"Glass" : M. Night Shyamalan en verre et contre tous

ECRANS | Sorti du purgatoire avec "The Visit" (2016), M. Night Shyamalan signe un combo magique avec cette double suite d’"Incassable" (2000) et de "Split" (2016) réunissant James McAvoy, Bruce Willis et Samuel L. Jackson. Un véritable thriller conceptuel à voir et revoir pour le plaisir de l’analyse.

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Photo : ©Universal Pictures / Jessica Kourkounis


Kevin Crumb et ses identités multiples ayant à nouveau enlevé des jeunes filles, "l'incassable" David Dunn se lance à ses trousses. Mais lors de la capture, Dunn est lui aussi arrêté et transféré avec Crumb dans un hôpital où une psy veut les convaincre qu'ils ne sont pas des super-héros…

L'intrigue de Glass risque de surprendre les adeptes de tarabiscotages et d'artifices par son apparente simplicité. Mais tout comme la tétralogie Scream a permis à Wes Craven de dérouler du concept sur l'architecture générale du film d'horreur (et de ses séquelles) par la mise en abyme, Glass constitue pour Shyamalan un parfait véhicule théorique visant à illustrer ses principes cinématographiques, les stéréotypes narratifs et à donner un écho supplémentaire à ses films.

Ligne de partage des os

Se situant pour l'essentiel dans un hôpital psychiatrique, Glass fait de ses héros des objets d'étude placés sous l'œil permanent de caméras ubiquistes. De fait, c'est le film lui-même qui s'avère un cobaye, s'auto-analysant au fur et à mesure que l'histoire avance en répondant à ses deux préquelles.

C'est là la moindre des caractéristiques de cette "méta-suite" : poursuite conjointe de deux films disjoints (même si un discret pont augurait d'un lien plus étroit entre Split et Incassable), Glass est une œuvre hybride qui possède les caractéristiques de ses personnages. Comme l'identité multiple, en partageant l'affiche avec trois protagonistes (Crumb, Dunn et Elijah "Mr. Glass" Price pour commencer) mais aussi la production avec deux studios concurrents (Disney et Universal) – un genre de schizophrénie peu fréquent à Hollywood. À l'instar du héros d'Incassable, elle se régénère d'elle-même en incorporant ici des scènes coupées dans le premier opus, à peine remontées, mais donnant 19 ans après une profondeur supplémentaire aux personnages. Ces dernières trouvent ainsi leur destination, leur légitimité, comme si le stratège Mr. Glass l'avait anticipée dès l'origine.

Avec son jeu de résonances et de corrélations, Glass est conçu pour être revu, disséqué. Il s'agit autant d'une friandise pour exégète que d'un thriller. À la Hitchcock, en somme.

Glass
de M. Night Shyamalan (ÉU, 2h09) avec James McAvoy, Bruce Willis, Samuel L. Jackson…


Glass

De M. Night Shyamalan (ÉU, 2h09) avec James McAvoy, Bruce Willis... Peu de temps après les événements relatés dans Split, David Dunn - l’homme incassable - poursuit sa traque de La Bête, surnom donné à Kevin Crumb depuis qu’on le sait capable d’endosser 23 personnalités différentes. De son côté, le mystérieux homme souffrant du syndrome des os de verre Elijah Price suscite à nouveau l’intérêt des forces de l’ordre en affirmant détenir des informations capitales sur les deux hommes…
Cinéma Gérard Philipe 12 avenue Jean Cagne Vénissieux
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"X-Men : Dark Phoenix" : 50 nuances de Grey

ECRANS | De Simon Kinberg (ÉU, 1h40) avec James McAvoy, Sophie Turner, Michael Fassbender…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juin 2019

