Les journées du film d'animation auront lieu fin octobre à Mon Ciné

Vincent Raymond | Mardi 20 octobre 2020

Photo : ©Sophie Dulac Distribution


Mon Ciné à Saint-Martin-d'Hères n'échappe pas à la règle d'or des exploitants : pendant les vacances de Toussaint (et même les autres), il faut proposer de l'animation à son public. Ne serait-ce que pour donner un prétexte aux parents qui aiment ce genre de cinéma d'emmener leur progéniture dans les salles.

Du 28 au 31 octobre, quatre jours lui sont donc ici dévolus, avec notamment l'incontournable Cristal du long métrage lors du dernier festival d'Annecy, Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary de Rémy Chayé, et aussi le plus sérieux Josep signé Aurel, renvoyant à la Guerre d'Espagne et à la peu glorieuse histoire des camps d'internement pour réfugiés républicains en France.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Josep : Mais qu’a fait la police ?!

ECRANS | ★★★☆☆ Animation de Aurel (Fr.-Esp.-Bel, 1h14) avec les voix de Sergi López, Gérard Hernandez, Bruno Solo…

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2020

Josep : Mais qu’a fait la police ?!

Premier long métrage d’un illustrateur (Aurel) sur un de ses confrères (Josep Bartolí), en animation de surcroît, Josep raconte comment le personnage-titre, républicain espagnol réfugié en France fut en fait parqué dans un camp par les autorités et maltraité par tous les gendarmes... sauf un. Voilà qui résonne terriblement avec l’actualité des violences policières : y aurait-il une "tradition" de comportements individuels racistes, d'omerta, d’obligation de suivre le groupe, d’absence de contrôle par la hiérarchie ? Tout cela pèse violemment sur le récit, par ailleurs édifiant, éclairant l’existence mal connue des camps de concentration destinés aux réfugiés anti-franquistes, cette autre tache sur l’Histoire hexagonale. En confrère respectueux, Aurel efface ici son trait pour ne pas faire ombrage à celui de son devancier. Et l’animation, qui préfère un mouvement saccadé à une trop grande fluidité, fait bien écho au style tourmenté, expressionniste, de Josep. On saluera enfin un joli travail sur le magma des souvenirs, qui fait survenir la présence fluctuante de Frida Kahlo.

Continuer à lire

"Ma folle semaine avec Tess" : conte d’été

ECRANS | De Steven Wouterlood (P.-B., 1h23) avec Sonny Coops van Utteren, Josephine Arendsen, Hans Dagelet…

Vincent Raymond | Mardi 17 septembre 2019

En vacances familiales sur une petite île néerlandaise, Sam se lie d’amitié avec une fillette de son âge, Tess, aussi délurée qu’il est enclin à la solitude. Si Tess va l’aider à s’ouvrir au monde, Sam va lui permettre en retour de faire la connaissance d’une personne comptant beaucoup pour elle… Si vous vous souvenez du Grand Chemin (1988) de Jean-Loup Hubert et de ses deux jeunes protagonistes faisant les 400 coups dans les champs, Sam et Tess vous évoqueront sans doute leurs dignes successeurs : ici aussi, un gamin timoré transplanté à la campagne se fait dessaler par une fillette fantasque, vêtue comme l’as de pique (les costumiers n’ont pas lésiné : on croirait une Punky Brewster batave) et à la vie familiale compliquée. Récit initiatique dans lequel les enfants imitent avec leur maladroite innocence les rites des adultes pour se convaincre qu’ils appartiennent à leur monde, ce film aux couleurs chaudes et marquées est parsemé d’éclats sombres – les petites bouffées d’angoisse inhérentes aux contes gothiques, souvent symboli

Continuer à lire

"Mon inconnue" : je t’aime, je t’aime

ECRANS | De Hugo Gélin (Fr-Bel, 1h58) avec François Civil, Joséphine Japy, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Dix ans après leur coup de foudre, Raphaël et Olivia vivent ensemble. Lui est devenu auteur à succès, elle a remisé ses rêves de concertiste. Un matin, Raphaël s’éveille dans un monde alternatif où ils n’ont jamais fait connaissance. Il doit la séduire pour espérer reprendre sa vie d’avant… Plutôt enclin aux comédies de potes et d’enfants malades ruisselant de bons sentiments, Hugo Gélin aurait-il atteint, avec ce troisième long-métrage, le fatidique "film de la maturité" ? Il s’inscrit ici en tout cas dans le sillage plutôt recommandable de Richard Curtis (et son charmant About time de 2013), voire d'Harold Ramis (pour l’indispensable Un jour sans fin sorti en 1993), maître de cette spécialité anglo-saxonne qu’est la comédie fantastico-sentimentale se lovant dans les replis du temps. À la fois léger comme l’exige la romance et dense du point de vue narratif (saluons au passage l’efficacité du montage et sa fluidité), Mon inconnue remplit son office en rapprochant in extremis des amants désunis voués à s’aimer et en parsemant de magie leurs roucoulades contrariées. Aux côtés de l’impeccable couple d

Continuer à lire

"5th Element" : des racines et des arbres

Exposition | La galerie grenobloise la Vina propose une drôle d'exposition collective autour des arbres. On l'a visitée.

