Trente sur trente

ARTS | À l’occasion de ses trente ans d’existence, l’équipe de l’espace Vallès, à Saint-Martin-d’Hères, nous invite à découvrir une exposition qui réunit trente artistes accueillis depuis la création de l'établissement, en 1990. Un accrochage rétrospective qui trouve le juste équilibre entre diversité et cohérence.

Benjamin Bardinet | Lundi 1 mars 2021

Photo : (c) Benjamin Bardinet


2020 était l'année des 30 ans de l'espace Vallès. Évidemment, tout ne s'est pas tout à fait passé comme prévu ! Du coup, en ce début 2021, l'espace inaugure l'exposition qui devait clôturer son programme anniversaire – à savoir un accrochage qui réunit trente artistes qui ont déjà été présentés au centre. Bien qu'essentiellement murales, les œuvres exposées témoignent de la grande variété des approches plastiques défendues par le centre pendant toutes ces années. Afin de compenser l'écueil qu'aurait pu constituer cette diversité, l'équipe a pris le parti de présenter des œuvres toutes de format carré (50 x 50 cm) et de procéder à un accrochage thématico-stylistique relativement ouvert, parfois assez instinctif, qui permet de donner à l'ensemble du parcours d'exposition une cohérence dans laquelle il est tout à fait plaisant de déambuler…

Ensembles et séries

On découvre ainsi dès l'entrée plusieurs séries d'œuvres qui tendent vers une forme d'abstraction minimale, voire radicale, d'où surgissent parfois des empreintes d'élément typographiques fantomatiques ; un ensemble qui témoigne d'une saisissante sensibilité pour les matériaux et les textures. À l'étage, les arabesques graphiques colorées de Philippe Veyrunes font écho aux expérimentations en noir et blanc de Gilles Balmet dont les volutes d'encre et d'acrylique évoquent tour à tour les doux reliefs de massifs montagneux ou les replis des recoins obscurs de la peau. Tout à l'inverse, géométriques et en reliefs, les surprenants tableaux en volume de Michel Duport attirent notre regard avant la découverte de la galerie des espèces disparues, à la recherche desquelles France Cadet nous invite de partir avec une lampe à UV. À l'opposé, toujours sur la mezzanine, un dialogue entre les œuvres de Damir Radović et celles d'Anne Abou jouent des références variées. Tandis que Damir évoque la pop culture dans un style graphique urbain nerveux et euphorique, Anne réalise d'énergiques collages à l'esprit dada dont les références tous azimuts à l'histoire des arts s'entrelacent à des gaines électriques dénudées. Enfin, avant de partir, on ne manquera pas de s'arrêter sur l'œuvre poétique, conceptuelle et pleine d'humour de Gisèle Jacquemet, qui expose un modèle de chemise dont le motif répétitif évoque autant un végétal qu'un sexe féminin. Présentée comme un produit destiné à entrer sur le marché, la chemise est accompagnée d'un texte qui flirte autant avec le marketing qu'avec la poésie. Tout un programme dont on vous laisse le soin d'imaginer les multiples interprétations.

30 ans < 30 artistes. À l'espace Vallès (Saint-Martin-d'Hères) jusqu'au 24 avril 2021.

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Coup double

Centre d'art | En réunissant Philippe Calandre et Sylvie Réno dans une exposition intitulée "Dédoublement(s) de réalité", plus que la simple question de la représentation, c’est celle de la reproduction que nous propose d’explorer l’espace Vallès.

Benjamin Bardinet | Mardi 23 juin 2020

Coup double

Pas toujours flatteurs, les reflets que nous renvoient les miroirs incitent parfois à la réflexion... il en va de même pour les œuvres d’art. Pensée comme un dialogue ouvert entre des oeuvres qui jouent de leur capacité à re-produire les choses (des photographies et des maquettes), la nouvelle exposition de l’espace Vallès se propose comme un parcours interrogeant la surenchère productive qui caractérise le monde qui est le nôtre. Philippe Calandre utilise la photographie pour créer des images fantasmées d’un urbanisme cauchemardesque, inspiré par celui des mégapoles contemporaines. À grands coups de retouches numériques, de subtils montages et de discrets collages, il caricature gentiment la mégalomanie des architectes et de leurs commanditaires. Surgissant dans des environnements urbains totalement désertés de toute présence humaine, ces architectures semblent autant issues de l’imagination de l’artiste que de l’environnement qu’il photographie – en atteste une série de dessins d’architectures oniriques qui semblent avoir été réalisée en plein sommeil. Reproductions en carton Paradoxes et retournements sont également au cœur du travail de Sylvie Réno. L’a

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Au service des artistes, des œuvres et du public

Anniversaire | Situé à Saint-Martin-d’Hères, l’Espace Vallès fête ses trente ans d’existence. À l’occasion de cet anniversaire, le centre d’art contemporain présentera tout au long de l’année une programmation spéciale, conçue en collaboration avec de nombreux artistes et institutions ayant participé à l’histoire du lieu.

