"La Vérité" : tout sur sa mère

ECRANS | De Hirokazu Kore-eda (Fr.-Jap., 1h47) avec Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Ethan Hawke, Margot Clavel…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Photo : © L.Champoussin/3B/Bunbuku/MiMovies/FR3 Cinema


Star de cinéma, Fabienne vient de publier ses mémoires titrés La Vérité et va entamer un nouveau tournage. Sa scénariste de fille, Lumir, son époux et leur petite Charlotte, débarquent alors de New York. Leur séjour permettra de régler de vieilles querelles, mais aussi panser des plaies…

« On ne peut se fier à sa mémoire ». Aux allures de mantra, cette réplique est un peu la clef de La Vérité : on l'entend sortir de la bouche de Lumir (reprochant les arrangements de sa mère avec la vérité dans son livre), mais aussi de celle de la fantasque Fabienne, faisant remarquer en retour à sa fille que le point de vue d'une enfant est trompeur. Si l'actrice revendique dans sa vie comme son art le "mentir vrai" d'Aragon, en assumant également une incorrigible mauvaise foi et ses caprices, elle sait, par le bénéfice de l'âge, que toute vérité est relative, subjective. Que la perfection qu'elle suppose, forcément impossible à atteindre. Et que l'écrit est un pis-aller au jeu, donc à la vie. Acteurs 1, scénaristes 0 ? Difficile de savoir qui aura le dernier mot !

Kore-eda accomplit ici une œuvre d'une vertigineuse adresse offrant bien des niveaux de lecture. Sans renoncer aux valeurs intrinsèques de son cinéma (ses "plans haïkus" célébrant la saisonnalité et la nature ; la famille…), il témoigne d'une authentique compréhension et assimilation des codes culturels occidentaux et signe surtout un très troublant portrait d'actrice. Car si le personnage de Fabienne présente d'indubitables traits de la star Deneuve, toutes deux sont bien distinctes. Et l'on admire d'autant plus le travail d'interprétation de Dame Catherine, s'emparant avec brio de ce rôle casse-gueule à la fois proche et très éloigné de sa personne/personnalité : on ne l'a pas vue aussi présente, juste, investie et émouvante depuis des années. Elle parachève ainsi une année plutôt faste qui comptait également L'Adieu à la nuit et Fête de famille. On attend donc avec espoir la suite.

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Juliette Binoche : « Il y a une rebelle chez moi »

Interview | Alors que sa sortie a été courageusement maintenue sur les écrans malgré l’ombre du Covid-19, et que des affiches ont été indûment taguées en marge des cortèges du 8-mars, Martin Provost et Juliette Binoche reviennent sur la genèse de ce film qui, bien qu’il use du second degré, n’en est pas moins féministe.

Vincent Raymond | Jeudi 12 mars 2020

Juliette Binoche : « Il y a une rebelle chez moi »

Juliette, êtes-vous une "bonne épouse" ? Juliette Binoche : Je suis parfaite : je fais la cuisine, je repasse, je couds (rires). Martin Provost : J’en sais quelque chose : sur le plateau, c’était un régal… JB : Sinon il ne m’aurait pas castée ! (rires) Heureusement que c’est un film… Vous connaissiez le cinéma de Martin ? JB : Oui ! Il a une façon d’aimer les personnages qu’il filme et d’avoir un sens du féminin. Et d’aborder les thèmes que je trouve importants comme l’artiste et la création : dans Séraphine, je trouve ça passionnant. Martin est quelqu’un qui aime la vie. On rit et on s’entend souvent sur les mêmes choses. Notre rencontres était évidente, je dirais. Martin, comment êtes-vos tombé sur l’existence de ces "écoles ménagères" ? MP : Par une ami

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"La Bonne Épouse" : l’école des femmes

ECRANS | Un long-métrage féministe qui laisse une petite place à une histoire d'amour : porté par une jolie distribution, le nouveau film de Martin Provost est plutôt réussi. Grâce notamment à un second degré réjouissant.

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

La brutale disparition de son époux oblige Paulette Van Der Beck à prendre les commandes de l’école ménagère familiale en déclin qu’il était censé diriger. Mais en cette veille de Mai-68, les jeunes élèves ne tiennent plus à devenir des fées du logis soumises en tout point à leur mari… Sortant avec une certaine malice quelques jours après que l’on a célébré la Journée internationale des droits des femmes, La Bonne Épouse rappelle avec un second degré évident les vertus et commandements jadis prodigués aux jeunes filles ; le hiatus entre les us de l’époque patriarcale serinés par une institution vitrifiée dans la tradition et l’éclosion d’une nouvelle société n’en paraît que plus comique ! Dans cette ambiance provinciale patinée façon Choristes, Martin Provost bénéficie de surcroît d’un trio féminin de choc : Juliette Binoche (apprêtée et maniérée comme Micheline Presle dans Les Saintes Chéries) en directrice prenant la vague de l’émancipation féminine, Yolande Moreau en vieille fille éberluée par ces c

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« Dans toute famille, ça arrange tout le monde qu’il y ait une "folle" »

ECRANS | Dans "Fête de famille", film de Cédric Kahn, l’une est une mère fuyante, l’autre une fille hurlante. Pas étonnant qu’elles n’arrivent pas à communiquer. Mais ici, les deux comédiennes Catherine Deneuve et Emmanuelle Bercot dialoguent sans peine.

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

« Dans toute famille, ça arrange tout le monde qu’il y ait une

Emmanuelle, comment Cédric Kahn vous a-t-il présenté le rôle de Claire ? Emmanuelle Bercot : Cédric n’est pas quelqu’un qui présente les choses (sourire). En fait, j’ai lu et tout était clair. Mais à vrai dire, on n’a peut-être pas le même point de vue ni le même avis sur le personnage. Peu importe. De toute façon, il ne sait pas ce que j’ai dans tête quand je joue et je ne sais pas non plus ce qu’il a dans la sienne. Mais on réussit à se rejoindre par le travail sur le plateau. Catherine, qu’est-ce qui vous attendrit dans votre personnage ? Catherine Deneuve : Le fait qu’on sente que sa vie a été très portée par la famille. C’est une chose vraiment essentielle dans sa vie, je trouve ça assez touchant. On voit bien que la famille, c’est encombrant : il est difficile de garder ses membres ou les maîtresses ou les femmes. Mais c’est émouvant de consacrer sa vie à ça. Vous trouvez-vous des points communs avec elle ? CD : Je n’ai pas l’impression. En aviez-vous davantage avec les "mères" que sont Claire Darling dans

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"Fête de famille" : pièce rapportée par Cédric Kahn

ECRANS | Un seul être revient… et tout est dévasté. Cédric Kahn convoque un petit théâtre tchekhovien pour pratiquer la psychanalyse explosive d’une famille aux placards emplis de squelettes bien vivants. Un drame ordinaire cruel servi par des interprètes virtuoses.

