Anne Courel : « L'adolescence sera au coeur de mon projet pour l'Espace 600 »

ACTUS | Samedi 29 septembre sera lancée la nouvelle saison de l’Espace 600, précieux théâtre grenoblois dédié au jeune public. L’occasion pour les spectateurs et spectatrices de faire connaissance avec Anne Courel, metteuse en scène de la compagnie Ariadne (basée à Villeurbanne) qui vient d’arriver à la direction du lieu. On l’a rencontrée en amont, histoire d’en savoir plus sur son projet.

Aurélien Martinez | Mardi 25 septembre 2018

Pourquoi avoir choisi de candidater à l'Espace 600 ?

Anne Courel : Parce que ça m'intéresse de diriger à la fois un lieu et une compagnie de théâtre pour mettre en application un certain nombre d'idées auxquelles je me confronte depuis pas mal de temps avec ma compagnie. Je pense notamment à la manière dont peuvent être reliées l'action culturelle, la création et la diffusion, des pôles pour moi capitaux pour que tous les publics accèdent au spectacle vivant et à l'art en général.

Et puis je trouve le projet de l'Espace 600 passionnant. C'est un équipement culturel qui a su, contre vents et marées, rester un lieu dans lequel l'exigence artistique est au centre ; et qui a la volonté de s'adresser à la jeunesse comme à des vrais spectateurs. Travaillant sur l'adolescence, je me suis vraiment reconnue là-dedans.

Depuis quand faites-vous du théâtre en direction du jeune public ?

Les choses se sont construites petit à petit. Je me suis d'abord interrogée sur le lien entre les spectateurs et les écritures théâtrales contemporaines avant de me tourner vers le théâtre jeune public. C'est arrivé lors de ma rencontre avec l'auteur Sylvain Levet avec qui j'ai mené une expérience dans le Nord-Isère entre 2006 et 2010. J'ai ressenti ce plaisir à travailler pour des salles où l'on entend le rire des 6 ans et celui des jeunes gens qui ont passé la soixantaine.

C'est alors devenu un axe central de mon travail, axe conforté lors de mon passage dans une banlieue de Lyon [elle a dirigé le théâtre Théo Argence de Saint-Priest – NDLR] où il était impossible de parler d'accès à l'art sans se poser la question du rapport qu'entretiennent les jeunes avec l'art.

Votre théâtre s'intéresse à l'adolescence mais peut être vu par tous, suivant l'idée d'un jeune public ouvert à tous les publics…

Bien sûr, et en ça le travail qui a été accompli à l'Espace 600 depuis des années est exemplaire. C'est un combat qui a été important à un moment donné et que personne aujourd'hui ne conteste grâce au travail de pionniers comme l'ont été Geneviève Lefaure ou Lucie Duriez [deux directrices emblématiques de l'Espace 600 – NDLR].

Après, bien sûr, on sait qu'on a des préoccupations à 15 ans qui sont différentes de celles que l'on a, par exemple, à 50 ans. D'où cette question complexe qui est : comment, arrivé à un certain âge, on a envie d'aller tout seul au spectacle ? Qu'est-ce qui fait que l'on va franchir les portes d'un théâtre quel que soit son âge, qu'on va être gourmand d'un spectacle de théâtre, de danse, de musique, de cirque ? On sait par exemple qu'à 11-12 ans, tout le monde ne se lève pas avec l'envie irrépressible d'ouvrir un livre ou de filer dans un théâtre. La partie dialogue avec l'adolescence sera donc au cœur de mon projet.

Abordez-vous votre mission à l'Espace 600 comme une suite de ce que vous avez pu faire à Théo Argence ?

Les villes sont différentes. Saint-Priest, c'est une commune de 42 000 habitants, alors que là, la Villeneuve est un quartier qui fait entièrement partie de la vie culturelle grenobloise. Après, effectivement, dans un cas comme dans l'autre, ce sont des endroits où la population a des préoccupations de survie qui font que le matin, le fait d'aller au spectacle n'est peut-être pas la question principale.

Il y a donc besoin, dans ces endroits, de dépenser énormément d'énergie et d'être le plus inventif possible pour que cet accès naturel, normal, évident à la culture, qui est un droit fondamental, puisse s'exercer aussi.

Confier la direction de lieux culturels à des artistes n'est plus si courant, notamment à Grenoble…

Oui. Pourtant, c'est intéressant d'allier les forces d'une équipe permanente qui connaît très bien son travail, qui sait accueillir du public, qui sait programmer du spectacle, et des artistes qui savent aller à des endroits où ne va pas cette équipe permanente. Adosser les deux profils permet de questionner, comme je le disais, les liens entre la création, l'éducation artistique, l'action culturelle, la programmation et la diffusion.