Benjamin Bardinet | Mardi 15 janvier 2019

En réunissant de très belles images d’arbres réalisées par neuf photographes du cru, la galerie La Vina nous invite à une exposition-réflexion intitulée 5th Element, avec l'idée que l’arbre opère comme une sorte de catalyseur des quatre éléments fondamentaux (la terre, l’air, le feu et l’eau) contribuant ainsi à l’équilibre de notre écosystème – à l’inverse de l’homocapitalismus qui contribue à le foutre en l’air. Entre, notamment, la simplicité poétique des images de Jean-Luc Joseph, les contre-plongées fascinantes de Serge Riou, le nerveux flou de bougé de Thierry Latoud ou encore la subtile approche documentaire de François-Marie Périer, l’exposition offre, sur le sujet, un large éventail de propositions – il y en a pour tous les goûts ! Pour prolonger la réflexion, la galerie organise plusieurs événements dont une discussion (le 27 janvier) au sujet d’une peuplade indienne, les Bishnoïs, qui voue un respect profond aux arbres, et une lecture poétique et musicale (les 1er et 2 février) consacrée à Yggdrasill, l’arbre-monde des mythologies nordiques.

Continuer à lire

Floraison funèbre par Joseph Caprio

Exposition | Le talent d'un photographe est parfois de savoir saisir la présence, dans un environnement particulier, d'un élément qui va permettre de donner à cet (...)

Benjamin Bardinet | Mardi 13 novembre 2018

Floraison funèbre par Joseph Caprio

Le talent d'un photographe est parfois de savoir saisir la présence, dans un environnement particulier, d'un élément qui va permettre de donner à cet environnement une représentation inattendue. Dans la série de photographies que présente Joseph Caprio à la galerie Alter-Art jusqu'au dimanche 25 novembre, cet élément est une bâche en plastique recouvrant les tombes d'un cimetière afin de les protéger de travaux à proximité. Du fait de la présence de cet élément incongru, les couronnes mortuaires et les fleurs (souvent factices) s'évanouissent derrière ce film transparent qui brouille leur présence et notre perception. Joseph Caprio joue ainsi habilement du rendu photographique ambigu du plastique qui prend tour à tour l'aspect d'un voile léger ou, au contraire, d'une sculpture minérale. Dissimulés derrière cette bâche, les bibelots désuets destinés à orner les pierres tombales plongent alors dans une forme d'évanescence qui semble faire écho au sort des défunts, enfouis sous terre, que notre mémoire oublie peu à peu.

Continuer à lire

"Mysterious Skin" : Gregg Araki à la recherche de la mémoire perdue

ECRANS | Mardi 6 mars, le Ciné-Club de Grenoble projette le plus grand film du réalisateur de "Kaboom" et "The Doom Generation". Et un grand film tout court.

Aurélien Martinez | Mardi 27 février 2018

C’est l’un des plus grands films de ce début de siècle (rien que ça, oui), et Vues d’en face, festival grenoblois dédié au cinéma LGBT, a décidé de le programmer, avec l’aide du Ciné-Club, en amont de ses cinq jours événements prévus du vendredi 9 au mardi 13 mars au Club – on en parlera la semaine prochaine. Sorti en 2005 en France, Mysterious Skin rompt ainsi ouvertement avec les précédents longs-métrages pop et trashs de son réalisateur étatsunien Gregg Araki et s’aventure sur un sujet on ne peut plus casse-gueule : la pédophilie. En partant de l’histoire, piochée dans un roman de Scott Heim, d’un adolescent du Kansas persuadé d’avoir été, plus jeune, enlevé par des extraterrestres, Gregg Araki tisse un récit qui se déploie progressivement en prenant des directions inattendues pour chacun des deux personnages principaux – ils réagissent différemment face à ce passé si lourd à supporter. Et un récit qui, surtout, s’écarte des chemins compatissants et de la morale rassurante pour voguer vers un lyrisme voluptueux (grâce notamment à la bande-son) presque dérangeant vu le propos. Mais la maîtrise parfaite de l’

Continuer à lire

"Corps de ballet" : l’écriture du corps par Joseph Caprio

ARTS | D’expositions en propositions, le Grenoblois Joseph Caprio continue de séduire, ou déstabiliser, le regard. À la galerie Le talent c’est l’envie, la rétine est envoûtée par son "Corps de ballet" photographique qui mêle à la fois la beauté du geste et la force du mouvement.

Charline Corubolo | Mardi 7 novembre 2017

Ses premiers faits de ballet remontent au milieu des années 1970. Depuis, Joseph Caprio n’a cessé de capturer le corps des danseurs, des premiers pas de Jean-Claude Gallotta aux enchaînements contemporains de l’Américain William Forsythe. C’est ainsi que les murs de la galerie Le talent c’est l’envie laissent se déployer d’un seul geste puissant tout un panorama chorégraphié en mouvement, le flou vibratoire infiltrant le net révélé par le clair-obscur de la scène. Les corps écrivent la danse, la lumière écrit la photographie. Une lumière que le Grenoblois semble effleurer du regard en produisant un grain photographique sensible. Dans le cadre de cette exposition intitulée Corps de Ballet, Joseph Caprio présente également une série plus récente où sa volonté de « transcender l’homme » se met à nu de voiles en sculptures. Dans l’enceinte du très bel Ancien musée de peinture de Grenoble, le photographe a amené son modèle à une performance qui joue sur la mobilité et l'immobilité. Le corps est alors magnifié, statufié dans un espace où la peau devient poreuse au contact du décor, hyperbole de la condition éphémère de l’ho

Continuer à lire

Anthony Joseph : racines au carré

Slam / Groove | De retour sur les scènes françaises et, ici, grenobloise (à la Source de Fontaine pour être précis), Anthony Joseph vient y étrenner "Caribbean Roots", album de retour aux sources originelles de sa musique et savant mélange de tout ce que les Caraïbes, grandes et petites, ont de musical.