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Pour son anniversaire, Andréa a convié enfants et petits-enfants dans la maison familiale. Mais l’irruption de l’aînée, Claire, met au jour (et à vif) plaies et dettes du passé. Entre la bipolarité de la revenante, les coups de sang du cadet et l’aboulie des autres, la fête a du plomb dans l’aile… Si les questions de corps au sens large – cul, inceste, maladie, décès… – constituent les habituels carburants dramatiques des réunions de familles cinématographiques souvent crues et psychologiquement violentes (Festen, La Bûche, Un conte de Noël…), aucune d’entre elles ne surpasse le tabou suprême que constitue le fric. Fille d’Andréa née d’un précédent lit, Claire veut récupérer l’héritage de son père qu’elle a placé dans la maison de famille où vivent sa mère mais aussi sa fille, qu’elle a abandonnée pour mener son existence instable et qui la hait. Dette d’amour, dette d’argent, silences embarrassés… Dans cette maison trop grande, dont les recoins pénombraux disent les non-dits coupables, personne, à l’exception du cadet, n’ose s’opposer à la fille prodigue ni prendre de décision : une lâcheté dilatoire et muette rè

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André Téchiné : « "L'Adieu à la nuit", c'est le regard de quelqu’un de ma génération sur ces jeunes radicalisés »

ECRANS | Le réaliateur français place sa huitième collaboration avec Catherine Deneuve sous un signe politique et cosmique avec ce film dans lequel une grand-mère se démène pour empêcher son petit-fils de partir en Syrie faire le djihad. Où l’on apprend qu’il aime la fiction par-dessus tout…

Vincent Raymond | Mardi 23 avril 2019

André Téchiné : «

Pourquoi avoir choisi d’aborder ce sujet ? Comme toujours, c’est la conjonction de plusieurs choses. On part souvent d’un roman qu’on adapte à l’écran ; là j’avais envie d’une démarche inverse, de partir de tout le travail d’enregistrements, d’entretiens et de reportages fait par David Thomson sur tous ces jeunes qui s’engageaient pour la Syrie et sur ces repentis qui en revenaient. Comme c’était de la matière brute, vivante, et qu’il n’y avait pas de source policière ni judiciaire, j’ai eu envie de mettre ça en scène ; de donner des corps, des visages, des voix. Dans les dialogues du film, il y a beaucoup de greffes, d’injections qui viennent de la parole de ces jeunes radicalisés. Mais j’avais envie que ça devienne un objet de cinéma : la fiction, c’était pour moi le regard sur ces radicalisés de quelqu’un de ma gén

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"L'Adieu à la nuit" : Catherine Deneuve, grand-mère la lutte

ECRANS | Une grand-mère se démène pour empêcher son petit-fils de partir en Syrie faire le djihad. André Téchiné se penche sur la question de la radicalisation hors des banlieues et livre avec son acuité coutumière un saisissant portrait d’une jeunesse contemporaine. Sobre et net.

Vincent Raymond | Vendredi 19 avril 2019

Printemps 2015. Dirigeant un centre équestre, Muriel (Catherine Deneuve) se prépare à accueillir Alex (Kacey Mottet Klein), son petit-fils en partance pour Montréal. Mais ce dernier, qui s’est radicalisé au contact de son amie d’enfance (Oulaya Amamra), a en réalité planifié de gagner la Syrie pour effectuer le djihad. Muriel s’en aperçoit et agit… Derrière une apparence de discontinuité, la filmographie d’André Téchiné affirme sa redoutable constance : si le contexte historique varie, il est souvent question d’un "moment" de fracture sociétale, exacerbée par la situation personnelle de protagonistes eux-mêmes engagés dans une bascule intime – le plus souvent, les tourments du passage à l’âge adulte. Ce canevas est de nouveau opérant dans L’Adieu à la nuit, où des adolescent·es en fragilité sont les proies du fondamentalisme et deviennent les meilleurs relais des pires postures dogmatiques. Muriel, ou le temps d’un départ Sans que jamais la ligne dramatique ne soit perturbée par le poids de la matière documentaire dont il s’inspire, L’Adieu à

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"Celle que vous croyez" : le cœur a ses réseaux (sociaux)…

ECRANS | Sous une identité d’emprunt, une quinquagénaire délaissée noue, grâce à Internet, une liaison avec un vingtenaire, retardant sans cesse le moment de la rencontre. Une trouble romance à distance magnifiquement interprétée par Juliette Binoche et François Civil.

Vincent Raymond | Lundi 25 février 2019

Son jeune amant l’ayant quittée sans élégance, Claire tente de se rapprocher de lui en se liant sur Facebook avec Alex, son colocataire. Entre Alex et Clara, l’alias de 24 ans que la quinquagénaire s’est créée, va naître une relation érotique d’autant plus trouble qu’elle reste virtuelle et aveugle… Adapté d’un roman de Camille Laurens, Celle que vous croyez n’est justement pas ce que l’on pourrait croire – à savoir un thriller érotique, ni une fable sur la digitalisation des relations humaines. Portant sur la solitude et la peur de l’abandon, ce film se révèle également un exercice de style autour du récit, dans ses différents niveaux d’imbrication (avec, peut-être, un rebondissement final en trop) et l’incertitude de son authenticité : en effet, l’histoire est recomposée à partir du discours partiel de Claire à sa psy (aux omissions et travestissements de la vérité près) et se trouve amendée par un roman offrant une version alternative de la réalité. Tout est paroles, faux-semblants, mensonges et fantasmes dans ce qui résonne comme la version contemporaine d’un échange épistolaire libertin, d’une romance à la sensualité moins charnelle que v

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François Civil : « Avec Juliette Binoche, j’ai pris une leçon absolue ! »

ECRANS | Déjà impressionnant dans "Le Chant du loup" en salle depuis la semaine dernière, François Civil poursuit sa démonstration en jouant la victime d’une séduction aveugle ourdie par Juliette Binoche dans "Celle que vous croyez" de Safy Nebbou. Entretien décontracté.

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

François Civil : « Avec Juliette Binoche, j’ai pris une leçon absolue ! »

Vous étiez "Oreille d’or" dans Le Chant du loup. Ici, votre personnage joue plutôt de sa voix et de ses yeux, puisqu’il est photographe… François Civil : (rires) Je ne m’en étais pas rendu compte ! Le début de ma carrière est un parcours des sens : dans Mon Inconnue qui sort bientôt [le 3 avril], ce sera le toucher, puisque je serai écrivain. Peut-être être que je serai nez dans le prochain ? Vous l’étiez déjà un peu dans Ce qui nous lie de Klapisch... Ah voilà : c’était le nez et le goût. Bon, ben ma carrière est bientôt finie (rires) ! Cela ne vous a pas freiné de n’avoir ici qu’une petite p

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"La Dernière Folie de Claire Darling" : lady gaga

ECRANS | de Julie Bertuccelli (Fr, 1h35) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Samir Guesmi…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Passé et présent se mélangent dans l’esprit de la très chic Claire Darling (Catherine Deneuve). Pensant être au seuil de son ultime jour sur terre, la voici qui brade tous ses meubles et bibelots pour une bouchée de pain. Peut-être que sa fille, qu’elle n’a pas vue depuis des année, pourrait remédier à ce chaos ? À chacune de ses réalisations de fiction, Julie Bertuccelli nous prouve qu’elle est décidément plutôt une grande documentariste, surtout lorsqu’elle s’attache à son sujet de prédilection qu’est la transmission, lequel n’est jamais bien loin de la mémoire – son premier long de fiction, Depuis qu’Otar est parti… (2003), était d'ailleurs furieusement documentarisant. Racontant la confusion mentale et spatio-temporelle d’une femme visiblement atteinte d’un Alzheimer galopant, ce Claire Darling propose de mettre en résonance le bric-à-brac interne du personnage et le marché aux puces qu’elle organise avec la forme déstructurée du film – façon onirisme à la Resnais, avec échos répétitifs entre passé et présent. L’effet, systématique, se révèle épuisant et finit par tourner à vide. Et l’o

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"Doubles vies" : Olivier Assayas sous les couvertures...

