"Miraï, ma petite soeur" : la cadette de ses soucis

ECRANS | Ce futur classique, où un enfant unique apprend à aimer sa petite sœur nouvelle-née en voyageant dans le futur et le passé familial, comptera autant que "Totoro" ou "Le Tombeau des Lucioles" au panthéon de la japanimation, dont Mamoru Hosoda est l’indiscutable nouveau maître.

Vincent Raymond | Mercredi 19 décembre 2018

Photo : ©2018 Studio Chizu


Heureux petit bonhomme passionné par les trains, Kun voit d'un mauvais œil l'arrivée au foyer de sa petite sœur, Miraï, qui lui vole selon lui l'attention et l'affection de ses parents. Mais grâce à des "sauts dans le temps", il comprendra à quel point cette nouvelle venue lui est précieuse…

Où l'on découvre que le chef-d'œuvre nippon de décembre n'était pas celui que l'on attendait… même si l'on le soupçonnait un peu. La gentille histoire de famille de Kore-Eda aura du mal à rivaliser avec ce qui doit être désormais considéré comme LE film à montrer à tout enfant connaissant le *bonheur* d'accueillir un·e puîné·e. Par sa capacité à se mettre à la place d'un gamin chamboulé et à métaphoriser ses chagrins jaloux ; par sa force poétique comme sa richesse visuelle ou sa faculté à égrener les petits riens (tels que l'apprentissage du vélo), Miraï, ma petite sœur touche à quelque chose d'universel.

Cela en s'inscrivant pourtant dans un environnement on ne peut plus extrême-oriental : alors que beaucoup d'anime jouent par coutume une schizophrénique partition (où les personnages, dotés de morphologies caucasiennes, évoluent dans des costumes et décors japonisants en tentant d'oblitérer la majorité des us et coutumes de leur pays d'origine), Hosoda revendique son ancrage culturel. Ainsi montre-t-il de très formelles cérémonies rituelles, complétant les habituels recours au merveilleux animiste dont il s'est fait une spécialité, dans le sillage de Takahata et Miyazaki.

Profondeur du temps

S'il ne disposait que de sa délicatesse d'âme et d'une respectueuse attention témoignée aux liens familiaux, Miraï, ma petite sœur serait déjà un grand film. Mais il se permet en plus d'enchaîner les prouesses stylistiques et les techniques graphiques comme il emboîte les âges de la vie : animation traditionnelle 2D pour figurer le territoire ordinaire du présent ; papier découpé enfantin quand Kun s'égare (dans une gare obscure, justement) privé de tout repère et enfin modélisations en 3D pour suggérer la profondeur du passé et du futur, ce réseau enchevêtré d'histoires dont celle de Kun n'est qu'un filament. En passant d'un monde plat, limité et autocentré à un univers infini et pluri-dimensionnel, Kun y gagne donc aussi à l'image grâce à l'arrivée de Miraï.

Miraï, ma petite sœur
de Mamoru Hosoda (Jap, 1h38) animation


Miraï, ma petite soeur

De Mamoru Hosoda (Jap, 1h37) animation Kun est un petit garçon à l’enfance heureuse jusqu’à l’arrivée de Miraï, sa petite sœur. Jaloux de ce bébé qui monopolise l’attention de ses parents, il se replie peu à peu sur lui-même. Au fond de son jardin, où il se réfugie souvent, se trouve un arbre généalo-ma-gique. Soudain, Kun est propulsé dans un monde fantastique où vont se mêler passé et futur. Il rencontrera tour à tour ses proches à divers âges de leur vie : sa mère petite fille, son arrière grand-père dans sa trépidante jeunesse et sa petite sœur adolescente ! A travers ces aventures, Kun va découvrir sa propre histoire.
Mon Ciné 10 avenue Ambroise Croizat Saint-Martin-d’Hères
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Mamoru Hosoda : « Le temps que je passe avec mes enfants m’a inspiré pour "Miraï, ma petite sœur" »

ECRANS | Cela fera bientôt vingt ans que Mamoru Hosoda a débuté sa carrière de cinéaste. Il n’a depuis cessé de livrer des œuvres d’envergure, le plaçant parmi les plus grands noms de la japanimation. Conversation à l’occasion de la sortie de son dernier-né, "Miraï, ma petite sœur".

