"Foxtrot" : contre-danse

ECRANS | de Samuel Maoz (Isr-Fr-All, 1h53) avec Lior Ashkenazi, Sarah Adler, Yonaton Shiray…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Dafna et Michael apprennent brutalement un matin que leur fils Yonatan, militaire affecté sur un poste frontière dans le désert israélien, a été tué. Il faut gérer la douleur, les démarches administratives, la famille, les cérémonies officielles absurdes. Sauf qu'il y a un coup de théâtre…

Un film ? Plutôt trois et demi en un, alternant les couches ou les tranches comme dans un sandwich. Or, chacun le sait, le meilleur du sandwich, c'est rarement le pain. L'épisode central le confirme ici : après une ouverture ayant pour fonction de démontrer l'habileté du réalisateur Samuel Maoz, son goût pour la géométrie et son art à gérer la spatialité, on découvre ce qui aurait pu (dû ?) demeurer un fantastique court-métrage.

Cœur du récit et nœud du drame, la vie au poste frontière est un mélange d'absurde et d'esthétique rappelant le roman de Julien Gracq Le Rivage des Syrtes, mais revisité par Jean-Pierre Jeunet époque Bunker de la dernière rafale. Un moment de sombre beauté en temps de guerre, où entre deux banalités dans le quotidien de troufions abandonnés à eux-mêmes, un drame va se cristalliser. Il y a de l'ironie tragique et du karma dans cette fable qui se suffit à elle-même, les volets inaugural et final n'apportant en définitive qu'un contrepoint plastique – ainsi qu'un rab de critique politique.

Et puis, aussi, quelle incongruité d'avoir confié à Sarah Adler un rôle qu'elle aurait pu endosser avec crédibilité dans dix ans…


Foxtrot

De Samuel Maoz (Fr-Isr, 1h53) avec Lior Ashkenazi, Sarah Adler... Michael et Dafna, mariés depuis 30 ans, mènent une vie heureuse à Tel Aviv. Leur fils aîné Yonatan effectue son service militaire sur un poste frontière, en plein désert. Un matin, des soldats sonnent à la porte du foyer familial. Le choc de l’annonce va réveiller chez Michael une blessure profonde, enfouie depuis toujours. Le couple est bouleversé. Les masques tombent.
UGC Astoria 31 cours Vitton Lyon 6e
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"Le Dossier Mona Lina" : promesses trompeuses

ECRANS | de Eran Riklis (Isr-All, 1h33) avec Golshifteh Farahani, Neta Riskin, Lior Ashkenazi…

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

Remise d’une mission éprouvante, une agent du Mossad est affectée à une opération en théorie tranquille : veiller le temps de sa convalescence sur une transfuge du Hezbollah libanais, Mona (Golshifteh Farahani), dans une planque sécurisée en Allemagne. Mais les anciens alliés de Mona sont sur ses traces… Qui manipule qui, qui est l’appât, qui est la proie ? À la base complexe (et plongée dans un vortex diplomatique depuis les décisions intempestives de Donald Trump), la situation géopolitique au Levant constitue un terreau favorable pour un bon thriller d’espionnage en prise avec le réel. Rompu aux questions de frontières (voir notamment La Fiancée syrienne en 2005), le réalisateur israélien Eran Riklis n’hésite pas ici à critiquer le cynisme des officines d’État (y compris le sien) manœuvrant en dépit de la morale et en fonction des intérêts du moment, quitte à sacrifier autant de pions (c’est-à-dire de vies) que nécessaire. Après un démarrage tonitruant porté par une musique et une distribution dignes des grandes productions internationales, le film s’engage dans un face-à-face prometteur puisqu’il oppose une renég

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Self made

ECRANS | Un matin, Michal tombe littéralement de son lit lorsque celui-ci s’écroule avec fracas. Un peu sonnée, cette artiste contemporaine considérée comme une (...)

Christophe Chabert | Mardi 7 juillet 2015

Self made

Un matin, Michal tombe littéralement de son lit lorsque celui-ci s’écroule avec fracas. Un peu sonnée, cette artiste contemporaine considérée comme une des « 50 femmes les plus influentes d’Israël » se retrouve seule après le départ de son mari, commande un nouveau lit, le monte et se rend compte… qu’il manque une vis ! Cauchemar Ikéa + amnésie partielle : la situation de départ de Self made est déjà en soi prétexte à faire circuler un climat d’absurde et d’incertitude. Shira Geffen, co-réalisatrice des Méduses, Caméra d’or à Cannes, en remet une couche : de l’autre côté de la frontière, Nadine, une ouvrière palestinienne, travaille dans l’usine qui produit les fameux lits. Elle doit franchir le "check point" chaque matin et, pour retrouver son chemin, sème des vis comme le petit poucet des cailloux. Aussi, lorsque Michal appelle pour se plaindre, Nadine est vite démasquée, puis licenciée. Entre l’artiste qui ne sait plus qui elle est et l’ouvrière modèle à qui l’on propose de basculer dans le terrorisme, les barrières de la raison et de l’identité vacillent, et Self made se développe, comme les films de Quentin Dupieux don

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Lebanon

ECRANS | De Samuel Maoz (Israël, 1h32) avec Yoav Donat, Itay Tiran…

François Cau | Lundi 1 février 2010

Lebanon

Vainqueur du Lion d’Or au dernier festival de Venise, le film de Samuel Maoz a déjà largement fait parler de lui, et constitue en effet un sacré tour de force cinématographique. D’inspiration largement autobiographique, Lebanon nous décrit la perte d’innocence de jeunes soldats israéliens au cours du premier conflit contre le Liban. Un sujet qui le rapproche illico du sublime Valse avec Bachir, mais dont le resserrement de point de vue fait toute l’originalité : toute l’action du film se déroule à l’intérieur d’un tank, les ouvertures sur l’extérieur s’effectuant via le viseur de la machine de guerre. Un procédé qui permet au réalisateur de démontrer toute sa maestria dans une mise en scène tendue, au plus proche de ses personnages et de leurs réactions tétanisées face aux enjeux on ne peut plus concrets de la réalité guerrière. Via la force indéniable de ce parti pris maîtrisé avec brio et amplifiant l’impact des situations, Lebanon parvient à imposer un discours implacable en contournant habilement la question politique, pour mieux la vider de son sens au fil des événements. On crierait presque frénétiquement au chef-d’œuvre instantané si les dialogues convenus et la caractéri

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