"La Mécanique de l'ombre" : affaires intérieures

ECRANS | de Thomas Kruithof (Fr.-Bel., 1h33) avec François Cluzet, Denis Podalydès, Sami Bouajila…

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Solitaire, chômeur et buveur repenti, un comptable (François Cluzet) est recruté par un discret commanditaire pour retranscrire à la machine à écrire des écoutes téléphoniques enregistrées sur cassettes magnétiques. Sans le savoir, il va pénétrer dans les sordides coulisses de l'appareil d'État…

Un thriller politique s'inscrivant dans le contexte de ces officines supposées gripper ou fluidifier les rouages de notre république bénéficie forcément d'un regard bienveillant. Pas parce qu'il alimente la machine à fantasmes des complotistes (fonctionnant sans adjonction de carburant extérieur) mais parce qu'elles recèlent autant de mystères et d'interdits que les antichambres du pouvoir américaines, si largement rebattues.

Comme un creuset où se fonderaient entre elles les affaires Rondot, Squarcini, Snowden et Takieddine, cette première réalisation de Thomas Kruithof est à la fois très concrète et pétrie de symboles (tel celui du puzzle l'objet fétiche du héros ; une structure complexe rendue inopérante dès lors que la plus misérable pièce fait défaut). Esthétiquement composé en Scope, ce film à la lisière de l'enquête intérieure et de l'actualité rappelle autant les grandes heures de Boisset que certaines inspirations de Kieslowski ou de Michel Deville. Une heureuse surprise.


La Mécanique de l'ombre

De Thomas Kruithof (Fr-Bel, 1h33) avec François Cluzet, Denis Podalydès... Deux ans après un « burn-out », Duval est toujours au chômage. Contacté par un homme d’affaire énigmatique, il se voit proposer un travail simple et bien rémunéré : retranscrire des écoutes téléphoniques. Aux abois financièrement, Duval accepte sans s’interroger sur la finalité de l’organisation qui l’emploie. Précipité au cœur d’un complot politique, il doit affronter la mécanique brutale du monde souterrain des services secrets.
Pathé Vaise 43 rue des Docks Lyon 9e
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Un fils

ECRANS | Si vous aveiz manqué l'avant-première d'Un fils concoctée par le Festival du film africain à Mon Ciné, rien n'est perdu ! Mercredi 26 février, à 20h15, Le Club vous (...)

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Un fils

Si vous aveiz manqué l'avant-première d'Un fils concoctée par le Festival du film africain à Mon Ciné, rien n'est perdu ! Mercredi 26 février, à 20h15, Le Club vous permet une séance de rattrapage (toujours dans l'anticipation, puisque le film n'est pas sorti) en présence du réalisateur Mehdi M. Barsaoui et de Sami Bouajila qui, en plus de venir en voisin, a obtenu pour son interprétation, un prix de meilleur acteur lors de la dernière Mostra vénitienne (section Orizzonti).

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"L'Audition" : partitions

ECRANS | De Ina Weisse (All.-Fr., 1h35) avec Nina Hoss, Simon Abkarian, Serafin Gilles Mishiev…

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

Au quotidien, Anna est l’incertitude faite femme. Mais tous au Conservatoire reconnaissent sa rigueur de professeure de violon. Alors, lorsqu’elle repère Alexander en audition, on lui laisse carte blanche. Se doute-elle que le préparer aux concours va chambouler jusqu’à sa vie familiale ? En apparence cousu de fil blanc – ou plutôt de ce noir épais tissant l’étoffe des drames –, ce portrait d’une femme entre deux âges, entre deux hommes, entre deux vies et finalement entre deux enfants, captive par son habileté à déjouer les clichés. La réalisatrice allemande Ina Weisse ne s’abandonne jamais à la facilité, ni à une démonstrativité superflue : il suffit de quelques plans, d’une poignées de mots et de regards pour mesurer les relations troubles entre Anna et son père… et comprendre l’origine probable de son exigence disproportionnée comme de son instabilité. Mais L’Audition est aussi un film sur le désir artistique maladif et la jalousie : accordant une attention toute maternelle à Alexander – avant d’être obsessionnelle –, Anna en néglige son propre fils Jonas, violoniste lui aussi. Un fils auquel, de surcroît, elle

