"Les Choses qu'on dit, les choses qu'on fait" : pas sages à l'acte

ECRANS | ★★★★☆ De Emmanuel Mouret (Fr., 2h02) avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2020

Photo : ©Les Choses©Xavier Lambours / Moby Dick Films


C'est l'histoire de plusieurs histoires d'amour. Celles que Maxime raconte à Daphné, la compagne de son cousin François ; celles que Daphné raconte à Maxime. Et qu'advient-il lorsqu'on ouvre son cœur sur ses peines et ses joies sentimentales ? On finit par se rapprocher…

Emboîtant et mélangeant les récits-souvenirs de ses protagonistes (à l'image de son délicat Un baiser s'il vous plaît), abritant un sacrifice amoureux absolu (comme le très beau Une autre vie) ; accordant aux jeux de langues et à la morale un pouvoir suprême (dans la droite ligne de Mademoiselle de Joncquières), ce nouveau badinage mélancolique d'Emmanuel Mouret semble une synthèse ou la quintessence de son cinéma. Jadis vu comme un héritier de Rohmer, le cinéaste trouve ici en sus dans la gravité sentimentale des échos truffaldiens ; son heureux usage de l'accompagnement musical (ah, Les Gymnopédies !) lui conférant une tonalité allenienne. Malgré le poids de ces références, ce que l'on apprécie à l'écran est bel et bien du Mouret et l'on en redemande.

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"Fête de famille" : pièce rapportée par Cédric Kahn

ECRANS | Un seul être revient… et tout est dévasté. Cédric Kahn convoque un petit théâtre tchekhovien pour pratiquer la psychanalyse explosive d’une famille aux placards emplis de squelettes bien vivants. Un drame ordinaire cruel servi par des interprètes virtuoses.

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Pour son anniversaire, Andréa a convié enfants et petits-enfants dans la maison familiale. Mais l’irruption de l’aînée, Claire, met au jour (et à vif) plaies et dettes du passé. Entre la bipolarité de la revenante, les coups de sang du cadet et l’aboulie des autres, la fête a du plomb dans l’aile… Si les questions de corps au sens large – cul, inceste, maladie, décès… – constituent les habituels carburants dramatiques des réunions de familles cinématographiques souvent crues et psychologiquement violentes (Festen, La Bûche, Un conte de Noël…), aucune d’entre elles ne surpasse le tabou suprême que constitue le fric. Fille d’Andréa née d’un précédent lit, Claire veut récupérer l’héritage de son père qu’elle a placé dans la maison de famille où vivent sa mère mais aussi sa fille, qu’elle a abandonnée pour mener son existence instable et qui la hait. Dette d’amour, dette d’argent, silences embarrassés… Dans cette maison trop grande, dont les recoins pénombraux disent les non-dits coupables, personne, à l’exception du cadet, n’ose s’opposer à la fille prodigue ni prendre de décision : une lâcheté dilatoire et muette rè

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Cabaret frappé 2019 : mélange des genres

Festival | À la croisée de toutes les esthétiques et découvertes possibles (à commencer par les talents de la Cuvée grenobloise), le Cabaret frappé se livre à un autre mélange des genres que celui des styles musicaux, en proposant une programmation haut de gamme où la parité femmes-hommes est plus que respectée. Alors voilà ce que l'on pourra écouter chaque jour au Jardin de Ville de Grenoble.

Stéphane Duchêne | Mercredi 19 juin 2019

Cabaret frappé 2019 : mélange des genres

Lundi 15 juillet Pourquoi commencer doucement quand on peut d'emblée frapper fort ? C'est ce que semble nous dire le Cabaret cette année en son ouverture. Aux côtés du trip-hop local d'Aora Paradox, issu du cru annuel de la Cuvée grenobloise, le festival dégaine d'entrée ses deux plus grosses têtes d'affiche. D'abord, Camélia Jordana, créature Nouvelle Star qui n'a jamais su choisir entre le versant populaire de la chanson et une liberté d'expérimenter à tout va (en témoigne son dernier disque sous le nom de Lost). Ensuite, la grande Neneh Cherry, carton jamais démenti des années 1990 toujours sur le pont après un long hiatus et quelques collaborations dans les années 2000 (CirKus, The Thing). À 54 ans, cette pionnière du hip-hop féministe a toujours autant la rage contre tous les impérialismes politiques, comme le prouve son dernier album Broken Politics, produit comme le précédent par le très pointu Four Tet. Mardi 16 juillet Après une soirée

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Festival : et voici la programmation du Cabaret frappé

Annonce | Rendez-vous du lundi 15 au samedi 20 juillet au Jardin de Ville de Grenoble, avec quelques têtes connues et, surtout, pas mal de chouettes découvertes. On fait un rapide point avant la sortie en juin de notre numéro festivals.

Stéphane Duchêne | Vendredi 17 mai 2019

Festival : et voici la programmation du Cabaret frappé

C'est un événement attendu à Grenoble que le dévoilement de la programmation du festival Cabaret frappé qui, tel un phare dans la nuit (certes courte) de juillet, vient éclairer l'été grenoblois. Et surtout l'animer musicalement. Avec toujours chevillées au corps et au cœur (de la programmation donc) une certaine idée de l'éclectisme et une idée certaine de la gratuité, puisque le prix est, rappelons-le, de nada, walou, que tchi. Or, à ce tarif défiant toute concurrence, rien qu'en ouverture lundi 15 juillet, on nous offre la très tendance caméléone Camélia Jordana et la légende Neneh Cherry. Et le lendemain, deux pépites, deux ovnis même, venus tout droit de la belle province (le Québec) pour lesquels la critique s'enflamme : Hubert Lenoir et Charlotte Cardin. S'ensuivront comme ça, au débotté (l'entièreté de la programmation est à consulter en bas de cet article), pour les jours suivants : un autre ovni

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"Curiosa" : chambre avec vues

