"Les Éblouis" : il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir

Cinema | De Sarah Suco (Fr., 1h39) avec Camille Cottin, Jean-Pierre Darroussin, Eric Caravaca…

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

Photo : ©Pyramide distribution


Depuis que sa famille a rejoint la communauté chrétienne de Luc-Marie, Camille a vu sa mère sortir de son apathie dépressive. Mais les règles et les rites qui lui sont imposés, ainsi qu'à ses frères, l'étouffent. Camille sent bien l'anormalité de cette aliénation souriante, au nom de la foi…

Dans une semaine faste en films d'épouvante, Les Éblouis ne dépare pas. S'inspirant de ses souvenirs personnels, la comédienne Sarah Suco signe un premier long-métrage d'autant plus effrayant qu'il se passe d'effets en décrivant au jour le jour et à travers les yeux d'une adolescente, les conséquences du mécanisme d'embrigadement sectaire. Comment un loup aux allures débonnaires se déguise en berger pour attirer à lui les proies qu'il a flairées fragiles, en l'occurence, la mère de Camille, dépressive et flétrie dans son existence. Et parvient à tout obtenir d'elles grâce à un conditionnement culpabilisateur.

Se revendiquant du christianisme et pratiquant une lecture très personnelle des Écritures, la communauté déviante de Luc-Marie est l'un de ces trop nombreux cercles de fêlés prétendant détenir la vérité en droite ligne et se permettant sur cette assertion les pires outrages. La preuve que tous les monothéismes peuvent produire des brebis frappadingues, sans parler des polythéismes.

S'il est en revanche une vérité indubitable, c'est celle que les interprètes dégagent. Sont-ils possédés par les personnages ? En tête, Camille Cottin (malgré sa perruque) et Jean-Pierre Darroussin, parfait du sourire patelin aux sandales de pèlerin. L'un des pires ogres qu'on puisse imaginer, puisqu'il fait semblant d'être végétarien…


Les éblouis

De Sarah Suco (Fr, 1h39) avec Camille Cottin, Jean-Pierre Darroussin, Eric Caravaca Camille, 12 ans, passionnée de cirque, est l’aînée d’une famille nombreuse. Un jour, ses parents intègrent une communauté religieuse basée sur le partage et la solidarité dans laquelle ils s’investissent pleinement. La jeune fille doit accepter un mode de vie qui remet en question ses envies et ses propres tourments. Peu à peu, l’embrigadement devient sectaire. Camille va devoir se battre pour affirmer sa liberté et sauver ses frères et sœurs.
Le Club 9 bis, rue Phalanstère Grenoble
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Autour de Mathilda, qui vient d’accoucher d’une petite Gloria, le cercle de famille s’agrandit mais ne se réjouit pas trop : les jeunes parents peinent à joindre les deux bouts, le père de Mathilda (qu’elle connaît à peine) sort de prison ; quant à sa mère et son nouvel homme, ils ne roulent pas sur l’or. Seuls sa sœur et son compagnon s’en sortent grâce à une boutique de charognards… Est-ce ainsi que les Hommes vivent ? Citer Aragon, l’aède communiste par excellence, a quelque chose d’ironique accentuant la désespérance profonde dont ce film est imprégné. Gloria Mundi s’ouvre certes par une naissance, mais ne se reçoit-il pas comme un faire-part de décès dans l’ambiance mortifère d’un deuil, celui des illusions collectives et de la foi en l’avenir ? Triste est l’époque que Robert Guédiguian nous montre en miroir, où sa génération (celle des actifs usés, sur le point de partir à la retraite, incarnés par l’épatant trio Meylan/Ascaride/Darroussin) ne peut plus transmettre le flambeau de la lutte ni des solidarités généreuses à sa progéniture. Cette dernière, hypnotisée par les chimères libérales, s’est muée en soldate