1992. Partie avec les X-Men à la rescousse d’astronautes en détresse, Jean Grey est submergée par un magma cosmique qui déchaîne ses pouvoirs en puisant dans les aspects obscurs de son passé. Incontrôlable et dangereuse, elle rejette Xavier et compte sur l’aide de Magneto… L’absence de Bryan Singer, mis à l’index pour des accusations d'agression sexuelle, serait-elle à déplorer ? Force est de reconnaître que l’avance prise par la bande à Xavier sur la troupe de Stark a fondu comme la calotte polaire : la vitesse déployée par les Avengers dans le diptyque habité par Thanos a rattrapé et ordonné l’accumulation foutraque (parfois poussive) qui diluait les enjeux à force de tonalités divergentes. Limitant ses spin-off aux aventures de Wolverine (achevées en apothéose dans Logan), voire à l’inclassable Deadpool, les X-Men avaient pour eux une cohérence globale, conséquence directe des schémas narratifs reposant sur des oppositions duelles (Xavier contre Magneto, humanité contre mutants…) ; de bonnes rivalités bipolaires fondées sur des présupposés manichéens ainsi que sur la puissance du psychisme, de l’affect, de la télékinésie… Un équilibre binai

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"Miss Peregrine et les enfants particuliers" : abracadabra, Tim Burton est ressuscité !

ECRANS | Semblable à une histoire de X-men (où le Pr. Xavier serait chevelue et campée par Eva Green), ce conte fantastique permet à Tim Burton d’animer des mutants et des squelettes, de manipuler à sa guise son vieil ennemi le temps et, surtout, de signer enfin un bon film.

Vincent Raymond | Lundi 3 octobre 2016

Dépositaire des histoires de son grand-père qui vient d’être assassiné et énucléé par un monstre, un ado part à la recherche d’une boucle temporelle où vit depuis le 3 septembre 1943 Miss Peregrine et son orphelinat pour enfants doués de pouvoirs surnaturels. Son but ? Vraisemblablement les protéger, venger son aïeul et plus si affinités… Comme un enfant pour grandir doit se résoudre à abandonner ses antiques doudous chéris, fallait-il que Tim Burton se défasse de tous ses collaborateurs de longue date pour arrêter de tourner en rond – ou en vain ? Au rebut, Johnny "mono-expression figée" Depp, Helena "harpie transformiste" Bonham-Carter, Danny "boîte à musique" Elfman, pareils à des objets transitionnels le raccrochant à ses vieux pots éventés desquels il ne sortait plus que de vilaines soupes depuis des années. Il lui a sans doute fallu se faire violence pour aller chercher des talents compatibles avec son univers – certains, comme Eva Green, Terence Stamp ou Bruno Delbonnel, avaient déjà fait un round d’observation chez lui. Mais le résultat vaut le "sacrifice" : Miss Peregrine… est empli d’une vigueur nouvelle, tout en demeurant

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"X-Men : Apocalypse" : le boss, c'est Bryan Singer !

ECRANS | En mettant ses mutants aux prises avec le premier d’entre eux, Apocalypse, Bryan Singer boucle une seconde trilogie des X-Men épique. Et montre que, de tous les réalisateurs de productions Marvel déferlant sur les écrans ces temps-ci, c’est bien lui le patron.

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

Lorsqu’une franchise achemine sur les écrans son huitième opus en seize années d’existence, le plus docile et bienveillant des spectateurs est fondé à émettre quelques inquiétudes quant à la pertinence du film. Heureusement, il existe des exceptions ; des sagas parvenant à coups de rebondissements intrinsèques à dépasser le stade de la “suite” et de la resucée, sachant se réinventer ou créer une singularité – James Bond en est un parangon. Dans le vaste univers Marvel (en expansion continue), la tradition (du tiroir-caisse) impose à une série de se développer par ramifications autour de ses personnages-phares, puis de faire tabula rasa en lançant un reboot… tout en s’affadissant. Sauf pour X-Men, îlot d’exception dans un océan tanguant vers les rivages du morne ordinaire. Oh, cela ne signifie pas que l’ensemble de l’octalogie mérite d’être portée aux nues (un ventre mou modelé par Brett Rattner et Gavin Hood la plombe), mais elle présente, outre sa remarquable longévité, une capacité à absorber ses propres spin-off (Wolverine) et reboots (

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"The Revenant" : littérature grandeur nature

ECRANS | Alors que sort cette semaine sur les écrans "The Revenant" d'Alejandro González Iñárritu, on s'intéresse au livre qui a inspiré le film.

