"Gold" : mauvaise pioche cher Matthew McConaughey

ECRANS | de Stephen Gaghan (É.-U., 2h01) avec Matthew McConaughey, Bryce Dallas Howard, Édgar Ramírez…

Vincent Raymond | Mardi 18 avril 2017

Héritier poissard d'une famille de chercheurs d'or, Kenny Wells joue son va-tout en s'associant avec un géologue mystique… et découvre un filon extraordinaire en Indonésie. Devenu du jour au lendemain la coqueluche de Wall Street, il va pourtant choir pour escroquerie.

Les Étasuniens raffolent de ce genre de conte de fées vantant l'obstination malgré les embûches : plus l'on trébuche, plus la sonnante récompense le sera aussi. Mais pour que ce conte "prenne" chez nous, il faut un minimum de notoriété du protagoniste, un destin réellement hors du commun ou bien un film résolument exceptionnel. Pas de veine, ce n'est pas le cas avec ce pensum dont on se moque comme un orpailleur de sa première pépite de pyrite de fer : le désir de revanche d'un fissapapa ruiné n'a rien d'exaltant.

L'interprétation ne sauve rien : la mine des mauvais jours, Matthew McConaughey, en version chauve et bedonnante, semble mal remis de son Oscar. Moulinant des bras quand il n'écarquille pas des yeux figé sur place, il se perd dans un épouvantable jeu à la Tom Cruise. Seul intérêt du film : les costumes et décors, permettant de s'initier au vrai chic des nouveaux riches texans, et qui rendent Trump et les Émiratis timorés dans l'usage du doré.


Gold

De Stephen Gaghan (EU, 2h01) avec Matthew McConaughey, Bryce Dallas Howard... Kenny Wells est un explorateur des temps modernes, magouilleur et rêveur, attendant désespérément que la roue tourne. Dos au mur, Wells fait équipe avec un géologue tout aussi malchanceux pour tenter un dernier coup de poker : trouver de l’or au fin fond de la forêt vierge indonésienne.
UGC Astoria 31 cours Vitton Lyon 6e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"D'égal à égal - Auf Augenhöhe" : une surprise de taille

ECRANS | De Evi Goldbrunner et Joachim Dollhopf (All., 1h38) avec Jordan Prentice, Luis Vorbach, Ella Frey…

Vincent Raymond | Jeudi 12 mars 2020

Orphelin vivant en foyer, Michael découvre par hasard une lettre de sa mère révélant l’identité de son père. Son enthousiasme est vite douché lorsqu’il rencontre ce Tom qu’il idéalisait, puisque celui-ci s’avère de petite taille. Pourtant, Tom est peut-être la grande personne faite pour lui… De l’apprentissage de la tolérance et de la différence chez les pré-ados, ou comment comprendre les autres pour s’accepter soi-même à l’aube de profondes métamorphoses. Tel est en substance le message véhiculé par ce film empli de leçons de vie à destination du jeune public (l’âge du protagoniste, 8-10 ans). Il semble remplir son office puisque la cible visée lui décerne force prix : le dernier en date le fut au festival Voir ensemble de Grenoble. Comparée à la démarche de Franck Gastambide, l’un des seuls réalisateurs en France à faire régulièrement appel à des comédiens de petite taille et pratiquant ce que l’on pourrait qualifier une "inclusion par le second degré", l’approche D’égal à égal paraîtra plutôt lisse et gentille. Et l’on pourra regretter que le film ma

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"Le Voyage du Dr Dolittle" : parle à mon zoo, ma reine est malade

ECRANS | De Stephen Gaghan (É.-U., 1h41) avec Robert Downey Jr., Antonio Banderas, Michael Sheen…

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

Reclus dans son domaine depuis la disparition de son épouse bien-aimée, le Dr Dolittle (qui a le pouvoir de parler aux animaux) est appelé au chevet de la reine d’Angleterre, gravement malade. Découvrant qu’elle a été empoisonnée, il part en quête d’une plante légendaire pour la sauver… Troisième avatar cinématographique du personnage (extravagant par nature) créé par Hugh Lifting ce Dolittle a été cousu sur mesure pour Robert Downey Jr., puisque le comédien campe un scientifique aussi aventureux qu’autodestructeur, dont la mélancolie est mâtinée par un goût certain pour la dérision. Le rôle constitue une suite logique (et en redingote) aux aventures de son Iron Man, dans un décor paradoxalement plus "disneyen" que celui de la franchise Marvel. La séquence animée qui ouvre le film lui confère d’ailleurs une aura vintage de merveilleux enfantin. Dans ce festival de FX virtuose, où décors et personnages secondaires sont engendrés par numérique, Downey Jr. se trouve en pays de connaissance : devant le fond vert d’un studio. Près de trente ans après le film qui l’a consacré, Chaplin, on sourit en constatant que

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"Le Mans 66" : the mans of Le Mans

Cinema | De James Mangold (É.-U., 2h33) avec Matt Damon, Christian Bale, Jon Bernthal…