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"Les Hirondelles de Kaboul" : cachée

ECRANS | de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec (Fr., 1h33) animation

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Dans l’Afghanistan asservi par les talibans, le jeune couple formé par Mohsen et Zunaira tente de résister à la terreur quotidienne. Mais lors d’une dispute, la belle Zunaira tue par accident son amant. Elle est aussitôt incarcérée sous la garde du vieux Atiq, en attendant d’être exécutée… À l’instar de Parvana, autre film d’animation renvoyant à l’Afghanistan des années de fer et de sang (hélas pas si lointaines), cette transposition du roman de Yasmina Khadra raconte plusieurs mises à mort, symboliques et réelles, consécutives à la prise du pouvoir par les talibans et à leur doctrine fondamentaliste. Certes, les autrices Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec prennent quelques libertés avec le texte initial pour "sauver" un personnage, en lui octroyant ici des scrupules qu’il n’a pas à l’origine, mais elles ne dévoient pas globalement le sens de ce conte moral au finale aussi marquant symboliquement que visuellement. Le choix de l’animation trouve ici to

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"Nous finirons ensemble" : Guillaume Canet et ses potes encore un peu plus à l’ouest

ECRANS | De Guillaume Canet (Fr., 2h15) avec François Cluzet, Marion Cotillard, Gilles Lellouche…

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

Dix ans après l’été maudit qui vit périr l’un des leurs, le groupe d’amis du Cap Ferret des Petits mouchoirs s’est disloqué. Sous l’impulsion d’Éric, ils se retrouvent tous pour célébrer les 60 ans de Max. Or celui-ci, sur le point de vendre sa maison, goûte guère la surprise… On prend les mêmes et on continue en suivant la recette : faire fermenter dans une résidence de nabab émirati ou de milliardaire texan un groupe "d’amis" aux égos hypertrophiés se mesurant la longueur du portefeuille pour savoir qui sera le nouveau mâle alpha de la bande. Fatalement, il faut s’attendre à du combat de coqs. Quand ils en ont le temps, certain·es de ces quadra adulescents pensent (un peu) aux autres. Pas forcément à leurs enfants, ces boulets d’arrière-plan décoratif conservés en cas de nécessité dramatique ; plutôt à la planète le temps d’un couplet fédérateur dans l’air du temps. Ces personnages seraient faits pour être raillés, on souscrirait volontiers. Mais non : il faut les aimer pour leurs "blessures"

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"Plaire, aimer et courir vite" : un peu, pas du tout et pas avec les bonnes chaussures

ECRANS | Pour raconter ses jeunes années entre Rennes et Paris, quand le sida faisait rage, le cinéaste Christophe Honoré use de la fiction. Et les spectateurs se retrouvent face à un pensum dépourvu de cette grâce parfois maladroite qui faisait le charme de ses comédies musicales. En compétition à Cannes 2018.

Vincent Raymond | Vendredi 11 mai 2018

Paris, 1993. Écrivain dans la radieuse trentaine, célibataire avec un enfant, Jacques (Pierre Deladonchamps) a connu beaucoup de garçons. Mais de ses relations passées, il a contracté le virus du sida. Lors d’une visite à Rennes, il fait la connaissance d’Arthur (Vincent Lacoste), un jeune étudiant à son goût. Et c’est réciproque… Il faudrait être d’une formidable mauvaise foi pour, quelques mois après le triomphe de 120 battements par minute, taxer Christophe Honoré d’opportunisme parce qu’il situe son nouveau film dans les années 1990 à Paris – ces années de l’hécatombe pour la communauté homosexuelle, ravagée par le sida. Car Plaire, aimer et courir vite s’inscrit dans la cohérence de sa filmographie, dans le sillage de Non ma fille, tu n’iras pas danser (20

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Voreppe : lundi, Sami Bouajila sera intronisé parrain du cinéma le Cap

ECRANS | Le cinéma Art et plaisirs de Voreppe, rouvert en décembre après d’importants travaux et appelé maintenant le Cap, s’est trouvé un parrain en la personne de Sami (...)