Stéphane Duchêne | Mardi 14 février 2017

Anthony Joseph : racines au carré

Voilà dix ans maintenant que la figure imposante du poète et musicien trinidadien de Londres Anthony Joseph s'est musicalement posée dans notre pays, avec l'album Leggo de Lion. Dix ans plus tard, il revient aux sources de son identité avec Caribbean Roots. Un incontournable chez beaucoup d'artistes que ce tribut reversé à sa tribu, quand vient la maturité artistique. Mais Joseph, lui, ne fait que continuer en profondeur cette quête du spasme originel (incarnée par le Spasm band, son groupe), cette sensation primale de l'enfance à Trinidad : celle des églises fréquentées par ses grands-parents et des chants omniprésents, qui l'ont pour toujours fait entrer en religion musicale. Là, il a puisé ce phrasé de prêcheur, de poète adepte du spoken word qui n'aurait jamais vraiment quitté le monde du rite, de la transe, de la scansion et des rythmes. Qu'ils soient ici mués en jazz, en soul funk ou en musiques de l'archipel caribéen, calypso en tête et hybridés par une belle brochette de musiciens caribéens, ils illustrent magnifiquement les propos du poète dub Michael Smith, que Joseph rapporte souvent : « Tu c

Continuer à lire

Grenoble : les vingt concerts à ne pas louper entre janvier et mai

Panorama rentrée 2017 | Les prochains mois, il y aura du bon, voire du très bon, à écouter dans les salles grenobloises et de l'agglo. On vous détaille nos coups de cœur.

La rédaction | Mardi 3 janvier 2017

Grenoble : les vingt concerts à ne pas louper entre janvier et mai

Yael Naim et le Quatuor Debussy À la faveur d'un concert exceptionnel à Lyon en 2015, Yael Naïm et le Quatuor Debussy (on ne présente plus ni l'un, ni l'autre) sont tombés en amour. D'où l'idée de prolonger cette expérience de manière plus durable et plus travaillée. La chanteuse et le quatuor baroque ont donc lancé une tournée qui revisite avec douceur – et les arrangements du Debussy – le répertoire passé et présent de la franco-israélienne. Grâce lumineuse et cordes sensibles garanties. À la Rampe (Échirolles) Jeu 12/01 et ven 13/01 _______ Camera Les années 1970 inspirent plus que jamais les artistes d'aujourd'hui et ce ne sont pas les Berlinois de Camera qui diront le contraire. Figure de proue de la renaissance du krautrock, ce genre tombé aux oubliettes pendant de longues années, le trio guitare-clavier-batterie n'a rien de conventionnel. Il épr

Continuer à lire

La montagne de bulle en bulle au Musée de l'Ancien Évêché

ARTS | C’est au cœur des montagnes que le 9e art a fait ses premières bulles. Presque deux siècles plus tard, c’est aux pieds de ces dernières que cet art, la bande dessinée, s’expose de planches colorées en crayonnés noirs pour mettre en vignette les rapports entre l’homme et les cimes. Une ascension délicieuse, à réaliser au Musée de l’Ancien Évêché.

Charline Corubolo | Lundi 12 décembre 2016

La montagne de bulle en bulle au Musée de l'Ancien Évêché

Remplir les bulles de sommets, cela fait longtemps que les dessinateurs et scénaristes s’y appliquent. Le premier en date est le Suisse Rodolphe Töpffer qui, en 1827 dans les Alpes, s’adonne à un nouvel exercice, celui d’une narration par planches dessinées. Avec ses Amours de monsieur Vieux Bois, la bande dessinée voit s'esquisser ses premières vignettes en même temps que l’homme arpente les montagnes, l’exploration des massifs traduisant les changements sociétaux d’une modernité en marche. Un bouleversement dont s’emparent les auteurs, comme Aristide Perré avec Poucette Trottin ou encore Émile-Joseph-Porphyre Pinchon avec sa fameuse Bécassine. Une recherche des différentes représentations de cette nature toujours d’actualité, qu’elle soit lieu de conquête ou élément personnifié, que le Musée de l’Ancien Évêché déploie entre ses murs grâce à une scénographie subtile le long de l’exposition Pic & bulle, la montagne dans la BD. Avec pas moins de 90 auteurs, 200 planches originales, 15 albums historiques et 62 rep

Continuer à lire

"Snowden" d'Oliver Stone : pleurez, vous êtes fliqués

ECRANS | Suivant à la trace Laura Poitras, Oscar du documentaire en 2015 pour "Citizenfour", Oliver Stone s’intéresse à son tour au lanceur d’alerte Edward Snowden, et raconte son combat souterrain contre la NSA, en l’accommodant façon film d’espionnage. Didactique, classique, mais efficace.