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Dans la mesure où vous travaillez en troupe, mais aussi où un lien très privilégié vous unit à Ariane Ascaride, comment avez vous reçu la Coupe Volpi qui lui a été remise à la Mostra de Venise ? Robert Guediguian : Je crois que tous les gens qui travaillent ensemble depuis toujours, dont moi, ont pris ce prix pour eux, disons-le. Et l’on trouve juste et justifié ce rapport qui a été fait entre Ariane (qui est d’origine italienne), ses rôles dans le cinéma que je fais et les grandes références comme Anna Magnani. Un prix à Venise oblige à penser à tout le cinéma italien des années 1970 qu’on aime beaucoup et qui nous a grandement frappés : dans notre adolescence, c’était le plus fort du monde. On a plus de références avec le cinéma italien qu’avec le cinéma français ou américain. C’est un peu une transmission, un passage de témoin magnifique. Gloria Mundi est un film sur les valeurs. Mais ce mot a des acceptions différentes selon les générations : pour les aînés, il s’agit de valeurs humaines, alors que les enfants les considèrent sur le plan économique… Je crois, oui. C’est ce

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"Chambre 212" : la clé des songes

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"Le Mystère Henri Pick" : édition très limitée

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La mort d’un grand-père place une famille éclatée face à une épineuse question : que faire de la grand-mère qui perd la boule ? Le fils pense à la maison de retraite, le petit-fils se défausse mais deux des petites-filles proposent de l’héberger à tour de rôle. Embrouilles en vue… Depuis le succès de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, les films de famille sont produits par wagons entiers et déversés en toute saison sur les écrans. Parfois l’on trouve une variante "de remariage" ou une sous-espèce "avec des morceaux d’Alzheimer dedans" (voire un hybride des deux comme ici), mais le principe actif est le même : une fratrie de petits-bourgeois se déchire, découvre une ou deux vérités profondes façon secret de feuilleton avant de recoller les morceaux en faisant trompéter ses mouchoirs à l’unisson autour d’un mariage/d’un enterrement/d’une bar-mitsva de la réconciliation. Bref, une trame convenue pour des films globalement inutiles car redondants, que peuvent sauver une écriture atypique et/ou des comédiens bien guidés. Las ! La réalisatrice Cécilia Rouaud charge sa barque avec tant de personnages principaux qu’elle en éclipse certain

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Eloïse Lang, la réalisatrice de Larguées, affirme que vous êtes d’une liberté totale. C’est la liberté de Françoise, le personnage qu’elle vous a offert, qui vous a décidée à accepter le film ? Miou-Miou : Alors non ce n’est pas que pour ça ; c’est l’ensemble : l’histoire, l’écriture… Il y a des phrases que je n’avais jamais entendues, des tirades lapidaires, formidables, vraiment superbes. Et je me suis aperçue en lisant le scénario et en voyant le film que je pratiquais, moi, une autocensure inconsciente. De quelle nature ? Si j’avais fait un film, je n’aurais pas mis de la drogue, des clopes, du rhum, de la baise… Des trucs libres et naturels, finalement. C’est là que je me suis rendu compte que je pratiquais une autocensure inhérente à l’époque, aux réactions incroyables, aux interdictions, aux choses procédurières… Sans m’en rendre compte, inconsciemment, comme nous tous, j’ai l’impression. C’est dans le sens où : pas fumer, pas boire, toutes

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"Larguées" : maman, on n'a pas raté l'avion

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Le scénario tient en une phrase : deux sœurs, Rose et Alice, l’une célibataire déjantée et sans-gêne, l’autre mariée responsable et sage, organisent un voyage à La Réunion pour tenter de remonter le moral de leur mère, Françoise, délaissée par son mari pour une trentenaire. Pas besoin d’éruption volcanique pour mettre le feu aux poudres... Même si, au premier abord, le synopsis manque d’originalité, avec ses personnages caricaturaux, on se laisse séduire par le cocktail étonnant formé par Miou-Miou et Camille Cottin (l'une des deux filles de Françoise) – la première signant au passage son retour sur grand écran, avec pas moins de trois films cette année. Ici, les répliques fusent, les situations burlesques s’enchaînent grâce aux plans foireux de Rose, qui va devoir assumer de voir sa mère flirter avec l’animateur belge du club de vacances. Les deux actrices brisent les tabous du célibat et abordent sous un regard humoristi

