Mais que se passe-t-il au Conservatoire de Grenoble ?

ACTUS | Depuis quelques années, la section théâtre du Conservatoire de Grenoble semble dans la tourmente, au vu des nombreux échos nous parvenant régulièrement ici (des élèves) et là (des anciens étudiants et professeurs). Alors on a enquêté. Et en effet, presque chaque rentrée amène son lot de confrontations, de presque annulation de spectacle et de cours parfois boycottés. On remonte le fil (bien emmêlé) de cette histoire de conservatoire.

Jean-Baptiste Auduc | Mardi 21 mars 2017

Photo : Jean-Baptiste Auduc


Dans une salle en béton sombre, défraîchie et sans fenêtre, les élèves répètent en chaussettes sur scène. Un jeune homme, face caméra, récite un texte, trébuche sur une phrase, se reprend et rigole. L'ambiance a l'air détendue en ce lundi de février. Nous sommes dans les murs du Conservatoire à rayonnement régional (CRR) de Grenoble, près de la MC2, en compagnie de la section théâtre (il y en a aussi une en danse et une en musique). Une institution prestigieuse qui a vu naître nombre de talents qui s'épanouissent aujourd'hui sur les scènes grenobloises et d'ailleurs. Car l'établissement, tourné vers les amateurs, propose également des classes Cepit (Cycle d'enseignement professionnel initial de théâtre). Mais depuis 2013, cette section théâtre du conservatoire tangue…

Pendant une quinzaine d'années, deux grandes figures l'ont chapeautée : le comédien Patrick Zimmermann, qui démissionne en 2013, et la metteuse en scène Muriel Vernet, qui se retire en 2015. Ils ont suivi de nombreux acteurs débutants jusqu'à leur professionnalisation et restent très liés à ceux qui sont maintenant devenus comédiens. Mais l'ambiance va changer à leur départ. Pas facile en effet de remplacer des enseignants si bien installés…

« Nous avons perdu une année »

Jean-Luc Aujar, prof arrivé en 2013, a laissé des souvenirs cuisants. Très vite, les étudiants lui reprochent son comportement. Des mots très durs sont échangés. Johan Roussey, élève à l'époque et aujourd'hui comédien professionnel, soupire : « Il y a eu des procédures pour trouver des solutions. Mais nous avons perdu une année. » Jean-Luc Aujar quitte le conservatoire en 2014, tout en poursuivant depuis la Ville de Grenoble pour licenciement abusif. Et après cette expérience, la valse des profs ne s'est plus arrêtée. Jean-François Matignon d'abord, en 2014, puis Lionel Armand en 2015 et Patricia Thévenet en 2016. Un recrutement est enfin en cours pour la rentrée 2017. « Réglementairement, le poste doit être republié chaque année lorsqu'il est pourvu par un enseignant non titulaire » nous explique-t-on au CRR. Des professeurs éphémères qui ne peuvent donc pas créer de liens durables avec leurs étudiants…

Une personnalité semble principalement cristalliser les tensions. À la suite de Muriel Vernet, Catherine Liverato reprend la coordination de la section théâtre, en compagnie de Lionel Armand. La situation se complique avec les élèves. Catherine Liverato sort pourtant de sept ans d'enseignement au conservatoire d'Avignon. Mais à Grenoble, le courant ne passe pas. Certains jeunes s'ennuient, d'autres partent pour d'autres écoles. Un étudiant a trouvé la parade en suivant des cours sur internet...

Une situation qui transparaît lors du rendu de l'année 2015-2016, où les élèves présentent la pièce Autour de Kurt Weill. Patrick Zimmermann, en spectateur averti, se trouvait dans la salle. « Les efforts ont été réduits à zéro. Le travail était terriblement amateur. » De l'intérieur, Louis Villenave, élève en Cepit qui étudie au Conservatoire depuis 3 ans, a vu les dégâts. « C'était le paroxysme de l'opposition contre Catherine. On a failli annuler. Finalement, on a fait une pièce digne d'une MJC, pas d'une école de théâtre. »

Vers l'apaisement ?