ECRANS | De Lou Jeunet (Fr, 1h47) avec Noémie Merlant, Niels Schneider, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Paris, fin XIXe. Pour sauver les finances familiales, Marie de Héredia est "cédée" par son poète de père au fortuné Henri de Régnier, alors qu’elle aime son meilleur ami, le sulfureux Pierre Louÿs. Tous deux entretiendront malgré tout une liaison suivie, émaillée de photographies érotiques… Quand une chambre (noire) peut être le lieu de toute les passions… La réalisatrice Lou Jeunet donne une vigueur nouvelle et réciproque à l’expression "taquiner la muse" en animant son élégant trio – lequel ne restera pas longtemps prisonnier de sa relation triangulaire. La relation entre Pierre et Marie (où Henri fait figure d’électron satellite, ou d’observateur consentant) admet plus ou moins volontiers d’autres partenaires et inspire, outre des clichés porno/photographiques, une abondante correspondance ainsi qu’une féconde production littéraire chez les deux amants – sans parler d’un rejeton adultérin. Aussi paradoxal que cela paraisse, c’est le voyeurisme de l’érotomane Louÿs qui permettra l’émancipation de Marie : en découvrant l’exultation des corps, la jeune femme va trouver les ressources pour s’affranchir d’un patriarcat plus obscène q

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"Doubles vies" : Olivier Assayas sous les couvertures...

ECRANS | de Olivier Assayas (Fr, 1h48) avec Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Dirigeant avec pugnacité et passion une maison d’édition, Alain (Guillaume Canet) s’interroge : sur ses publications – il vient de refuser l’énième opus de son ami nombriliste Léonard (Vincent Macaigne) –, sur l’évolution de son métier à l’heure du numérique, sur le couple qu’il forme avec Séléna (Juliette Binoche), une comédienne de série… Bonne nouvelle : après l’éprouvant Personal Shopper, Olivier Assayas a tourné la page pour évoquer en français deux sujets on ne peut plus hexagonaux : les chassés-croisés amoureux et le milieu du livre – deux passions tricolores qui se croiseront prochainement à nouveau dans Le Mystère Henri Pick de Rémi Bezançon prévu pour le 6 mars. L’approche est habile, car on ne sait en définitive s’il s’agit d’une réflexion profonde sur les mutations des industries culturelles (s’apprêtant, après avoir glissé du monde des lettres à celui des chiffres, à basculer dans celui, binaire, de la digitalisation) pas

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"Un amour impossible" : Christine Angot réussit bien à Catherine Corsini

ECRANS | de Catherine Corsini (Fr, 2h15) avec Virginie Efira, Niels Schneider, Estelle Lescure…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Châteauroux, années 1950. Rachel Steiner est courtisée par Philippe, un fils de famille portant beau. Hostile à toute mésalliance sociale, il repart laissant Rachel enceinte. Bien plus tard, après plusieurs retrouvailles épisodiques houleuses, Philippe renoue le contact avec leur fille Chantal… Adaptant ici le "roman autobiographique" (on ne sait comment qualifier le genre de récit qu’elle pratique) de Christine Angot, Catherine Corsini réussit plusieurs tours de force. S’approprier son histoire tout en rendant digeste et dicible la voix de l’autrice sans la contrefaire, et raconter avec élégance ce qui rappelle la noirceur incestueuse de Perrault dans Peau d’Âne comme des meilleures tragédies raciniennes (où les amours sont aussi impossibles, car univoques). Renversant le propos du conte, l’ogre symbolique s’incarne ici dans un homme exerçant son emprise toxique et dévorante sur deux femmes… dont l’une est sa fille. À cette lecture analytique se superpose en fin de film une interprétation sociale qui, si elle évoque dans la forme le dénouement de Psychose où le comportement déviant du héros est "expliqué", marque surtout la

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"Mademoiselle de Joncquières" : mensonges et trahisons (et plus si affinités)

ECRANS | d'Emmanuel Mouret (Fr, 1h49) avec Cécile de France, Edouard Baer...

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Pour se venger du Marquis des Arcis, auquel elle a cédé malgré la funeste réputation de libertin qui le précédait, Mme de La Pommeraye ourdit une complexe machination amoureuse contre lui en embauchant deux aristocrates déclassées, Mlle de Joncquières et sa mère. Mais peut-elle impunément user de l’amour comme d’un poison ? Deux pensées se télescopent à la vision de ce film. L’une : que le XVIIIe siècle, avec son amour des mots et ses mots d’amour, était taillé pour la plume stylisée prompte à (d)écrire les tourments chantournés qu’affectionne le réalisateur Emmanuel Mouret depuis ses débuts. L’autre, concomitante : pourquoi ne l’a-t-il pas exploré plus tôt ! Or, rien n’est moins évident qu’une évidence ; Mouret a donc attendu d’être invité à se pencher sur cette époque pour en découvrir les délices. Et se rendre compte qu’il y avait adéquation avec son ton. S’inspirant, comme le cinéaste Robert Bresson, d’un extrait de Jacques le Fataliste de Denis Diderot, Mouret l’étoffe et ajoute une épaisseur tragique et douloureuse. Là où Les Dames du Bois de Boulogne (1945) du premier se contentait d’une cynique mécanique

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"Marvin ou la belle éducation" : et Anne Fontaine sombra dans la caricature

ECRANS | de Anne Fontaine (Fr., 1h53) avec Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Depuis toujours, Marvin Bijou se sent "à part". Traité de "pédé" et harcelé au collège, il étouffe aussi dans sa famille à peine quart-monde. Grâce à un atelier théâtre et à sa rencontre avec un metteur en scène, il va découvrir qu’une issue existe et qu’il peut s’affirmer dans son identité… Anne Fontaine a une manière de filmer la misère sociale qui rappelle, sans vouloir faire offense ni à l’une ni à l’autre, le Ettore Scola de Affreux, sales et méchants. Sauf que le cinéaste italien tournait au second degré. Pas la réalisatrice française, qui pense nécessaire de représenter dans leur caricature la plus élimée des pauvres qu’elle ne doit guère connaître. Non qu’il faille adoucir ni faire de l’angélisme, mais cette représentation tient davantage du vieux stéréotype que du réalisme – curieusement, sa vision des sphères bourgeoises est plus réaliste. De fait, elle pousse vers une outrance aussi aberrante qu’inutile ses comédiens, au premier chef desquels