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"La Villa" : une calanque en hiver par Robert Guédiguian

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Vincent Raymond | Mardi 28 novembre 2017

Depuis un drame intime, Angèle n’était jamais revenue voir son père ni ses frères. Après l’AVC du patriarche, elle redescend pourtant un jour d’hiver dans la calanque familiale. Histoire de régler le présent, solder le passé et peut-être se reconstruire un futur. « J’ai l’impression de faire une espèce de feuilleton depuis trente ans. Sans personnage récurrent, mais avec des acteurs récurrents. Et je joue avec cette ambiguïté. » La confidence de Robert Guédiguian prend d’autant plus de sens ici où le cinéaste convoque un extrait de son film Ki Lo Sa (1985) pour illustrer un flash-back – procédé auquel il avait déjà eu recours dans La Ville est tranquille (2001), agrémenté d’un fragment de Dernier été (1981). « Je serais tenté de le faire souvent, mais ce serait une facilité. Là, par rapport au sujet, ça se prêtait bien » confirme le cinéaste. Bercée par la musique de Bob Dylan, cette réactivation d’une archive ensoleillée du lieu et des protagonistes confère à La Villa une singulière épaisseur temporelle emplie de mélancolie. Passant l’e

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Éric Caravaca : « Pour être un bon réalisateur il faut être un peu pervers ; je ne le suis pas totalement »

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Vincent Raymond | Lundi 30 octobre 2017

Éric Caravaca : « Pour être un bon réalisateur il faut être un peu pervers ; je ne le suis pas totalement »

Qu’est-ce qui vous a convaincu de démonter "la vérité" (la mort de votre soeur aînée à l'âge de 3 ans, dont on ne vous a presque rien dit) racontée par vos parents ? Éric Caravaca : C’est quelque chose qui s’imposait. Au départ, j’avais envie de redonner une existence à une enfant qui, au fond, était presque morte deux fois. Comment la réhabiliter ? Quand j’essayais d’en parler, je sentais que les choses et la parole se fermaient ; je sentais quelque chose de honteux. C’était un peu obsessionnel : quand on cache quelque chose à un enfant, même à un grand enfant, il a l’instinct de chercher. J’avais cette envie d’éclaircir, de déshumilier une mémoire, de réhabiliter une enfant. Et puis, surtout, j’ai commencé à questionner des gens parce qu’une tante – la sœur aînée de ma mère – est morte. Puis son mari, ensuite une autre demie-sœur de ma mère qui avait fait un AVC et avait perdu la parole. Quand j’ai vu que mon père allait lui aussi y passer, j’y suis allé en me disant si je ne le faisais pas maintenant, je ne le ferai jamais. Comment expliquez-vous que votre mère, qui a elle-même souffert d’un non-dit, en a

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"Carré 35" : un tendre et fraternel baiser de cinéma

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Adulte, le comédien et réalisateur Éric Caravaca a découvert l’existence d’une sœur aînée, morte enfant, dont ses parents lui avaient caché l’existence. Intrigué par ce silence et surtout le secret entourant l’absente, le comédien part en quête de son histoire. Et d’une trace : aucune photo d’elle n’a été conservée… De sa blessure intime toute fraîche (bien qu’ancienne), Caravaca aurait pu faire l’exhibition obscène en fouillant les douleurs et les non-dits familiaux. C’est tout le contraire qu’il obtient dans ce documentaire miraculeux porté par la douceur de sa voix, où l’on perçoit son désir sincère d’offrir une postérité légitime à celle qu’on avait voulu oblitérer. Déjouant les mensonges pudiques ou honteux, les oublis et les refoulés, Caravaca recoupe les témoignages, élucide un à un les mystères : Christine était née "différente", les circonstances de son décès particulières, tout comme le contexte algérien en ce début des années soixante. Peu à peu se dessinent au milieu de ces vérités exhumées deux portraits entremêlés : celui d’une époque, et le visage de cette sœur inconnue dont ce film devient le cénotaphe pour l’éternité.