Vincent Raymond | Vendredi 28 octobre 2016

Affecté aux services de renseignements des États-Unis, un informaticien brillant et patriote découvre avec stupeur que les grosses compagnies liées aux télécommunications collectent et transmettent les données privées de leurs utilisateurs sans leur consentement. Ulcéré, il décide de dénoncer publiquement cet espionnage général infondé. Quitte à renoncer à sa liberté. Guerres, terrorisme, biopics de stars ou de personnalités politiques… Pareil à nombre de ses confrères, Oliver Stone a signé la majorité de ses films en réaction à des événements ayant dramatiquement marqué l’histoire immédiate et/ou la société américaine. Parallèlement, à chaque fois qu’il s’est octroyé une escapade vers une autre "contrée", il a donné l’impression de tourner un film par défaut, n’ayant pas eu à se mettre devant la caméra de sujet plus conforme à ses attentes – en témoignent le péplum Alexander (2004) et même la suite de Wall Street, L’Argent ne dort jamais (2010). Contrôles : halte + sup !

Continuer à lire

Les 10 expos à voir ou revoir cet été

ARTS | On en a parlé lors de leur vernissage ; on en remet une couche cet été comme elles sont toujours à l'affiche. Suivez-nous !

Charline Corubolo | Mardi 5 juillet 2016

Les 10 expos à voir ou revoir cet été

Obey Propaganda – A vision for our planet Jusqu’au 23 juillet Obey, pour certains, c’est une marque, pour d’autres c’est du vandalisme, pour les derniers carrément le néant de référence. Obey, c’est en fait le visage d’André The Giant, catcheur français, et la démarche artistique de Shepard Fairey, street artist américain. Exposé à Spacejunk dans le cadre du Street Art Fest, il dévoile des œuvres engagées envers l’environnement, pour une plongée colorée dans l’art sérigraphique. La critique complète L'Art du Canard Jusqu’au 30 juillet Le groupe d’artistes allemands Interduck investit le couvent Saint-Céci

Continuer à lire

"Irréprochable" : inquiétante Marina Foïs

ECRANS | de Sébastien Marnier (Fr., 1h43) avec Marina Foïs, Jérémie Elkaïm, Joséphine Japy, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

On ne spolie pas grand-chose de l’intrigue en laissant entendre que Constance, jouée par Marina Foïs, est ici tout sauf irréprochable. Crampon vaguement crevarde au début, elle se révèle ensuite mytho et érotomane, avant de dévoiler au bout du bout un visage plus trouble. Une cascade de "retournements" un peu outrés, censés changer notre point de vue sur ce personnage donné (trompeusement) pour bohème sympa. Le problème, c’est que l’on sait d’entrée qu’il y a un souci : regard fixe et lourd, attitudes maniaques, Constance n’a rien de la fille à qui vous confiriez votre sandwich ni votre code de carte de crédit ; elle respire le vice plus que la vertu. Modeler de la noirceur et des ambiances intrigantes ou inquiétantes semble davantage intéresser Sébastien Marnier qu’animer un personnage cohérent. Dommage, car il dispose par ailleurs d’atouts non négligeables : une distribution surprenante (mais qui fonctionne), ainsi qu’une excellente bande originale signée Zombie Zombie – un adjuvant essentiel.

Continuer à lire

So Long, Slow Joe (& The Ginger Accident)

MUSIQUES | Au faîte d'une carrière entamée à 64 ans par la grâce d'une belle rencontre avec un musicien lyonnais, le chanteur indien Slow Joe s'est éteint le 1er mai dans sa huitième décennie. Son groupe, The Ginger Accident, rend ce vendredi à Herbeys un concert hommage à ce grand petit homme et grand chanteur tout court, attachant autant qu'énigmatique, qui manquera beaucoup à ceux qui l'ont croisé, vu et surtout écouté chanter.

Stéphane Duchêne | Mardi 17 mai 2016

So Long, Slow Joe (& The Ginger Accident)

Joseph Manuel Rocha, c'est le paradoxe de mille vies indiennes (entre petits boulots et addictions, Bombay et Goa) terminées en France, d'une vie entière passée à chanter mais d'une carrière débutée à 64 ans. Soit quand le musicien Cédric de La Chapelle a repéré ce vieil homme à la voix de crooner sur une plage de Goa et décidé de l'emmener dans ses bagages, donnant par là-même naissance à Slow Joe (le surnom de Joseph) & the Ginger Accident. Concerts en pagaille, important buzz médiatique porté par cette belle histoire et, surtout, succès inattendu comme résultat de cet accident musical (un groupe de rock percute un crooner, un peu punk) qui accouchera aussi de deux albums, Sunny Side Up et Lost for love – le troisième était, selon Cédric de la Chapelle, en cours de finalisation. Naturellement, comme on change de rue (quelques péripéties en plus), Joe est venu s'installer à Lyon pour de bon avec ses nouveaux camarades, pour faire carrière donc, et s'est fondu dans le décor. Au point que voir ou avoir vu Slow Joe sur scène, l'avoir écouté sur disque, délivrer le feu de rock et de soul qui sommeillait en lui depuis toujours, puis le croiser, petit

Continuer à lire

Le Fils de Joseph

ECRANS | de Eugène Green (Fr./Bel., 1h55) avec Victor Ezenfis, Natacha Régnier, Fabrizio Rongione…

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Le Fils de Joseph

En acclimatant au 7e art son obsession viscérale pour la prononciation baroque, Eugène Green est devenu l’auteur d’une œuvre anticonformiste, unique car identifiable dès la première réplique. Il exige en effet de ses interprètes l’usage de la liaison systématique et appuyée, telle que codifiée par son courant de prédilection – au risque de créer des impressions (fautives) de mauvaises liaisons en cascades. Inscrite dans un dialogue déclamé d’une voix blanche par des comédiens semblant avoir reçu pour consigne d’adopter le plus désincarné des jeux possibles, cette particularité participe donc d’un ensemble singulier : son style, auquel on peut souscrire comme à une convention ou à un dogme religieux. Un intégrisme bien inoffensif, s’il prête à sourire : à côté d’Eugène Green, le rigoriste Rohmer passerait pour un cuistre barbarisant la langue française ! Tous deux ont cependant en commun la fascination pour les lettres classique et la jeunesse, ainsi que l’art d’attirer à eux les acteurs – au point d’en faire des apôtres. Déjà convoqués par le passé, Natacha Régnier, Fabrizio Rongione et Mathieu Amalric sont ainsi réunis autour de ce Fils de Joseph.