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"Le Brio" : laborieux Yvan Attal

ECRANS | de Yvan Attal (Fr., 1h35) avec Daniel Auteuil, Camélia Jordana, Yasin Houicha…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Inégal, parfois maladroit, le film à sketches précédent d’Yvan Attal (Ils sont partout) ne méritait pourtant pas de se faire agonir : il riait de l’antisémitisme et des antisémites sans se perdre dans les lourdeurs du film à thèse – et suivait l’exemple des Monty Python, Mel Brooks ou Woody Allen avec, il est vrai, moins de métier. Dommage, donc, que le réalisateur n’ait pas poursuivi dans cette veine et que son nouveau sujet (de société) soit traité sur un mode aussi conventionnel. Dans ce Pygmalion (un film britannique d’Anthony Asquith et Leslie Howard, sorti en 1938, dans lequel un professeur en phonétique parie avec un collègue qu'il peut corriger l'allure et le langage d’une vendeuse pour en faire une femme de la haute société) à la fac, l’équivalent de Higgins est un prof provocateur un brin réac et le pendant d’Eliza une étudiante en droit issue de banlieue, qu’un concours d’éloquence va rapprocher. Mais entre les deux, que de cabotinages et de démonstrations ! Que de professions de foi naïves sur la méritocratie ou l’éthique ! Dans cet emploi de beauf supérieur, Daniel Auteuil se dieupardeuïse, mai

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"Pour le réconfort" : Vincent Macaigne sera vendredi au Club

ECRANS | Comédien expérimenté dont on a souvent vanté les mérites dans ces pages, Vincent Macaigne signe avec Pour le réconfort (sortie mercredi 25 octobre) son (...)

Vincent Raymond | Mardi 24 octobre 2017

Comédien expérimenté dont on a souvent vanté les mérites dans ces pages, Vincent Macaigne signe avec Pour le réconfort (sortie mercredi 25 octobre) son premier long-métrage en tant que réalisateur, dans lequel il a choisi de ne pas s’octroyer le premier rôle. Émettrait-il des doutes sur ses qualités d’interprète ? Voilà qui est peu probable, si l’on considère le nombre et la valeur des cinéastes ayant fait appel à ses talents ces dernières années. Si vous pensez néanmoins qu’il faut le réconforter, ou si vous désirez tout simplement découvrir son film en sa compagnie, rendez-vous au Club vendredi 27 octobre à 20h15.

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"Cherchez la femme" : cachez ce film qu’on ne saurait voir

ECRANS | de Sou Abadi (Fr., 1h28) avec Félix Moati, Camélia Jordana, William Lebghil…

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

Anne Alvaro est, décidément, une immense comédienne que son talent préserve de l’adversité – c’est-à-dire des pires des naufrages cinématographiques. Sa confondante interprétation d’une militante iranienne (accent inclus) réfugiée dans le XVIe arrondissement lui vaut ainsi de sortir sans dommage de cette épouvantable comédie sentimentale. Elle est bien la seule. La réalisatrice Sou Abadi, par exemple, manque son coche dans ce mariage entre romance et critique sociale humoristique. Pas du fait d’une hybridation hasardeuse, ni du thème puisque l’on peut rire de tout, si c’est fait avec intelligence et talent. Car hélas, le choix d’un sujet brûlant n’exonère pas un auteur de maladresse ni de naïveté. Sou Abadi raconte ici le stratagème trouvé par un étudiant désirant continuer à voir sa copine enfermée chez elle par son grand frère revenu radicalisé d’un camp : il se couvre d’une burqa et se fait passer pour une femme. Quiproquos à l’ancienne, situations balourdes, personnage de fondamentalistes d’une bêtise profonde… Défendre des idées justes ne dispense pas de travailler en profondeur la construction dramatique et devrait empêcher de réduire

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"La Loi de la jungle" : et si c'était le succès surprise de l’été ?

ECRANS | Satire de la bureaucratie obstinée et stérile, film d’aventure burlesque, le second long-métrage d’Antonin Peretjatko est beau comme la rencontre de Jean-Luc Godard (première époque) et de Peter Sellers sur une piste de ski en Guyanne.

Vincent Raymond | Mardi 14 juin 2016

Quand elles ne font pas désespérer du genre humain, les règles administratives sont d’inépuisables sources d’inspiration pour un auteur comique. L’absurdité pratique de certaines d’entre elles, combinée à la suffisance de ceux qui les promulguent comme de ceux chargés de les faire respecter, les confit de ridicule, éclaboussant au passage l’ensemble de l’institution les ayant engendrées. Aussi, lorsque Antonin Peretjatko imagine la Métropole décréter d’utilité publique la construction d’une piste de ski artificiel en Guyane, on s’étonne à peine. Pas plus lorsqu’il montre un pays abandonné aux mains des stagiaires au mois d’août. L’abominable norme des neiges On s’étrangle en revanche – de rire – devant la cavalcade de gags assénés, à un tempo d’autant plus soutenu que la vitesse du film, légèrement accélérée, donne aux voix un ton aigrelet décalé. Peretjatko investit tous les styles d’humour (le visuel pur et chorégraphié à la Tati, le burlesque de la catastrophe façon Blake Edwards, le "nonsense montypyt

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Petit "Diamant noir" pour Arthur Harari

ECRANS | de Arthur Harari (Fr., 1h55) avec Niels Schneider, August Diehl, Hans Peter Cloos…

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Petit

Un cadre réputé prestigieux et impénétrable (le monde dynastique des diamantaires d’Anvers), de la spoliation d’héritage, des truands, un cousin épileptique, une thésarde boxeuse, un négociant indien prêchant le jaïnisme, une bonne vengeance des familles bien remâchée, des cas de conscience en veux-tu en voilà et une séquence d’ouverture sanglante… Pour son premier long-métrage, Arthur Harari avait suffisamment d’éléments attrayants en mains pour signer un thriller original ou, à tout le moins, vif. Sauf qu’il a dû égarer en cours de route sa notice de construction. Cela reste dépaysant pour qui aime entendre causer flamand ou allemand, même si l’on attendait davantage des personnages et surtout du rythme, rivalisant ici en tonus avec un ressort distendu…