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"Une vie" Brizé

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Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

« Plutôt que de tourner l’'adaptation d’Une vie, Stéphane donnait l’impression de vouloir réaliser un documentaire sur les gens qui avaient inspiré Maupassant ; de faire comme si l’on avait la chance de retrouver des images d’époque, certes un peu différentes du livre : Maupassant ayant pris des libertés et un peu romancé ! » Jean-Pierre Darroussin, qui incarne le père de l'héroïne Jeanne (un hobereau quasi sosie de Schubert), a tout dit lorsqu’il évoque sa compréhension du projet artistique, voire du postulat philosophique de Stéphane Brizé. Il y a en effet dans la démarche du réalisateur une éthique de vérité surpassant le classique désir de se conformer à la véracité historique pour éviter l’anachronisme ballot. Nulle posture, mais une exigence participant du conditionnement général de son équipe : plutôt que de mettre en scène le jeu de comédiens dans l’ornière de la restitution de sentiments millimétrés, Brizé leur fait intérioriser à l’extrême le contexte. Ils éprouvent ainsi le froid ambiant sans recourir à un vêtement contemporain pour s’en prémunir, ou s’éclairent à une lumière exclusivement dispensée par des bougies… Un film "natu

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Au fil d’Ariane

ECRANS | Il serait facile de balayer en quelques frappes sur notre ordinateur Au fil d’Ariane : cinéma d’un autre âge justifiant son n’importe quoi scénaristique par (...)

Christophe Chabert | Mardi 17 juin 2014

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Il serait facile de balayer en quelques frappes sur notre ordinateur Au fil d’Ariane : cinéma d’un autre âge justifiant son n’importe quoi scénaristique par un appel paresseux au rêve, ou encore projet récréatif pour Guédiguian entre deux films d’envergure… Tout cela est loin d'être faux, mais… Le jour de son anniversaire, Ariane (Ascaride) reste seule face à son gâteau ; plutôt que de se morfondre, elle décide de partir à l’aventure et, au gré des rencontres, va se constituer une petite famille de gens simples, avant de réaliser son fantasme : chanter sur scène. Pour l’occasion, Guédiguian a convoqué sa famille de comédiens (Meylan, Darroussin, Boudet ou Anaïs Demoustier, désormais intégrée) tous apportant leur touche de couleur au casting. À la façon de certains Blier dernière manière et conformément à son titre, Au fil d’Ariane semble écrit au gré de l’inspiration, dans une logique de premier jet où les bonnes comme les mauvaises idées se retrouveraient sur un pied d’égalité. Parfois, c’est effectivement ridicule (les images de synthèse au début, Boudet et son faux accent anglais, Ascaride qui dialogue avec une tortue) mais à force de ne mett

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Aurélien Martinez | Mardi 10 décembre 2013

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Pour les teufeurs proprets Nuits sonores (le festival électro de Lyon, cette année du 28 mai au 1er juin) et Musilac (à Aix-les-Bains du 11 au 13 juillet) sont des festivals sympathiques : ils lâchent avant Noël des places à des tarifs avantageux. Pour Nuits sonores, on peut réserver un pass 3 nuits à 77 €, sans néanmoins connaître la prog (qui est toujours de haut niveau). Pour Musilac, où sont déjà annoncés Motörhead, Stromae, Shaka Ponk ou encore –M–, 10 000 pass 3 jours sont en vente au prix de 89, 90 € (au lieu de 119, 90 €). À noter que comme la date du 17 avril au Summum est complète (ainsi que celle de Lyon la semaine d’après), pour voir le phénomène Stromae dans la région, ce sera forcément à Aix-les-Bains.www.nuits-sonores.comwww.musilac.com

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Le Cœur des hommes 3

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Christophe Chabert | Mercredi 16 octobre 2013