Continuer à lire

Joséphine s'arrondit

ECRANS | De et avec Marilou Berry (Fr., 1h30) avec Mehdi Nebbou, Cyril Gueï…

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Joséphine s'arrondit

En s’arrondissant, Joséphine s’affranchit de la BD d’origine signée Pénélope Bagieu. Marilou Berry prend également son autonomie et les commandes du film (au revoir Agnès Obadia !) pour ce qui devient sa première réalisation. L’actrice accouche d’une comédie plutôt satisfaisante sur le thème rebattu et casse-museau (n’est-ce pas Remi Besançon ?) des conséquences d’une gestation sur une primipare et son conjoint (pas vrai Patrick Braoudé ?). Ce n’est donc pas l’originalité de l’histoire, connue (ou vécue) par n’importe quel(le) spectateur(trice) qui mérite le détour, mais sa manière d’être racontée et jouée : sans les niaiseries post-pubères girlie émaillant ce type de production et dynamisée par une distribution très homogène qui ne lorgne pas sur les comédies new-yorkaises pour savoir ce qu’il convient de faire. Mentions spéciales à la séquence de jérémiades sous-titrées et à la couette ornée de petites fraises.

Continuer à lire

Notre sélection de Noël : le livre à offrir à...

ACTUS | Après une première orientée spectacles et concerts (l’article est toujours en ligne sur notre site), voici notre deuxième (et dernière) sélection de cadeaux de Noël, cette fois dédiée aux livres culturels au sens large – BD, art, cinéma, musique, mode… Oui, il y en a pour tous les goûts. La rédaction

Aurélien Martinez | Mardi 15 décembre 2015

Notre sélection de Noël : le livre à offrir à...

Ceux qui sont encore des enfants Depuis la dernière édition du Mois du graphisme d’Échirolles, il a ravi nos yeux. Yann Legendre n'est pas seulement un graphiste de talent, c'est aussi un graphiste à l'âme d'enfant. Âme que l'on retrouve dans son ouvrage dédié aux contes des frères Grimm, avec une sélection d'une vingtaine d'histoires qui ravissent les yeux grâce à des illustrations poétiques. De quoi, selon l’expression consacrée, enchanter petits et grands. Grimm, contes choisis (Édition Textuel), 29€ Ceux qui aiment la BD de patrimoine Bientôt 70 ans que Lucky Luke tire plus vite que son ombre – ce qui fait un paquet de palissades endommagées (et d'enfants non reconnus). Pour fêter l'événement, Dargaud a passé commande d'hommages à des auteurs singuliers (dont l'hilarant Bouzard). Il a surtout édité cette indispensable monographie de Morris, le génial créateur de ce truculent western – auquel le prochain festival d'Angoulême consacrera une exposition. Morris qui fut

Continuer à lire

Joseph Apprin ou l'histoire d'une découverte

ARTS | Greffier de profession, photographe de plaisir, Joseph Apprin sort de l'anonymat avec une exposition intitulée "Le spectacle des rues & des chemins" au Musée de l'Ancien Évêché. Témoignage photographique de la vie iséroise à la fin du XIXe siècle, l'ensemble dévoile la ruralité de l'époque et la malice d'un photographe en avance sur son temps. Charline Corubolo

Charline Corubolo | Mardi 1 décembre 2015

Joseph Apprin ou l'histoire d'une découverte

Nous devrions renommer Grenoble la capitale de la photographie tant les expositions en la matière ne cessent de fleurir, telles des futures noix au printemps. Pour cette nouvelle proposition très clichés, le Musée de l'Ancien Évêché propose d'élucider un nouveau mystère de l'art : le cas Joseph Apprin (1859-1908), greffier et photographe amateur. À l'instar de Vivian Maier, il a été découvert récemment mais son œuvre offre un tout autre regard. Pas d'envolées hollywoodiennes pour ce Grenoblois du siècle dernier : le fonds photographique a été retrouvé en Savoie puis cédé à un galeriste parisien. Un ensemble de 640 négatifs sur plaque de verre représentant Grenoble et sa région que le galeriste vend à Jean-Louis Roux, critique d'art grenoblois. Un long travail de recherches a été nécessaire pour dater et situer les prises de vues. Numérisées et retouchées, le musée expose 110 images de l’œuvre de Joseph Apprin entre 1890 et 1908, dont l'originalité et la modernité intriguent. Grenoble, il y a 100 ans

Continuer à lire

Les Chedid: « On est notre propre groupe »

MUSIQUES | C’est un petit événement dans le monde de la chanson française : quatre membres de l’éminente famille Chedid partent ensemble en tournée. À savoir le père Louis, le grand frère Matthieu (dit –M –) et les deux plus jeunes Joseph et Anna. Avec deux autres journalistes grenoblois, on les a interviewés via Skype, alors qu’ils sortaient de répétition. Magnéto. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 5 mai 2015