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Le Cœur régulier

ECRANS | de Vanja d’Alcantara (Fr./Bel., 1h30) avec Isabelle Carré, Jun Kunimura, Niels Schneider…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Le Cœur régulier

D’un certain point de vue, Vanja d’Alcantara signe une adaptation conforme au roman d’Olivier Adam, Le Cœur régulier étant l’un de ses ouvrages les plus dépouillés, sinistres (sur ce point, il y a débat, car chaque nouveau livre de l’auteur de Je vais bien ne t’en fais pas rebat les cartes) et pour tout dire rébarbatifs, le film en découlant se révèle d’un intérêt chétif. Épure à la nippone ? Admettons, au risque de tomber dans le cliché. Or, justement, Le Cœur régulier-film ressemble à une biennale de la photographie tant il en accumule : contemplation, caméra à hauteur de tatami, mutisme éloquent, jeune écolière en uniforme délurée (comprenez : qui va se dénuder), Isabelle Carré grave dans l’attente d’une illumination intérieure, puis Isabelle Carré dégageant une sérénité irénique de chrétienne pour chromo sulpicien… Ce drame assourdissait par les mots sur papier, il indiffère sur écran. VR

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Les Innocentes

ECRANS | Anne Fontaine, qui apprécie toujours autant les sujets épineux (et a pris goût aux distributions internationales), en a débusqué un en Pologne : l’histoire de religieuses enceintes après avoir été violées par des soudards soviétiques… Surprenant. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Les Innocentes

C’est une fort étrange apocalypse que l’irruption de cette œuvre dans la carrière d’Anne Fontaine. Même si la cinéaste a continûment manifesté son intérêt pour les histoires un brin dérangeantes, celles-ci se déroulaient dans des familles ordonnées, aux meubles et parquets bien cirés ; la perversité et l’audace transgressive demeuraient domestiques, circonscrites au périmètre intime. Les Innocentes change la donne. Premier réel film historique de la réalisatrice – Coco avant Chanel (2009), comme son nom l’indique, était un portrait (bancal) d’une Gabrielle Chanel en pleine ascension – il s’extrait surtout du récit bourgeois pour investir un “ailleurs”, ou plutôt “des” ailleurs. Le contexte de la guerre, la situation des autres (et non plus le “moi” du couple, de la famille idéale chamboulée) ; l’apprentissage du dialogue corps-esprit, et surtout la place des femmes, universelles premières victimes des conflits, dessinent ici les lignes de force de ce qui n’est pas qu’une reconstitution. En effet,

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Caprice

ECRANS | Après le virage dramatique raté d’"Une autre vie", Emmanuel Mouret revient à ce qu’il sait faire de mieux, le marivaudage comique autour de son éternel personnage d’amoureux indécis, pour une plaisante fantaisie avec une pointe d’amertume. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Caprice

L’ingrédient typique d’une bonne comédie pourrait se résumer à cela : prenez un individu ordinaire, plutôt bien dans sa vie et dans sa peau, puis faites lui traverser des épreuves dramatiques pour lui mais drôles pour le spectateur, avant de le ramener dans son environnement initial. Le discret culot dramaturgique de Caprice, le nouveau film d’Emmanuel Mouret, consiste à renverser ce schéma. Au départ, Clément (Mouret lui-même, retrouvant avec délectation son registre d’amoureux indécis et maladroit) est un instituteur pas franchement en veine : divorcé et gérant tant bien que mal la garde alternée de son fils, il passe ses soirées seul au théâtre à admirer Alicia (Virginie Efira), une actrice hors de sa portée sociale. Le bonheur va lui tomber dessus sans prévenir : non seulement Alicia s’éprend de lui, mais il séduit sans le vouloir une autre fille, Caprice (Anaïs Demoustier), aussi charmante qu’envahissante. Trop de bonheur Le problème de Clément, c’est donc que tout va (trop) bien et ce soudain accès de félicité provoque en retour atermoiements et culpabilité. Mouret ne fait ici que retrouver ce qui a toujours été son territoire de pr

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Eden

ECRANS | Présenté comme un film sur l’histoire de la French Touch, "Eden" de Mia Hansen-Love évoque le mouvement pour mieux le replier sur une trajectoire romanesque : celle d’un garçon qui croyait au paradis de la house garage et qui se retrouve dans l’enfer de la mélancolie. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 novembre 2014

Eden

Nuits blanches et petits matins. L’extase joyeuse des premières soirées techno-house où le monde semble soudain s’ouvrir pour une jeunesse en proie à un nouvel optimisme, prête à toutes les expériences et à toutes les rencontres ; et ensuite la descente, le retour chez soi, la gueule de bois, le quotidien de la vie de famille et des disputes amoureuses. Cette courbe-là, Eden la répète à deux échelles : la plus courte, celle des cérémonies du clubbing d’abord sauvages, puis ritualisées via les soirées Respect ; et la plus large, celle de son récit tout entier, où l’utopie de la culture house-garage portée par son héros se fracasse sur la réalité de l’argent, des modes musicales et du temps qui passe. Aux États-Unis, on appelle ça un "period movie", un film qui embrasse une époque et un mouvement, de ses prémisses à son crépuscule. Eden, quatrième film de Mia Hansen-Love, répond en apparence à ce cahier des charges puisqu’il s’étend sur une dizaine d’années, à la charnière des années 90 et des années 2000, celles où la France a été une tête chercheuse du mouvement techno avec en figures de proue les deux membres de Daft Punk, Thomas Bang

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Tristesse club

ECRANS | Premier film sous influence Wes Anderson de Vincent Mariette à l’humour doucement acide, où deux frères et une sœur partent enterrer un père devenu un fantôme dans leur vie, pour un road movie immobile stylisé et séduisant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Tristesse club

