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ECRANS | de et avec Thierry Sebban (Fr., 1h14) avec également Perrine Tourneux, Igor Skreblin, Simon Abkarian…

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

Par quels mystères un tel polar borgne a-t-il pu jouir du soutien des producteurs Thomas Langmann (The Artist) et Gilles Podesta (Le Magasin des suicides) ? L'argument décati de ce court-métrage gonflé en long les a-t-il convaincus ? Espéraient-ils récolter du buzz sur la séquence de charcutage de lobe d'oreille à la disqueuse du comédien-réalisateur (aux tendances masochistes), entre autres joyeusetés gore, ou grâce aux chaloupements suggestifs de la sensuelle Perrine Tourneux ? S'ils ont cru à l'alibi d'une dénonciation du voyeurisme et/ou des internets (argument passe-partout bien commode), dommage pour eux… VR

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"L'Audition" : partitions

ECRANS | De Ina Weisse (All.-Fr., 1h35) avec Nina Hoss, Simon Abkarian, Serafin Gilles Mishiev…

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

Au quotidien, Anna est l’incertitude faite femme. Mais tous au Conservatoire reconnaissent sa rigueur de professeure de violon. Alors, lorsqu’elle repère Alexander en audition, on lui laisse carte blanche. Se doute-elle que le préparer aux concours va chambouler jusqu’à sa vie familiale ? En apparence cousu de fil blanc – ou plutôt de ce noir épais tissant l’étoffe des drames –, ce portrait d’une femme entre deux âges, entre deux hommes, entre deux vies et finalement entre deux enfants, captive par son habileté à déjouer les clichés. La réalisatrice allemande Ina Weisse ne s’abandonne jamais à la facilité, ni à une démonstrativité superflue : il suffit de quelques plans, d’une poignées de mots et de regards pour mesurer les relations troubles entre Anna et son père… et comprendre l’origine probable de son exigence disproportionnée comme de son instabilité. Mais L’Audition est aussi un film sur le désir artistique maladif et la jalousie : accordant une attention toute maternelle à Alexander – avant d’être obsessionnelle –, Anna en néglige son propre fils Jonas, violoniste lui aussi. Un fils auquel, de surcroît, elle

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"Les Hirondelles de Kaboul" : cachée

ECRANS | de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec (Fr., 1h33) animation

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Dans l’Afghanistan asservi par les talibans, le jeune couple formé par Mohsen et Zunaira tente de résister à la terreur quotidienne. Mais lors d’une dispute, la belle Zunaira tue par accident son amant. Elle est aussitôt incarcérée sous la garde du vieux Atiq, en attendant d’être exécutée… À l’instar de Parvana, autre film d’animation renvoyant à l’Afghanistan des années de fer et de sang (hélas pas si lointaines), cette transposition du roman de Yasmina Khadra raconte plusieurs mises à mort, symboliques et réelles, consécutives à la prise du pouvoir par les talibans et à leur doctrine fondamentaliste. Certes, les autrices Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec prennent quelques libertés avec le texte initial pour "sauver" un personnage, en lui octroyant ici des scrupules qu’il n’a pas à l’origine, mais elles ne dévoient pas globalement le sens de ce conte moral au finale aussi marquant symboliquement que visuellement. Le choix de l’animation trouve ici to

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"La Mécanique de l'ombre" : affaires intérieures

ECRANS | de Thomas Kruithof (Fr.-Bel., 1h33) avec François Cluzet, Denis Podalydès, Sami Bouajila…

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Solitaire, chômeur et buveur repenti, un comptable (François Cluzet) est recruté par un discret commanditaire pour retranscrire à la machine à écrire des écoutes téléphoniques enregistrées sur cassettes magnétiques. Sans le savoir, il va pénétrer dans les sordides coulisses de l’appareil d’État… Un thriller politique s’inscrivant dans le contexte de ces officines supposées gripper ou fluidifier les rouages de notre république bénéficie forcément d’un regard bienveillant. Pas parce qu’il alimente la machine à fantasmes des complotistes (fonctionnant sans adjonction de carburant extérieur) mais parce qu’elles recèlent autant de mystères et d’interdits que les antichambres du pouvoir américaines, si largement rebattues. Comme un creuset où se fonderaient entre elles les affaires Rondot, Squarcini, Snowden et Takieddine, cette première réalisation de Thomas Kruithof est à la fois très concrète et pétrie de symboles (tel celui du puzzle l’objet fétiche du héros ; une structure complexe rendue inopérante dès lors que la plus misérable pièce fait défaut). Esthétiquement composé en Scope, ce film à la lisière de l’enquête intérieure

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The Cut

ECRANS | Fatih Akin passe à côté de son évocation du génocide arménien, transformée en mélodrame académique sans souffle ni ampleur, comme si le cinéaste avait été paralysé par l’enjeu. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

The Cut

Devant les premières séquences de The Cut, avec sa reconstitution si proprette qu’elle paraît totalement factice et ses images désespérément mièvres de bonheur familial édifiant avec un Tahar Rahim peu crédible en forgeron arménien murmurant des paroles sucrées à sa femme et ses filles, on se pince un peu. Est-ce bien Fatih Akin, le cinéaste rock’n’roll de Head on ou celui, à l’humanisme rugueux, de De l’autre côté, derrière la caméra ? Cette introduction semble au contraire singer un cinéma hollywoodien impersonnel qui s’emparerait d’un grand sujet : le calvaire de Nazareth qui, en 1915, va vivre le génocide organisé par les Turcs contre les Arméniens. Séparé de sa famille, condamné avec d’autres camarades d’infortune à des travaux forcés pour construire une route, il assiste, impuissant, à leur massacre et sera le seul rescapé de cette tuerie. Les images ont beau chercher à tout prix à glacer le sang du spectateur, quelque chose ne prend pas, une étrange distance entre Akin et ce qu’il montre, comme s’il avouait son impuissance à donner de l’ampleur à son récit. De fait, The Cut ne quitte jamais le point de vue de Nazareth, accompagn

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