Aurélien Martinez | Mardi 17 avril 2018

Voreppe : lundi, Sami Bouajila sera intronisé parrain du cinéma le Cap

Le cinéma Art et plaisirs de Voreppe, rouvert en décembre après d’importants travaux et appelé maintenant le Cap, s’est trouvé un parrain en la personne de Sami Bouajila. Le comédien, né à Grenoble et qui alterne entre cinéma grand public et cinéma d’art et d'essai (comme le fait le Cap), sera présent lundi 23 avril à Voreppe pour officialiser tout ça, dans le cadre d’une soirée où sera projeté Les Témoins, chef-d’œuvre d’André Téchiné sorti en 2007. Un film sur l'irruption de l'épidémie du sida au début des années 1980 dans lequel Sami Bouajila joue aux côtés de Michel Blanc et Emmanuelle Béart et qui lui permit d’obtenir le César du meilleur second rôle masculin en 2008. Classe le parrain.

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"Le Collier rouge" : chienne de guerre

ECRANS | de Jean Becker (Fr., 1h23) avec François Cluzet, Nicolas Duvauchelle, Sophie Verbeeck…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

1919. L’officier Lantier doit instruire le dossier de Morlac, un héros de guerre accusé d’un mystérieux crime contre la Nation. Pendant qu’un chien aboie sans cesse hors de la caserne où le prévenu est retenu, Lantier cherche à comprendre… De Jean Becker, on espère encore la sécheresse et la sensualité d’un Été meurtrier ; hélas, depuis Les Enfants du marais, il semble préférer les crépuscules du passé ou d’un présent vitrifié. Parfois, cela donne des moments de grâce (le tendre La Tête en friche) ; parfois de fausses bonnes idées. Tel ce film-dossier montant tout une mayonnaise autour d’un acte que des yeux contemporains jugeront insignifiants de banalité. Car jamais il ne leur est permis d’épouser le regard de l’époque, ni de s’installer dans la mentalité d’alors. L’emboîtement des récits, la romance et la politique se marchent sur les pieds au point de se faire trébucher ; quant aux personnages, il n’ont pas le temps d’être incarnés dans leurs profondeurs de soldats brisés. Pou

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"Normandie nue" : tout nu et tout mal fagoté

ECRANS | de Philippe Le Guay (Fr., 1h45) avec François Cluzet, Toby Jones, François-Xavier Demaison…

Vincent Raymond | Dimanche 7 janvier 2018

Pour attirer l’attention du monde entier sur sa commune où les éleveurs et paysans n’en finissent plus de crever à petit feu, un maire accepte la proposition d’un artiste américain souhaitant photographier ses concitoyens nus dans un champ. Il lui reste juste à les convaincre… Transposer la démarche de Spencer Tunick sur une communauté en pleine lutte sociale, voilà qui aurait pu faire un bon Ken Loach. Sauf que c’est un Philippe Le Guay (Les Femmes du 6e étage, Alceste à bicyclette, ...). Et que le cinéaste français a des ambitions de téléfilm, préférant à une comédie à enjeu dramatique des plans brumeux bucoliques, une surabondance de protagonistes vêtus de chemises à carreaux et des sous-intrigues de clocher éculées. Certes, pour la caution sociale, il glisse bien de-ci de-là une allusion aux cours de la viande, à la concurrence germano-roumaine, aux grandes surfaces ou encore à l’usage des produits phyt

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"Les Grands Esprits" : Denis Podalydès, le velours côtelé et la platitude

ECRANS | de Olivier Ayache-Vidal (Fr., 1h46) avec Denis Podalydès, Léa Drucker, Zineb Triki…