ECRANS | de Olivier Assayas (Fr, 1h48) avec Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Dirigeant avec pugnacité et passion une maison d’édition, Alain (Guillaume Canet) s’interroge : sur ses publications – il vient de refuser l’énième opus de son ami nombriliste Léonard (Vincent Macaigne) –, sur l’évolution de son métier à l’heure du numérique, sur le couple qu’il forme avec Séléna (Juliette Binoche), une comédienne de série… Bonne nouvelle : après l’éprouvant Personal Shopper, Olivier Assayas a tourné la page pour évoquer en français deux sujets on ne peut plus hexagonaux : les chassés-croisés amoureux et le milieu du livre – deux passions tricolores qui se croiseront prochainement à nouveau dans Le Mystère Henri Pick de Rémi Bezançon prévu pour le 6 mars. L’approche est habile, car on ne sait en définitive s’il s’agit d’une réflexion profonde sur les mutations des industries culturelles (s’apprêtant, après avoir glissé du monde des lettres à celui des chiffres, à basculer dans celui, binaire, de la digitalisation) pas

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"Voyage à Yoshino" : graine de mystère

ECRANS | de Naomi Kawase (Jap.-Fr., 1h49) avec Juliette Binoche, Masatoshi Nagase, Takanori Iwata…

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Vingt ans après une mystérieuse épreuve intime, Jeanne est de retour dans la forêt de Yoshino en quête d’une plante médicinale très rare aux vertus universelles. Hébergée par Tomo, un forestier taciturne, elle apprend à lire les signes annoncés par une vieille aveugle un peu mage… La cinéaste Naomi Kawase aime le vent, les forêts, la nature, les cérémonials prandiaux, les mourants et les morts. Un joyeux programme qu’elle recombine à l’envi et avec une frénésie enviable, et des succès inégaux. Ce Voyage… fait penser à Un beau soleil intérieur de Claire Denis ou à Sils Maria d’Olivier Assayas : des prétextes à filmer Juliette Binoche – qui le mérite et parvient à elle seule, par la grâce de sa personne, à justifier ou à porter un film à l’intrigue ténue. Cette quête semi-és

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"Mauvaises herbes" : repiquage de drôles de sauvageons

ECRANS | de et avec Kheiron (Fr., 1h40) avec également Catherine Deneuve, André Dussollier…

Vincent Raymond | Lundi 19 novembre 2018

Recueilli jadis par Monique (Catherine Deneuve), Waël (Kheiron) est devenu dans la cité un prince de l’embrouille et de la tchatche, sans perdre son bon fond. Mais un jour, l’une de ses victimes (André Dussollier), par ailleurs vieille connaissance de Monique, le recrute comme éducateur. Waël va faire des miracles… Après Nous trois ou rien, cette deuxième réalisation de Kheiron entremêle deux récits aux styles très distincts : l’un censé retracer la petite enfance cahoteuse de Waël, jusqu’à son adoption puis son exil, possède des accents dramatiques et symboliques qui ne dépareraient pas la sélection d’un grand festival ; l’autre jouant sur la comédie urbaine, conjugue le tac-au-tac begaudeau-gastambidien du dialogue à une romance tendre pour cheveux gris. Un attelage dont le baroque rivalise avec celui de la distribution mais qui prouve sa validité par l’exemple : Deneuve en bonne sœur retraitée et délurée trouve là un de ses meilleurs emplois depuis fort longtemps, et forme avec Dussollier, merveilleux de bienveillance embarrassée, un couple convaincant. Quant à la troupe de jeunes pousses sur la m

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"High Life" : Claire Denis de la Terre à l’hallu

ECRANS | de Claire Denis (Fr-All-GB-Pol, 1h51) avec Robert Pattinson, Juliette Binoche, André Benjamin…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Loin du système solaire, un module spatial. À son bord, un équipage de relégués cornaqués par une infirmière déglinguée a embarqué pour une mission suicide : l’exploration d’un trou noir et de ses potentialités énergétiques. Mais le pire péril réside-t-il à l’extérieur ou à l’intérieur ? Que Claire Denis s’essaie à la science-fiction galactique n’a rien de stupéfiant en soi : elle s’était déjà confrontée au fantastico-cannibale dans Trouble Every Day (2001). En vérité, ce n’est pas le genre qui modèle son approche, mais bien la cinéaste qui, par son style et son écriture, modèle le cinéma de genre. High Life tient donc du conte métaphysique et du roman d’apprentissage : il zone davantage dans les environs ténébreux de 2001 et de Solaris qu’aux confins opératiques de Star-Wars-Trek. Claire Denis semble de surcroît s’ingénier à vider son film de sa puissance épique : sa déconstruction de la chronologie du récit, réduit à des lambeaux juxtaposés, absorbe, à l’instar du trou noir, toute velléité de spectaculaire cosmique. Seuls les accords languides de Stuart Staples d

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Rentrée cinéma 2018 : et voici les films qui feront les prochains mois

ECRANS | Quels sont les cinéastes et, surtout, les films à ne pas louper avant la fin de l'année ? Réponses en presque vingt coups – dix-neuf pour être précis.

La rédaction | Mardi 4 septembre 2018

Rentrée cinéma 2018 : et voici les films qui feront les prochains mois

Les Frères Sisters de Jacques Audiard Sortie le 19 septembre Escorté par son inséparable partenaire et coscénariste Thomas Bidegain, Jacques Audiard traverse l’Atlantique pour conter l’histoire de deux frères chasseurs de primes contaminés par la fièvre de l’or. Porté par l’inattendue fratrie John C. Reilly/Joaquin Phoenix (à l’œil puant le vice et la perversité), ce néo-western-pépite empli de sang et de traumas ne vaut pas le coup, non, mais le six-coups ! Climax de Gaspar Noé Sortie le 19 septembre Une chorégraphe a réuni une équipe internationale de danseurs pour son nouveau projet qu’elle achève de répéter dans une salle isolée. Après un ultime filage, la troupe s’octroie un réveillon festif sur la piste, s’enivrant de musique et de sangria. Mais après quelques verres, les convives se mettent à vriller sérieusement. Qu’y avait-il donc dans cette satanée sangria ? Noé compose un cocktail de survival et de transe écarlate à déguster séance hurlante.

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"Tout nous sépare" : casting haut de gamme pour polar fade

ECRANS | de Thierry Klifa (Fr., 1h38) avec Catherine Deneuve, Diane Kruger, Nekfeu…

Vincent Raymond | Vendredi 3 novembre 2017

Tout, chez Thierry Klifa, trahit le désir de faire des "coups" : confronter la briscarde Catherine Deneuve à l’apprenti comédien Nekfeu (que l'on connaît comme rappeur) ; faire que Nicolas Duvauchelle la rudoie salement ; donner à Diane Kruger un rôle de camée estropiée et meurtrière… Oh, il reconnaît bien volontiers avoir bâti en partie son scénario autour de l’image de la Reine Catherine empoignant un fusil de chasse à la manière de Clint Eastwood pour défendre son territoire, mais cette fugace séquence n’est pas de nature à bouleverser ni le cours du récit, ni l’Histoire du cinéma. Tout au long du film, la comédienne reste en effet fidèle à ce qu’elle a toujours incarné et représenté : une bourgeoise (ici cheffe d’entreprise) à la paupière distante et la diction précieuse, fumant du bout de ses ongles peints en rouge des cigarettes slim. La dimension tragique de ce polar pâtit en sus d’une séquence de meurtre terriblement maladroite, puisque l’emballement des personnages menant au geste fatal sonne faux. Si l’on a du mal à croire à la réalité de l’acte, la suite du drame n

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"Un beau soleil intérieur" : rayonnante Juliette Binoche pour éteinte Claire Denis