Benjamin Bardinet | Mardi 21 janvier 2020

Au service des artistes, des œuvres et du public

Montage d’expos, accueil des publics, gestion administrative et bien sûr programmation artistique, Bertrand Bruatto et Frédéric Guinot sont un peu les hommes à tout faire de l’Espace Vallès. Arrivé dans la maison dans le courant des années 1990, le binôme a pris les rênes du centre d’art après le départ de la directrice d’origine, Anne Abou, en 2010. « Ce lieu est le résultat d’une volonté politique municipale forte, celle du maire Jo Blanchon. Sa création est contemporaine de celles de l’Heure Bleue et de Mon Ciné », nous expliquent-ils. Depuis trente ans, avec une moyenne de quatre expositions par an, l’Espace Vallès défend la création contemporaine. « On n’est pas un lieu dogmatique, on expose tous types de techniques et de tendances. Par ailleurs, on diversifie au maximum : des hommes, des femmes, des jeunes, des moins jeunes, des artistes reconnus, d’autres moins. » Entretenir les liens « Nous aimons bien suivre les artistes, garder contact, les accompagner... », explique Frédéric Guinot. « De la même manière, avec le public, on préfère mener des actions qui s’inscrivent dans la durée », ajoute-t-il. Une vol

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Virginie Prokopowicz : bruts et ciselés

Exposition | Le processus et la vie créative de l'artiste transparaissent au travers de ces dessins géométriques à la dimension parfois carcérale. Une inspiration à découvrir à l'Espace Vallès jusqu'au 21 décembre.

Benjamin Bardinet | Mercredi 27 novembre 2019

Virginie Prokopowicz : bruts et ciselés

L’artiste Virginie Prokopowicz aime les matériaux bruts, une certaine simplicité et une évidente efficacité plastique. Invitée par l’Espace Vallès, elle propose une exposition qui réunit plusieurs pièces existantes et une œuvre In Situ qui investit les six mètres de hauteur du mur principal de l’espace. Plaqués sur ce mur, des rails en PVC noirs disposés à intervalles réguliers s’élèvent et se distordent en leur centre. Tirant parti de la configuration singulière du lieu et de sa mezzanine, cette installation s’offre au visiteur sous différents point de vue qui donnent parfois l’impression que ces rails noirs s’émancipent de la surface du mur pour devenir sculpture ou bien, au contraire, l’illusion que le mur tente de suivre leur mouvement et se boursouffle. Géométriques, minimales et ciselées au premier abord, les œuvres de Virginie Prokopowicz sont souvent réalisées à partir de matériaux issus du BTP (béton, Plexiglas, PVC) et se révèlent finalement assez brutes, laissant apparaître, lorsque l’on s’en approche, les traces de leur conception. Rien n’est dissimulé : on devine l’arrachage de scotch, les coups de taloches, le tracé d’un feutre sur du Plexiglas…

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Plasticien, statut fantôme

ACTUS | Alors que ces derniers mois les intermittents du spectacle manifestaient pour sauvegarder un régime toujours plus instable, les artistes plasticiens, eux, ne se sont pas montrés. Pour cause : en plus de pâtir de la précarité et de difficultés financières, ils ne possèdent aucun statut au contraire des musiciens, acteurs et autres danseurs. On a rencontré plusieurs figures locales pour en savoir plus. Charline Corubolo

Charline Corubolo | Mardi 28 octobre 2014

Plasticien, statut fantôme

Tout esprit créatif rêve de vivre de son art. Mais voilà, être artiste au XXIe siècle est surtout synonyme de galère et de débrouille, dans un monde où il est monnaie courante de faire des plasticiens les "esclaves" créateurs des temps modernes, au service des grandes institutions. Et ce n'est pas leur statut social qui l'empêchera. De statut d'ailleurs, ils n'ont point : ils sont considérés par Pôle emploi comme travailleurs indépendants au même titre qu'un plombier ou qu'un programmateur informatique. Pourtant, leur activité et surtout leurs revenus ne sont pas comparables. Un plasticien a pour principal salaire la recette des ventes de ses œuvres, le temps de recherche et de création ou encore les expositions étant rarement monnayés. Pour le fisc, les artistes sont donc des libéraux puisqu'ils travaillent en indépendants et que leur production comporte une dominante intellectuelle. Pour avoir une reconnaissance légale en France, les peintres, les sculpteurs et autres vidéastes doivent s'inscrire à la Maison des artistes, organisme indépendant agréé de protection social

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Un centre d'art, késaco?

ACTUS | Mac, Frac ou encore Cnac sont autant d'acronymes qui définissent des lieux d’exposition pour la création contemporaine. Mais en quoi sont-ils différents ? (...)

Charline Corubolo | Lundi 9 décembre 2013

Un centre d'art, késaco?