Dans Tristesse club, comme dans tout bon road movie, une voiture tient un rôle décisif : c’est une vieille Porsche et elle appartient à Léon, ancien tennisman tombé dans la lose intégrale, plaqué par sa femme et méprisé par son propre fils de dix ans, à qui il essaie pathétiquement de taxer de l’argent. Cette voiture, c’est un peu la dernière chose qu’il possède dans l’existence, et il s’y accroche comme à une bouée de sauvetage face au naufrage de sa vie. Ladite Porsche va servir à beaucoup de choses au cours du film : par exemple, elle se transformera en abri protecteur contre une meute de chiens errants, ou d’issue de secours pour échapper à la rancœur ambiante. Car Léon a rendez-vous avec son frère Bruno pour enterrer leur père, qu’ils n’ont pas vu depuis des lustres et avec qui ils entretenaient des rapports opposés : houleux pour Léon, résignés pour Bruno. Les choses s’enveniment encore lorsqu’ils font la connaissance d’une demi-sœur dont ils ignoraient l’existence. Elle leur avoue que leur père n’est pas mort ; il a juste disparu sans laisser de traces. Le deuil d’un fantôme Voilà donc un trio de comédie formidablement constitué, notamme

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Tonnerre

ECRANS | De Guillaume Brac (Fr, 1h40) avec Vincent Macaigne, Solène Rigot, Bernard Menez…

Christophe Chabert | Mercredi 22 janvier 2014

Tonnerre

Un rocker dépressif retourne vivre chez son père à Tonnerre, petite ville de l’Yonne connue surtout pour son vin, et y tombe amoureux d’une jeune journaliste locale, d’abord séduite, puis fuyante… Guillaume Brac, qui avait moissonné les prix avec son moyen métrage Un monde sans femmes, passe au long sans vraiment convaincre. L’idée de renouveler le boy meets girl hexagonal par le traitement quasi-documentaire d’un environnement familier à l’auteur ne crée aucune vérité à l’écran, mais souligne surtout la gaucherie, certes sympathique, des comédiens professionnels – Macaigne et Menez, dont le lien de parenté saute aux yeux, techniquement parlant. Plus l’histoire avance, plus Tonnerre ronronne dans une esthétique de téléfilm France 3 Région assez morne, où la grisaille tient lieu d’humeur monotone. Symptomatique des premiers films français, cette peur d’empoigner la matière cinématographique pour se réfugier prudemment derrière des idées depuis longtemps éculées n’est bousculée que par un dernier tiers qui s’aventure timidement sur

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2 automnes 3 hivers

ECRANS | Un joli premier film signé Sébastien Betbeder, à la fois simple et sophistiqué, qui raconte des petites choses sur des gens ordinaires en tentant de leur donner une patine romanesque, comme un croisement entre les chansons de Vincent Delerm et celles de Dominique A. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 18 décembre 2013

2 automnes 3 hivers

Les histoires d’amour entre trentenaires, l’angoisse de l’âge adulte, les instants fugaces, les départs et les retrouvailles, les films qui font partie de la vie et les chansons qu’on fredonne… 2 automnes 3 hivers a à peu près tout pour se faire détester par ceux qui fustigent un cinéma d’auteur français désespérément étriqué. Et Vincent Macaigne, metteur en scène de théâtre devenu "star" d’une génération de cinéastes l’utilisant dans son propre rôle d’ahuri lunatique et bégayant, y tient un des rôles principaux, ce qui ajoute au potentiel d’irritation de ce premier film signé Sébastien Betbeder. Pourtant, malgré l’étroitesse de son rapport au monde, malgré la fragilité de son propos, 2 automnes 3 hivers possède un charme tout à fait singulier et une réelle audace derrière son apparente modestie. Betbeder tente un grand écart entre la simplicité de ce qu’il raconte et la sophistication de son dispositif, qui emprunte à la littérature, au théâtre et surtout à de nombreux artifices purement cinématographiques. Les Amants parallèles Un matin, en allant faire son jogging, Arman croise Amélie ; comme il veut revoir cette belle inconnue, il

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Les Rencontres d’après minuit

ECRANS | De Yann Gonzalez (Fr, 1h32) avec Kate Moran, Niels Schneider, Éric Cantona…

Christophe Chabert | Vendredi 8 novembre 2013

Les Rencontres d’après minuit

Au prix du foutage de gueule 2013, il y aura photo finish entre La Fille de nulle part, Les Coquillettes, La Fille du 14 juillet, Tip Top et ces Rencontres d’après minuit, d’une nullité tout aussi abyssale quoique pour des raisons différentes. Ici, une partouze organisée dans un lieu mystérieux (une maison hi-tech au milieu d’une forêt enneigée) vire plutôt à la branlette mentale, chaque personnage –   «L’Étalon», «La Chienne», «La Star»… – exposant son passé dans une logorrhée verbale qui a le redoutable inconvénient d’être particulièrement mal écrite. Parfois, c’est comique, mais on ne sait p

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La Bataille de Solférino

ECRANS | Un micmac sentimental autour d’un droit de visite paternel le soir de l’élection de François Hollande. Bataille intime et bataille présidentielle, fiction et réalité : Justine Triet signe un film déboussolant dont l’énergie débordante excède les quelques défauts. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 12 septembre 2013

La Bataille de Solférino

Vincent et Lætitia sont séparés ; ils ont eu deux enfants ; Lætitia a obtenu leur garde, Vincent un simple droit de visite qu’il applique n’importe comment, et son comportement un brin borderline ne fait que jeter de l’huile sur le feu. Ce drame ordinaire a été raconté mille fois, mais La Bataille de Solférino lui donne une dimension cinématographique unique : Lætitia est journaliste à Itéle et là voilà contrainte d’aller couvrir les résultats du second tour de l’élection présidentielle, le 6 mai 2012, au siège du PS rue de Solférino. Là encore, le scénario est connu, mais c’est le télescopage entre ces deux dramaturgies écrites d’avance – la crise du couple séparé et la victoire de François Hollande – qui donne au film sa vibration d’incertitude. Justine Triet fait entrer la fiction dans la réalité par surprise et sans filet ; quand Vincent débarque rue de Solférino dans la ferme intention de régler ses comptes avec son ancienne compagne, on craint à plus d’une reprise que cette foule en liesse, ivre mais pas que de joie, ne s’en prenne à lui comme s’il était un trouble-fête un peu trop hargneux pour les circonstances. La France coupée en deux