Vincent Raymond | Lundi 11 septembre 2017

Un agrégé de lettres sentencieux exerçant dans un lycée prestigieux se trouve victime de sa forfanterie et muté pour un an dans un collège difficile de banlieue. Arrivant coincé comme un chien dans un jeu de quilles, il fera l’unanimité en juin auprès de ses collègues et ouailles…[bâille] Remix entre Le plus beau métier du monde, L’École pour tous et Entre les murs, ce premier long-métrage d’Olivier Ayache-Vidal ne peut décemment pas revendiquer l’originalité ; aimable, il reste bien naïf dans sa vision des choses : dans la vraie vie, ça finit rarement aussi bien. Reposant grandement sur l’aptitude naturelle de Denis Podalydès à porter du velours côtelé et à citer des grands textes (bien sûr, Luchini aussi aurait pu convenir, mais il devait avoir conseil de classe), cette comédie qui prétend se jouer des présupposés aligne les clichés comme un cancre. Vision rousseauiste des élèves, atténuation de la réalité, sauvetages-miracles... : il n’y a guère que l’évocation des filandreuses procédures internes qui soit drôle, car elle paraît pour le coup en-deçà de la réalité. Doit faire ses preuves en salles

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François Cluzet : « Quand je tourne, je n’ai plus aucune volonté »

3 questions à... | "La Mécanique de l’ombre", thriller politique et premier film de Thomas Kruithof, est l’occasion d’explorer celle du comédien en compagnie de François Cluzet. Cours magistral sur son métier qu’il résume ainsi : « Un acteur, c’est d’abord un corps dans une situation. »

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

François Cluzet : « Quand je tourne, je n’ai plus aucune volonté »

Comment ressent-on la question de la surveillance d’une manière générale lorsqu’on exerce un métier où l’on est constamment scruté ? François Cluzet : À dire vrai, je ne m’occupe pas trop d’être scruté ; c’est le problème des spectateurs. Nous, les acteurs, on est des exhibitionnistes ; il faut qu’on se se méfie du narcissisme, de l’ego hypertrophié. Le rôle de l’interprète, c’est uniquement d’être vivant – j’ai beaucoup réfléchi à cela parce que je suis passionné et que j’essaie de faire mon boulot le mieux possible. Alors, depuis très longtemps, je ne joue plus : j’essaie de vivre les situations sans ramener mon grain de sel. Bien sûr, elles sont vécues sur commandes, car reliées au script, mais finalement j’aime bien cette idée. Longtemps ça m’a fait peur, je pensais qu’il ne ne se passerait rien. Je me suis rendu compte que c’était le contraire. Je me sens proche de cet acteur américain à qui un metteur en scène avait demandé s’il pouvait jouer plus expressif, et qui avait répondu : « – Non, mais toi tu peux rapprocher un peu plus ta caméra. » (rires) Quelles sont les exigences d’

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Good Luck Algeria

ECRANS | de Farid Bentoumi (Fr., 1h30) avec Sami Bouajila, Franck Gastambide, Chiara Mastroianni…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Good Luck Algeria

Aux origines, une belle histoire… qui donne naissance à un film joliment ourlé. Pas si fréquent sous nos latitudes, alors que Hollywood est coutumier de ces contes exaltant le dépassement de soi, forgés à partir d’un exploit individuel accompli dans un cadre absurde. Comparable au mémorable Rasta Rocket (1994) et voisin de Eddie the Eagle (narrant le parcours du premier sauteur à ski olympique britannique, en avril sur les écrans), Good Luck Algeria s’inspire donc des rocambolesques péripéties du frère du réalisateur, un Rhônalpin désireux de concourir pour les JO et "promené" par les responsables de la fédération algérienne de ski, moins intéressés par l’athlète que par l’aubaine d’une subvention à détourner – des notables ici moqués avec causticité. À partir de l’anecdote familiale, Farid Bentoumi tisse un scénario plus complexe où le résultat devient annexe, le défi seul étant prétexte à une redécouverte par le héros, Sam, de ses origines doubles ainsi qu’à une mise à plat des rapports entre lui, son père et ses oncles restés au bled. Si, pour la course, Sam affiche son attachement au drapeau paternel (ses racines retrouvé

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Médecin de campagne

ECRANS | Porté par le succès de son film "Hippocrate", chronique du monde impitoyable de la médecine, le docteur Thomas Lilti renouvelle son ordonnance dans l’univers des blouses blanches en se focalisant sur un malade très singulier, puisqu’il prend soin des autres… Une nouvelle réussite. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Médecin de campagne