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

Seul Américain à avoir remporté Le Mans, Carroll Shelby s’est reconverti dans la vente de voitures. Quand Henry Ford junior fait appel à lui pour construire la voiture capable de détrôner Ferrari, il saute sur l’occasion. D’autant qu’il connaît le pilote apte à la conduire : l’irascible Ken Miles… L’actualité a de ces volte-face ironiques… Sortant précisément au moment où le mariage PSA-Fiat (Chrysler) vient d’être officialisé, Le Mans 66 débute par la fin de non recevoir de Ferrari de s’allier à Ford, l’indépendante Scuderia préférant assurer ses arrières dans le giron de Fiat. Un camouflet, une blessure narcissique qui va précipiter l’industriel de Détroit dans une lutte orgueilleuse avec en ligne de mire la couronne mancelle. Est-ce de l’émulation (puisqu’il y a un enjeu technologique pour les deux sociétés en lice) ou bien la traduction d’un complexe psychologique de la part de leurs dirigeants ? On ne manquera pas de faire un lien avec la conquête

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James Mangold : « "Le Mans 66" est un film dramatique adulte, pas un film pop corn »

ECRANS | Après sa parenthèse Marvel (et le tranchant "Logan"), James Mangold revient à un biopic et aux années soixante avec cette évocation d’une "course" dans la plus prestigieuse des courses automobiles, Le Mans. Interception rapide lors de son passage à Paris.

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

James Mangold : «

La quête du Mans par Ford ressemble beaucoup à la quête de la Lune par la Nasa à la même époque. Avez-vous l’impression d’avoir fait un film d’astronautes sur la route ? Quelle était la dimension symbolique qu’avait la course du Mans ? James Mangold : Je pense que pour Ford, gagner Le Mans revenait à se prouver quelque chose. La conquête de la Lune était en effet aussi une compétition, puisqu’il fallait arriver les premiers sur la Lune, en particulier avant les Russes. Le film essaie de montrer que gagner une course, c’est bien plus qu’une victoire de coureur automobile : c’est aussi celle de l’amitié, de l’équipe et d’une marque. Quel est votre rapport aux voitures ? J’ai un Land Rover. Les voitures, ce n’est pas l’alpha et l’omega pour moi. Mais le XXe siècle a été défini par la voiture ; elle a changé nos vies. À une époque, chaque homme ou femme possédait son propre cheval, sa propre monture pour aller où bon lui semblait. Ford est arrivé en faisant que la voiture soit abordable pour tous. Ensuite, ça a été le règne des autoroutes. Même aujourd’hui, quand on entre dans ces boîte de mé

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"La Source" : planche de salut

ECRANS | de Rodolphe Lauga (Fr, 1h45) avec Sneazzy, Thomas Goldberg, Christophe Lambert…

Vincent Raymond | Lundi 22 juillet 2019

Désœuvré, vivant comme une malédiction la nécessité de reprendre l’entreprise de plomberie familiale de son père défunt, Samir s’imagine un autre avenir loin de la cité, en devenant surfeur pro. Même s’il n’a jamais mis les pieds sur une planche de sa vie. Et qu’il ne sait pas nager… Du parcours "éclaboussant" de Karim Braire, le réalisateur (et surfeur) Rodolphe Lauga a ôté toute l’écume sulfureuse et le ressac saumâtre : Samir en constitue une version à la fois épurée et fictionnalisée dans le bon sens du terme, puisque seul compte le récit initiatique d’un ado refusant le déterminisme socio-familial pour s’accomplir dans une inexplicable passion, en suivant son instinct. On objectera que le schéma est classique, mais le film l’est moins, qui déroge à tous les clichés du cinéma de banlieue ou du cinéma de glisse : l’une et l’autre sont en effet considérées ici comme des éléments contextuels, non comme des prétextes à images chocs ou spectaculaires. Par ailleurs scénariste (notamment des deux derniers Canet), Lauga

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Polytech s'offre "Interstellar"

ECRANS | Rendez-vous mardi 5 mars à Mon Ciné pour (re)découvrir le bijou de Christopher Nolan sorti il y a cinq ans.

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

Polytech s'offre

Il fut un temps où la Warner parvenait à concilier mieux qu’aucune major sa tête et son cœur (enfin, le muscle devant son cœur, son portefeuille), en abritant en son giron une foule d’auteurs garantissant à la fois prestige international et écrasants triomphes au box-office. De cette époque à Kubrick ou Kazan ne reste qu’un Eastwood bientôt nonagénaire. Parmi la relève, les Wachowski sont au purgatoire, Paul Thomas Anderson (hélas trop peu rentable) a été exfiltré ; Cuarón a succombé aux beaux yeux billets verts de Netflix. Demeure le fidèle Christopher Nolan, rarement décevant (c’est-à-dire souvent plus que profitable), qui de surcroît met le monde en transe avec ses histoires emplies de paradoxes scientifiques, d’effets visuels hypnotiques et de stars oscarisées par camions entiers. Tel Interstellar (2014). Encouragé par le succès d’Inception (2010), aventure exploratoire de l’infiniment intime des songes, où les protagonistes se dotaient du pouvoir d’investir et de modeler leurs mondes intérieurs à leur convenance (quitte à s’y trouver piégé), Interstellar poursuit dans le

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"Undercover - Une histoire vraie" : un deal est un deal