Les Chedid: « On est notre propre groupe »

D’où vient cette idée de réunion familiale sur scène (dont la première date est celle de Grenoble) ? Louis : Alors que Matthieu faisait Bercy, on s’est retrouvés à chanter tous les quatre sur scène : on a vu l’impact que ça pouvait avoir. Une amie commune était là ce soir-là et nous a poussés dans l’idée d’aller au bout de l’expérience – même si on y pensait déjà. C’était en plus le moment de le faire : Joseph et Anna ont leur disque, leur carrière qui démarre… Qu’allez-vous chanter ? Louis : On a pris des chansons chez tout le monde de la manière la plus démocratique possible. Certes, Joseph et Anna ont moins de chansons que Matthieu et moi, mais on a essayé d’être le plus équilibré possible. Matthieu : Ce qui est très troublant, c’est qu’on joue les morceaux de toute la famille et en même temps, on a l’impression de jouer les nôtres à chaque fois. On est tellement en symbiose, en harmonie. Louis : Et les uns chantent les chansons des autres, c’est ça qui est intéressant. Matthieu : Par exemple, il y

Continuer à lire

Les anges déchus

MUSIQUES | Boxeur, chef opérateur, chanteur, musicien, auteur (y compris de roman, avec La Nuit ne viendra jamais), Joseph d'Anvers n'est pas la moitié d'un (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 30 septembre 2014

Les anges déchus

Boxeur, chef opérateur, chanteur, musicien, auteur (y compris de roman, avec La Nuit ne viendra jamais), Joseph d'Anvers n'est pas la moitié d'un touche-à-tout. Un touche-à-tout que le who's who musical a tendance à s'arracher : il a écrit pour Françoise Hardy, Miossec, Alain Bashung (le sublime Tant de nuits) et même ce bon vieux Dick (Rivers). Et que certaines autres pointures (Mario Caldato Jr., Troy Von Balthazar ou Moreno Veloso) n'hésitent pas à venir épauler à l'occasion. Mais la nature du touche-à-tout est de n'être jamais rassasié. C'est ainsi que depuis 2012, Joseph d'Anvers tourne régulièrement avec Dead Boys, un spectacle qui transpose sur scène un recueil de nouvelles sorti en 2009 en France et signé Richard Lange, écrivain américain pour le moins fascinant, ancienne petite main chez Larry Flynt et proche de TC Boyle, au goût prononcé pour l'envers du décor angeleno, celui des parias. À partir d'histoires de losers plus ou moins magnifiques, l'auteur du morceau Les Anges déchus construit un sp

Continuer à lire

Joséphine

ECRANS | D’Agnès Obadia (Fr, 1h28) avec Marilou Berry, Mehdi Nebbou, Bérengère Krief…

Christophe Chabert | Mercredi 12 juin 2013

Joséphine

Librement adapté du personnage créé dans sa BD par Pénélope Bagieu, Joséphine se présente surtout comme un Bridget Jones à la française, avec son héroïne célibataire et complexée, cherchant l’amour en se contentant, temporairement, d’un plan cul régulier avec un homme marié et de la compagnie de son chat nommé Brad Pitt, plus l’amitié de sa bande – copine d’enfance, collègue de bureau et pote homo. Tout cela pourrait avoir le charme sucré de la comédie girly, d’autant plus qu’il y a un talent certain du côté des comédiens – Marilou Berry, notamment, actrice encore sous-employée par le cinéma d’ici ; or, Obadia se repose complètement sur son casting pour venir à la rescousse d’une production bâclée et sans âme. Le scénario accumule jusqu’à l’overdose les péripéties et la réalisatrice s’avère incapable de mettre en scène les gags, passés au hachoir d’un montage hystérique pour créer un rythme illusoire. On a l’impression que tout a été vite fait mal fait, au point qu’il faut vraiment avoir le nez dans le seau de pop corn pour ne pas remarquer les faux raccords et les incohérences scénaristiques. Le modèle anglais de la comédie romantique

Continuer à lire

Oblivion

ECRANS | Après "Tron l’héritage", Joseph Kosinski avait toutes les cartes en main pour confirmer son statut de nouveau maître de la SF avec cette adaptation de son propre roman graphique. Hélas, le voilà rattrapé par son fétichisme kubrickien, qu’il tente vainement de transformer en blockbuster à grand spectacle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 avril 2013

Oblivion

Dans une des pubs qui l’avaient fait connaître, Joseph Kosinski s’amusait à faire circuler le spectateur dans la reproduction virtuelle de l’hôtel Overlook imaginé par Stanley Kubrick pour Shining. Dans Tron l’héritage, qui marquait ses débuts prometteurs au cinéma, il recréait la chambre de 2001 et faisait circuler ses personnages dans un bar qui ressemblait comme deux gouttes de lait à celui d’Orange mécanique. Autant dire que Kosinski fait une fixette sur l’immense Stanley ; ce qu’on ne lui reprochera pas, loin de là, mais disons qu’il faut avoir les épaules solides pour oser se mesurer à un tel monument. Face à Oblivion, qui croule sous les références à 2001 — jusqu’au nom d’une des boîtes de production du film, Monolith pictures ! — on ne peut que constater que cette obsession est filtrée par une culture geek avec qui elle ne fait pas forcément bon ménage. Et que l’univers visuel et virtuel de Tron collait dans le fond beaucoup mieux à l’

