"Diamantino" : comme un air de Cristiano Ronaldo

ECRANS | de Gabriel Abrantes & Daniel Schmidt (Por-Fr-Bré, 1h32) avec Carloto Cotta, Cleo Tavares, Anabela Moreira…

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Photo : ©UFO Distribution


Star de l'équipe portugaise de football, Diamantino manque sa finale de la Coupe du monde. Désespéré, désorienté, cet esprit simple instrumentalisé par les siens craint d'avoir perdu sa vista. Un parti souverainiste europhobe essaie alors de le cloner mais, ouf, les services secrets veillent…

Inutile d'être spécialiste du ballon rond pour deviner à travers le personnage de Diamantino, surdoué se transcendant sur le gazon, incapable de la moindre réflexion construite à l'extérieur du stade, un "hommage" à Cristiano Ronaldo. Postulant que son héros doit son talent (génie ?) à des visions psychédéliques d'espèces de bichons bondissant dans des vapeurs roses, ce film s'inscrit clairement dans un registre décalé ; une sorte de conte bizarroïde où la princesse aurait des crampons, le prince serait un faux-migrant travesti (mais vrai membre des services secrets) et la marâtre deux sœurs jumelles obsédées par la fortune du frangin débile, prêtes à le vendre à la découpe.

Émaillé de flashes proto-organico-fantastiques à la Bertrand Mandico, le projet pourrait être séduisant, surtout dans sa charge politique des mouvements populistes. Mais il se torpille de lui-même, en se prenant les pieds dans son trop-plein de foutraque et surtout en s'imposant l'inutile voix off de Diamantino, dont la teneur auto-réflexive contredit le supposé crétinisme. Boiteux, arty, titillant vaguement les codes LGBT et pourtant lauréat du Grand prix de la semaine de la critique lors du dernier Festival de Cannes.


Diamantino

De Gabriel Abrantes, Daniel Schmidt (Port-Fr-Bré, 1h32) avec Carloto Cotta, Cleo Tavares... Magnifique, candide et attachant, Diamantino est l’icône planétaire du football, un héros flamboyant touché par la grâce. Quand soudain, en pleine Coupe du Monde, son génie s’envole dans les vapeurs roses de ses visions magiques, sa carrière est stoppée net. Problème : il ne connaît rien d’autre. La star déchue, devenue objet de risée nationale, découvre alors le monde – les autres, et l’Amour. Le vrai. C’était écrit.
Le Club 9 bis, rue Phalanstère Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Tabou

ECRANS | Véritable casse-tête critique que ce film bicéphale de Miguel Gomes : une première partie ennuyeuse qui aligne les poncifs du cinéma d’auteur, une deuxième somptueuse en hommage aux grands mélodrames muets. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 29 novembre 2012

Tabou

Face à Tabou, on assiste à une drôle de mue : celle d’un cinéaste qui découvre la vertu de raconter une histoire et met son dispositif formel au service du récit. C’est la deuxième heure du film, qui compte parmi ce que l’on a vu de plus puissant sur un écran cette année. Pour en arriver là, Miguel Gomes a d’abord endossé sa panoplie de cinéaste moderne dans une première partie où l’on lutte contre l’ennui. Il y avait bien eu ce petit prologue assez envoûtant en forme de conte exotique influencé par les pionniers du muet, Flaherty et Murnau. Ensuite, grand écart : l’image est toujours en noir et blanc, mais nous voilà dans le Lisbonne d’aujourd’hui sur les pas de Pilar, fidèle amie de sa vieille voisine, Aurora, dont on devine qu’elle est au crépuscule de son existence. Gomes empile alors les clichés de l’académisme auteurisant : lenteur et incommunicabilité, froideur de l’urbanité et solitude de ses habitants. Avec la même absence de dramatisation, le film nous apprend la mort d’Aurora, puis fait surgir Ventura, un homme âgé qui va raconter un épisode de sa vie à Pilar. Et soudain, Tabou bascule dans l’émerveillement. Muet d’émotion De Lynch

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