ECRANS | de Yann Demange (ÉU, 1h51) avec Matthew McConaughey, Richie Merritt, Bel Powley…

Vincent Raymond | Jeudi 20 décembre 2018

1984. Ricky, 14 ans, et son père font un commerce plus ou moins légal d’armes à feu auprès des gangs tenant le marché du crack dans les squats de Détroit. Flairant l’aubaine, le FBI transforme le jeune Ricky en dealer pour infiltrer le réseau. Sans lui laisser vraiment le choix… On ne peut plus explicite et programmatique, le titre français met l’accent sur l’authenticité des faits davantage que sur la figure de Ricky. Pourtant, c’est bien cet ado à moustachette qui est la colonne vertébrale de l’histoire, la mouche sur le hameçon lancé par un FBI avide de faire des grosses prises mais peu soucieux du devenir de l’appât après coup(s). Mais ne divulgâchons pas la fin… Si l’on a l’habitude des histoires de gangs et de mafia survitaminées par Scorsese et ses épigones, celle-ci semblera plus calme : Undercover ne superlative rien. C’en est même parfois troublant, puisque les séquences de nouba avec les caïds, les descentes de flics ou certaines scènes de tension familiale semblent sous-dramatisées ; en tout cas moins épileptiquement montées qu’à l’ordinaire. Une façon de fuir la convention, de se rapprocher du réalisme sans dou

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"Game Night" : petit jeu

ECRANS | de Jonathan Goldstein & John Francis Daley (ÉU, 1h40) avec Jason Bateman, Rachel McAdams, Kyle Chandler…

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Depuis toujours, Max est rabroué et humilié par son frère aîné Brooks, dont la superlative réussite minore le moindre de ses succès. Invités chez le vantard pour une soirée jeux entre amis, Max et son épouse Annie ont l’intention de prendre leur revanche. Mais rien ne se passe comme prévu… Semblant résulter de la rencontre fortuite entre The Game et Very Bad Trip sur un plateau de Pictionnapoly, Game Night appartient à cette race de films qu’on soupçonne d’avoir été créés par des scénaristes en chien un soir d’éthylisme festif ; à ce moment d’open bar où les hybridations les plus tordues n’effraient plus personne – c’est dans ce contexte que le (pas si mal, d’ailleurs) Abraham Lincoln : Chasseur de vampires avait dû voir le jour. Comme il y a toujours un producteur éméché pour dire "j’achète", vous devinez la suite… Pas de surprise dans l’enchaînement des gags, ni des situations : le film déroule une escalade de quiproquos et de méprises comme Fast & Furious aligne les chevaux-fiscaux. Oh, il y a bien un ou deux moments qui secouent de la torpeur ambiante, et ils sont d’une veine (ou d

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"Wallay" : beau « film métis » d’apprentissage signé Berni Goldblat

ECRANS | de Berni Goldblat (Fr.-Burk.-Qat., 1h24) avec Makan Nathan Diarra, Ibrahim Koma, Hamadoun Kassogué…

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

Petite délinquance, chapardage des économies familiales… Ady a trop tiré sur la corde. Son père l’envoie donc en "vacances" chez son oncle au Burkina Faso. Sur place, l’ado apprend que son billet de retour en banlieue dépend de ses efforts. Un lent apprivoisement mutuel débute… Venu du documentaire, Berni Goldblat dessine dans ce film d’apprentissage une trajectoire géographique allant à rebours de la majorité des productions contemporaines traitant de l’axe Europe-Afrique : la question de l’immigration est ici présente en arrière-plan. Son jeune héros Ady doit certes obtenir un visa, mais c’est pour l’âge adulte, non pour un supposé eldorado. Le réalisateur en profite également pour casser le cliché d’un bled rétrograde et miséreux, vivant hors la modernité : l’emprise consumériste y est réelle, mais pas aussi forte qu’au nord de la Méditerranée. Du (bon) grain à moudre pour de jeunes spectateurs s’interrogeant sur leur identité ou leur sujétion aux marques ! Un mot pour finir sur de l’épatante partition signée par le compositeur Vincent Segal, qui tire profit de toutes les potentialités de fusions entre les instruments et les cultures. La s

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"Logan" : little Miss Wolverine

ECRANS | Confirmation d’une tendance : les dérivations des X-Men surclassent les recombinaisons des Avengers. James Mangold le prouve à nouveau dans ce western crépusculaire poussant un Wolverine eastwoodien dans ses tranchants retranchements – au bout de son humanité.