Vincent Raymond | Mardi 23 février 2016

Aux racines du film d'Iñárritu se trouve un livre éponyme récent de Michael Punke, romançant l’épopée de Hugh Glass. Car l’histoire extraordinaire du trappeur de la Rocky Mountain Fur Company, abandonné vivant en 1823 par ses compagnons (pensant qu’il ne survivrait pas à ses blessures infligées par une ourse), est authentique. Elle appartient même à ces légendes fondatrices du continent nord-américain, circulant de bouche (édentée) de pionnier à oreille (déchiquetée) de maréchal-ferrant, colportées de péripatéticienne en tenancier de saloon. L’auteur évoque d’ailleurs dans son ouvrage d’autres figures emblématiques de la conquête de l’Ouest (tel George Drouillard) ayant payé de leur vie leur soif de grands espaces, de fortune et d’aventures. Disposant de sources lacunaires, Punke reconnaît avoir laissé son inspiration galoper : sa trame se révèle d’une tonalité plus noire, moins mystique et complexe que celle développée dans le film. Iñárritu a ajouté la concurrence de pilleurs de peaux, histoire brodée sur le passé f

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Les Huit salopards

ECRANS | Des chasseurs de primes et leur prisonnière pris en étau entre le blizzard et de potentiels agresseurs dans une baraque de fortune. Près de trois heures de palabres sanglantes rythmées par les notes de Morricone. Ça aurait pu tourner au théâtre filmé ; c’est du pur cinéma à grand spectacle. Tarantino se bonifie avec le temps. Et les westerns.

Vincent Raymond | Mardi 5 janvier 2016

Les Huit salopards

De par sa connaissance monstrueuse du cinéma et son admiration pour Howard Hawks, Tarantino devait s’y attendre : lorsque l’on commence à s’immiscer dans l’univers du western, s’en extraire n’a rien d’une affaire aisée. Une question d’adhérence (celle du sang frais et visqueux aux bottes ?) ou d’adhésion intime à sa logique dramaturgique parfaite et épurée. Car l’Ouest n’est pas un monde sans foi ni loi. Connaissant des règles absolues et définitives, il séduit par sa radicalité claire, impitoyable, ne souffrant pas la moindre circonstance atténuante. L’Histoire américaine s’y est écrite, forgée à partir de mythes (con)fédérateurs. Depuis, nombreux sont les auteurs et cinéastes à être venus puiser dans cet immense territoire narratif, cet idéal de liberté faisant figure de paradis perdu loin du rigorisme moral contemporain – tel Tarantino. Vous ne trouverez donc pas de minauderies hypocrites dans Les Huit salopards, ni de révisionnisme des comportements d’époque pour éviter de heurter nos ligues de vertu d’aujourd’hui. Puisque l’histoire se déroule après la Guerre de Sécession, ça fume, ça boit, ça jure, ça donne du « nigger », ça avo

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The Visit

ECRANS | Après s’être embourbé dans de dispendieuses superproductions, M. Night Shyamalan renoue avec un cinéma plus contraint, tant du point de vue économique que narratif. Un retour aux sources bénéfique pour celui qui avait été bien trop tôt intronisé successeur de Spielberg.

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2015

The Visit

Leur mère prenant du bon temps en croisière, Becca et son frère Tyler partent une semaine dans la ferme isolée de leurs grands-parents, qu’ils n’ont jamais rencontrés. Toujours vissée à sa caméra, l’adolescente compte profiter de l’aubaine pour tourner un documentaire sur la brouille familiale à l’origine de cette mise à l’écart. Le comportement des aïeux va la faire déchanter… Shyamalan aurait-il compris l’inanité de sa stratégie inflationniste, le conduisant à signer des blockbusters de plus en plus boursoufflés et de moins en moins efficaces ? Reposant sur des martingales d’écriture éprouvées, son cinéma ne pouvait qu’y perdre au change – les grosses ficelles scénaristiques se transformant en cordes énormes, sous l’effet de l’homothétie budgétaire. Avec The Visit, il semble enfin assumer son statut de bon auteur de séries B, se satisfaisant d’un cahier des charges raide comme un coup de trique : un dispositif minimal du genre "found footage" (façon Blair Witch Project), un décor confinant au huis clos, une distribution réduite et le pari de revenir à l’essence de l’épouvante – misant sur le physiologique effet de surprise, plutôt s

