"Mala Junta" : à la fois oeuvre d'apprentissage et brûlot politique

ECRANS | de Claudia Huaiquimilla (Chil., 1h29) avec Andrew Bargsted, Eliseo Fernández, Francisco Pérez-Bannen…

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Photo : Bodega Films


À force de petites bêtises à la lisière de la délinquance, Tano a gagné un aller simple chez son père, dans le sud du Chili. L'ado rebelle y fait la connaissance de Cheo, son voisin, le souffre-douleur attitré du lycée. La raison ? Il est un peu gauche, et surtout indien mapuche.

Trompeuse ouverture de ce film, laissant croire qu'il s'intéresse, à l'instar de tant d'autres, aux misères des ados latino-américains. De brimades sur lycéen il est certes question, mais le propos s'élargit rapidement au-delà du périmètre scolaire : Tano, qui circonscrit sa vie égoïstement en secteurs imperméables (la maison/l'école), va comprendre que tout procède d'un plus vaste ensemble. De même qu'il va saisir (peu à peu, car il part d'une conscience sociale proche du zéro absolu) l'iniquité du sort réservé aux Mapuches, ostracisés par la population, spoliés par le gouvernement, brutalisés par la police pour qu'ils quittent leurs terres. En prenant leur parti, Tano pense pour la première fois à quelqu'un d'autre que lui-même, quitte à jouer contre ses intérêts. Preuve qu'il grandit.

Avec son rite initiatique, Mala Junta répond bien aux critères de la classique œuvre d'apprentissage. Mais Claudia Huaiquimilla se distingue de ses confrères et consœurs en la fondant dans un brûlot politique d'une rare intensité, rendant compte sans pincettes aucune de nauséabonds relents de brutalité et de racisme. Il doit rester quelques nostalgiques de Pinochet…


Mala Junta

De Claudia Huaiquimilla (Chil, 1h29) avec Andrew Bargsted, Eliseo Fernández... Tano, adolescent turbulent, est envoyé dans le sud du Chili, chez son père qu’il n’a pas vu depuis plusieurs années. Au lycée, il fait la connaissance de Cheo, jeune garçon timide d’origine mapuche, malmené par les autres élèves. Ils se lient d’amitié, chacun apprenant à dépasser ses difficultés grâce à l’autre. Si Tano canalise progressivement sa colère, Cheo quant à lui trouve la force de revendiquer son identité amérindienne. Tous deux s’impliquent alors dans la défense du territoire Mapuche...
Cinéma Mourguet 15 rue Deshay Sainte-Foy-lès-Lyon
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Plus jamais seul" : (petit) drame de l’homophobie ordinaire

ECRANS | de Alex Anwandter (Chil., int. -12 ans, 1h21) avec Sergio Hernandez, Andrew Bargsted, Jaime Leva…

Vincent Raymond | Mardi 2 mai 2017

Orphelin de mère, Pablo vit à Santiago du Chili avec son père Juan. Adolescent taciturne, il aime se travestir en imitant ses idoles de cabaret. Un jour, Pablo est agressé par des "camarades", le laissant inconscient et défiguré. Un crime impuni qui oblige Juan à se saigner pour le soigner… Une société banalisant – et minorant – une agression homophobe, où la couverture sociale des victimes n’est pas garantie ; où un chef d’entreprise peut gruger son collaborateur de 20 ans (ça c’est en prime), voilà qui fait rêver… Ce visage du Chili, pourtant débarrassé de Pinochet, on aurait aimé ne pas le voir et Alex Anwandter nous le sert sur un plateau. Cri de dépit et de révolte, son film-édito vaut surtout pour la trajectoire du père, personnage qui s’incarne vraiment dans la seconde moitié, après une mise en place poussive. Un peu trop sûr de "tenir" son film par la seule force de son sujet, le réalisateur ne déploie des idées de cinéma qu’à la toute fin. Une bien triste récompense.

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