Vincent Raymond | Mardi 28 février 2017

Fin des années 2020. Chauffeur de limousine de location, Logan n’est plus qu’une loque catarrheuse et alcoolique prenant soin d’un Professeur Xavier nonagénaire avec l’aide de Caliban. Sa routine explose quand surgit Laura, traquée par une horde de tueurs. Une jeune mutante à part : elle est sa fille. Si le cadre dystopique et anxiogène semble issu des cauchemars de l'auteur de bandes dessinées Frank Miller, Logan pourrait quant à lui être un avatar eastwoodien, traînant sa splendeur passée comme un boulet et implorant inconsciemment la délivrance dans un ultime râle d’héroïsme. Le James Mangold de Copland (1997) ou Walk the Line (2005) semble de retour : après avoir signé un Wolverine III en demi-teinte, où les exigences du grand spectacle prenaient le pas sur les potentialités dramatiques offertes par le cadre politico-historique, il radicalise ici son propos, confrontant le mutant griffu aux limites ultimes de ses ambivalences et de sa noirceur. Telle

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"Tous en scène" : music-animal animé

ECRANS | de Garth Jennings (E.-U., 1h48) animation

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

Pour sauver son théâtre d’une ultime faillite, Buster le koala mise sur un concours de chant ouvert aux amateurs. Une succession de mésaventures lui rend la chose plus ardue que prévue, alors même qu’il a réuni une troupe de talents hors du commun… Les studios Illumination (incubateurs des Minions) savent souffler le froid et le chaud avec les animaux : au consternant Comme des bêtes sorti l’été dernier succède ici en effet une efficace et entraînante comédie, bien moins bébête et puérile que le cadre référentiel (l’engouement autour des télé-crochets musicaux) ne le laissait craindre. L’absence de clins d’œil à outrance, d’un trop-plein de parodies ou d’allusions à des demi-stars vaguement dans l’air du temps contribue à la réussite de l’ensemble, qui tire avant tout parti de ses ressources propres : son intrigue et ses personnages, aux caractéristiques adroitement dessinés. Même les voix françaises font preuve d’une tempérance bienvenue ! Cela dit, il n’y a pas de quoi être étonné : un film encadré pa

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39e marche pour le Festival du film court en plein air

ECRANS | Organisée par une Cinémathèque en plein changement, la nouvelle édition du Festival du film court en plein air de Grenoble est prévue du mardi 5 au dimanche 10 juillet. Zoom sur la prog.

Vincent Raymond | Mardi 28 juin 2016

39e marche pour le Festival du film court en plein air

Qui aurait imaginé l’an dernier à la même époque la somme de bouleversements que connaîtrait la Cinémathèque de Grenoble en moins d’une saison ? Que l’édition 2015 du festival serait l’ultime de Michel Warren en tant que spectateur, son tempétueux créateur, disparu peu après sa clôture le 28 juillet dernier ; et que celle s’apprêtant à s’ouvrir coïnciderait avec les adieux de Guillaume Poulet, qui avait pris la suite de Michel Warren en 2009 ? Avant de céder son fauteuil à Peggy Zejgman-Lecarme, le (toujours) directeur accompagne l’événement phare de l’institution grenobloise, presque quadragénaire. Toujours gratuit, toujours aussi alléchant, le rendez-vous continue de jouer la carte de l’ouverture – n’est-il pas en ple

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Asaf Avidan : il était une voix

MUSIQUES | L'Israélien à la voix divine sera en concert à la Belle électrique deux soirs de suite pour défendre "Gold Shadow", deuxième album solo arrivé juste après le carton "Different Pulses".

Aurélien Martinez | Mardi 9 juin 2015

Asaf Avidan : il était une voix

Certaines des réussites artistiques les plus brillantes sont le fruit de douleurs. La musique est remplie de ces déchirures amoureuses couchées sur papier et transformées en mélodies à broyer un cœur heureux. Les productions qui en découlent sont communément appelées des « break-up albums », pour que les choses soient on ne peut plus claires. L’Israélien Asaf Avidan ajoute une pierre à cet édifice de larmes créatrices avec Gold Shadow, deuxième livraison solo venue juste après le carton Different Pulses et son One Day / Reckoning Song converti en tube planétaire par le DJ allemand Wankelmut. Et le fait sobrement, sans verser dans un sentimentalisme outrancier. Musicalement, alors qu’on aurait pu l’attendre sur une pop haute de gamme bien dans son temps, il est parti à la recherche de sons des décennies passées ; et les a trouvés : du blues, du jazz, du rock… Un grain vintage, écrin royal à des textes poétiques où les images affluent en nombre – « We're moles my friend / Blind against the dark » (« nous sommes des taupes mon ami / aveugles face à l’obscurité

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Interstellar

ECRANS | L’espace, dernière frontière des cinéastes ambitieux ? Pour Christopher Nolan, c’est surtout l’occasion de montrer les limites de son cinéma, en quête de sens et d’émotions par-delà les mathématiques arides de ses scénarios et l’épique de ses morceaux de bravoure. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Interstellar

Un an à peine après Gravity, au tour de Christopher Nolan de s’aventurer dans l’espace pour en donner une image scientifiquement correcte et réaliste avec Interstellar. Le futur du film est une vision à peine déformée de celui qui nous attend, marqué par la pénurie de céréales et les dérèglements climatiques, au point de pousser l’homme à chercher par-delà notre système solaire d’autres planètes habitables. Nolan centre son approche sur une famille purement américaine, dont le père décide de rejoindre une équipe d’astronautes pour s’engouffrer dans un « trou de ver » et rejoindre une autre dimension du temps et de l’espace. L’intime et le cosmos, les paradoxes liés à la relativité temporelle, les autres mondes dominés par des éléments uniques et déchaînés (l’eau, la glace) : c’est un territoire ambitieux qu’arpente Nolan. Mais plutôt que d’en faire une plongée vers l’inédit, il le ramène vers sa propre maîtrise, désormais avérée, pointant toutes les limites de son cinéma. Dans l’espace, personne ne vous e