Pour ouvrir Le Samouraï (1967), Melville avait choisi une citation prétendument extraite du "bushido", code des principes moraux des samouraïs japonais : « Il n'y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraï. Si ce n'est celle d'un tigre dans la jungle… Peut-être… » Toutes proportions gardées, cette sentence pourrait s’appliquer au personnage de Jean-Pierre, ici incarné par François Cluzet. Taiseux, déterminé, porté par un sens de sa mission confinant à l’apostolat (et longeant les lisières de la fierté orgueilleuse), le médecin de campagne, s’il est l’ultime avatar du sorcier ou druide au sein de sa communauté, tient aussi du "rōnin", ce samouraï sans maître : un fauve inflexible prêt à lutter et de préférence sans secours jusqu’au terme de ses forces. Thomas Lilti ne va pas jusqu’à transformer son portrait de toubib en ferraillerie – le scalpel ou l’abaisse-langue se substituant au sabre katana. Il dépeint bien, en revanche, l’obstination d’un homme, dans toutes ses nuances : en

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Pseudonym

ECRANS | de et avec Thierry Sebban (Fr., 1h14) avec également Perrine Tourneux, Igor Skreblin, Simon Abkarian…

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

Pseudonym

Par quels mystères un tel polar borgne a-t-il pu jouir du soutien des producteurs Thomas Langmann (The Artist) et Gilles Podesta (Le Magasin des suicides) ? L’argument décati de ce court-métrage gonflé en long les a-t-il convaincus ? Espéraient-ils récolter du buzz sur la séquence de charcutage de lobe d’oreille à la disqueuse du comédien-réalisateur (aux tendances masochistes), entre autres joyeusetés gore, ou grâce aux chaloupements suggestifs de la sensuelle Perrine Tourneux ? S’ils ont cru à l’alibi d’une dénonciation du voyeurisme et/ou des internets (argument passe-partout bien commode), dommage pour eux… VR

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Avant-première : Sami Bouajila à Échirolles pour "Good Luck Algeria"

ECRANS | Rendez-vous mardi 8 mars à 20h.

Vincent Raymond | Mardi 1 mars 2016

Avant-première : Sami Bouajila à Échirolles pour

Farid Bentoumi s’est inspiré de la folle aventure de son frère pour écrire Good Luck Algéria : l’histoire d’un Isérois ayant représenté l’Algérie aux Jeux olympiques d’hiver. Le réalisateur et son interprète échirollois Sami Bouajila seront certainement très diserts sur les coulisses de ce film lors de l’avant-première à laquelle ils participent mardi 8 mars à 20h au Pathé Échirolles.

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The Cut

ECRANS | Fatih Akin passe à côté de son évocation du génocide arménien, transformée en mélodrame académique sans souffle ni ampleur, comme si le cinéaste avait été paralysé par l’enjeu. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

The Cut

Devant les premières séquences de The Cut, avec sa reconstitution si proprette qu’elle paraît totalement factice et ses images désespérément mièvres de bonheur familial édifiant avec un Tahar Rahim peu crédible en forgeron arménien murmurant des paroles sucrées à sa femme et ses filles, on se pince un peu. Est-ce bien Fatih Akin, le cinéaste rock’n’roll de Head on ou celui, à l’humanisme rugueux, de De l’autre côté, derrière la caméra ? Cette introduction semble au contraire singer un cinéma hollywoodien impersonnel qui s’emparerait d’un grand sujet : le calvaire de Nazareth qui, en 1915, va vivre le génocide organisé par les Turcs contre les Arméniens. Séparé de sa famille, condamné avec d’autres camarades d’infortune à des travaux forcés pour construire une route, il assiste, impuissant, à leur massacre et sera le seul rescapé de cette tuerie. Les images ont beau chercher à tout prix à glacer le sang du spectateur, quelque chose ne prend pas, une étrange distance entre Akin et ce qu’il montre, comme s’il avouait son impuissance à donner de l’ampleur à son récit. De fait, The Cut ne quitte jamais le point de vue de Nazareth, accompagn

