"JSA - Joint Security Area" : le jeune Park (Chan-wook)

Thriller politique | de Park Chan-wook (Cor, 1h50) avec Lee Byung-hun, Song Kang-ho, Lee Young-ae…

Vincent Raymond | Lundi 16 juillet 2018

Photo : ©La Rabbia


Un incident a éclaté à un poste frontière entre les deux Corées : on compte des morts chez les soldats du Nord, des blessés côté Sud. Pour éviter un envenimement diplomatique, une mission neutre est chargée d'instruire l'affaire. L'Helvète Sophie Jean, d'origine coréenne, enquête…

Bonheur sans nom que de découvrir sur grand écran (et en version restaurée, merci La Rabbia) ce film inédit en salle de Park Chan-wook, dont le cinéma n'a été diffusé en France qu'à partir de Sympathy for Mr Vengeance (2003) ! La providence, toujours facétieuse, fait coïncider cette résurrection avec une actualité géopolitique des plus brûlantes : le rapprochement entre Pyongyang et Séoul, indépendamment d'un certain trublion semblant désireux d'allumer une autre mèche que celle ornant son chef orangé.

Car JSA s'avère tout autant un manifeste de l'art virtuose de Park Chan-wook qu'un acte fort – visionnaire, même, puisqu'il date de 2000 ! – dans la démarche de normalisation entre le nord et le sud du 38e parallèle : il raconte la complicité de soldats issus de ce deux pays officiellement en guerre. Ce genre d'audace tient de l'exploit, y compris chez nous où Les Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick fut censuré par le pouvoir gaulliste (ben alors, Malraux ?) et où il fallut attendre 2005 pour qu'un cinéaste français, Christian Carion, traite dans Joyeux Noël des fraternisations de 14-18.

Sur ce substrat humaniste, Park Chan-wook tisse une histoire aux savants entrelacs, insérant des plans d'une gymnastique estomaquante et surtout un flash back donnant toute sa profondeur dramatique à ce récit d'une profonde amitié scellée par le sang. Il est à ce propos amusant de noter que celui qui se fera connaître par la suite avec une trilogie de revanchards célèbre ici paradoxalement le jusqu'au-boutisme de l'entente. Brillant dans sa construction, JSA l'est jusqu'à son dénouement qui apporte en une seule image une myriade de réponses. Une claque.


JSA (Joint Security Area)

De Park Chan-Wook (Sud-Cor, 1h50) avec Kim Myoeng-su, Song Kang-Ho... A la suite d'une fusillade dans la Zone Commune de Sécurité (Joint Security Area) séparant les deux Corée : deux soldats de l’armée nord-coréenne sont retrouvés morts. Cette affaire donne lieu a un incident diplomatique majeur entre les deux pays. Afin que la situation ne dégénère pas, une jeune enquêtrice suisse est chargée de mener les auditions des soldats qui étaient en poste... Elle se rend très vite compte que les divers témoignages rendent l’enquête complètement indémêlable… Que s’est-il vraiment passé, ce soir-là, entre les soldats des deux Corée, dans la Zone Commune de Sécurité ?
Le Club 9 bis, rue Phalanstère Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"Parasite" : coucous, c’est nous !

ECRANS | Une famille fauchée intrigue pour être engagée dans une maison fortunée. Mais un imprévu met un terme à ses combines… Entre "Underground" d'Emir Kusturica et "La Cérémonie" de Claude Chabrol, Bong Joon-ho revisite la lutte des classes dans un thriller captivant empli de secrets qui lui a valu la Palme d’or lors du dernier Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Dimanche 2 juin 2019

Recommandé par un ami étudiant, Kevin devient le professeur d’anglais de la fille de riches Coréens, les Park. Ce faisant, il tire un peu sa famille de sa misère. Puis, grâce à d’habiles ruses, sa sœur, son père et sa mère finissent eux aussi par se placer chez les Park. Jusqu’où cela ira-t-il ? Un film asiatique montrant une famille soudée vivant dans la précarité devant astucieusement flirter avec la légalité pour s’en sortir… Les ressemblances avec Une affaire de famille, Palme d'or en 2018, s’arrêtent là : quand Hirokazu Kore-eda privilégiait la dramédie, Bong Joon-ho use du thriller psychologique teinté d’humour noir pour raconter une fable sociale corrosive bien qu’elle ne soit pas exempte de traits caricaturaux – après tout, la persistance d’une dichotomie franche entre une caste de super-riches et une d’infra-pauvres ne constitue-t-elle pas une aberration grotesque pour une société censément civilisée ? Certes, la famille Ki-taek se rend bien coupable de

Continuer à lire