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Rocktambule : vingt ans et toutes ses bulles

MUSIQUES | Fini l’adolescence, le festival Rocktambule a atteint ses vingt ans ! Et compte bien les fêter de la plus belle manière, c’est-à-dire en musique et pendant trois soirs d’affilée, sur le site de l’esplanade. De notre côté, on a été piocher dans la prog’ nos petits favoris, avec l’éternelle subjectivité qui nous caractérise. Damien Grimbert et Stéphane Duchêne

Damien Grimbert | Mardi 7 octobre 2014

Rocktambule : vingt ans et toutes ses bulles

Rustie & Hudson Mohawke Jeunes prodiges de la fertile scène de Glasgow devenus en l’espace de quelques années de véritables stars internationales, Rustie et Hudson Mohawke n’ont rejoint que tardivement la programmation du festival, mais cette nouvelle n’aurait pu nous faire plus plaisir. Déjà parce qu’on les suit depuis leurs presque tous débuts, aux alentours de 2008, lorsqu’à peine sortis de l’adolescence, ils repoussaient du fin fond de l’Écosse les frontières devenues encombrantes à leurs yeux entre électronica scintillante, rap mutant, R’n’B dégoulinant et bass music acérée. Ensuite parce que leur formule a depuis fait recette, leur permettant de signer sur le label de référence Warp en 2009, puis de conquérir progressivement la planète électronique comme les ténors du rap U.S. mainstream dans les années qui suivent, engendrant même au passage une nouvelle esthétique musicale (la trap). S’ils ont toujours su garder une distance prudente avec les excès pas toujours très finauds de cette dernière, leur marque de fabrique s’est néanmoins construite sur une fine frontière entre une production maximaliste (basses surpuissantes, synthés toni

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Dallas Buyers Club

ECRANS | Le réalisateur de "C.R.A.Z.Y." s’empare de l’histoire vraie de Ron Woodroof, Texan pure souche, bien réac’ et bien homophobe, qui s’engage contre l’industrie pharmaceutique américaine après avoir découvert sa séropositivité. D’une édifiante linéarité, n’était la prestation grandiose de Matthew McConaughey. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 3 février 2014

Dallas Buyers Club

L’histoire est incroyable mais vraie, et comme souvent dans ce type de fictions à sujet, l’argument semble suffire à donner au film un poids dramaturgique. Alors que le sida commence à faire des ravages dans la communauté gay — la mort de Rock Hudson et son tragique coming out post mortem font la une des journaux — un électricien Texan bas du front, qui fait du rodéo et conchie les homos (dans son jargon, ce sont des «fiottes» ou des «pédés») découvre qu’il est séropositif. Son monde et ses valeurs s’écroulent, d’autant plus que les médecins ne lui donnent que trente jours à vivre. Après un petit cours accéléré en bibliothèque et la rencontre avec une doctoresse sincère et pure — Jennifer Garner — il découvre que 1) un traitement basé sur l’AZT peut retarder la maladie ; 2) ledit traitement fait en définitive plus de mal que de bien, mais que 3) il existe d’autres médicament qui, à défaut de traiter le virus lui-même, peuvent s’attaquer aux maladies opportunistes déclenchées par la déficience du système immunitaire. Problème : les labos et le gouvernement, main dans la main car on est dans l’Amérique libérale et reaganienne, font tout pour empêcher leur

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Immortel Zemeckis

ECRANS | Dans son excellent ouvrage consacré aux cinéastes hollywoodiens contemporains (Le Temps des mutants, chez Rouge Profond), Pierre Berthomieu livre une des (...)

Christophe Chabert | Vendredi 10 janvier 2014

Immortel Zemeckis

Dans son excellent ouvrage consacré aux cinéastes hollywoodiens contemporains (Le Temps des mutants, chez Rouge Profond), Pierre Berthomieu livre une des premières analyses sérieuses consacrées à Robert Zemeckis, pointant toute la dimension novatrice de son cinéma. Point d’orgue logique de sa démonstration fondée sur les corps mutants et la volonté de créer des images défiant les logiques réalistes classiques, La Mort vous va si bien fait en effet figure de théorie de la pratique dans l’œuvre de Zemeckis. On y voit une gloire déclinante de Broadway (Meryl Streep, en pleine autoparodie) mariée à un chirurgien esthétique (Bruce Willis, moustachu avant la mode) qu’elle a "dérobé" à son ancienne copine d’école obèse (Goldie Hawn). Mais celle-ci réussit à se débarrasser de ses kilos superflus grâce à un filtre d’immortalité et à récupérer son ancien amour. La vengeance de la star ne se fera pas attendre, mais elle se traduira par un hallucinant ballet macabre où les corps, qui ne craignent plus la mort, vont se retrouver tordus, perforés, écrasés, équivalents humains des toons de Roger Rabbit. Zemeckis pousse ainsi à son extrême ses recherches sur u

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"Le Loup de Wall Street" : voyage au bout de l'enfer (du capitalisme)

ECRANS | La vie de Jordan Belfort, courtier en bourse obsédé par les putes, la coke et surtout l’argent, permet à Martin Scorsese de plonger le spectateur trois heures durant en apnée dans l’enfer du capitalisme, pour une fresque verhovenienne hallucinée et résolument burlesque, qui permet à Di Caprio de se transcender.