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Du goudron et des plumes

ECRANS | De Pascal Rabaté (Fr, 1h30) avec Sami Bouajila, Isabelle Carré, Daniel Prévost…

Christophe Chabert | Mardi 8 juillet 2014

Du goudron et des plumes

Il aura fallu trois films pour que l’auteur de BD Pascal Rabaté réussisse sa mue de cinéaste, c’est-à-dire qu’il sorte d’un cinéma de la vignette pour développer une réelle dynamique de mise en scène où l’invention graphique se met au service de son récit et de ses personnages. Ce qui, dans Les Petits ruisseaux et Ni à vendre, ni à louer, semblait figé et ricanant, devient dans Du goudron et des plumes vivant et empathique. Christian, commercial divorcé aux combines peu reluisantes, perd son boulot et l’estime de sa fille, mais gagne le cœur d’une jeune femme, elle aussi mère célibataire. Ne reste plus qu’à accomplir l’exploit qui va le faire sortir de son rôle de gentil poissard : ce sera le Triathlon de l’été, sorte de mini-Intervilles local télédiffusé, compétition dans laquelle il va s’investir corps et âme. Rabaté en fait une sorte d’anti-héros français d'aujourd'hui, métissé et râleur, qui se fond dans le décor intemporel d’un Montauban fait de pavillons anonymes, de ronds-points, de boîtes de nuit triste

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En solitaire

ECRANS | De Christophe Offenstein (Fr, 1h36) avec François Cluzet, Samy Seghir, Guillaume Canet…

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

En solitaire

Yann Kermadec, marin chevronné, remplace au pied levé son frère qui s’est cassé une jambe pour participer au Vendée Globe. À peine parti, il découvre un clandestin dans la soute, se retrouvant malgré lui en infraction avec le règlement de cette course «en solitaire». Si on enlève le défi du tournage dans les conditions réelles de la navigation, ce premier film du chef opérateur de Guillaume Canet est un naufrage intégral. Le récit prend l’eau de partout, noyé par une avalanche de bons sentiments, sur le bateau comme sur la terre ferme, ce qu’une musique de supermarché vient souligner jusqu’à l’overdose. Surtout, le film ne prend le temps de rien, ni de filmer le professionnalisme du marin, ni de montrer les liens affectifs qui se nouent entre les personnages. C’est une bouillie télévisuelle écrite par des disciples de Robert MacKee qui créent des conflits artificiels et les résolvent en deux secondes – les rapports entre la fille de Cluzet et sa belle-mère jouée par Virginie Efira atteignent ainsi des sommets de niaiserie. Heureusement que le film sort un mois avant

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Chabrol voyage au bout de L’Enfer

ECRANS | Notre cycle "20 ans de PB, 20 ans de ciné" se poursuit au Club ce lundi avec un petit tour du côté de l’année 1994 et de L'Enfer, un film aussi génial (...)

Christophe Chabert | Vendredi 25 octobre 2013

Chabrol voyage au bout de L’Enfer

Notre cycle "20 ans de PB, 20 ans de ciné" se poursuit au Club ce lundi avec un petit tour du côté de l’année 1994 et de L'Enfer, un film aussi génial qu’atypique dans le cinéma français comme dans celui de son réalisateur Claude Chabrol. Récupérant le scénario d’un film de Clouzot, inachevé pour cause de mégalomanie galopante, d’intempéries diverses et de crises cardiaques de son acteur principal, il en garde assez fidèlement l’argument, mais en propose une toute autre approche visuelle. Là où Clouzot cherchait, à travers cette histoire de jalousie maladive et destructrice, à expérimenter sur l’image, c’est plutôt le temps sur lequel Chabrol travaille. Les premières scènes racontent à coups d’ellipses géantes comment Nelly (Emmanuelle Béart, iconisée en bombe sexuelle) et Paul (François Cluzet, monstrueux à tous les sens du terme) se rencontrent, se marient, font des gosses et mènent une vie tranquille dans leur hôtel provincial. Sauf que Paul sombre peu à peu dans un délire parano, persuadé que sa femme le trompe avec le bellâtre du coin (Marc Lavoine), puis avec à peu près tout ce qui bouge. La folie s

