noir

SCENES | Il est présenté comme le premier Noir de la scène artistique française, dont le Tout-Paris raffolait. Avec le clown blanc Footit, l’esclave cubain Rafael de (...)

Aurélien Martinez | Lundi 16 avril 2012

Chocolat noir

Il est présenté comme le premier Noir de la scène artistique française, dont le Tout-Paris raffolait. Avec le clown blanc Footit, l’esclave cubain Rafael de Leïos, alias Chocolat, faisait partie du duo star de cette Belle Époque plus si belle quand on la regarde sous cet angle. Car Chocolat était humilié chaque soir par Footit, et tout le monde trouvait ça fabuleux. Historien de l'immigration reconnu, Gérard Noiriel a claqué la porte en 2007 du conseil d'administration de la Cité de l'Immigration pour protester contre la création du ministère de l'Identité nationale par Sarkozy. Qu’il mette donc en avant cette partie peu reluisante de notre histoire nationale via une pièce de théâtre semble une idée pertinente. Que Marcel Bozonnet, sociétaire de la Comédie française, mette en scène ce Chocolat clown nègre avec cinq interprètes venus de la danse, du théâtre, du cirque laisse aussi augurer du bon. Un spectacle (que nous n’avons pas vu) à découvrir mardi 24 et mercredi 25 avril à 20h, à l’Hexagone de Meylan.

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Une famille en or

SCENES | Deuxième spectacle pour Aurélia Thierrée, artiste issue d’une famille attachée aux arts du cirque : les Chaplin-Thierrée. Chaplin, oui, comme Charlie Chaplin, (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 13 janvier 2012

Une famille en or

Deuxième spectacle pour Aurélia Thierrée, artiste issue d’une famille attachée aux arts du cirque : les Chaplin-Thierrée. Chaplin, oui, comme Charlie Chaplin, figure tutélaire qui donna entre autres naissance à Victoria Chaplin, qui deviendra Victoria Chaplin-Thierrée en épousant le pluridisciplinaire Jean-Baptiste Thierrée. Ensemble, ils fondèrent Le Cirque bonjour, puis Le Cirque imaginaire, qui deviendra ensuite Le Cirque invisible. Et ensemble, ils ont eu deux enfants : James Thierrée, artiste prodigieux auteur de spectacles renversants, et Aurélia Thierrée, qui nous intéresse aujourd’hui puisqu’elle présentera son Murmures des murs jeudi 19 et vendredi 20 janvier à l’Hexagone de Meylan. Une création toujours conçue par sa mère, et que l’on nous présente comme la reconstruction sur scène d’un monde étrange, onirique et hypnotique, imbibé de cirque, danse et théâtre. Au vu des autres spectacles des Chaplin-Thierrée que nous avons pu voir, on place beaucoup d’espoir dans ce Murmures des murs. AM

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"Les Clowns" : Shakespeare avec nez rouge

Théâtre | "Les Clowns", c’est un spectacle sur le théâtre porté par trois clowns rocambolesques : un véritable coup de cœur.

Aurélien Martinez | Vendredi 18 novembre 2011

Quand des clowns s’ennuient, que font-ils ? Ils s’essaient au théâtre, tout simplement. Et, quitte à y aller franco, autant se confronter au mythique Shakespeare, à ses intrigues à rallonge et ses personnages en veux-tu en voilà. Le Roi Lear, c’est bien, non ? Bon, certes, quand on est trois, le challenge ressemble plutôt à une gageure. Mais qu’importe, il n’y a qu’à s’adapter. On réduit la distribution au maximum, quitte à fusionner plusieurs rôles en un. Et niveau scénographie, quelques cartons ramassés ici et là serviront bien à faire un château, non ? Les Clowns, c’est ça ; une subtile mise en abyme orchestrée par trois clowns apprentis comédiens : Boudu (Bonaventure Gacon, croisé l’an passé à l’Hexagone de Meylan), Arletti (Catherine Germain, qui a notamment collaboré avec les Musiciens du Louvre Grenoble) et Zig (Dominique Chevallier). Tous trois réunis par l’homme de théâtre François Cervantes, passionné par le monde des clowns. Moi aussi je veux un cheval Les deux premières scènes servent de présentation. On découvre les trois interprètes

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"Intouchables" : oh la bonne surprise !