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Le deuxième volet était déjà atroce, mais ce troisième épisode le surclasse encore dans l’infamie. Le cœur des hommes, ici, c’est plutôt leurs «couilles», terme généreusement employé tout au long de dialogues d’une absolue vulgarité, à l’avenant de la beaufitude satisfaite de ses quatre personnages. Qui, non contents d’accueillir chaleureusement le spectateur par une charge anti-fonctionnaires sur l’air du "on les paie à rien foutre avec nos impôts", vont ensuite s’employer à démontrer, dans un chorus de phallocrates rigolards, que les femmes ne serviraient à rien s’il n’y avait pas les hommes pour donner un sens à leur vie. La preuve : quand elles font chier, la meilleure chose à faire est de les virer – du pieu ou de leur boulot – ou de leur donner une bonne petite leçon en allant voir ailleurs. Et, bien sûr, tout cela se conclut par un éloge du mariage… Décomplexé politiquement, Le Cœur des hommes 3 l’est aussi, et c’est bien le pire, vis-à-vis de la forme télévisuelle, qu’il repique sans aucune mauvaise conscience : ouvertures de séquences avec le même panoramique sur les toits de Paris, mise en scène systématique avec des champs contrechamps en gro

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Christophe Chabert | Vendredi 1 février 2013

Tu honoreras ta mère et ta mère

À l’image de Nous York, Tu honoreras ta mère et ta mère ressemble à un film de vacances, dans tous les sens du terme. Vacances des protagonistes, venus en Grèce participer à un festival finalement annulé pour cause de crise économique, et du coup réduits à des chamailleries familiales où la mère (Nicole Garcia) devient le centre de toutes les névroses ; mais aussi vacances du scénario, dont on attend sans succès qu’il fasse apparaître un quelconque enjeu dramatique. Le film ne joue donc que sur l’accumulation, à commencer par celle des personnages, innombrables et dont on survole les caractères sans jamais les approfondir. Cette superficialité se retrouve aussi dans des allusions à l’actualité sans conséquence — de la Syrie à l’influence néfaste du FMI — ou les références brouillonnes à la tragédie grecque. Le film avance en roue libre, amenant des péripéties qu’il règle dans la minute suivante, des conflits qu’il oublie en cours de route. Du coup, quand le film s’achève, on a le sentiment qu’il n’a même pas commencé. Christophe Chabert

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Ici-bas

ECRANS | En 1943 à Périgueux, Sœur Luce, chrétienne dévouée, tombe amoureuse d’un aumônier résistant qui s’apprête à quitter les ordres. Malentendu presque lacanien : elle pense (...)

François Cau | Vendredi 13 janvier 2012

Ici-bas

En 1943 à Périgueux, Sœur Luce, chrétienne dévouée, tombe amoureuse d’un aumônier résistant qui s’apprête à quitter les ordres. Malentendu presque lacanien : elle pense que leurs chemins, y compris spirituels, se croisent et confond le désir qu’il éprouve pour elle avec l’amour qu’elle porte pour le Christ. Beau sujet que Jean-Pierre Denis, réalisateur rare des Blessures assassines, tente de marier avec sa peinture de la France en guerre. Mais le manque de moyens de la reconstitution, les clichés d’un dialogue sans aucun naturel ni quotidienneté, donnent à Ici-bas des allures de téléfilm France 3 Région. Il faut attendre le dernier tiers, où le cinéaste pousse sa logique jusqu’à la plus grande noirceur, pour que le film s’extirpe de cette glaise théâtrale, se débarrassant au passage (et c’est tant mieux) de tout soupçon de bondieuserie. Dans cette dernière partie, la troublante Céline Sallette tombe le masque de l’illuminée et révèle une cruauté particulièrement effrayante. CC

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Le Havre

ECRANS | Il y a comme une supercherie derrière les derniers films d’Aki Kaurismaki : le cinéaste, sous couvert d’épure à la Ozu, dissimule sous le tapis sa paresse et (...)

François Cau | Vendredi 16 décembre 2011

Le Havre

Il y a comme une supercherie derrière les derniers films d’Aki Kaurismaki : le cinéaste, sous couvert d’épure à la Ozu, dissimule sous le tapis sa paresse et son désintérêt pour la mise en scène. Le Havre en est un exemple flagrant : le dialogue sonne faux d’un bout à l’autre, visiblement traduit à la va-vite du Finlandais au Français, langue que Kaurismaki n’a tout simplement pas l’air de comprendre. Idem pour les acteurs : on pourrait dire qu’ils jouent blanc, à la Bresson ; mais non, ils jouent mal, y compris les comédiens chevronnés que sont Wilms ou Darroussin. Mais le sommet de l’arnaque reste la manière d’inscrire le film dans une France de carte postale poussiéreuse et intemporelle, tout en cherchant à parler de son actualité. Quand, dans un même film, on voit des images de Brice Hortefeux au JT et un flic en long manteau de cuir noir façon milice de Vichy, on se demande ce qui, de la démagogie ou du manque criant d’inspiration, l’emporte. CC