Allez-vous garder votre compagnie active ?

Bien sûr. Il y a deux conseils d'administration, deux équipes, deux équipements… Et chacun est autonome : les gens n'ont pas besoin que je sois toujours là pour travailler, ça fait longtemps que mes spectacles tournent sans moi !

Qu'avez-vous prévu pour votre première présentation de saison ?

Elle sera très classique, très normale. Pour l'instant, il ne s'agit pas de faire la révolution mais de comprendre comment marche l'Espace 600. Petit à petit, je verrai comment les choses pourront évoluer.

Présentation de saison de l'Espace 600
Samedi 29 septembre à 10h


Ariadne et l'Espace 600

Cent culottes et sans papiers (l'histoire de France vue par un écolier), Alice pour le moment (une sorte de road movie sur une famille de réfugiés politiques), Au Pont de Pope Lick (sur des gamins paumés et désespérés dans les États-Unis de 1936)… Les mises en scène d'Anne Courel ont souvent été données dans les théâtres de l'agglo adeptes de son travail à la fois pertinent et accessible. Logique donc qu'une telle metteuse en scène se retrouve un jour à la tête d'un lieu comme l'Espace 600, théâtre qui promeut un art jeune public ouvert à tous où il ne s'agit pas simplement de divertir les enfants mais de les questionner sur le monde comme n'importe quel spectateur. Pourtant, cette saison, aucune de ses pièces ne sera proposée, la programmation ayant été élaborée par la précédente directrice Lucie Duriez. « De toute façon, je ne viens pas que pour me programmer à tout crin, il n'y aura pas que les spectacles de la compagnie Ariadne à l'Espace 600 ! » Sa prochaine création est tout de même prévue pour 2020, avec on l'imagine un passage par l'Espace 600.


Présentation de la saison de l'Espace 600


Espace 600 97 galerie de l'Arlequin Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Faim de saison

Salles de spectacle | Alors que la vie culturelle reprend doucement son cours avec des règles sanitaires contraignantes, la plupart des salles de spectacle françaises restent encore fermées, espérant que tout reviendra à la normale pour la rentrée de septembre et le début de la saison 2020/2021. On a interrogé plusieurs responsables de théâtre de l’agglomération, histoire d’en savoir plus sur cette situation encore bien trop floue.

Aurélien Martinez | Mardi 9 juin 2020

Faim de saison

Il y a eu le confinement soudain, qui a arrêté dans la foulée l’activité des salles de spectacle, les obligeant à fermer leurs portes et, de facto, à annuler au fur et à mesure les représentations prévues aux mois de mars, avril et mai – une trentaine pour quelque 25 000 billets rien qu’à la MC2, le plus grand équipement culturel grenoblois. Et il y a maintenant la relance de l’activité, permise depuis le lancement le 2 juin de la phase 2 du déconfinement, en suivant « les règles de distanciation physique avec une organisation spécifique des places assises et une gestion des flux conforme au protocole sanitaire », comme l’a demandé le Premier ministre Édouard Philippe lors d’une conférence de presse fin mai. Sauf que pour beaucoup de théâtres de l’agglomération comme de France, la reprise ne pourra pas être si rapide. Au Théâtre municipal de Grenoble, la directrice Delphine Gouard n’imagine pas rouvrir ses trois salles (celle du centre-ville, mais aussi le Théâtre 145 et le Théâtre de poche) au public avant septembre. « Comme beaucoup de lieux, on avait annulé toute la programmation de la fin de saison du fait du confineme

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Lucie Duriez : « Ce n’est pas facile de quitter un lieu aussi attachant que l'Espace 600 »

ACTUS | Depuis 2011, l’Espace 600, théâtre grenoblois situé à la Villeneuve et centré sur le jeune public, est piloté par Lucie Duriez. Ce qui ne sera plus le cas à la fin de la saison, la directrice partant vers de nouvelles aventures. L’occasion d’un rapide bilan avec elle, en attendant de connaître celle ou celui qui prendra la suite.