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Épisode MMXV : une rentrée cinéma en Force

ECRANS | Cette rentrée 2015 ressemble à une conjonction astronomique exceptionnelle : naines, géantes, à période orbitale longue ou courte, toutes les planètes de la galaxie cinéma s’alignent en quelques semaines sur les écrans. Sortez vos télescopes ! Enfin… chaussez vos lunettes. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Épisode MMXV : une rentrée cinéma en Force

C’est l’étoile Jacques Audiard, tout de Palme laurée, qui a annoncé la fin de la trêve estivale en mettant Dheepan en orbite le 26 août. Une précocité qui n’égale pas celle de Winter Sleep l’an passé : le film de Nuri Bilge Ceylan avait jailli début août sur les écrans. Dans son sillage, l’intégralité (ou presque) du palmarès cannois va se révéler : Mon roi de Maïwenn (Prix d’interprétation féminine pour Emmanuelle Bercot) et Chronic de Michel Franco (Prix du scénario) le 21 octobre ; The Lobster de Yorgos Lanthimos (Prix du Jury) le 28 ; Le Fils de Saul de László Nemes (Grand Prix) le 4 novembre. Si l’on excepte Maïwenn, il y a là un étonnant tir groupé ; comme si les jeunes cinéastes étrangers distingués sur la Croisette s’étaient ligués pour tenter d’exister commercialement. Car la concurrence en salle sera rude : d’abord, les poid

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Kingsman : services secrets

ECRANS | De Matthew Vaughn (Ang, 2h09) avec Colin Firth, Taron Egerton, Samuel L. Jackson…

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

Kingsman : services secrets

Drôle de film raté que ce Kingsman, antipathique à force de chercher la connivence et le deuxième degré avec le spectateur. L’idée est de créer une sorte de James Bond 2.0 qui connaîtrait par cœur les codes de son modèle et se plairait à les pasticher en multipliant clins d’œil et références décalées. Une sorte de Scream de l’espionnage que Matthew Vaughn, tentant de reprendre la formule déjà contestable de son Kick-Ass, plonge dans une esthétique de comic book où la violence, pourtant extrême (corps coupés en deux, têtes qui explosent) serait dans le même temps totalement déréalisée. Même le propos politique, plutôt judicieux sur le papier (comment un nerd félé, incarné par un Samuel L. Jackson s’amusant manifestement à jouer avec son cheveu sur la langue, utilise le consumérisme ambiant pour pratiquer une ségrégation radicale entre les élites et le peuple, promis à l’autodestruction) ne va finalement pas plus loin qu’une grosse baston dans une église et des décapitations en série transformées en feux d’artifices multicolores. Des idées qui étaie

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Immortel Zemeckis

ECRANS | Dans son excellent ouvrage consacré aux cinéastes hollywoodiens contemporains (Le Temps des mutants, chez Rouge Profond), Pierre Berthomieu livre une des (...)

Christophe Chabert | Vendredi 10 janvier 2014

Immortel Zemeckis

Dans son excellent ouvrage consacré aux cinéastes hollywoodiens contemporains (Le Temps des mutants, chez Rouge Profond), Pierre Berthomieu livre une des premières analyses sérieuses consacrées à Robert Zemeckis, pointant toute la dimension novatrice de son cinéma. Point d’orgue logique de sa démonstration fondée sur les corps mutants et la volonté de créer des images défiant les logiques réalistes classiques, La Mort vous va si bien fait en effet figure de théorie de la pratique dans l’œuvre de Zemeckis. On y voit une gloire déclinante de Broadway (Meryl Streep, en pleine autoparodie) mariée à un chirurgien esthétique (Bruce Willis, moustachu avant la mode) qu’elle a "dérobé" à son ancienne copine d’école obèse (Goldie Hawn). Mais celle-ci réussit à se débarrasser de ses kilos superflus grâce à un filtre d’immortalité et à récupérer son ancien amour. La vengeance de la star ne se fera pas attendre, mais elle se traduira par un hallucinant ballet macabre où les corps, qui ne craignent plus la mort, vont se retrouver tordus, perforés, écrasés, équivalents humains des toons de Roger Rabbit. Zemeckis pousse ainsi à son extrême ses recherches sur u