ECRANS | de Claire Denis (Fr., 1h34) avec Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Philippe Katerine…

Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

Isabelle, parisienne à la quarantaine flamboyante, traverse une mauvaise passe sentimentalement parlant. Les hommes ne manquent pourtant pas dans sa vie : un amant balourd, son ex mesquin, un jeune comédien qui boit trop, un voisin fantasque. Mais aucun ne ranime sa petite flamme… Tout musicien qui se respecte éprouve, en présence d’un stradivarius, la nécessité de le faire vibrer entre ses doigts. Juliette Binoche est de ce bois dont les instruments d’exception sont faits : une source d’inspiration, de vie et de naturel à même de sauver bien des scripts défaillants ; un sauf-conduit pour film sans centre de gravité. Un beau soleil intérieur ne tient que sur (et grâce à) elle : Claire Denis se contente de la filmer dans tous ses états (une aubaine), chopant forcément des instants magiques de vérité au milieu d’un océan de pas grand-chose. C’est moins ouvragé que lorsque Sautet façonnait du sur-mesure pour Romy Schneider. Le pompon du "what the fuck" revient au face-à-face final avec Depardieu jouant les médiums, balafré par le générique. Aucun plan ne montre les deux comédiens ensemble – m

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"Ghost in the Shell" : humains, après tout

ECRANS | À l’instar de ces héros humains améliorés par les machines, ce film en prises de vues réelles s’hybride avec toutes les technologies visuelles contemporaines pour revisiter le classique anime de Mamoru Oshii (1997). Une (honnête) transposition de Rupert Sanders, davantage qu’une adaptation.

Vincent Raymond | Mardi 28 mars 2017

Dotée d’un corps cybernétique augmentant ses capacités humaines, le Major (Scarlett Johansson) a été affectée à la Section 9, une unité d’élite dépendant du gouvernement. Sa prochaine mission vise à combattre un criminel capable de pirater les esprits, mais aussi de lui révéler un passé qu’on lui a dissimulé… En s’appropriant le joyau de Oshii, Rupert Sanders touche à un tabou. Ghost in the Shell constitue en effet un jalon dans l’histoire des "anime" : il est le premier à avoir été universellement considéré comme un film "adulte" (en tout cas moins familial ou jeune public que les Takahata et Miyazake) ainsi qu’une œuvre de science-fiction visionnaire, dans la lignée des adaptations de Philip K. Dick ou Asimov. Sa narration elliptique, intriquant anticipation et tensions géopolitiques, ajoutée à son esthétique élégante et épurée, l’ont érigée en référence d’un futur dystopique… dépassé. Bien en chair Car depuis vingt ans, EXistenZ, Matrix puis la réalité virtuelle ont rattrapé certaines des projections de l’anime. Sanders et ses scénaristes l’ont donc "déshabillé", conservant l'essentie

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"Sage femme" : sages Deneuve et Frot, en effet

ECRANS | De Martin Provost (Fr, 1h57) avec Catherine Deneuve, Catherine Frot, Olivier Gourmet…

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Sage-femme, Claire (Catherine Frot) travaille dans une maternité qui va bientôt fermer. Sa vie se retrouve chamboulée par l’irruption de Béatrice (Catherine Deneuve), amante de son défunt père. Passions, regrets et nostalgie vont s’inviter chez ces deux femmes que tout oppose... Étude sur l’acceptation du passé, cette petite histoire s’accompagne d’une mise en scène discrète, presque invisible de Martin Provost. Ecrasé par deux actrices qu’il admire, le réalisateur limite la forme à une simple illustration. Seuls Quentin Dolmaire et Olivier Gourmet irradient leurs apparitions d’un charisme qui dénote avec l’e

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Martin Provost : « Je me suis beaucoup remis en question avec "Sage femme" »

Interview | Si "Séraphine" et "Violette" ont montré son amour pour les œuvres d’époque, Martin Provost n’en reste pas moins fou des femmes, même lorsqu’il les filme de nos jours dans son "Sage femme". Méthode et peinture de ce portraitiste d’actrices.

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Martin Provost : « Je me suis beaucoup remis en question avec

Quels étaient vos partis-pris de mise en scène sur Sage femme ? Martin Provost : S’affranchir de mes films d’époque qui demandaient un travail minutieux et précis. Là, je voulais être libre avec la caméra à l’épaule, posée sur une toute petite dolly. Ça donne une sorte de présence et de flottement. Je me suis beaucoup remis en question avec ce film. Avec Yves Cape [le directeur de la photographie – NDLR], on est parti dés le départ sur une forme assez simple, pas très sophistiquée. Je ne la voulais pas basique, mais sans effets ostentatoires. On souhaitait que ce soit vrai avec ce film. Il s’ouvre sur un accouchement : je voulais que le personnage de Claire soit aux prises avec la réalité. Avez-vous parlé de la psychologie des personnages avec les actrices ? Ça dépend lesquelles. Il y en a qui aiment qu’on leur parle beaucoup. Je m’adapte facilement à n’importe quel acteur. C’est d’abord à moi d’avoir l’humilité de me mettre au service d’actrice

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"Born to be blue" : de déchet à Chet (Baker)

ECRANS | de Robert Budreau (G.-B-E.-U.-Can., 1h37) avec Ethan Hawke, Carmen Ejogo, Callum Keith Rennie…

Vincent Raymond | Lundi 9 janvier 2017

1966. Vaincu par ses addictions, Chet Baker n’est plus ce James Dean du jazz qu’il a été. Mais la rencontre avec la belle Jane, à la faveur du tournage d’un film hommage, l’encourage à entreprendre une renaissance. Ce ne sera pas la première, ni la dernière… La douloureuse trajectoire torve de Baker appartient à cette mythologie du jazz faite de cycles de grandeur-déchéance, de caves enfumées et d’ivresses prolongées ; en cela, elle est éminemment cinématographique. Encore faut-il savoir y prélever les éléments les plus saillants, et confier cette réelle mission à un comédien inventif, capable de surcroît d’éviter l’odieux piège de la surcomposition. Ethan Hawke, décidément abonné aux vieilles gloires éthyliques (voir Les 7 mercenaires), se révèle excellent pour interpréter la partition du bugliste à la voix d’ange et au visage de jeune premier désespéré. Dans cette élégie élégante et délicate, jouant parfois avec sa propre structure et faisant fi de toute prétention, il don

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"Ma Loute" : À manger et à boire…

ECRANS | Si Roméo était fils d’un ogre pêcheur et Juliette travestie, fille d’un industriel de Tourcoing, peut-être que leur histoire ressemblerait à cette proto-comédie de Bruno Dumont. Un régal pour l’œil, mais pas une machine à gags. En compétition officielle à Cannes.