Mac, Frac ou encore Cnac sont autant d'acronymes qui définissent des lieux d’exposition pour la création contemporaine. Mais en quoi sont-ils différents ? Alors qu’un Musée d’art contemporain (comme celui de Lyon, très réputé) et un Fonds régional d’art contemporain (celui de la région Rhône-Alpes est à Villeurbanne ) ont pour vocation d’établir une collection, un Centre national d’art contemporain (comme le Magasin à Grenoble), ou tout simplement un centre d’art, a pour objectif premier d’être un lieu d’expérimentation et de production, et non un espace de conservation (il n'y a donc pas de collections). Sous l’impulsion d’initiatives personnelles et de la loi de décentralisation de l’art de Jack Lang au début des années 1980, ces vitrines artistiques se sont multipliées. Aujourd’hui, la majorité des centres d’art sont de type associatif et peuvent être en régie directe avec la région, le département ou même la municipalité (comme c'est le cas au Vog et à l'Espace Vallès), ce qui leur permet d’être en partie subventionnés par la ville ou même l’État. Des lieux d’exposition qui ne se contentent pas de promouvoir seulement des artistes locaux, mais

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Au-delà du réel

ARTS | La photographe Delphine Balley qui avait notamment été sélectionnée lors de l’Exposition de Noël du Magasin en 2008, revient dans l’agglo pour une exposition (...)

François Cau | Mardi 10 janvier 2012

Au-delà du réel

La photographe Delphine Balley qui avait notamment été sélectionnée lors de l’Exposition de Noël du Magasin en 2008, revient dans l’agglo pour une exposition cette fois-ci personnelle à l’Espace Vallès. La particularité de l’artiste est d’inviter le mystère et le fantastique dans un univers a priori banal. Ainsi pendant plusieurs années, elle a photographié sa propre famille et tiré de ce travail plusieurs séries qui ont fait l’objet de diverses expositions à Reims, Lyon ou Paris. Loin de l’album de famille classique, ses portraits sont frappés d’étrangeté grâce à une subtile mise en scène. Après avoir transfiguré ses proches en personnages fabuleux et troublants, elle utilise son goût de l’insolite pour transformer l’Espace Vallès en temple du rêve et de l’imagination. Dans sa série Théâtre de l’esprit qui y sera présentée à partir du 20 janvier, elle s’approprie des maisons désertées mais imprégnées d’histoires et y crée un décor qui va réveiller une mémoire obscure et latente.

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Awards 2011 exposition

ARTS | L’award de l’expo blockbusterLe hors-les-murs du fameux et parisien Centre Pompidou sur Chagall et l’avant-garde russe (il ne fallait pas oublier la (...)

François Cau | Lundi 19 décembre 2011

Awards 2011 exposition

L’award de l’expo blockbusterLe hors-les-murs du fameux et parisien Centre Pompidou sur Chagall et l’avant-garde russe (il ne fallait pas oublier la seconde partie du titre, sous peine d’être terriblement déçu) a été l’un des grands évènements de l’année culturelle grenobloise – à l’image de ceux qui attirent les foules dans les grands musées parisiens. Il permit d’approcher au mieux l’univers foisonnant de l’artiste, et de contextualiser son art singulier à travers « un dialogue fertile » comme nous l’expliquait en mars dernier Angela Lampe, conservatrice à Beaubourg et co-commissaire de l’exposition. L’award de l’éléganceÉlégance et sobriété sont deux qualificatifs qui conviennent parfaitement à l’univers du peintre Jean-Frédéric Coviaux, que l’on a pu découvrir en février dernier à l’Espace Vallès de

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A bout de symboles

ARTS | L’Espace Vallès a fêté ses vingt ans cette année, et perd dans la foulée celle qui a donné son identité artistique à la galerie : Anne Abou, dont les talents de (...)

François Cau | Vendredi 12 novembre 2010

A bout de symboles

L’Espace Vallès a fêté ses vingt ans cette année, et perd dans la foulée celle qui a donné son identité artistique à la galerie : Anne Abou, dont les talents de commissaire d’exposition ne sont plus à prouver – audace des choix et malice de la mise en espace des œuvres en tête. En guise d’au revoir, la municipalité de Saint Martin d’Hères – qui dirige la galerie – lui a demandé de consacrer sa dernière exposition à son propre travail d’artiste, élaboré en marge. Assumant tous les rôles, elle nous propose ainsi de nous familiariser avec son univers par l’intermédiaire de plusieurs séries de photos, pour la plupart en très grands formats. On aime sa tendance au fétichisme fantaisiste dans les « Tous en scène atelier » – confectionnés dans son « petit théâtre vitrail » – la frénésie devinée de ses petits univers d’images et de représentation où pullulent figurines de plastiques et images issues de divers pans de la culture mondiale (tableaux fameux, affiches de cinéma). Chaque élément occupe son bout d’espace et participe vaillamment à la supercherie : celle de tromper sur l’échelle en créant un décalage dans l’œil du public. En cela, on pense avec bonheur à la très réussie campagne d

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