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La Fille du 14 juillet

ECRANS | Premier long-métrage d’Antonin Peretjatko, cette comédie qui tente de réunir l’esthétique des nanars et le souvenir nostalgique de la Nouvelle Vague sonne comme une impasse pour un cinéma d’auteur français gangrené par l’entre soi. Qui mérite, du coup, qu’on s’y arrête en détail… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 7 juin 2013

La Fille du 14 juillet

En remplacement d’un LOL galvaudé par l’adolescence sans orthographe, le branchouille a pris l’habitude de placer un peu partout des WTF — pour What The Fuck. WTF : un sigle qui semble avoir été importé pour résumer un certain cinoche d’auteur français qui, à la vision répétée de chacun de ses jalons, provoque la même sensation d’incrédulité. Qu’est-ce qui passe par la tête des cinéastes pour accoucher de trucs aussi improbables, dont une partie de la critique s’empare pour en faire des étendards de contemporanéité là où, même de loin, on ne voit pas la queue d’une idée aboutie ? La Fille du 14 juillet pousse même un cran plus avant le concept : c’est un film WTF assumé, le rien à péter devenant une sorte de credo esthétique et un mode de fabrication. Derrière la caméra, Antonin Peretjatko, déjà auteur d’une ribambelle de courts métrages sélectionnés dans un tas de festivals — mais refusés systématiquement dans beaucoup d’autres, c’est dire si son cas provoquait déjà des réactions épidermiques ; devant, le dénommé

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Awards 2012 cinéma

ECRANS | L’award du meilleur film de l’année : Holy Motors De Leos Carax, on n’attendait plus grand chose, après treize ans de silence et un Pola X extrêmement (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 19 décembre 2012

Awards 2012 cinéma

L’award du meilleur film de l’année : Holy Motors De Leos Carax, on n’attendait plus grand chose, après treize ans de silence et un Pola X extrêmement décevant. La surprise a donc été de taille lorsqu’on a découvert ce rêve éveillé qu’est Holy Motors, où Denis Lavant se promène à l’intérieur d’un monde qui ressemble à un film (de Carax), incarnant une dizaine de personnages devant des caméras invisibles, passant de l’un à l’autre grâce à une limousine blanche qui, elle-même, finira au garage comme une antiquité d’un autre siècle. Mélancolique et désenchanté dans son projet, Holy Motors est joyeux et gourmand dans son appétit de filmer, sa manière de réinvestir tous les genres pour en livrer des visions uniques, sa façon de réfléchir les grands sujets du moment par la poésie pure et l’évocation inspirée. Une œuvre unique qui a trouvé des défenseurs inattendus (de Jan Kounen à Richard Kelly, et jusqu’aux critiques de Los Angeles qui l’ont élu meilleur film étranger de l’année).   L’award du flop de l’année :

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Infinie solitude

ECRANS | Véritable rock-star du théâtre de ces dernières années, le metteur en scène Vincent Macaigne retrouve le cinéma en tant que simple comédien avec "Un monde sans femmes", de Guillaume Brac. Un premier film réussi, notamment grâce à ses acteurs, impeccables. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Jeudi 16 août 2012

Infinie solitude

À Grenoble, on connaît surtout Vincent Macaigne comme metteur en scène survolté et trash, grâce à la MC2 qui a notamment programmé ses deux dernières mises en scène (Idiot !, et Au moins j’aurai laissé un beau cadavre), et grâce à la Cinémathèque qui a diffusé son court-métrage Ce qu'il restera de nous. Le retrouver comme simple acteur dans un film a priori aux antipodes de son monde ne pouvait qu’intriguer. Cette semaine, le cinéma Le Méliès programme donc Un monde en femmes, moyen-métrage de Guillaume Brac sorti en février dernier au niveau national, et précédé du court-métrage Le Naufragé. Un dytique sensible centré sur la fig

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L’Art d’aimer

ECRANS | De et avec Emmanuel Mouret (Fr, 1h25) avec François Cluzet, Frédérique Bel, Judith Godrèche…

François Cau | Jeudi 17 novembre 2011

L’Art d’aimer

Critique / Depuis Changement d’adresse, le cinéma d’Emmanuel Mouret tournait en rond dans ses ratiocinations amoureuses et son envie de fantaisie, déclinant le personnage campé par Mouret acteur et sa sympathique gaucherie dans des situations timidement burlesques. L’Art d’aimer lui donne enfin un nouvel horizon, tout en renforçant la petite musique qui lui sert de style. Dans cette ronde de personnages qui éprouvent, chacun à leur manière, le décalage entre suivre leurs désirs et prendre en compte le désir des autres, il place dès l’ouverture une pincée de tristesse qui, paradoxalement, ne rendra que plus drôle les segments suivants. La colonne vertébrale, par exemple, où un François Cluzet magistral tente de séduire une Frédérique Bel hilarante dans ses perpétuelles valses-hésitations, va à l’essentiel (un appartement, deux acteurs) mais pousse la folie de la situation jusqu’au vertige. Par instants, Mouret s’approche d’un vrai trouble des sentiments, comme lors de ce double adultère voulu mais avorté qui devient une preuve d’amour, ou dans le marivaudage sexuel à l’aveugle qui se développe entre Julie Depardieu et Laurent Stocker. Précis autant que précieux, construit sur des

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Quelque chose de nourri au royaume du théâtre

SCENES | Après avoir secoué un festival d’Avignon par trop vaporeux, la dernière création de Vincent Macaigne, Au moins j’aurai laissé un beau cadavre, arrive cette semaine sur les planches fébriles de la MC2. Portrait de l’artiste en rock star du théâtre français. François Cau