Vincent Raymond | Lundi 16 mai 2016

Quel accueil des spectateurs non francophones – et tout particulièrement les membres du jury du festival de Cannes – peuvent-il réserver à Ma Loute ? Grâce aux sous-titres, ils saisiront sans peine le dialogue de ce film dans son intégrité, mais ils perdront l’une de ses épaisseurs : la saveur des intonations snobinardes et des borborygmes modulés avec l’accent nordiste – forçant les non-Ch’tis à accoutumer leur oreille. Cela étant, si les mots seuls suffisaient à Bruno Dumont, il ne serait pas l’énigmatique cinéaste que l’on connaît ; d’autant plus indéchiffrable avec ce huitième long-métrage, qui prolonge son désir de comédie engagé avec la série P’tit Quinquin. Dans le fond, Dumont ne déroge guère ici à ses obsessions : capter l’hébétude quasi mystique saisissant un personnage simple après une rencontre inattendue, puis observer ses métamorphoses et ses transfigurations. Certes, les situations se drapent d’un cocasse parfois outrancier et empruntent au burlesque du cinématographe ses ressorts les plus usés (chutes à gogo, grimaces à foison, bruitages-gimmicks…). Mais il ne s’agit que d’un habillage comique ; derrière une façade pei

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Truth : le Prix de la vérité

ECRANS | de James Vanderbilt (E.-U., 2h05) avec Robert Redford, Cate Blanchett, Denis Quaid…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Truth : le Prix de la vérité

Qu’un film consacré, peu ou prou, aux conditions de mise à la retraite d’un vieux crocodile de la TV étasunienne (Dan Rather, c’est PPDA multiplié par Drucker exposant Labro) soit mieux ficelé et plus efficace que Spotlight et son cortège de révélations sordides sur l’Église et la société bostonienne, a de quoi faire rager. Même si, certes, Truth se veut avant tout le portrait d’une productrice de CBS, Mary Mapes, licenciée pour avoir révélé que George W. Bush avait menti sur son passé militaire – la chaîne renvoyant ainsi l’ascenseur à un Président très bienveillant pour son business. Hélas, l’affaire Mapes n’est qu’un épiphénomène illustrant une tendance que Rather (campé un Redford forcément crédible : il était déjà reporter à l’époque des Hommes du Président), témoin actif, pour ne pas dire complice de l’évolution des médias, commente avec une philosophie désabusée un brin hypocrite. Rather doit en effet sa longévité dans la profession à son adaptation aux mutations d’une information se soumettant de plus en plus aux tyran

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Notre petite sœur

ECRANS | ​De Hirokazu Kore-eda (Jap, 2h08) avec Haruka Ayase, Masami Nagasawa, Kaho…

Vincent Raymond | Mardi 27 octobre 2015

Notre petite sœur

Trois sœurs décident d’héberger dans la demeure familiale leur jeune demi-sœur, orpheline à la suite du décès de leur père. Chronique douce-amère de cette sympathique cohabitation… On pourrait parler de tranches de vie, voire de tranches de gâteau : il n’est pas de séquence qui ne montre ou ne parle de nourriture ! Le repas est à Notre petite sœur ce que le sexe est au cinéma pornographique : un acte ordinaire consommé dans des proportions tellement orgiaques et inhumaines (par des créatures filiformes de surcroît) qu’il en devient un rite obscène. Cette obsession de Kore-eda pour l’assiette rend malheureusement le reste de son film anecdotique : le parcours de ses personnages, pourtant attachants, s’écoule en arrière-plan. Certes, quelques plans ravissants sur des cerisiers en fleurs et des parties de foot mixtes offrent un bref dérivatif, mais on peste un peu de sortir de cette comédie dramatique en restant, c’est le comble, sur sa faim…

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Le Tout Nouveau Testament

ECRANS | De Jaco van Dormael (Be/Fr/Lux, 1h50) avec Pili Groyne, Benoît Poelvoorde, Yolande Moreau, François Damiens, Catherine Deneuve…

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Le Tout Nouveau Testament

La vérité fait parfois mal à entendre : Dieu est misanthrope, sadique et résident bruxellois. S’épanouissant dans la création de catastrophes, ce pervers se double d’un tyran domestique séquestrant son épouse et sa fille de dix ans, Éa. Celle-ci, qui en a plein le Graal de ce monstre gorgé de bière, décide de suivre l’exemple de son aîné barbu, J.-C. Elle s’évade donc afin d’enrôler des apôtres et d’écrire son propre Nouveau Testament. Non sans avoir mis le bazar dans l’ordinateur paternel, en révélant à toute l’humanité l’heure de sa mort. Une plaisanterie qui lui vaut d’avoir un Dieu le père furibard (et en sandales) à ses trousses… Ténue, la filmographie de Jaco van Dormael ne compte que trois longs métrages depuis Toto le héros (1991), où s’affirmaient déjà pleinement son style comme ses influences. L’homme ayant biberonné au surréalisme belge mâtiné de burlesque et d’onirisme nébuleux, son œuvre en est traversée, parfois illuminée : ici, la farce iconoclaste (un Dieu façon Gros Dégueulasse de Reiser) peut côtoyer le sublime éthéré ou le franchement potache lorsqu’il s’agit d’illustrer des métaphores. Affectionnant la forme du conte porté par une

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Épisode MMXV : une rentrée cinéma en Force

ECRANS | Cette rentrée 2015 ressemble à une conjonction astronomique exceptionnelle : naines, géantes, à période orbitale longue ou courte, toutes les planètes de la galaxie cinéma s’alignent en quelques semaines sur les écrans. Sortez vos télescopes ! Enfin… chaussez vos lunettes. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Épisode MMXV : une rentrée cinéma en Force

C’est l’étoile Jacques Audiard, tout de Palme laurée, qui a annoncé la fin de la trêve estivale en mettant Dheepan en orbite le 26 août. Une précocité qui n’égale pas celle de Winter Sleep l’an passé : le film de Nuri Bilge Ceylan avait jailli début août sur les écrans. Dans son sillage, l’intégralité (ou presque) du palmarès cannois va se révéler : Mon roi de Maïwenn (Prix d’interprétation féminine pour Emmanuelle Bercot) et Chronic de Michel Franco (Prix du scénario) le 21 octobre ; The Lobster de Yorgos Lanthimos (Prix du Jury) le 28 ; Le Fils de Saul de László Nemes (Grand Prix) le 4 novembre. Si l’on excepte Maïwenn, il y a là un étonnant tir groupé ; comme si les jeunes cinéastes étrangers distingués sur la Croisette s’étaient ligués pour tenter d’exister commercialement. Car la concurrence en salle sera rude : d’abord, les poid

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La Tête haute

ECRANS | Portrait d’un adolescent en rupture totale avec la société que des âmes attentionnées tentent de remettre dans le droit chemin, le nouveau film d’Emmanuelle Bercot est une œuvre coup de poing sous tension constante, qui multiplie les points de vue et marie avec grâce réalisme et romanesque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 mai 2015

La Tête haute

Malony est sans doute né sous une mauvaise étoile. Cela veut dire qu’en fait il y en a un, de doute, et Emmanuelle Bercot, c’est tout à son honneur, ne cherchera jamais à le dissiper. Il n’a que six ans, et le voilà déjà dans le bureau d’une juge pour enfants (lumineuse et passionnée Catherine Deneuve) qui sermonne une mère irresponsable (Sara Forestier, dont la performance archi crédible ne tient pas qu’à ses fausses dents pourries) prête à se débarrasser de cet enfant au visage angélique mais dont elle dit qu’il n’est qu’un petit diable. C’est la première séquence de La Tête haute, et elle donne le la du métrage tout entier : on devine que cette famille est socialement maudite, bouffée par la précarité, la violence et l’instabilité. Mais Bercot ne nous donnera jamais ce contrechamp potentiellement rassurant : jusqu’à quel point Malony est seul responsable de son sort, pris entre haine de soi et rancune envers les autres, attendant qu’on le prenne en charge tout en rejetant les mains qu’on lui tend ? Cette scène d’ouverture est aussi emblématique de la mise en scène adoptée par Bercot : la parole y est puissante, tendue, explosive. Elle repose sur d

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Boyhood

ECRANS | Pari fou de Richard Linklater : filmer pendant douze ans Ellar Coltrane, de son enfance à sa sortie de l’adolescence, dans un film hautement romanesque et souvent bouleversant qui montre la naissance d’un personnage et d’un comédien dans un même geste d’une grande force cinématographique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 22 juillet 2014