Continuer à lire

Pas de statue pour Lincoln

ECRANS | On pouvait craindre un film hagiographique sur un Président mythique ou une œuvre pleine de bonne conscience sur un grand sujet. Mais le "Lincoln" de Spielberg est beaucoup plus surprenant et enthousiasmant, tant il pose un regard vif, mordant et humain sur les arcanes de la démocratie américaine. Une merveille, qui conclut une (inégale) trilogie spielbergienne sur l’esclavage. Texte : Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 25 janvier 2013

Pas de statue pour Lincoln

On peut n’y voir qu’un hasard… Toujours est-il que ce film sur Abraham Lincoln au début de son second mandat de Président des États-Unis est sorti au moment où Barack Obama, qui n’a jamais caché son admiration pour Lincoln, était lui-même réélu Président. Hasard aussi, Lincoln affronte sur les écrans (et aux Oscars) Django unchained, Spielberg et Tarantino se disputant ainsi un même sujet : celui de l’esclavage. Tarantino n’a pas caché au cours de ses interviews avoir souhaité faire avec Django un anti-Amistad, c’est-à-dire un film où les Noirs ont vraiment la parole et n’ont pas besoin de porte-voix blancs pour plaider leur cause. De fait, Spielberg, à l’époque un peu écartelé entre ses grands films sérieux, sa franchise jurassique et ses productions télé, était passé à côté de son affaire. Lincoln pourrait tomber exactement sous le coup de la même critique : un film qui se dissimule derrière la vérité historique – car, scoop, ce sont bien des Blancs qui ont mis fin à l’esclavage – pour mieux réduire au silence sur l’écran les principales victimes de cette

Continuer à lire

Looper

ECRANS | Conçu comme un casse-tête spatio-temporel mais aussi comme une série B mélangeant science-fiction et action, le film de Rian Johnson est la bonne surprise américaine de l’automne, à la fois cérébral, charnel, trépidant et poétique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 31 octobre 2012

Looper

Boucler la boucle. C’est en substance l’enjeu de Looper, jusque dans son titre, qui désigne les tueurs du film, chargés de supprimer les témoins gênants d’exactions commises 30 ans plus tard et envoyés dans le passé grâce à une machine à remonter le temps. Loopers, car vient fatalement le moment où ce sont eux, ou plutôt leur double de trente ans plus âgé, qu’ils doivent supprimer, contre quelques lingots d’or qui leur assureront une "retraite" méritée ; la boucle est donc bouclée. Quand arrive le tour du héros, Joe, le protocole est rompu : son autre lui débarque tête nue, se débat et réussit à s’échapper. Pas le choix : il faut le retrouver au plus vite, car sinon c’est lui qui sera exécuté, mettant fin de facto à l’existence de son alter ego. Compliqué ? Ce n’est pourtant que la trame de base d’un film dont le scénario se montre particulièrement généreux avec le spectateur. Rian Johnson fait partie de ces cinéastes matheux (proche cousin par exemple d’un Christopher Nolan) pour qui une œuvre est avant tout une suite d’équations entremêlées dont la logique, une fois comprise, s’avère imparable. Là où le garçon a vraiment du talent, c’est qu’il ne se contente p

Continuer à lire

Bleu blanc rouge

MUSIQUES | Treizième édition du traditionnel festival Paroles de chanteurs, temps fort de la saison musicale pour les amateurs de chanson française dite à texte. (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 18 janvier 2012

Bleu blanc rouge

Treizième édition du traditionnel festival Paroles de chanteurs, temps fort de la saison musicale pour les amateurs de chanson française dite à texte. Jusqu’au samedi 28 janvier, on croisera ainsi sur la scène du Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas la jeune L (photo), qui viendra défendre le mercredi 25 son très estimable premier album Initiale, œuvre charnelle aussi riche niveau mélodique que littéraire. Le lendemain, c’est Joseph d’Anvers qui investira les lieux : un auteur-compositeur-interprète qui avait notamment collaboré avec Alain Bashung sur Bleu pétrole (la chanson Tant de nuits est de lui), et qui présentera Rouge fer, un troisième disque mariant habilement chanson et rock, à l’image de Ma peau va te plaire, titre d’ouverture… initialement écrit pour Bashung ! Et le vendredi, c’est le très clivant Alex Beaupain, compagnon de route du cinéaste Christophe Honoré (c’est lui qui fait pousser la chansonnette à Catherine Deneuve, Ludivine Sagnier, Louis Garrel et autres dans Les Bien-Aimés ou encore Les Chansons d’amour), qui ravira les aficionados d’une chanson très centrée sur l’amour et ses vicissitudes (« Je t

Continuer à lire

Footnote

ECRANS | Une comédie philosophique — philologique pour être précis — sur fond de rivalité intellectuelle père-fils ; difficile de faire plus singulier que le quatrième film de Joseph Cedar, une originalité qui est à la fois sa qualité et sa limite. CC