Vincent Raymond | Mercredi 19 décembre 2018

Mamoru Hosoda : « Le temps que je passe avec mes enfants m’a inspiré pour

Tirez-vous l’inspiration de Miraï, ma petite sœur​ de votre vécu de petit ou grand frère ? Mamoru Hosoda​ : En réalité, je suis un enfant unique : ce sont mes propres enfants qui ont servi de modèles. Quand ma fille est née, j’étais presque jaloux de mon fils car grâce à elle, il pouvait connaître une vie que je n’avais jamais connue. J’ai fait ce film pour imaginer ce que représente le fait d’avoir une petite sœur ou un petit frère. D’une certaine manière, c’est votre jalousie d’adulte que vous avez transposée et qui vous a inspiré… C’est le temps que je passe avec mes enfants qui m’a vraiment inspiré. Avant de devenir père, je croyais que les parents étaient des gens qui éduquaient, qui apprenaient aux enfants. Mais depuis, j’ai compris que c’était exactement l’inverse : ce sont eux qui m’apprennent plein de choses. Ils me permettent en plus de revivre ma propre enfance, l’époque où j’étais petit… Vous êtes donc à la fois dans le monde des grands et celui des petits. Justement, dans vos films, deux mondes coexistent souvent : un réel et l’aut

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Vaste continent à l’approche souvent intimidante, le cinéma d’animation japonais se dévoile à la Cinémathèque à l’occasion d’un cycle thématique de six films qui constitue une excellente entrée en matière pour le néophyte… mais pas seulement. Outre Le Serpent Blanc de Taiji Yabushita, déjà diffusé à l’heure où l’on publie ces lignes, sont ainsi proposés trois films d’auteurs contemporains largement acclamés, dont la poésie, l’intelligence, la tendresse et la charge émotionnelle ont amplement contribué à sortir l’animation japonaise du ghetto culturel auquel elle était jusqu’alors confinée. On pense bien sûr au Château Ambulant (2004) du maître incontesté Hayao Miyazaki, aux Enfants loups, Ame et Yuki (2012) de Mamoru Hosoda, nouveau mètre-étalon du genre, et au Miss Hokusai (2015) de Keiichi Hara, moins réputé mais tout aussi méritant. Œuvres plus radical

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Les Frères Sisters de Jacques Audiard Sortie le 19 septembre Escorté par son inséparable partenaire et coscénariste Thomas Bidegain, Jacques Audiard traverse l’Atlantique pour conter l’histoire de deux frères chasseurs de primes contaminés par la fièvre de l’or. Porté par l’inattendue fratrie John C. Reilly/Joaquin Phoenix (à l’œil puant le vice et la perversité), ce néo-western-pépite empli de sang et de traumas ne vaut pas le coup, non, mais le six-coups ! Climax de Gaspar Noé Sortie le 19 septembre Une chorégraphe a réuni une équipe internationale de danseurs pour son nouveau projet qu’elle achève de répéter dans une salle isolée. Après un ultime filage, la troupe s’octroie un réveillon festif sur la piste, s’enivrant de musique et de sangria. Mais après quelques verres, les convives se mettent à vriller sérieusement. Qu’y avait-il donc dans cette satanée sangria ? Noé compose un cocktail de survival et de transe écarlate à déguster séance hurlante.

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"Oh Lucy!" : lost in translation

ECRANS | de Atsuko Hirayanagi (Jap-ÉU, 1h35) avec Shinobu Terajima, Josh Hartnett, Koji Yakusho…

Vincent Raymond | Mardi 30 janvier 2018

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La mise en retrait de Miyazaki a du bon. Considéré un peu hâtivement en Occident comme l’unique figure tutélaire de la "japanimation", au détriment de son alter-ego l’immense Isao Takahata (l’auteur du Tombeau des lucioles, œuvre majeure du cinéma nippon), le vieux maître attirait trop les regards sur ses seules productions. Le paysage étant désormais libre de sa statue du Commandeur, les spectateurs n’auront plus l’impression de commettre un sacrilège en s’intéressant à la nouvelle génération, dont Mamoru Hosoda constitue un éminent représentant. Depuis La Traversée du Temps (2006), et surtout Summer Wars (2009) (ainsi que Les Enfants loups en 2012), le réalisateur a imprimé une dynamique nouvelle à l’anime. Tout autant fasciné par les mondes parallèles peuplés de divinités que ses aînés, son ton plus rock n’amenuise en rien son sens de la narration poético-épique, pas plus qu’il ne modère ses ardeurs comiques et rabelaisiennes – en particulie

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La Traversée du temps puis Summer wars avaient permis à Mamoru Hosoda d’incarner une possible relève de l’animation japonaise post-Miyazaki. Avec Les Enfants-loups, Ame et Yuki, il n’y a plus de doute : on est face à un grand cinéaste, qui signe ici un des films importants de l’année. Hosoda captive son spectateur dès l’introduction, idylle entre une jeune étudiante et un homme-loup qui donne naissance à deux enfants, Yuki et Ame. Plutôt que de s’appesantir sur les présupposés mythologiques de son récit, Hosoda préfère raconter avec délicatesse la naissance de cet amour, le temps de séquences superbes, enchaînement de plans sans dialogue rythmé par la belle musique de Kyôko Kitahara. Alors que l’histoire menace de verser dans le mélodrame, Hosoda prend un virage inattendu et va s’intéresser à l’éducation difficile (pour eux comme pour leur mère) des deux enfants, tiraillés entre leurs natures d’humain et de loup. Avec une grande souplesse de trait (dans l’animation comme dans la narration) et une attention constante aux détails, le cinéaste raconte comment un être se construit socialement et psychologiquement, par des hésitations, des reniements, en fa

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