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After earth

ECRANS | Étrange sensation face à cette rencontre entre la dynastie Smith et l’ex-prodige déchu Shyamalan : celle d’assister à un film dont la simplicité le tire à la fois vers la beauté et vers l’ennui, à une œuvre coincée entre l’épure et l’esbroufe, la sincérité et les arrières pensées. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 5 juin 2013

After earth

La première surprise d’After Earth, c’est qu’il n’y a à proprement parler aucune surprise. Comprenez : pas de twist spectaculaire, pas de grands morceaux de bravoure, pas de 3D débordante. Même les décors, soigneusement choisis pour représenter une terre revenue à l’état sauvage après une catastrophe écologique ayant obligé l’humanité à la déserter, ne sont jamais regardés comme des éléments d’exotisme rétro-futuriste, mais dans l’ordinaire d’une nature ayant repris ses droits ancestraux. Ça, c’est pour le versant M. Night Shyamalan, et on peut voir After earth comme un autodafé de son horrible Dernier maître de l’air : là où hier, la surenchère était de mise pour tenter de retrouver le crédit des studios, c’est un principe déflationniste qui s’applique ici, mais qui conduit paradoxalement à retrouver l’éclat de ses premières œuvres. Même lenteur calculée, mêmes dialogues chuchotés comme si les personnages se réveillaient d’un acciden

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Django Unchained

ECRANS | Chevauchée sanglante d’un esclave noir décidé à retrouver sa fiancée en se vengeant de blancs cupides et racistes, "Django Unchained" n’est pas qu’une occasion pour Quentin Tarantino de rendre hommage aux westerns ; c’est aussi un réquisitoire contre l’Histoire américaine, d’autant plus cinglant qu’il conserve le style fun de ce définitivement immense cinéaste. Critique et généalogie d’un homme nommé Django. Texte : Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 8 janvier 2013

Django Unchained

Première réaction à la sortie de ce Django unchained : Tarantino est fidèle à lui-même, et c’est pour ça qu’on aime son cinéma. De fait, ils sont peu aujourd’hui à offrir 2h45 de spectacle qui semblent passer en quelques minutes, sans pour autant renier le fondement de leur style : des scénarios écrits contre toutes les règles hollywoodiennes, privilégiant le dialogue et la durée des épisodes à une construction en trois actes où l’action et la parole sont dosées équitablement. Tarantino y ajoute cette élégance de mise en scène qui frappe dès le générique, où une chaîne d’esclaves torses nus et l’haleine fumante traverse de nuit une étendue aride et rocailleuse. Pourtant, il convient de tempérer ce jugement hâtif : oui, Tarantino est immense et oui, Django unchained est un très grand film, mais il n’est que l’aboutissement d’une mue amorcée entre les deux volumes de Kill Bill. Cette césure n’avait rien d’artificiel : elle marquait un tournant décisif, celui où le cinéaste cessait de déployer sa maestria en cinéphile compulsif visitant avec une gourmandise enfantine le cinéma bis, et où il donnait une réelle gravité à ses sujets, prenant ce qu’il montre

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Looper

ECRANS | Conçu comme un casse-tête spatio-temporel mais aussi comme une série B mélangeant science-fiction et action, le film de Rian Johnson est la bonne surprise américaine de l’automne, à la fois cérébral, charnel, trépidant et poétique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 31 octobre 2012

Looper

Boucler la boucle. C’est en substance l’enjeu de Looper, jusque dans son titre, qui désigne les tueurs du film, chargés de supprimer les témoins gênants d’exactions commises 30 ans plus tard et envoyés dans le passé grâce à une machine à remonter le temps. Loopers, car vient fatalement le moment où ce sont eux, ou plutôt leur double de trente ans plus âgé, qu’ils doivent supprimer, contre quelques lingots d’or qui leur assureront une "retraite" méritée ; la boucle est donc bouclée. Quand arrive le tour du héros, Joe, le protocole est rompu : son autre lui débarque tête nue, se débat et réussit à s’échapper. Pas le choix : il faut le retrouver au plus vite, car sinon c’est lui qui sera exécuté, mettant fin de facto à l’existence de son alter ego. Compliqué ? Ce n’est pourtant que la trame de base d’un film dont le scénario se montre particulièrement généreux avec le spectateur. Rian Johnson fait partie de ces cinéastes matheux (proche cousin par exemple d’un Christopher Nolan) pour qui une œuvre est avant tout une suite d’équations entremêlées dont la logique, une fois comprise, s’avère imparable. Là où le garçon a vraiment du talent, c’est qu’il ne se contente p