François Cau | Jeudi 10 novembre 2011

Quelque chose de nourri au royaume du théâtre

Mars 2009, Paris. La première du spectacle Idiot ! vient de se terminer. Le lustre indécent du Théâtre de Chaillot vient d’être mis à mal par une troupe d’énergumènes, qui se sont emparés du texte de Dostoïevski pour en faire ressortir toute la colère, les frustrations, la violence insupportable. Pendant quatre heures défilées à toute vitesse, ça a gueulé, ça s’est déchiré, ça a éclaboussé le public de projections diverses, ça a passé du rock alternatif en poussant les amplis à 11, ça a vomi un entracte dépressif sur fond de November Rain des Guns. Quand le daron de la MC2 demande ce qu’on en a pensé, on ne peut que répondre « Rock’n’roll, motherfucker », en boucle – et ça ne formalise même pas le so chic ponte de la Culture grenobloise ; en fait, il ne peut qu’acquiescer. Dans le hall insolemment rococo du théâtre, Vincent Macaigne fait son arrivée, entouré d’une meute cultureuse bienveillante mais qui n’a pas forcément l’air de le mettre à l’aise. La démarche dégingandée, le cheveu hirsute et le regard fuyant, il engrange les louanges de circonstance avec circonspection, tant le spectacle est encore loin d’être à son goût. Par la suite, il n’aura de cesse de le modifier, le ra

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Dans ta gueule

SCENES | Fin 2009 : les Jeunes populaires, bébés UMP menés par le truculent Benjamin Lancar, livraient au monde entier un lip dub mémorable où l’on découvrait une (...)

François Cau | Lundi 12 septembre 2011

Dans ta gueule

Fin 2009 : les Jeunes populaires, bébés UMP menés par le truculent Benjamin Lancar, livraient au monde entier un lip dub mémorable où l’on découvrait une bonne partie des ministres de Sarkozy se dandiner en chantant en playback sur les paroles suivantes : « tous ceux qui veulent changer le monde, venez marcher, venez chanter. Tous ceux qui veulent changer le monde, venez marcher à mes côtés ». Été 2011 : Vincent Macaigne, metteur en scène star de la jeune génération, dévoilait à Avignon son Au moins j’aurai laissé un beau cadavre, relecture trash du Hamlet de Shakespeare. Le rapport entre ces deux évènements ? Aucun a priori… Sauf qu’en y regardant de plus près, la création de Macaigne peut se lire comme une fin de non recevoir cinglante aux espérances niaiseuses des cyniques Lancar & co. Car Macaigne présente un Hamlet perdu au sein d’une génération qui se questionne violemment sur le sens d’une existence vue comme dénuée d’idéaux et d’enjeux politiques. Son spectacle recelle alors une force incroyable, notamment dans ses longs monologues où les acteurs, tous jeunes, éructent leur haine contre un monde qu’ils subissent sans le comprendre. À découvrir mi-novembre à la MC2.

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Chienne de vie

ECRANS | Pour son passage à la forme cinéma (avec un moyen-métrage de quarante minutes), le metteur en scène Vincent Macaigne, déjà aperçu par deux fois à la MC2, conserve (...)

François Cau | Vendredi 1 juillet 2011

Chienne de vie

Pour son passage à la forme cinéma (avec un moyen-métrage de quarante minutes), le metteur en scène Vincent Macaigne, déjà aperçu par deux fois à la MC2, conserve sa patte et, surtout, son univers. Celui d'un jeune adulte paumé dans le monde normé qu'on lui impose. Un monde où le poids des règles et la nécessité quasi vitale de les suivre avec respect guident le destin de tous. Sauf, évidemment, de ceux qui, marginaux, s'en affranchissent, avec les conséquences que cela a – ou devrait avoir. Ce qu'il restera de nous présente deux frères que tout oppose : l'un a suivi scrupuleusement les ordres familiaux, abandonnant la musique au profit d'HEC. L'autre a tout envoyé bouler, avec l'insolence des êtres qui savent qu'ils n'ont rien à attendre de ce qu'on leur propose. Mais quand le père meurt, ce qui aurait dû arriver n'arrive pas : le fils prodige ne reçoit rien, au contraire de l'autre, celui qui réalise « des aquarelles de merde ». « A croire qu'il [le père] n'aimait pas les faux-culs. » Forcément, après cette situation vécue comme injuste, la confrontation ne peut être que totale, sans issue. Une fois compris les vicissitudes de l'existence, les personnages éructent toute leur h

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Oh la grosse claque Vincent Macaigne !

Théâtre | Mardi soir avait lieu la première des quatre soirées "Cabaret(s)" de la MC2. Avec une Meret Becker renversante et – surtout – un Vincent Macaigne tonitruant. A voir.

Aurélien Martinez | Mercredi 16 décembre 2009

Oh la grosse claque Vincent Macaigne !

Jusqu’à vendredi, c’est "Cabaret(s)" à la MC2. Avant de découvrir celui de François Verret mercredi et de Vandas Benes jeudi, retour sur la soirée de mardi. Passons rapidement sur David Lescot, qui a livré un spectacle fidèle à ce qu’on en avait déjà dit, et sur le concert de haute tenue de Las Ondas Marteles qui s’est déroulé devant seulement une vingtaine de personnes (la faute à une soirée qui a pris beaucoup de retard – on espère plus de monde pour les prochains soirs, à l’approche du week-end), et évoquons les deux moments forts. Meret Becker d’abord : plus qu’un ange comme la qualifie Michel Orier, on a découvert sur scène un petit diable touchant, qui a livré un merveilleux cabaret musical. Dans un décor de bric et de broc, avec ses quatre musiciens (The Tiny Teeth), la Berlinoise a envahi la scène deux heures durant pour un show du tonnerre très fortement applaudi. Une entrée en matière parfaite avant la claque Vincent Macaigne (photo). Car c’est lui qui a littéralement retourné les spectateurs, ne manquant pas de les diviser. Exutoire Véritable ode au théâtre dans sa définition la plus simple et la moins

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Le plateau comme crachoir

SCENES | PORTRAIT / En avril dernier, au sujet d’une représentation à Orléans de son Idiot ! d’après Dostoïevski (présenté à la MC2 la saison passée), Vincent Macaigne nous (...)