Boyhood

En 2001, Richard Linklater tournait Waking life, drôle de film d’animation en forme de rêverie documentaire et philosophique. Dans une des séquences, deux filles discutaient dans un café et l’une d’entre elles disait ceci : « On pense à une image de soi bébé et on dit : "C’est moi." Pour faire le lien entre cette image et ce que l’on est aujourd’hui, on doit inventer une histoire : "C’est moi quand j’avais un an ; plus tard, j’ai eu les cheveux longs, puis nous avons déménagé à Riverdale et me voilà !" Il faut une histoire, une fiction pour créer cette connection entre nous et ce bébé, pour créer notre identité. » 2001, c’est le moment où Linklater commence à tourner Boyhood, qu’il achèvera douze ans plus tard. Impossible aujourd’hui de ne pas voir dans ce film unique et hors norme la mise en pratique de cette théorie de l’identité évoquée dans Waking life. Ces douze années – et les 165 minutes du film – c’est le temps nécessaire pour raccorder, par le biais d’une fiction, l’image du jeune Ellar Coltrane, gamin insouciant traversant les rues sur son vélo, de celle du même Coltrane, jeune adulte tout juste débarqué à l’université, regar

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Sils Maria

ECRANS | D’Olivier Assayas (Fr, 2h03) avec Juliette Binoche, Kristen Stewart…

Christophe Chabert | Mardi 19 août 2014

Sils Maria

La prétention qui suinte de la première à la dernière image de Sils Maria ne surprendra pas ceux qui, comme nous, ont pris en grippe le cinéma d’Olivier Assayas. Il y raconte, sans le moindre scrupule de crédibilité, comment une star entre deux âges (Juliette Binoche, qui pose tout du long en alter ego de Juliette Binoche) décide de reprendre la pièce qui l’a rendue célèbre et dont l’auteur s’est éteint, comme par hasard, au moment où elle allait lui rendre hommage en Suisse. Elle laisse le rôle de la jeune première à une nymphette hollywoodienne (Chloë Grace Moretz) et endosse celui de la femme mûre, ce qui déclenche chez elle un psychodrame dont le souffre-douleur sera son assistante (Kristen Stewart, la seule à surnager en adoptant un très respectable profil bas au milieu du désastre). « Tu l’as vu, mon Persona ? » (film de Bergman) nous susurre Assayas tout du long avec une finesse éléphantesque, des coquetteries stylistiques de grand auteur (le faux film muet, la musique classique) et une manière très désagréable de désigner ce qui est de l’art et ce qui n’en est pas. Les blockbusters de super-héros ? Des merdes à regarder avec des lunettes 3D ridi

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Dans la cour

ECRANS | Rencontre dans une cour d’immeuble entre un gardien dépressif et une retraitée persuadée que le bâtiment va s’effondrer : entre comédie de l’anxiété contemporaine et drame de la vie domestique, Pierre Salvadori parvient à un équilibre miraculeux et émouvant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 22 avril 2014

Dans la cour

En pleine tournée et avant même le début du concert, Antoine décide de ne plus chanter dans son groupe de rock. Plus la force, plus le moral. Après un rapide passage par Pôle emploi, il est engagé comme gardien d’immeuble par Mathilde, nouvellement retraitée. Quelques jours plus tard, Mathilde découvre une fissure dans le mur de son appartement, et cette lézarde va devenir une obsession ; la voilà persuadée que c’est tout l’immeuble qui menace de s’effondrer. Pendant ce temps, Antoine doit faire face aux doléances des autres voisins, dont un architecte à fleur de peau et un marginal trafiquant de vélos. Le dernier film de Pierre Salvadori rompt ainsi avec les tentatives lubitschiennes de Hors de prix et De vrais mensonges pour revenir à ses premières amours : la comédie douce-amère en forme de chronique du temps présent et, surtout, du temps qui passe. Antoine est à bout de souffle social et sentimental, Mathilde en

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Tel père, tel fils

ECRANS | De l’argument, popularisé par Étienne Chatiliez, de l’échange d’enfants entre deux familles opposées socialement, Hirokazu Kore-Eda tire une comédie douce-amère où il revisite son thème de prédilection : la transmission entre les générations. Un film qui ne souffre que d’une demi-heure en trop… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 18 décembre 2013

Tel père, tel fils

Un enfant, dans les yeux d’un père, cela peut être aussi bien la correction de tout ce que l’on a raté dans sa vie, ou une extension joyeuse de ses propres valeurs. Quoiqu’il arrive, c’est une affaire de transmission, simple ou tortueuse… Voilà en substance ce que raconte Hirokazu Kore-Eda, cinéaste de l’enfance et de la famille, au cœur de tous ses deniers films, de Nobody knows à I wish. Avec Tel père, tel fils, il part d’un quiproquo qui, il y a vingt-cinq ans, avait fait la fortune d’Étienne Chatiliez dans La Vie est un long fleuve tranquille : un échange d’enfants malencontreux à la maternité, que l’administration hospitalière décide de corriger dix ans plus tard, mais qui conduit le fils unique d’une famille de parvenus rigides et glacés à aller vivre dans une famille populaire, nombreuse et peu regardante sur les convenances, et inversement. Sauf que chez Kore-Eda, cet argument ne débouche pas sur une satire sociale renvoyant dos-à-dos les riches et les pauvres dans un même sac de clichés, mais sur une approche respectueuse des deux bord

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Elle s’en va

ECRANS | D’Emmanuelle Bercot (Fr, 1h50) avec Catherine Deneuve, Camille…

Christophe Chabert | Jeudi 12 septembre 2013

Elle s’en va

Catherine Deneuve en patronne de restaurant avec une mère impotente et une fille irresponsable, qui pète gentiment une durite et décide de prendre sa bagnole pour partir à l’aventure sur les routes de France, voilà qui sent le clin d’œil amusé autour de la star à contre-emploi. Qu’Ozon soit passé par là auparavant importe peu, car c’est ailleurs que se joue l’échec du nouveau film de Bercot : dans son regard très Marie-Chantal sur la province française, alors qu’on la sent vouloir s’inscrire dans le sillage d’un Depardon. Il faut tout de même débarquer de Mars (ou de Paris) pour s’étonner d’y trouver des vieillards qui roulent leur cigarette en tremblant, des beaufs qui draguent tout ce qui passe dans des boîtes de nuit et des réunions d’anciennes miss au Casino L’Impérial d’Annecy. Le road movie autorise certes toutes les déviations, mais là, c’est plutôt le fossé du ridicule que le film se prend régulièrement. Quand Bercot injecte un peu de tenue romanesque dans l’errance, via l’apparition du petit-fils, cela ne s’arrange pas vraiment, avec un sentimentalisme dégouli

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Before midnight

ECRANS | De Richard Linklater (ÉU-Grèce, 1h48) avec Julie Delpy, Ethan Hawke…

Christophe Chabert | Vendredi 21 juin 2013

Before midnight

Tous les neuf ans, Linklater, Delpy et Hawke reviennent prendre des nouvelles du couple qu’ils ont inventé avec le film Before Sunrise : après la rencontre, après les retrouvailles, voici le temps du bilan. Céline et Jesse sont mariés, ils ont deux jumelles, et passent leur été sur une île grecque dans une résidence pour écrivains. Before midnight fonctionne à nouveau sur une unité de temps (une journée) mais Linklater et ses deux comédiens-scénaristes radicalisent un peu plus leur dispositif cinématographique : le film n’est constitué que de grands blocs de dialogues tournés en plans-séquences dont le plus "spectaculaire" dure 14 minutes, et se déroule entièrement dans une voiture en mouvement. Ces longues discussions, où les conflits peuvent être larvés ou ouverts, où ce qui s’exprime clairement est aussi important que les hésitations et les atermoiements des personnages, et où la mise en scène cherche à se rendre invisible – la grande scène de dispute à l’hôtel prouve pourtant qu’elle est souveraine, des seins dénudés de Julie Delpy à ses entrées et sorties faussement théâtrales – ne sont futiles qu’en apparence. Before midnight pose avec ac

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Benjamin Biolay : elles et lui

Concert | Après des débuts difficiles tant avec le public que la critique, Benjamin Biolay met pas mal de monde d’accord depuis quelques années. Ce qui lui vaut d’être désigné pote de cénacle des Gainsbourg, Bashung & co. Un artiste prolifique qui diffuse aussi son venin charnel chez d’autres artistes – principalement des femmes. Petit tour d’horizon des plus emblématiques de ces couples d’un temps, avant le concert que Monsieur BB donnera cette semaine à Grenoble.