Christophe Chabert | Vendredi 27 décembre 2013

« Greed is good. » C’était la maxime de Gordon Gecko / Michael Douglas dans le Wall Street d’Oliver Stone. Un film de dénonce balourd qui a eu pour incidence contre-productive de transformer Gecko en héros d’une meute d’abrutis cocaïnés et irresponsables, trop heureux de se trouver un modèle ou un miroir selon le degré d’avancement de leur ambition. Jordan Belfort, auquel Martin Scorsese consacre cette bio filmée de trois heures et à qui Leonardo Di Caprio prête ses traits, est de cette génération-là, celle qui a eu Gecko pour modèle et son slogan comme obsession. Le film, passé son prologue provocateur (grosse bagnole et coke à même l’anus d’une prostituée) attrape d’ailleurs son héros dans un instant paradoxal : le lundi noir de 1989 où, alors qu’il s’apprête à concrétiser son rêve et devenir courtier à Wall Street, la bourse plonge et avec elle une partie de l’économie mondiale. Faux départ, retour à zéro : l’itinéraire de Jordan Belfort s’édifie sur un moment de purge financière supposée assainir le système et qui ne fait que préparer l’avènement d’une corruption plus grande encore, par de jeunes loups ayant tiré

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Wolverine : le combat de l’immortel

ECRANS | Wolverine va se promener au Japon dans une aventure impersonnelle et ennuyeuse au possible, signe d’une franchise qui avance en roue libre et d’un cinéaste, James Mangold, totalement perdu. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 24 juillet 2013

Wolverine : le combat de l’immortel

Face à ce Wolverine, qui laisse pas mal de temps pour penser à autre chose tant il sollicite peu la participation du spectateur, contraint d’en suivre les péripéties anémiques et les scènes d’action aussi rares que foireuses, on se dit qu’Hollywood est devenue une centrifugeuse folle prise au piège de sa productivité. Que faire pour maintenir en vie la franchise X-Men en attendant qu’un cinéaste ambitieux s’attelle à retrouver son essence de saga ? Décliner son personnage-phare dans des aventures prétextes que l’on regardera comme on lit le 115e numéro de Strange : d’un œil distrait avant de s’endormir. Ainsi va ce Combat de l’immortel : Logan / Wolverine survit à l’explosion atomique de Nagasaki et, soixante ans plus tard, après avoir vainement tenté de jouer les ermites barbus au milieu de la forêt — Into the wild beast ? — est contraint d’aller au chevet du soldat japonais qu’il avait sauvé à l’époque. Devenu un magnat de l’industrie tokyoïte, il s’apprête à léguer sa fortune à sa petite fille qui, évidemment, ne sera pas indifférente au charme du Glouton, entre temps passé par un bon bain chaud pour retrouver

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Pianiste caméléon

MUSIQUES | Le fameux pianiste classique ami de la chanson française Alexandre Tharaud profite de sa résidence à la MC2 pour présenter au public un programme éclectique, réparti sur plusieurs soirées et allant de Bach à Albin de la Simone. Bien entouré, le musicien offre ainsi une approche du piano aussi variée qu’originale, pointue que populaire. Propos recueillis par Laetitia Giry

Laetitia Giry | Vendredi 24 mai 2013

Pianiste caméléon

En quoi consiste pour vous la Carte blanche que la MC2 vous a confiée ?Alexandre Tharaud : Je suis en résidence à la MC2 depuis la saison dernière, et jusqu’à la saison prochaine. Cette résidence consiste à ce que je vienne à intervalles réguliers, que je propose des projets qui me sont chers. Cette semaine Carte blanche au mois de juin est une sorte de résidence dans la résidence. J’avais envie de rester une semaine entière pour m’immerger dans Grenoble, dans cet espace de la MC2 que j’aime tant. Les Variations Goldberg de Bach sont aussi fameuses que difficiles à jouer : pourquoi avez-vous eu l’envie de vous confronter à cette œuvre-là ?C’est une montagne, un chef d’œuvre ! Même si c’est une partition qui a été écrite pour le clavecin et non le clavier. J’avais l’impression depuis des années que je ne pourrais pas ne pas passer par là un jour. J’ai commencé à les jouer de manière régulière il y a deux ans, mais en prenant mon temps, elles ne prennent leur envol que depuis quelques mois. Je pense que je ne les enregistrerai que beaucoup pl

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In the Mud for love

ECRANS | Dès son troisième long-métrage, Jeff Nichols s’inscrit comme un des grands cinéastes américains actuels : à la fois film d’aventures, récit d’apprentissage et conte aux accents mythologiques, "Mud" enchante de sa première à sa dernière image. Critique et entretien. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