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Do not disturb

ECRANS | De et avec Yvan Attal (Fr, 1h28) avec François Cluzet, Laetitia Casta…

Christophe Chabert | Mercredi 26 septembre 2012

Do not disturb

La commande était claire : faire un remake de Humpday, petite comédie indé américaine de Lynn Sheldon, en en respectant le plus possible la trame : deux vieux amis, hétéros convaincus, décident de participer au Hump festival en tournant une vidéo porno gay. Le résultat est bancal. Attal s’amuse manifestement devant et derrière la caméra, d’un côté parce que son duo avec Cluzet carbure au plaisir manifeste du jeu, de l’autre parce que, détaché de son sujet, il stylise à bloc sa mise en scène, plus audacieuse que dans ses deux premiers films. Mais ce double hédonisme finit par jurer furieusement avec la vacuité des enjeux à l’écran, donnant la sensation d’un court-métrage étiré sur une heure trente, avec parfois de gros remplissages (la scène avec JoeyStarr, ni drôle, ni utile). Même le côté "vie sexuelle des hipsters" fait long feu, passée la blague d’une Charlotte Gainsbourg piercée formant un couple libre avec Asia Argento, et malgré la prestation d’une joyeuse impudeur de Laetitia Casta. Pas déplaisant à regarder mais oubliable dans l’instant, Do not disturb reste un produit commercial déguisé en objet branché. Christophe Chabert

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Du vent dans mes mollets

ECRANS | De Carine Tardieu (Fr, 1h29) avec Agnès Jaoui, Denis Podalydès, Isabelle Carré…

Aurélien Martinez | Mardi 17 juillet 2012

Du vent dans mes mollets

Depuis ses courts-métrages, Carine Tardieu s’applique à regarder le monde avec les yeux des enfants, en général confrontés à des drames qui bouleversent leur naïveté. Avec Du vent dans mes mollets, l’affaire vire au procédé, et on ne voit plus que les gimmicks et les formules à l’écran. Le ripolinage général, la brocante vintage 80 qui sert de direction artistique ou le jeu sur les différents régimes d’image, tout cela distrait sans cesse de l’histoire racontée, il est vrai pas palpitante en soi. Non seulement le film est surproduit, mais il est aussi surécrit, de la voix-off singe savant de sa jeune héroïne au jeu lassant sur les dialogues en franglais entre les parents Jaoui et Podalydès, ou encore une galerie de seconds rôles stéréotypés à souhait. Même quand le film aborde des rivages plus troubles, notamment sexuels, il s’avère d’un grand puritanisme, sur la forme comme sur le fond. Et en devient, du coup, assez irritant. Christophe Chabert

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Adieu Berthe !

ECRANS | De et avec Bruno Podalydès (Fr, 1h40) avec Denis Podalydès, Isabelle Candelier, Valérie Lemercier…

Aurélien Martinez | Jeudi 14 juin 2012

Adieu Berthe !

Berthe est morte, mémé n’est plus. C’est ce qu’apprend Armand Lebrec (Denis Podalydès), la tête dans une boîte transpercée de sabres factices. Son affliction à l’annonce du décès est, elle aussi, purement factice : cette grand-mère était si discrète que tout le monde l’avait oubliée dans la famille (son père en particulier, atteint d’une forme de démence burlesque ; un numéro aussi bref que grandiose pour Pierre Arditi). De toute façon, Armand a d’autres chats à fouetter : une femme qu’il tente vainement de quitter, une autre avec qui il essaie de trouver un modus vivendi, une pharmacie appartenant à une belle-mère intrusive… Après l’inégal Bancs publics, Bruno Podalydès revient à des territoires plus familiers de son cinéma : la comédie de l’indécision sentimentale, sur un mode plus grave et plus mature, âge des protagonistes oblige. La première moitié est effectivement hilarante, notamment la peinture d

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L’Art d’aimer

ECRANS | De et avec Emmanuel Mouret (Fr, 1h25) avec François Cluzet, Frédérique Bel, Judith Godrèche…