Aurélien Martinez | Vendredi 7 juin 2013

Benjamin Biolay : elles et lui

Keren Ann Le premier album en français de la chanteuse d’origine néerlandaise voit le jour en 2000. Il est écrit en collaboration avec un Biolay qui n’a pas encore livré de production solo (Rose Kennedy sortira un an plus tard). Très Suzanne Vega et Joni Mitchell, La Biographie de Luka Philipsen est un petit bijou mélodique, sobre, gracieux, plus folk que chanson française, qui met discrètement en lumière le talent de cette souffleuse de mots constamment Sur le fil. Fort de cette réussite (qui se réitérera sur deux autres albums), le tandem est alors invité la même année à travailler sur Chambre avec vue, le nouveau disque du vétéran Henri Salvador porté par le fameux Jardin d’hiver (déjà présent sur La Biographie de Luka Philipsen). Une réussite, et un véritable succès qui replace Salvador sur le devant de la scène (explosion des ventes, Victoires de la musique à la pelle...) – même si ce dernier tenta par la suite de minorer la participation de

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Camille Claudel 1915

ECRANS | De Bruno Dumont (Fr, 1h35) avec Juliette Binoche, Jean-Luc Vincent…

Christophe Chabert | Jeudi 7 mars 2013

Camille Claudel 1915

Avec ce Camille Claudel 1915, Bruno Dumont aura au moins réussi une chose : montrer que rien ne résiste au dogmatisme de sa démarche, ni actrice star, ni reconstitution d’époque, ni évocation d’un personnage réel. Même les véritables pensionnaires de l’asile où Camille Claudel se trouve enfermée sont réduits par la caméra de Dumont à n’être que des figures grimaçantes sorties d’une toile de Jérôme Bosch, ersatz des comédiens amateurs de ses films précédents. Dans le dossier de presse, le réalisateur et son actrice parlent de la « rienté » (sic) qu’on voit à l’écran : Camille ne fait rien et il ne se passe rien, elle attend la visite de son frère Paul en regardant la lumière et en préparant ses repas. C’est en fait Paul qui intéresse vraiment Dumont : une scène résume son discours, celle où, en écrivant une lettre, il bande ses muscles comme pour éprouver son propre corps. Depuis La Vie de Jésus, la question du dualisme chrétien hante Dumont, du pêché charnel à la libération de l’esprit hors de son incarnation terrestre. Il rabâche la question dans des films de plus en plus exsangues, focalisés sur cette quête religieuse (spirit

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Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Passant après le calamiteux épisode Langmann, Laurent Tirard redonne un peu de lustre à une franchise inégale en misant sur un scénario solide et un casting soigné. Mais la direction artistique (affreuse) et la mise en scène (bancale) prouvent que le blockbuster à la française se cherche encore un modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir été écrit sur mesure. Il y a dans Au service de sa Majesté un petit charme très français du second rôle savoureux, plus digeste que la pr

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À cœur ouvert

ECRANS | De Marion Laine (Fr, 1h28) avec Juliette Binoche, Edgar Ramirez…

Aurélien Martinez | Mardi 17 juillet 2012

À cœur ouvert

Un couple de chirurgiens spécialisés dans les opérations du cœur s’aime, puis se déchire, l’alcoolisme du mari entrant en conflit avec la maternité non désirée de sa femme. Sur le papier, c’est assez banal, et c’est effectivement tout le problème : Marion Laine ne sait jamais trop s’il faut contourner le cliché (option psychodrame) ou s’y enfoncer (option mélodrame), et À cœur ouvert louvoie longuement entre ces deux écueils, jusqu’à un dernier acte complètement raté, avec une embardée onirique mal maîtrisée et passablement cucul. Pourtant, dans la première partie, elle réussissait l’impossible : rendre crédible à l’écran le couple Binoche-Ramirez, en arrivant à instaurer une troublante complicité physique entre eux. Si elle s’était contentée de suivre ce fil-là (le détail amoureux et sa destruction), si elle ne l’avait recouvert d’une pelle de psychologie facile, elle aurait sans doute transcender ce que son argument avait d’anecdotique. C’est, à l’arrivée, très loin d’être le cas. Christophe Chabert

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I wish

ECRANS | D’Hirokazu Kore-Eda (Jap, 2h08) avec Koki Maeda, Oshirô Maeda…

François Cau | Vendredi 6 avril 2012

I wish

Après la parenthèse ratée d’Air doll, Kore-Eda revient à ce qu’il sait le mieux faire : le mélodrame ténu fortement connecté avec le présent de son pays. Ainsi raconte-t-il l’histoire de deux enfants séparés par le divorce de leurs parents, en situant l’action au moment de l’inauguration d’une ligne TGV reliant les deux frères. Mais comme le billet est trop cher, ils décident de se retrouver à mi-chemin, et de faire un vœu au moment où les premiers trains se croiseront. Ils emmènent dans leur périple des camarades de classe qui ont eux aussi des désirs secrets à exaucer. Remarquablement écrit, I wish ne prend jamais de haut ses jeunes protagonistes et, à l’image des adultes du film, plutôt largués et eux-mêmes en quête d’un nouveau rêve pour relancer leurs vies, préfère les laisser aller au bout de leur projet aussi dérisoire que magnifique. En cela, rien de plus beau que cette capacité à toujours retourner les obstacles par une complicité et une solidarité enfantine indéfectible. Ce joli film tout public ne souffre que d’un petit quart d’heure de trop, et d’une image terne et ingrate, pas vraiment au niveau de l’humanisme jamais naïf ni pontifiant qu’arrive à instiller Kore-Eda

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La Vie d'une autre

ECRANS | De Sylvie Testud (Fr-Lux-Bel, 1h37) avec Juliette Binoche, Matthieu Kassovitz...