In the Mud for love

Il aura donc fallu près d’un an depuis sa présentation cannoise pour que Mud atteigne les écrans français. C’est long, certes, mais les spectateurs qui vont le découvrir – parions que, toutes générations et tous goûts cinématographiques confondus, ils en sortiront éblouis – verront ce que le critique pris dans la tempête festivalière ne faisait que deviner à l’époque : Jeff Nichols a signé ici une œuvre hors du temps, un film classique dans le meilleur sens du terme qui s’inscrit dans une tradition essentielle au cinéma américain, reliant Moonfleet, La Nuit du chasseur, E.T., Un monde parfait ou le True Grit des frères Coen. Des films qui parlent de l’Amérique à hauteur d’enfants, avec ce que cela implique d’émerveillement et de désillusions. Des films qui font grandir ceux qui les regardent en même temps qu’ils regardent grandir leur héros. C’est dire l’ambition de Jeff Nichols : Shotgun stories et

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Zero Dark Thirty

ECRANS | Sur la traque de Ben Laden par une jeune agent de la CIA, Kathryn Bigelow signe un blockbuster pour adultes, complexe dans son propos, puissant dans sa mise en scène de l’action, personnel dans le traitement de son personnage principal. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 17 janvier 2013

Zero Dark Thirty

Dans Démineurs, Kathryn Bigelow montrait avec un mélange de fascination et de distance critique le travail de quelques GIs en Irak drogués à l’adrénaline guerrière. La soif d’action et d’efficacité de la cinéaste concordait avec leur propre plaisir du danger, jusqu’à ce qu’un vide existentiel vienne les aspirer dans la dernière séquence. Zero Dark Thirty est comme une variation autour du même thème, à ceci près que le sujet est encore plus explosif : comment, durant dix longues années, Maya (Jessica Chastain), va pister Oussama Ben Laden, d’abord comme une jeune agent de la CIA intégrant une équipe chevronnée, puis seule face à l’inertie de sa hiérarchie. Écrit en épisodes scandés par les nombreuses défaites occidentales contre cet ennemi fantomatique, Zero Dark Thirty raconte dans un même geste l’enquête, ses erreurs, ses impasses et son succès final, et l’apprentissage de Maya, ce qui pour Bigelow revient à lui conférer l’aura d’une héroïne. Défaite intérieure Dès le premier mouvement, une longue et éprouvante séquence de torture : May

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God bless America

ECRANS | De Bobcat Goldthwait (ÉU, 1h40) avec Joel Murray, Tara Lynn Barr…

Christophe Chabert | Lundi 8 octobre 2012

God bless America

Exaspéré par la connerie américaine ambiante, largué par sa femme, viré de son travail et atteint d’une tumeur inopérable, Frank décide de mettre son pays face à sa monstruosité : il prend les armes et, aidé par une gamine aussi révoltée que lui, décide de buter stars de la télé-réalité, membres des Tea Party, adolescents indélicats et éditorialistes réacs. On se pince un peu pour le croire : contre la bêtise contemporaine, le fascisme ultra-violent serait donc la solution pour restaurer l’intelligence. Certes, de sa mise en scène à ses nombreuses nuances scénaristiques, Goldthwait cherche à atténuer cette radicalité idéologique en la nimbant d’un parfum de comédie noire. Mais il ne gomme ni la misanthropie de son personnage, ni l’impression fâcheuse qu’il s’en sert pour déverser à travers lui sa propre aigreur envers l’Amérique. La provocation vise à faire réagir ; curieusement, le film le fait moins bien que le génial Idiocracy, qui extrapolait cette déchéance intellectuelle jusqu’à son point de non-retour, mais envisageait une issue optimiste et humaniste – utopique ? – pour endiguer ce triomphe de la vulgarité inculte. Christophe Chabert

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Killer Joe

ECRANS | Avec ce Killer Joe à la rage juvénile, William Friedkin, 77 ans, est de retour au sommet. Bug montrait déjà une hargne retrouvée, mais aussi des limites par (...)

Christophe Chabert | Vendredi 31 août 2012

Killer Joe

Avec ce Killer Joe à la rage juvénile, William Friedkin, 77 ans, est de retour au sommet. Bug montrait déjà une hargne retrouvée, mais aussi des limites par rapport au matériau théâtral qu’il se contentait de transposer sagement à l’écran. L’auteur, Tracy Letts, est aussi celui de la pièce qui a inspiré Killer Joe ; cette fois, il a pris le temps de bosser avec Friedkin une vraie adaptation cinématographique, aérée et fluide. Choix plus que payant : le dialogue brillant de Letts trouve dans la mise en scène de Friedkin un allié de poids, le cinéaste étant trop content d’aller en découdre avec son thème de prédilection : l’omniprésence du mal. Killer Joe montre une famille de Texans dégénérés vivant dans un mobile home insalubre : le père apathique, la belle-mère nympho, le fils magouilleur et la fille candide, Dottie. Complètement fauchés, ils décident de mettre à mort la mère pour toucher son assurance-vie. Comme ils sont aussi lâches que méchants, ils font appel à un flic pourri pour commettre l’irréparable. Joe pose une condition : la virginité de Dottie en guise de caution. Si l’innocente Dottie devient naturellement la victime de la cupid