ECRANS | D’Olivier Nakache et Éric Toledano (Fr, 1h52) avec Françoi Cluzet, Omar Sy, Audrey Fleurot…

Christophe Chabert | Mercredi 26 octobre 2011

Raconter l’amitié entre un ancien homme d’affaires, tétraplégique après un accident de parapente, et un gaillard de banlieue tout juste sorti de prison, en voilà du sujet casse-gueule. Mais Olivier Nakache et Eric Toledano ont su slalomer entre les écueils et si leur film s’avère émouvant, c’est aussi parce que l’émotion ne surgit jamais là où on l’attend. On aurait pu se retrouver avec une double dose d’apitoiement (sur les handicapés et sur les déclassés), mais les deux s’annulent et le film raconte la quête d’une juste distance entre ce qui nous contraint (son corps ou ses origines) et ce que l’on aspire à être. C’est en refusant la compassion facile que le film trouve son ton, parfois au prix d’un effort un peu mécanique pour ménager l’humour et la mélancolie, mais en s’appuyant sans arrêt sur son atout principal : un couple de comédiens qui, comme les personnages qu’ils interprètent, ne semblaient faits ni pour se rencontrer, ni pour se compléter à l’écran. Rivé à son fauteuil, François Cluzet doit réfréner son tempérament explosif et physique, tandis qu’Omar Sy, assez bluffant, troque en cours de

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Omar m'a tuer

ECRANS | De Roschdy Zem (Fr, 1h25) avec Sami Bouajila, Denis Podalydès…

François Cau | Mardi 14 juin 2011

Omar m'a tuer

Projet porté par Rachid Bouchareb qui en a finalement confié la réalisation à Roschdy Zem, Omar m’a tuer conserve toutefois la marque du cinéaste de Hors la loi. Ennemi de la dialectique et partisan d’un cinéma à thèse dont le but est d’avoir un écho sur les bancs de l’assemblée, Bouchareb traite l’affaire Omar Raddad selon deux points de vue qui enfoncent le même clou : l’enquête menée par Jean-Marie Rouard (dont le nom a mystérieusement été changé dans le film) pour disculper Omar, et la reconstitution des mois qui suivirent l’arrestation du jardinier accusé d’homicide. Dans les deux cas, aucune ambiguïté : Raddad est un coupable fabriqué par la justice et la police (on ne voit rien à l’écran de cette mécanique-là, et on le regrette), un brave type pris dans une machination dont le film se garde bien de révéler les commanditaires. Au-delà de ce parti-pris discutable, Omar m’a tuer frappe par son manque de souffle, ses fausses bonnes idées (la narration alternée est laborieuse) et la prestation gênante de Sami Bouajila, acteur lettré qui fait ici de visibles efforts pour baragouiner un français approximatif. La faiblesse de la mise en scène fait que l’utilité

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A bout portant

ECRANS | De Fred Cavayé (Fr, 1h25) avec Gilles Lellouche, Roschdy Zem…

François Cau | Lundi 29 novembre 2010

A bout portant

La seconde réalisation de Fred Cavayé est grosso modo une variation plus frénétique de Pour elle (il y est encore question d’un homme “ordinaire“ embringué dans une intrigue de thriller pour sauver la femme de sa vie), avec les mêmes écueils – des raccourcis narratifs parfois énormes, des dialogues globalement faiblards, et des personnages secondaires mal dégrossis (mention spéciale à Gérard Lanvin et ses inénarrables moues crispées de visage pour bien montrer qu’il a les plus grosses cojones du cinéma français). Une fois ces scories mises de côté, il faut reconnaître au garçon ses talents indéniables de metteur en scène, à la fois dans les scènes d’intimité (pourtant flanquée de l’intolérable Gilles Lellouche) mais surtout dans ses dynamiques de suspense et d’action. Vu le caractère peu convaincant des dernières tentatives en la matière, on en viendrait presque, horreur suprême, à comprendre le mépris du 7e art français d’aujourd’hui pour le cinéma de genre. Fred Cavayé, disons-le, fait partie des rares réalisateurs actuels à pouvoir inverser la tendance… Il suffirait juste qu’il se dégotte un meilleur coscénariste. FC