François Cau | Jeudi 17 novembre 2011

L’Art d’aimer

Critique / Depuis Changement d’adresse, le cinéma d’Emmanuel Mouret tournait en rond dans ses ratiocinations amoureuses et son envie de fantaisie, déclinant le personnage campé par Mouret acteur et sa sympathique gaucherie dans des situations timidement burlesques. L’Art d’aimer lui donne enfin un nouvel horizon, tout en renforçant la petite musique qui lui sert de style. Dans cette ronde de personnages qui éprouvent, chacun à leur manière, le décalage entre suivre leurs désirs et prendre en compte le désir des autres, il place dès l’ouverture une pincée de tristesse qui, paradoxalement, ne rendra que plus drôle les segments suivants. La colonne vertébrale, par exemple, où un François Cluzet magistral tente de séduire une Frédérique Bel hilarante dans ses perpétuelles valses-hésitations, va à l’essentiel (un appartement, deux acteurs) mais pousse la folie de la situation jusqu’au vertige. Par instants, Mouret s’approche d’un vrai trouble des sentiments, comme lors de ce double adultère voulu mais avorté qui devient une preuve d’amour, ou dans le marivaudage sexuel à l’aveugle qui se développe entre Julie Depardieu et Laurent Stocker. Précis autant que précieux, construit sur des

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"Intouchables" : oh la bonne surprise !

ECRANS | D’Olivier Nakache et Éric Toledano (Fr, 1h52) avec Françoi Cluzet, Omar Sy, Audrey Fleurot…

Christophe Chabert | Mercredi 26 octobre 2011

Raconter l’amitié entre un ancien homme d’affaires, tétraplégique après un accident de parapente, et un gaillard de banlieue tout juste sorti de prison, en voilà du sujet casse-gueule. Mais Olivier Nakache et Eric Toledano ont su slalomer entre les écueils et si leur film s’avère émouvant, c’est aussi parce que l’émotion ne surgit jamais là où on l’attend. On aurait pu se retrouver avec une double dose d’apitoiement (sur les handicapés et sur les déclassés), mais les deux s’annulent et le film raconte la quête d’une juste distance entre ce qui nous contraint (son corps ou ses origines) et ce que l’on aspire à être. C’est en refusant la compassion facile que le film trouve son ton, parfois au prix d’un effort un peu mécanique pour ménager l’humour et la mélancolie, mais en s’appuyant sans arrêt sur son atout principal : un couple de comédiens qui, comme les personnages qu’ils interprètent, ne semblaient faits ni pour se rencontrer, ni pour se compléter à l’écran. Rivé à son fauteuil, François Cluzet doit réfréner son tempérament explosif et physique, tandis qu’Omar Sy, assez bluffant, troque en cours de

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La Conquête

ECRANS | De Xavier Durringer (Fr, 1h45) avec Denis Podalydès, Florence Pernel…

François Cau | Jeudi 19 mai 2011

La Conquête

De la part de Durringer, on s’attendait à un film en demi-teinte, mais pas vraiment à un résultat aussi affligeant. Vendu sur un mensonge par omission fleurant bon l’escroquerie (« le film a eu du mal à se monter », sous-entendu à peine masqué d’un propos a priori rentre-dedans), La Conquête, récit de l’accession de Nicolas Sarkozy au pouvoir, n’est dans sa première partie qu’une suite de sketchs pas vraiment finauds, dans l’esprit du Coluche d’Antoine de Caunes. Chacun semble jouer sa partition en se calquant sur les marionnettes des Guignols de l’Info (mention spéciale à Bernard Lecoq en Jacques « crac crac » Chirac), les scènes lapidaires ne reposent que sur des “bons“ mots qui font au mieux sourire et au pire engendrent la consternation – quand bien même ces répliques auraient été proférées par leurs modèles, encore eut-il fallu les mettre en valeur autrement que dans une mise en scène cheap dans sa logique, ses effets et sa mise en œuvre. Dans la deuxième partie, Durringer et son coscénariste Patrick Rotman, non contents de cumuler les anecdotes au lieu de raconter une histoire, cèdent à un écueil inattendu : la fascination pour leur sujet, culminan

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