Aurélien Martinez | Mardi 20 février 2018

Lucie Duriez : « Ce n’est pas facile de quitter un lieu aussi attachant que l'Espace 600 »

« L’Espace 600 est un lieu assez singulier qui a un double ancrage : à la fois un théâtre pleinement implanté dans un quartier – la Villeneuve –, et à la fois un lieu pleinement engagé dans la création contemporaine pour le jeune public – d’où le fait qu’il ait un rayonnement qui dépasse très largement le bassin grenoblois. Ces deux pieds font la force du projet. » Voilà comment Lucie Duriez présente le théâtre qu’elle dirige depuis sept ans, après avoir été son administratice pendant huit ans. Un théâtre qu’elle va pourtant quitter à la fin de la saison. « Au bout de quinze ans ici, il est temps pour moi d’entamer un nouveau cycle » – elle part à Marseille pour raisons personnelles. « Bien sûr que ce n’est pas facile de quitter un lieu aussi attachant » nous assure-t-elle alors que nous la rencontrons dans son bureau au-dessus du théâtre. Surtout que l’Espace 600 lui a permis, après un DESS à Sciences Po Grenoble en direction de projets culturels, de faire ses premières armes professionnelles, notamment aux côtés de l’ancienne directrice et ponte

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PB d'or 2016 : théâtre et danse

C'était 2016... | Une excellente surprise dansée et une salle qui mériterait d'être plus exposée.

Aurélien Martinez | Mardi 20 décembre 2016

PB d'or 2016 : théâtre et danse

Le PB d’or de la salle discrète mais nécessaire : l’Espace 600 Lové dans le quartier grenoblois de la Villeneuve, au rez-de-chaussée d’une barre d’immeuble, l’Espace 600 mène depuis des années un travail capital en direction du jeune public, avec une ligne artistique forte qui veut qu’un spectacle dit tout public soit aussi travaillé et réfléchi qu’un spectacle dit pour adulte. Comprendre, du coup, que cette scène est plus proche artistiquement de ses voisines type MC2 & co que d’une garderie où l’on demanderait simplement aux enfants de s’époumoner et de taper des mains face à des comédiens infantilisants simplement là pour obtenir un cachet. « Faisons confiance à la jeunesse pour recevoir les créations les plus audacieuses. Faisons confiance aux artistes qui choisissent de se frotter à ce public d’une extrême exigence » comme l’écrivait en octobre dans une tribune publiée par nos soins la directrice Lucie Duriez. C’est exactement ça.

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Des vacances au théâtre avec le programme Vive les vacances

ACTUS | Quand plusieurs salles de spectacle de l'agglo décident d'ouvrir leurs portes aux plus jeunes pendant les vacances scolaires, on ne peut qu'applaudir.

Aurélien Martinez | Mardi 18 octobre 2016

Des vacances au théâtre avec le programme Vive les vacances

Et c’est parti pour la saison 4 de Vive les vacances, programme lancé en 2013 qui porte plutôt bien son nom. Soit plusieurs salles de l’agglomération grenobloise qui ont décidé de programmer des spectacles destinés au jeune public pendant les petites vacances scolaires, périodes où ces salles étaient habituellement fermées – oui, on l’a écrit (et regretté) de nombreuses fois dans ces pages, mais on ne comprend pas ce calendrier culturel construit autour d’une forte activité certains mois (mars et novembre par exemple) et de plus d’activité du tout à d’autres moments. Mais revenons-en à cette chouette initiative. Sur la saison 2016/2017, dix spectacles seront ainsi donnés dans huit salles de l’agglo. Pendant ces premières vacances de l’année, celles de Toussaint, on pourra se rendre à la MC2 pour découvrir Dormir 100 ans de l’auteure et metteuse en scène Pauline Bureau – une pièce qui, nous dit-on, « explore ce passage particulier de l’entrée dans l’adolescence ». À la Rampe, on aura plutôt droit à de la chanson (avec la souvent vue dans l’agglo Tartine Reverdy), a

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« Enfants, adolescents, adultes, tous au théâtre ! »

Tribune | Situé à la Villeneuve, l’Espace 600 est un théâtre qui accorde une place particulière aux jeunes spectateurs. Et qui le fait avec pertinence, même si nous n’en rendons pas suffisamment compte dans nos pages. On a du coup proposé à la directrice Lucie Duriez de nous livrer une tribune sur le sujet. La voici.

Lucie Duriez, directrice de l’Espace 600 | Mardi 18 octobre 2016

« Enfants, adolescents, adultes, tous au théâtre ! »

Dans notre société si attentive aux enfants, où la jeunesse est érigée en valeur suprême, où ils sont abreuvés d’activités, de chaînes TV et de presse spécialisée, on pourrait se demander pourquoi il faudrait, en plus, les emmener au spectacle… Déjà parce que tous, jeunes et adultes, y trouveront ensemble beaucoup de plaisir. Il faut rompre avec l’idée que le théâtre jeunesse serait "un théâtre en moins". Moins exigeant artistiquement, moins intéressant, et qui nécessiterait moins de moyens (tant on sait que le jeune public reste le parent pauvre du spectacle vivant). Un "petit théâtre" pour les "petits enfants", quelle vision datée du théâtre jeunesse ! On pourrait dire au contraire que c’est "un théâtre en plus". Pour tous les publics, dès les plus jeunes. Un spectacle jeune public s’adresse à tous, enfants et adultes, chacun le recevra avec sa sensibilité. Faisons confiance à la jeunesse pour recevoir les créations les plus audacieuses. Faisons confiance aux artistes qui choisissent de se frotter à ce public d’une extrême exigence. Emmenons aussi les jeunes au spectacle pour ne pas les laisser dans les mains d’une société mercant

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Samedi matin, c'est Espace 600 !