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Les Neiges du Kilimandjaro

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François Cau | Jeudi 10 novembre 2011

Les Neiges du Kilimandjaro

Que peut encore le cinéma de Guédiguian ? Aussi exténué que la gauche, il a pris un coup de vieux. Mais la lutte n'est pas finie. Elle n'a peut-être jamais été aussi nécessaire qu'aujourd'hui dans un pays où la pulsion de droite côtoie le catastrophisme économique. Avec Les Neiges du Kilimandjaro, le cinéaste opte pour la lucidité, sur son militantisme, ses convictions, sa vision du monde. Il prend du recul et observe ce que sont devenus ceux qui ont toujours cru au socialisme. Un film a priori générationnel, pour pré-retraités, syndicalistes installés, découvrant ébahis qu'ils vivent comme des petits bourgeois, leurs ennemis. La cause est-elle compatible avec la propriété ? Comment continuer à se battre et que peut-on accepter pour combattre la précarité ? Quel legs aux nouvelles générations dépolitisées ? Le monde a changé et c'est avant tout le premier constat du film. L'intrigue vaut comme un exposé : braqués par un ex-collègue licencié lors d'un dégraissage au tirage au sort, deux couples d'amis syndicalistes voient leur idéalisme se fissurer devant leur désir de justice. Ils doivent résister à l'esprit de vengeance, aveugle, d'autant plus dur quand l'arge

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François Cau | Jeudi 3 février 2011

Qui a envie d'être aimé ?

La semaine du triomphe annoncé de Des hommes et des dieux aux Césars sort Qui a envie d’être aimé ?, et le cinéma français franchit un pas supplémentaire dans le choix de la religion contre le politique. Un signe des temps que l’on ne se résout pas à accepter docilement. Comme le film de Beauvois, celui de Giafferi soigne l’emballage : le casting est intelligent (notamment les seconds rôles de Biolay et Bidaud), le scénario et les dialogues se tiennent, et la réalisation est proprette. Mais sur le fond, c’est une autre paire de manches… La crise existentielle de l’avocat Caravaca est résolue non par un deus ex-machina, mais par une révélation au sein d’un groupe de parole catholique. Pas d’illumination ou de conversion spectaculaire ; le film vend une approche light de la religion telle que l’Église la markette depuis la fin du XXe siècle : cool, tolérante, un peu ringarde mais ouverte, porteuse de bienfait pour soi et inoffensive pour autrui. Les intolérants, ce sont ceux qui ne comprennent ni n’acceptent ce choix. La conclusion, édifiante de prosélytisme et sans la moindre trace d’ironie, légitime totalement le parcours de son personnage. Il était malade, il est maintenant guéri.

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François Cau | Vendredi 7 novembre 2008

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Albert, père célibataire un rien trop protecteur, emmène sa fille Jeanne en vacance en Suède. Une fois arrivée, la famille décomposée se rend compte qu’elle va devoir cohabiter avec la propriétaire de la maison louée pour leur séjour et son amie française, suite à un malentendu. Tandis que Jean-Pierre Darroussin s’engonce dans le registre de bougon lunaire qui lui sied si bien au teint, Anaïs Demoustier tente de se soustraire à sa férule pour vivre sa vie d’ado. Une fois son socle narratif installé, Anna Novion opte de façon dommageable pour la demi-mesure : le récit ne sortira jamais des sentiers battus et s’acheminera vers son attendue conclusion, les confrontations entre les personnages s’opèreront sur un mode ludique mais toujours fugace, et le film ne se départira jamais de son statut de chronique évanescente en mode mineur, d’où émerge trop rarement une belle mélancolie. FC

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