Aurélien Martinez | Vendredi 10 février 2012

La Vie d'une autre

Pour son premier film, Sylvie Testud adapte La Vie d'une autre de Frédérique Deghelt, roman sous influence américaine à en juger par son pitch : alors qu'elle termine ses études et tombe amoureuse, une jeune femme se réveille quinze ans plus tard, mariée, mère, aux commandes d'une multinationale et dans un appartement parisien à dix millions d'euros. Soit le script de Big ou de 30 ans sinon rien, en plus bourgeois et maquillé à la française. Quels enjeux une fois rigolé avec le gap spatio-temporel et cet autre moi (facile quand le personnage est blindé) ? Le comique s'évaporant, sans génie et plombé par Juliette Binoche à moitié folle, le film dévoile son intrigue : le couple en crise, situation difficile quand la veille on rencontrait l'autre. Il y avait de quoi s'amuser ou tirer une leçon de philosophie avec si peu. Testud tente le coup, mais se limite à un laïus flou sur le temps qui passe pour dire qu'il faut profiter de la vie. Bah oui, l'eau ça mouille. Jérôme Dittmar

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Les Bien-aimés

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr, 2h15) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Ludivine Sagnier…

François Cau | Mardi 12 juillet 2011

Les Bien-aimés

Une mère et sa fille. Dans les années 60, la mère (Ludivine Sagnier) fait la pute pour se payer des chaussures et tombe amoureuse d’un médecin tchèque qu’elle quitte au moment du Printemps de Prague. Au début des années 2000, la fille (Chiara Mastroianni) s’éprend d’un gay malade du sida, tandis que la mère (Catherine Deneuve) retrouve son amant de l’époque (Milos Forman). Plus que jamais, le cinéma de Christophe Honoré joue de la référence (Truffaut et ses romans cinématographiques sont les grands parrains du film) mais aussi de l’autoréférence : comme dans Les Chansons d’amour, Alex Beaupain a composé de pénibles intermèdes musicaux, sans doute ce qu’il y a de moins bien dans le film. Pénible aussi, la capacité d’Honoré dialoguiste à mettre dans la bouche de ses acteurs un texte bourré de poncifs sentencieux sur l’amour, la vie, le temps qui passe. Ratée enfin, l’évocation de l’époque : la reconstitution au début donne une sensation désagréable d’entre-deux, ni rigoureuse, ni fantaisiste, et quand le 11 septembre passe par là, on change vite de chaîne. Si Les Bien-aimés s’avère toutefois supérieur aux précédents Honoré, c’est grâce à l’énergie

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Les yeux de sa mère

ECRANS | De Thierry Klifa (Fr, 1h45) avec Catherine Deneuve, Nicolas Duvauchelle…

François Cau | Vendredi 18 mars 2011

Les yeux de sa mère

Que Thierry Klifa, ex critique à Studio, aime le cinéma, on n'en doute pas. Mais sait-il faire des films ? Rien n'est moins sûr. Suivant un écrivain infiltré dans la vie d'une journaliste star et sa fille danseuse étoile ayant abandonné son fils à la naissance, Les yeux de sa mère hésite entre mélo et thriller, sans trouver sa voie, ni même médiane. Il se cherche, courant derrière des personnages fiévreux, abimés, marqués par des histoires de famille que Klifa effleure, trop confiant dans un casting peu crédible. Film sans contours ni point névralgique, Les yeux de sa mère erre en quête d'un sujet qui ne vient jamais. Le passé si omniprésent y sonne creux ; le voyeurisme médiatique est une fausse piste ; le rapport central à la mère se révèle une mauvaise copie d'Almodovar, cité sans arrêt mais jamais avoué : Klifa nie, préférant convoquer James Gray, qu'on cherche encore. Coécrit par l'inutile et prétentieux Christopher Thompson, Les yeux de sa mère est aussi vain qu'ennuyeux. Jérôme Dittmar

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Les amants éternels du cinéma français

ECRANS | Acteurs / Le cinéma de François Ozon affiche ouvertement son fétichisme cinéphile ; chez lui, la citation doit être littérale, incarnée, et les acteurs doivent (...)

François Cau | Jeudi 4 novembre 2010

Les amants éternels du cinéma français

Acteurs / Le cinéma de François Ozon affiche ouvertement son fétichisme cinéphile ; chez lui, la citation doit être littérale, incarnée, et les acteurs doivent arriver sur l’écran avec le passé de leurs rôles précédents (Jérémie Rénier dans Les Amants criminels, Jeanne Moreau dans Le Temps qui reste, etc.). Dans Potiche, il reforme le couple mythique Catherine Deneuve / Gérard Depardieu, sept films ensemble en trente ans. Deneuve le fait justement remarquer, elle n’a jamais été que l’amante de Depardieu, jamais sa femme à l’écran ; c’est donc un couple illégitime marqué par un décalage initial qui empêche l’accomplissement de la romance. Dans Le Dernier métro (1980), Truffaut fait de Deneuve une comédienne populaire qui devient par la force des choses le lien entre son mari juif caché dans la cave du théâtre pendant l’occupation et le monde extérieur. Depardieu, lui, est un jeune acteur qui doit être son partenaire à la scène et devient son amant en coulisses. Deneuve est alors une star ; Depardieu est en passe de l’être et le film se nourrit de ce décalage de notoriété en le reproduisant à l’écran. Corneau dans Le Choix de

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Politique de la potiche

ECRANS | Cinéma / Pour son déjà douzième long-métrage, l’insaisissable François Ozon s’empare d’une pièce de boulevard signée Barillet et Grédy, pour en tirer une adaptation très libre, politique, drôle et mélancolique, au casting parfait et à la mise en scène fluide et élégante. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 4 novembre 2010

Politique de la potiche

Un mot d’abord sur l’étrange carrière de François Ozon. Peu de cinéastes français contemporains ont été aussi prolifiques (un film par an depuis 1998), aussi éclectiques et aussi inégaux. Impossible à partir de sa déjà imposante filmographie de faire des généralités : il a fait de grands films intimistes (5X2, Le Temps qui reste) mais en a raté à peu près autant (Swimming Pool, Le Refuge) ; avec des sujets plus conséquents, les fortunes sont aussi diverses, du baroque provocateur Les Amants criminels au romanesque neurasthénique d’Angel ; quand il adapte du théâtre, cela peut donner un film poussif comme 8 femmes, mais aussi une bonne claque comme Gouttes d’eau sur pierres brûlantes. Potiche rajoute encore du paradoxe : d’abord, il sort la même année que ce qui est sans doute le pire film d’Ozon (Le Refuge) ; ensuite, il s’apparente à une commande ouvertement grand public façon 8 femmes ; enfin, il s’agit d’une comédie, genre qui a peu réussi à Ozon depuis son initial Sitcom. Pourtant, le cinéaste est ici à son meilleur, et si Potiche est avant tout un excellent divertissem

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Un conte de Noël

ECRANS | Avec cette tragi-comédie familiale aux accents mythologiques, Arnaud Desplechin démontre à nouveau qu’il est un immense cinéaste, entièrement tourné vers le plaisir, le romanesque et le spectacle. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 22 mai 2008

Un conte de Noël

Le nouveau film d’Arnaud Desplechin s’ouvre sur un petit théâtre de marionnettes, où l’on nous raconte en accéléré l’histoire familiale qui fonde le récit. Ensuite, chaque personnage sera introduit par une photo de lui enfant ou adolescent, son nom clairement inscrit à l’écran, un style musical lui étant associé (du jazz au hip-hop). Enfin, la reine-mère de ce clan en plein délitement viendra face caméra présenter les enjeux de la tragi-comédie en cours. Pourquoi le cinéaste choisit-il de décliner ainsi, avec divers artifices, la même scène primitive ? Non pas pour briller par-dessus son sujet, mais pour poser une bonne fois ce que ses inconditionnels savent depuis longtemps : Desplechin est du côté du spectacle, de l’action et de la générosité, pas dans l’économie du discours et de la parole. Un conte de noël est, comme son précédent Rois et reine, une machine à produire du romanesque et des émotions fortes, un grand huit existentiel qui fait coexister dans le même espace-temps le trivial et le sublime, la surface et la profondeur. La parabole du fils indigne Dans la famille Vuillard, il y a donc Joseph, le fils absen

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