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Big Mac

ECRANS | Avec quatre films à l’affiche entre août et décembre, Matthew McConaughey est incontestablement la star de cette rentrée cinéma. Pourtant, qui aurait parié un kopeck sur cet ex-jeune premier romantique, Texan pure souche perdu à Hollywood où la valeur d’un acteur flambe plus vite que les cours de bourse ? Récit d’une métamorphose… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Big Mac

«Tout ce que je connais, c’est le Texas !» C’est ainsi que les frères Coen ouvraient leur premier film, Blood simple. Cette maxime, Matthew McConaughey pourrait la faire sienne. Le Texas, il y est né, et sa première apparition marquante sur les écrans français le montrait en shérif d’un patelin texan dans le Lone star de John Sayles. Quinze ans plus tard, après bien des détours, c’est le Texas qui l’appelle à nouveau et lui permet d’endosser ce qui est sans conteste un de ses plus grands rôles à ce jour : le flic pourri qui arrondit ses fins de mois en jouant les tueurs à gage dans Killer Joe (en salles le 5 septembre), dernier film choc de William Friedkin. Mais que ce soit dans l’excellent Magic Mike de Steven Soderbergh en patron d’un club de strip-tease à Tampa, dans la tambouille érotico-policière The Paperboy (le 19 octobre) de Lee Daniels en journaliste gay revenant dans

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À cœur ouvert

ECRANS | De Marion Laine (Fr, 1h28) avec Juliette Binoche, Edgar Ramirez…

Aurélien Martinez | Mardi 17 juillet 2012

À cœur ouvert

Un couple de chirurgiens spécialisés dans les opérations du cœur s’aime, puis se déchire, l’alcoolisme du mari entrant en conflit avec la maternité non désirée de sa femme. Sur le papier, c’est assez banal, et c’est effectivement tout le problème : Marion Laine ne sait jamais trop s’il faut contourner le cliché (option psychodrame) ou s’y enfoncer (option mélodrame), et À cœur ouvert louvoie longuement entre ces deux écueils, jusqu’à un dernier acte complètement raté, avec une embardée onirique mal maîtrisée et passablement cucul. Pourtant, dans la première partie, elle réussissait l’impossible : rendre crédible à l’écran le couple Binoche-Ramirez, en arrivant à instaurer une troublante complicité physique entre eux. Si elle s’était contentée de suivre ce fil-là (le détail amoureux et sa destruction), si elle ne l’avait recouvert d’une pelle de psychologie facile, elle aurait sans doute transcender ce que son argument avait d’anecdotique. C’est, à l’arrivée, très loin d’être le cas. Christophe Chabert

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La Défense Lincoln

ECRANS | De Brad Furman (EU, 1h58) avec Matthew McConaughey, Marisa Tomei…

François Cau | Jeudi 19 mai 2011

La Défense Lincoln

Cette adaptation du roman de Michael Connelly est plutôt une bonne surprise. Le réalisateur parvient à capter le stress urbain sans abuser d’affèteries esthétisantes et en creusant l’isolement de son héros. A ce titre, il convient de souligner l’excellente performance de Matthew McConaughey (décidément à son aise dans les rôles d’avocat), et la bonne tenue globale de l’ensemble du casting. Sur une trame des moins originales (c’est là où le bât blesse), Brad Furman a compris, à l’inverse de bon nombre de ses petits camarades hollywoodiens, que l’une des plus pertinentes façons de contrer l’efficacité télévisuelle en matière de drame policier est de jouer sur l’atmosphère ou la caractérisation des personnages. Ce qui fait de La Défense Lincoln un divertissement carrément honorable. FC

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Carlos

ECRANS | Olivier Assayas surprend et enthousiasme avec cette œuvre monstre retraçant l’itinéraire du célèbre terroriste international, de sa «naissance» à sa chute, avec un indiscutable sens de l’action et de l’épique. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 2 juillet 2010

Carlos

Tout d’abord, précisons que ce Carlos-là est la version cinéma d’une trilogie télévisuelle de 5h30. S’il est conseillé de se procurer le DVD proposant l’intégrale, on ne peut que pousser à aller voir ce digest sur grand écran, ne serait-ce que pour apprécier le beau cinémascope utilisé par Assayas, définitivement inadapté à l’expérience télé. Au-delà de ces considérations finalement négligeables (et ayant déjà empoisonné sa sélection cannoise), Carlos témoigne de ce qui arrive quand un cinéaste mineur (et on reste poli), au formalisme embarrassant de vanité, croise soudain un sujet en or qui non seulement transcende son cinéma, mais éclaire d’une légitimité nouvelle son style. Cette reconstitution épique et fiévreuse du parcours d’Ilich Ramirez Sanchez dit Carlos, révolutionnaire beau gosse devenu terroriste international puis spectre avachi de sa propre légende, est un vrai film d’action. Non seulement parce qu’il réserve quelques inoubliables morceaux de bravoure (le carnage de la rue Toullier, la prise d’otages de l’OPEP), mais aussi parce que les personnages sont saisis dans un mouvement perpétuel, ce que la caméra agitée d’Assayas retranscrit à la perfection.

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