François Cau | Jeudi 24 novembre 2011

Footnote

De quoi parle Footnote ? La réponse ne va pas de soi, tant il faut démêler à l’intérieur de son scénario ce qui relève du prétexte spectaculaire et ce qui tient de la substance profonde. Par exemple, dans la relation entre Eliezer et Uriel Shkolnik, doit-on prendre en compte le fait qu’ils sont tous deux philologues spécialisés dans l’étude du Talmud, ou peut-on sauter à pieds joints sur cette notion (qui prend toutefois une place considérable dans le film) et y voir une rivalité beaucoup plus universelle entre un père éternellement frustré par son manque de reconnaissance et un fils qui a mis ses pas dans les siens, réussissant tout ce que lui a raté ? C’est le dilemme que pose le nouveau film de Joseph Cedar, dont l’impressionnant et très sombre Beaufort ne laissait pas soupçonner qu’il s’aventurerait vers un sujet aussi casse-gueule, qui plus est traité sur le ton de la comédie sophistiquée.   Philo bazooka La sophistication de la mise en scène est l’autre problème à régler pour essayer (mais y arrive-t-on vraiment ?) de savoir si l’on a en face de soi un grand film tortueux ou une œuvre qui, à trop vouloir embrasser, finit par mal étreindre. Cedar p

Continuer à lire

Cannes jour 4 : Beauté volée

ECRANS | Sleeping beauty de Julia Leigh. Miss Bala de Gerardo Naranjo. Footnote de Joseph Cedar.

François Cau | Lundi 16 mai 2011

Cannes jour 4 : Beauté volée

Cette année, Thierry Frémaux a décidé d’inviter dans la compétition officielle deux premiers films, décision qui sent à la fois l’envie de renouveler le cheptel de cinéastes «cannois» et le désir de couper l’herbe sous le pied de la Quinzaine et de la Semaine de la critique (où, pour l’instant, on n’a vu qu’un seul film, le très auteurisant et vain Las Acacias). Sleeping beauty de Julia Leigh était le premier d’entre eux, et c’est pour l’instant le film le plus faiblard de cette compétition assez stimulante. Leigh raconte l’itinéraire de Lucy (Emily Browning, revenue de Sucker punch et qui se jette à corps perdu dans son rôle) lassée des petits boulots foireux qu’elle exerce pour payer son loyer, et qui accepte de participer à un réseau bizarre de prostitution où tout est permis, sauf la pénétration. Cela vaut pour un film qui n’est dérangeant qu’en trompe-l’œil, la mise en scène clinique et glaciale de Leigh ne masquant pas longtemps un certain puritanisme dans ses représentations. Mais ce n’est pas le plus grave dans Sleeping beauty ; ce qui énerve vraiment, c’est la manière dont on nous rabâche du discours à toutes les scènes, sinon à tous les plans, pour finalement ne pas concl

Continuer à lire

Tron l'héritage

ECRANS | Suite tardive d’un film de SF ayant anticipé la révolution du virtuel, Tron l’héritage organise une bataille ludique et théorique entre le réel et ses clones numériques. Un blockbuster spectaculaire et passionnant. CC

François Cau | Jeudi 3 février 2011

Tron l'héritage

Tron l’héritage, suite d’une folie 80’s devenue culte, est sans conteste le premier film post-Avatar, autrement dit celui qui prolonge les leçons technologiques et théoriques du monument de James Cameron. Il en partage d’ailleurs les mêmes faiblesses (plus criantes encore) : un scénario sur lequel on a toujours plusieurs longueurs d’avance et un acteur principal transparent. Osera-t-on dire qu’on se fout un peu de ces défauts ? Cela laisse au moins le cerveau disponible pour apprécier les incroyables arabesques visuelles créées par Joseph Kosinski (un réalisateur venu de la pub, mais ayant étudié le design et l’architecture) et se plonger dans le puissant sous texte qui rend Tron l’héritage passionnant. Le film démarre en 2D à l’époque du premier film, et se poursuit de nos jours par un hacking sauvage du fils de Kevin Flynn sur l’entreprise fondée par son père disparu, récupérée par des costards-cravates cupides. Linux contre Microsoft ? C’est une première piste que le film abandonne rapidement, mais qui témoigne de son envie d’élever le débat. Bridges vs Br

Continuer à lire

Inception

ECRANS | L’ambitieux projet de blockbuster onirico-philosophique de Christopher Nolan débouche sur un film prototype, qui passe du temps à expliquer son mode d’emploi avant de se lancer dans une pratique ébouriffante du cinéma comme montagne russe spatio-temporelle. Christophe Chabert

François Cau | Samedi 10 juillet 2010

Inception

Inception part d’une idée magnifique : si le cinéma est une fabrique de rêves, aucun film n’avait jusque-là osé montrer des personnages dont c’était littéralement le métier. Des architectes, un scénariste, un technicien, un metteur en scène et des acteurs, toute une équipe qui ressemble à une équipe de tournage cachée derrière une bande de malfrats sophistiqués dont le but est de voler des secrets enfouis dans le subconscient de leurs victimes (les spectateurs ?). Christopher Nolan dans Le Prestige avait déjà prouvé que la réussite d’une illusion cinématographique reposait sur l’envie du public d’être dupé ; la suspension d’incrédulité devenait l’enjeu, la théorie et la matière scénaristique du film. Inception va plus loin : dès l’ouverture, impressionnante, le cinéaste plonge les personnages dans un labyrinthe de rêves encastrés les uns dans les autres, les secousses du réel (la plongée dans une baignoire d’eau froide) devenant des séismes dans le monde onirique (une vague gigantesque qui vient dévaster le décor). Quant à la mort, elle n’est que le plus court chemin vers le retour à la réalité. Rien n’est vrai, tout est simulé, imaginé, façonn

Continuer à lire