François Cau | Lundi 7 décembre 2009

Le plateau comme crachoir

PORTRAIT / En avril dernier, au sujet d’une représentation à Orléans de son Idiot ! d’après Dostoïevski (présenté à la MC2 la saison passée), Vincent Macaigne nous déclarait : « On a eu un public jeune, composé essentiellement de lycéens et d’étudiants, et c’était vraiment joyeux et intéressant, ça buvait des bières, ça dansait… Mais ils restaient attentifs, ils écoutaient l’histoire, comprenaient que ça s’adressait à eux. C’était une vraie fête du théâtre, sans violence, sans rapport culturel au théâtre au sens institutionnel du terme. C’était comme dans un concert, le spectacle était écouté, avec des moments où ça rigolait et d’autres où on entendait une mouche voler, c’était joli de voir ça. » Au vu de son approche de la scène – un espace « pour qu’on vienne y faire quelque chose de sa vie » – et plus largement du spectacle vivant (le terme trouve ici tout son sens), on est en droit de subodorer que le cabaret de Macaigne, au titre annonciateur d’apocalypse visuelle (On aurait voulu pouvoir salir le sol, non ?) mais dont on ne sait strictement rien, sera un grand moment. Car Macaigne se sert du plateau pour bousculer notre monde et en retourner ses soubassements implicites le

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Les bombes de noël

SCENES | SPECTACLE. Bien que nous n’ayons pu voir qu’un seul des cinq spectacles programmés, on fait quand même notre "une" sur les quatre soirées Cabaret(s) de la MC2. Parce que les artistes choisis sont passionnants, parce que ça fait du bien de sortir des sentiers battus, et parce qu'on ne vit qu'une fois. Aurélien Martinez

François Cau | Vendredi 4 décembre 2009

Les bombes de noël

Vincent Macaigne, François Verret, Meret Becker, David Lescot et Vanda Benes. Cinq artistes entiers, affranchis des disciplines, des cadres et des étiquettes que l’on peut coller trop facilement dans un souci de rationalité. Cinq artistes programmés sur quatre jours (à raison de trois spectacles par soirée – il ne sera donc pas possible de tout voir en une fois), venant chacun présenter leur cabaret d’une heure environ. Une idée originale tant sur la forme que sur le fond, à mettre au crédit de Michel Orier, directeur de la MC2. Notre homme souhaite ainsi proposer à « un public plus curieux qu’on ne le croit » des formes de spectacle inhabituelles. « Les cabarets sont des lieux de divertissement, mais pas forcément au sens pascalien du terme. C’était les derniers endroits de résistance à Berlin dans les années trente. Et en même temps, c’est Broadway, le Moulin Rouge… On peut y mettre un peu ce que l’on veut. » Entre la performance et la représentation traditionnelle, ces cabarets seront les tremplins de créateurs atypiques qui s’en trouveront peut-être plus libres qu’à l’accoutumée. « Il y a toujours un moment, dans la construction d’une œuvre, où l’on a besoin d’essayer quelqu

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Making of

SCENES | Pour Iodiot!, le metteur en scène Vincent Macaigne revient avec nous sur ses méthodes de travail, son rapport au roman de Dostoïevski et à la matière théâtrale. Propos recueillis par François Cau

François Cau | Lundi 20 avril 2009

Making of

L’écriture « Je n’ai pas vraiment de règles pour la préparation des spectacles, je change de méthode à chaque fois. Sur ma précédente création, Requiem 3, je suis parti sur un thème et j’ai travaillé avec les comédiens en allers-retours. Là, c’était beaucoup plus écrit : j’ai planché seul sur une première adaptation, qui était plus littéraire que le spectacle mais qui ne me convenait pas. On a ensuite travaillé avec les comédiens pendant un mois en répétition. Je travaille beaucoup avec les mêmes personnes, donc il y a une vraie entente artistique même si chacun a un univers différent. J’ai enregistré tout ce qu’il se passait, digéré les propositions avant de plancher sur un autre texte. On a enchaîné sur d’autres temps de répétitions, et enfin les astuces scénographiques sont venues deux semaines avant le début des représentations» Le choix d’un texte “classique“ «Quand je m’attaque à L’idiot, je n’ai pas de conscience de texte classique, je trouve plutôt qu’il s’agit d’un roman assez moderne. Il y a beaucoup d’éléments qui résonnent avec le monde d’aujourd’hui sans avoir besoin de forcer l’écho. C’est quand même ass

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"Idiot !" : après eux (Vincent Macaigne et sa bande) le déluge

Théâtre | Hystérique, graphique, extrême mais foutrement euphorisant pour peu qu’on se laisse porter par son énergie démentielle, "Idiot !" revisite la violence du roman de Dostoïevski tout en assénant un grand coup de pompe dans le train du théâtre français.

François Cau | Lundi 20 avril 2009

Au bout de quatre heures, on sort du spectacle vidé, essoré par cette frénésie destructrice venant littéralement de ravager le plateau sous nos yeux. La mousse d’une soirée éponyme a noyé la fin du premier acte dans le magma de sentiments et de pulsions informes, les accessoires et costumes ont violemment souffert, le décor s’est gentiment fait défoncer. Des personnages de chair, de sang et de moult autres fluides corporels se sont hurlés dessus, se sont maltraités, déchirés, se sont souillés avec cette cruelle complaisance dont la nature humaine sait si bien se repaître. On s’est pris des décharges rock, de Nirvana à Godspeed ! you black emperor, en pleine face. Mais ce n’est pas le tout de se faire électriser, de faire parler le punk en soi - encore faut-il qu’il ait quelque chose à dire. Toute cette colère, cette violence dont on vient d’être le témoin, ces épanchements trash, grotesques et puérils, ont contre toute attente servi la parole de l’auteur, l’ont restituée avec une virulence tout ce qu’il y a de plus singulière, à la grâce du travail accompli par Vincent Macaigne et sa bande. Derrière la forme Difficile, pourtant, d

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