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Expendables 2

ECRANS | Retour de «l’unité spéciale» emmenée par Stallone, avec quelques nouvelles recrues prestigieuses, pour un deuxième volet mieux branlé que le précédent, assumant sans complexe son côté série B d’action vintage. Curieusement plaisant. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Mercredi 22 août 2012

Expendables 2

«On devrait tous être au musée». C’est une des dernières répliques d’Expendables 2, et cela résume parfaitement l’esprit de cette improbable franchise : les papys du cinéma d’action font de la résistance, un dernier tour de piste de prestige qui est aussi, pour certains, l’occasion de sortir de la malédiction du direct to DVD qui les frappe. Pour ce deuxième épisode, Stallone, fort du succès du premier, a d’ailleurs réussi la totale (ou presque, Steven Seagal manque à l’appel !) en incorporant au casting Jean-Claude Van Damme et Chuck Norris et en laissant plus d’espace à Bruce Willis et Arnold Schwarzenegger, au-delà des simples apparitions clin d’œil du premier. La recette est peu ou prou la même : une équipe de mercenaires, une mission, de la castagne et des vannes en guise de dialogues. Plus une pincée de distanciation mélancolique sur l’air de «On est trop vieux pour ces conneries», lucidité bienvenue même si elle n’empêche pas les vétérans d’exhiber gros bras et dextérité dans le carnage lorsque l’occasion se présente — fréquemment. À l’est, que des anciens On pouvait craindre qu’en laissant sa place derrière la caméra

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"Moonrise Kingdom" : l'amour à hauteur d'enfant

ECRANS | Poussant son art si singulier de la mise en scène jusqu'à des sommets de raffinement stylistique, Wes Anderson ose aussi envoyer encore plus loin son ambition d'auteur, en peignant à hauteur d'enfant le sentiment tellurique de l'élan amoureux.

Christophe Chabert | Lundi 21 mai 2012

Revoici Wes Anderson, sa griffe de cinéaste intacte, dès les premiers plans de Moonrise Kingdom. Sa caméra explore frontalement une grande demeure comme s'il visitait une maison de poupée dont il découperait l'espace en une multitude de petits tableaux peuplés de personnages formidablement dessinés. Au milieu, une jeune fille aux yeux noircis au charbon, cousine pas si lointaine de Marion Tenenbaum, braque une paire de jumelles vers nous, spectateurs. Ce n'est pas un détail : d'observateurs de ce petit théâtre, nous voilà observés par cette gamine énigmatique, dont on devine déjà qu'elle a un train d'avance sur les événements à venir. L’art de la fugue Par ailleurs, la bande-son se charge, via un opportun tourne-disque, de nous faire un petit cours autour d'une suite de Benjamin Britten. Où l'on apprend que le compositeur, après avoir posé la mélodie avec l'orchestre au complet, la rejoue façon fugue en groupant les instruments selon leur famille. Là encore, rien d'anecdotique de la part d'Anderson. Cet instant de pédagogie vaut règle du jeu du film à venir, où il est question d'enfance (qui n'est pas un jeu), de f

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Glass-sang

MUSIQUES | Tourné en 1930 par Todd Browing d’après le roman de Bram Stoker, Dracula, film d’horreur vintage, est moins un chef d’œuvre que le Freaks qui suivra, du (...)