À cette situation particulière s'ajoute la baisse des dotations de l'État, qui se retire du budget des CRR depuis 2009 et passe à Grenoble de 328 000 à 0 € en 2015. D'après la direction, cela n'a pas eu d'incidence sur le bon fonctionnement du Conservatoire. Pourtant, jusqu'en 2013, l'effectif de la section théâtre ne dépassait pas 42 élèves. Aujourd'hui, on compte pas moins de 68 inscrits, hausse due en partie à la création d'une classe de douze places pour collégiens avec horaires aménagés. Les profs, très sollicités, sont donc moins disponibles pour les Cepit.

Surtout, l'envie d'avancer ensemble semble diminuer… En 2017, les affrontements entre Catherine Liverato et ses étudiants n'ont pas disparu. « Cela fait 2 ans que certains élèves se sont braqués. Il n'y a pas vraiment de dialogue » nous explique Louis Villenave. Le Conservatoire, après nous avoir confirmé que des tensions pouvaient exister, s'est retranché quand nous avons cherché à en savoir plus. « Nous n'avons pas à répondre sur des questions relatives à l'organisation interne du CRR. » Apaisé, disions-nous.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Anniversaire artistique pour les 50 ans du Conservatoire de Grenoble

ACTUS | Achevé en 1969, le Conservatoire à rayonnement régional (CRR) de Grenoble souffle ses 50 bougies cette année. Ses équipes ont ainsi travaillé de concert pour concocter une programmation spéciale pour cet anniversaire. Nathalie Markarian, sa directrice, nous en dit plus sur ces événements, et notamment sur la performance prévue samedi 16 et dimanche 17 mars.

Nathalie Gresset | Mardi 12 mars 2019

Anniversaire artistique pour les 50 ans du Conservatoire de Grenoble

2019 n’est pas une année comme les autres pour le Conservatoire de musique, danse et théâtre de Grenoble. Et pour cause, l’édifice, dessiné par les architectes Jean-Constant Duboin et Jacques Goubet et labellisé "architecture contemporaine remarquable", célèbre son jubilé. Même si son histoire est un peu plus ancienne… Créé en 1935 et fermé pendant une partie de la Seconde Guerre mondiale, le Conservatoire a souvent déménagé. Il faudra attendre 1950 et l’arrivée d’un nouveau directeur, Éric-Paul Stekel, « pour voir émerger le projet d’un bâtiment plus adapté aux activités de l'institution » confie Nathalie Markarian, l’actuelle directrice. « Éric-Paul Stekel a profité de la dynamique constructrice autour des Jeux olympiques de 1968 pour concevoir, avec les équipes municipales, un nouvel édifice, livré en 1969. » Pourvu notamment d’une salle de ballet, d’une régie son et d’une salle d’orgue (choses rares à l’époque), le bâtiment, situé à côté de la Maison de la culture tout juste inaugurée, « était un modèle d’architecture en France et en Europe lorsqu’il a vu le jour ».

Continuer à lire

Le Conservatoire de Grenoble passe en mode solidaire

Politique culturelle | La Ville de Grenoble a organisé une conférence de presse pour détailler les mesures qu'elle compte mettre en place dès la rentrée prochaine. On y était.

Nicolas Joly | Mardi 23 mai 2017

Le Conservatoire de Grenoble passe en mode solidaire

« Ce n’est pas encore voté, mais nous allons le présenter au conseil municipal ce lundi » annonçait fièrement Corinne Bernard, adjointe aux cultures de la Ville de Grenoble, le jeudi 18 mai en conférence de presse. De quoi parlait-elle ? Du projet de la municipalité d’expérimenter de nouveaux coûts de scolarité « solidaires » au conservatoire. À compter de septembre, quinze candidats seront sélectionnés pour bénéficier d’une bourse d’études qui leur permettra de rejoindre les 1 802 élèves actuellement en formation. Elle couvrira les frais d’inscription, mais également le coût des fournitures, le prêt de matériel, un abonnement aux transports en commun et cinq places de spectacles. Seuls les enfants issus de familles dont le quotient familial est inférieur à 900 euros pourront candidater à cette bourse. « La motivation du demandeur sera également prise en compte par le jury qui examinera les candidatures. » Outre ladite bourse, le Conservatoire de Grenoble souhaite également mettre en place un dispositif « passerelle ». Il s’agit d’une démarche visant à promouvoir l’enseignement du conservatoire dans les quartiers populaires,

Continuer à lire