Les fantômes du Congo

Photo | De 2014 à 2019, le photographe William Dupuy a arpenté les confins de la République démocratique du Congo à la rencontre des enfants soldats. Une plongée dans l’enfer des conflits inter-ethniques dont le regard hagard des protagonistes témoigne de la détresse, souvent inconsciente, qui les hante. Une exposition à découvrir au Studio Spiral.

Benjamin Bardinet | Vendredi 19 mars 2021

Photo : (c) William Dupuy


Sous un ciel encombré de nuages teintés d'un gris électrique, une luxuriante végétation vert sombre recouvre le doux relief de collines dont les lignes sinueuses se perdent dans le lointain. L'ambiance singulière qui se dégage du paysage que dévoile le cliché introductif de l'exposition de William Dupuy a autant pour but de témoigner des caractéristiques géographiques du Nord Kivu, à l'Est de la République démocratique du Congo, que de nous plonger dans l'étrange atmosphère de cette contrée en proie à de multiples conflits. Une dimension fantasmatique que William Dupuy amplifie en re-baptisant ce territoire Neverland en référence à Peter Pan, car, tout comme la fameuse île issue de l'imaginaire de J.M. Barrie, cette région abrite un grand nombre "d'enfants perdus".

En effet, embrigadés dès leur plus jeune âge, les enfants-soldats du Nord Kivu s'engagent dans de multiples micro-conflits qui les dépassent et dont ils ne savent généralement pas grand-chose, si ce n'est que s'ils ne tuent pas l'ennemi qui leur est désigné, c'est eux qui seront tués. Totalement désœuvrés et déscolarisés (les rares instituteur.trices encore en place expliquent généralement ne pas recevoir leur salaire de l'État), souvent issus de familles ou d'ethnies victimes d'exactions, ces enfants se mettent au service des milices locales pour défendre des intérêts dont ils ne tireront jamais aucun bénéfice.

Photographies spectrales

William Dupuy accompagne chacun des portraits exposés d'un court texte qui rapporte les conditions de la rencontre et les propos de la personne portraiturée. Il complète par ailleurs de quelques informations contextuelles très enrichissantes. Voisine du Rwanda, cette région du Congo, également peuplé de Tutsi et de Hutu, apparaît comme une émanation sourde et inconsciente du conflit ethnique qui a ravagé ce pays il y a un quart de siècle. Mais, tandis que le Rwanda se remet peu à peu (et de manière exemplaire) de son histoire grâce à une politique mémorielle forte ; hantés par ce génocide dont elles sont souvent parfaitement ignorantes, les ethnies du Nord Kivu sont condamnées à vivre perpétuellement des crimes et des exactions qui leur semblent dans l'ordre naturel des choses.

En optant pour un travail à la chambre qui lui permet de produire une zone de flou inconstante autour des individus photographiés, William Dupuy renforce le regard que ces personnes lui adressent et donne l'impression que l'ensemble de cette population délaissée par les pouvoirs publics et ignorée des Congolais eux-même, flotte dans un environnement spectral. Un territoire fantomatique, oublié de tous et dont eux-mêmes n'ont pas l'air tout à fait sûr qu'il existe...

Neverland, les enfants du Congo, William Dupuy, au Studio Spiral, jusqu'au 4 avril.

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Double trouble

ARTS | Surprise au Studio Spiral : la photographe Pascale Cholette réalise deux prises de vue sur un seul et même négatif, pour donner vie à des images étonnantes.

Benjamin Bardinet | Mardi 18 février 2020

Double trouble

La photographe Pascale Cholette distingue deux grands corpus dans sa production : ce qui est "réel" et ce qui est "imaginé". Si le premier s'attache plutôt à une approche documentaire, le second met en avant des images fabriquées, mises en scène, tirant parti de certains effets proprement photographiques. Intitulée Je ne vois que du silence, la série exposée au Studio Spiral se revendique de la seconde approche. En effet, la photographe grenobloise y explore le procédé de la double exposition sur pellicule argentique et réalise donc, pour chaque image, deux prises de vue sur une même portion de négatif. Bien qu’elle s’évertue, lors de la prise de vue, à anticiper les effets qui apparaîtront à la surface de l’image, ce procédé donne lieu à des compositions dont le hasard (le plus sympathique des complices) contribue à produire des photographies oniriques sur lesquelles notre regard de spectateur glisse comme dans un rêve. L’appareil photo, dont on fait naturellement usage pour conserver la mémoire d’un instant, devient ici au contraire un outil à produire du trouble, de l’ambiguïté : les textures et les référents s’entre-mêlent confusément, comme si la temporalité qui s'

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Magique argentique au Studio Spiral de Benoit Capponi

Nouveau lieu | La galerie très rétro le Studio Spiral, destinée au travail photo argentique et alternatif, ouvre ses portes vendredi 16 novembre au 16 rue Chenoise. Derrière le viseur se cache le photographe Benoit Capponi, qui nous a parlé de son concept.

Alice Colmart | Mardi 13 novembre 2018

Magique argentique au Studio Spiral de Benoit Capponi

C'est à Grenoble, en plein centre-ville dans la très populaire rue Chenoise, que le photographe Benoit Capponi a choisi d’implanter son Studio Spiral, galerie photo « conçue à la manière d'un lieu de travail sur la photo argentique et alternative ». Situé dans une ancienne boutique, il se partage entre une première pièce de 50 m², tout en longueur pour exposer le travail de photographes, et, plus au fond, une surface équivalente destinée aux stages et aux formations. « C’est une pièce tout équipée, dans laquelle les gens qui voudraient par exemple travailler sur le noir et blanc argentique et les procédés anciens peuvent venir pratiquer. En ça, c’est un vrai travail de laboratoire. Des lieux comme ça, il n'y en a pas ou très peu à Grenoble. » Une nouvelle aventure pour lui liée au travail rédactionnel qu’il mène pour la revue de photographies Halogénure, distribuée notamment à Grenoble dans les librairies le Square et les Modernes et spécialisée dans ces procédés. « J’avais besoin de locaux

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