Régis Le Ruyet | Mercredi 16 mai 2012

Glass-sang

Tourné en 1930 par Todd Browing d’après le roman de Bram Stoker, Dracula, film d’horreur vintage, est moins un chef d’œuvre que le Freaks qui suivra, du même réalisateur. Néanmoins, la mal(e) attitude du Comte aura en son temps retourné quelques cerveaux, à commencer par celui de Bela Lugosi qui incarna si bien le rôle à l’écran qu’il finit à l’asile, des chauves-souris au plafond. En 1998, pour la réédition du mythe en vidéo, les Studios Universal commandèrent une bande son à Philip Glass, l’un des pères de la musique minimaliste américaine avec Terry Riley et Steve Reich. Un compositeur dont les accords obsédants et modulés soulignent déjà les images des films de Martin Scorsese, Stephen Daldry, Andrew Niccol ou encore Woody Allen. Pour évoquer l’ambiance victorienne, le musicien a fait le choix du Kronos Quartet, un ensemble à cordes, interprète fidèle de ses œuvres depuis plus de quarante ans et avec qui il a précédemment collaboré sur le film Mishima de Paul Schrader. Évitant les effets du genre, la partition puise dans la recherche d’une émotion musicale, où le caractère répétitif du minimalisme s’avère être un langage harmonique idéal pour faire

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Les grandes lignes

MUSIQUES | Un itinéraire saisonnier qui emprunte autant les sentiers balisés que les chemins escarpés pour une virée en musique (classique). Régis Le Ruyet

François Cau | Lundi 9 janvier 2012

Les grandes lignes

Sur les pistons de Maurice André, Romain Leleu, trompettiste révélation des Victoires de la musique classique en 2009 et fondateur de l’ensemble modulaire Convergence, souffle avec sa formation un air neuf sur l’Hexagone. Composé d’un quintet à cordes dont les membres sont issus des meilleures phalanges et du trompettiste prodige, les musiciens concoctent un menu où les recettes classiques de Gluck, Bartok et Tchaïkovski sont revues à la sauce au vent. Etabli depuis plus de 250 ans par Haydn, considéré comme le père putatif, le quatuor à cordes figure l’acmé des formules chambriste. Le Quatuor Modigliani, qui en est aujourd’hui l’un de nos fleurons nationaux, assemble à la MC2 sa monstrueuse unicité dans le Quatuor n°3 de l’ibérique Arriaga (que certains considèrent comme le Mozart espagnol), avant deux concertos pour clarinette de Mozart et Brahms interprétés en connivence avec Paul Meyer. Au registre des intégrales,   les Musiciens du Louvre Grenoble entonnent les Symphonies 1, 2, 6 de Schubert, dernière partie d’un cycle commencé la saison dernière à la MC2, et ce à seulement quelques jours de leur enregistrement in exten

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X-Men: Le Commencement

ECRANS | Sous l’impulsion de Matthew Vaughn et de son producteur Bryan Singer, ce reboot de la saga mutante a le mérite de poser de bonnes questions, et nous venge avec les honneurs des récents blockbusters super-héroïques. François Cau

Christophe Chabert | Mardi 24 mai 2011

X-Men: Le Commencement

Tout le monde a sa propre vision du super-héros. Un individu extraordinaire, à même de pallier ses (nos ?) frustrations en devenant quelqu’un d’autre ; une métaphore de toutes les minorités, vouées à se dépasser face à l’adversité ; ou juste un frimeur en costume moulant qui, “en vrai“, tiendrait deux minutes dans une favela brésilienne. Mais par un savant mélange de simili hasard et d’opportunisme qui fait marcher son usine à rêves depuis de trop nombreuses décennies, Hollywood nous a récemment imposé un seul modèle, à travers les figures d’Iron Man, Green Hornet et Thor : le fils à papa arrogant, m’as-tu-vu, qui se lance dans la baston justicière comme d’autres feraient un caprice pour qu’on leur achète un scooter, avant de réaliser que bon sang de bois, quand on a de grands pouvoirs, on a comme qui dirait de grandes responsabilités Et de fait, on redoute dans les séquences d’introduction de X-Men : le commencement que la recette ne soit de nouveau appliquée sur la personne du mythique Professeur Xavier, qu’on a toujours connu vieux - pardon, sage - chauve et en fauteuil roulant. Ici, on a affaire à un jeune diplômé bourge, dragueur et picoleur, un peu trop

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