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Vénus Noire

ECRANS | Cinéma / Après La Graine et le mulet, Abdellatif Kechiche confirme sa place au sommet du cinéma français avec Vénus noire, un film sans concession sur le calvaire de Saartjie Baartman, exhibée, humiliée et disséquée par le peuple et l’aristocratie européenne du XIXe siècle. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 21 octobre 2010

Vénus Noire

Elle s’appelait Saartjie Baartman ; mais on l’exhibait sous le nom de Vénus Hottentote, d’abord dans les foires londoniennes, puis dans les salons de l’aristocratie française et enfin, post-mortem, à l’Académie Royale de Médecine de Paris. Née dans une peuplade sud-africaine, emmenée en Europe par son maître Caezar, elle n’aura été qu’un objet de fantasme et de curiosité pour ceux qui bafouèrent son identité et violèrent son corps aux proportions exceptionnelles : un postérieur et des parties génitales surdéveloppées, baptisées par la science «tablier hottentote». Du calvaire véridique de ce personnage hors du commun, Abdellatif Kechiche aurait pu tirer une fiction indignée, un film attisant la bonne conscience du public à peu de frais. Mais sa Vénus noire n’a rien de confortable ni de rassurant, et le cinéaste cherche jusqu’à son très ambivalent générique de fin à malmener le spectateur, dans une œuvre qui interroge la violence de notre rapport au spectacle et à la mise en scène. Exhibition(s) Vénus noire commence par sa fin : Saartjie n’est déjà plus qu’une reproduction, un moulage de son corps exposé par Georges Cuvier au c

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Les montreurs d’ours

CONNAITRE | Spectacle de cirque poétique et pas tarte à la crème, ni bébête pour un sou, La Reine des flaques d'eau, dernier né de la famille Romanès nous arrive. Alexandre Romanès, adorable saltimbanque de 56 ans, fondateur de la fameuse troupe revient sur son histoire, ses poésies, son futur film. Propos recueillis par Séverine Delrieu

Séverine Delrieu | Mercredi 10 janvier 2007

Les montreurs d’ours

Comment le cirque Romanès est-il né ? C'est une longue histoire. Dans ma famille, on fait du cirque depuis 200 ans. On est une famille de montreurs d'ours. On allait sur les places publiques. Mes parents avaient un grand cirque. Je trouvais ça trop grand et ça m'intéressait pas trop. Je suis parti vingt ans. Quand je suis revenu, j'ai acheté une petite toile et j'ai monté un petit cirque tzigane. Mais tout petit. Avec votre épouse Délia... Et mes enfants, les cousins et les cousines. Et je crois qu'on a monté un joli spectacle. Tout le monde disait que c'était poétique, un beau compliment. Et tout a démarré. Comment s'est construit La Reine des flaques d'eau ? Par petites touches. On avance, on recule. Au départ, l'idée est venue de ma fille Alexandra, qui a aujourd'hui 10 ans. Quand elle était au berceau, on avait boulonné un petit trapèze en haut de la caravane. On a mis le berceau sous le trapèze. Elle ne savait pas marcher, qu'elle se pendait déjà au trapèze. Aujourd'hui, elle en fait magnifiquement. Elle sait faire beaucoup de choses. Donc on a mis un peu plus le projecteur sur elle. C'est pour ça qu'on a appelé ça La Reine des Flaques d'eau. Et puis, elle adorait sauter

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