CONNAITRE | Ce samedi 1er octobre, il n’y aura pas que l’ouverture de saison du Prunier sauvage, il faudra aussi compter sur celle de l’Espace 600, discret (...)

Aurélien Martinez | Mardi 27 septembre 2016

Samedi matin, c'est Espace 600 !

Ce samedi 1er octobre, il n’y aura pas que l’ouverture de saison du Prunier sauvage, il faudra aussi compter sur celle de l’Espace 600, discret mais passionnant théâtre grenoblois dédié au jeune public – et, plus largement, à tous les publics. Rendez-vous à 11h30 (ça fait tôt, oui), dans la continuité de la représentation de 10h (ça fait encore plus tôt!) du spectacle Debout, pour en savoir plus sur leur saison. L’entrée est bien sûr libre.

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Émilie Le Roux : « Le jeune public ? Du tout public ! »

Théâtre | Émilie Le Roux, metteuse en scène grenobloise à la tête de la compagnie Les Veilleurs, proposera cette semaine un drôle de spectacle avec 106 interprètes (106, oui) pour marquer la fin de sa résidence à l’Espace 600, la scène jeune public de Grenoble. On en a profité pour évoquer avec elle tout un tas de sujets allant du théâtre jeune public en général à sa grande réussite "Mon frère, ma princesse" en passant par les relations difficiles entre les artistes et la Ville de Grenoble. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 8 décembre 2015

Émilie Le Roux : « Le jeune public ? Du tout public ! »

Vous terminez cette semaine plus de trois ans de résidence à l’Espace 600 de Grenoble avec le spectacle Allez, Allez, Allons qui n’a pas l’air d’être une toute petite chose ! Émilie Le Roux : C’est un spectacle multidisciplinaire avec du chant, de la musique, du théâtre de texte qui réunit 106 interprètes au plateau, dont des comédiens fidèles de la compagnie mais aussi une bonne partie de non-professionnels âgés de 10 et 90 ans ! Car on avait la volonté de créer une rencontre entre les générations… Que verra-t-on sur scène ? Ce sera un cabaret avec des textes qui vont de Tchekhov à Falk Richter en passant par Kafka, Olivier Py ou encore Calaferte. Et musicalement, on entendra des choses qui vont de Chopin à Philippe Katerine en passant bien évidemment par Camille [le titre du spectacle est emprunté à l’un de ses morceaux – NDLR]. Et ce sera un spectacle exceptionnel, un "one shot"… Forcément, car on n’emmènera pas ces 106 personnes en tournée ! Et puis on voulait finir cette résidence p

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« Ne pas désespérer l’enfant »

SCENES | La compagnie grenobloise Les Veilleurs, menée par Émilie Le Roux, vient de signer pour une résidence de trois ans à l’Espace 600, la scène jeune public de l’agglo nichée au cœur de la Villeneuve. Une résidence qui débutera avec la reprise du très beau spectacle Lys Martagon. Rencontre avec Émilie Le Roux pour évoquer le présent et le futur. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Jeudi 11 octobre 2012

« Ne pas désespérer l’enfant »

Lys Martagon est un texte de l’auteur Sylvain Levey, écrit à la Villeneuve...Émilie Le Roux : Oui. En 2009, Sylvain était venu en résidence ici plusieurs semaines, il avait rencontré les habitants. Il logeait chez quelqu’un du quartier, et a ainsi vécu ce que vit le personnage de Lys : le grand écart entre cette réalité urbaine qu’est la Villeneuve, et en même temps, cet appel des montagnes qui entourent complètement le quartier. Du coup, il a inventé le personnage de Lys Martagon qui vit à la montagne avec sa mère, descend à la ville tous les jours, et qui est dans cette tension entre le monde urbain et la nature dans laquelle elle a grandi. Vous aviez déjà monté ce texte en 2010...Quand Sylvain a écrit le texte, il savait qu’il allait finir entre mes mains, parce que ça faisait partie de la commande. Il savait aussi qu’il serait créé avec des amateurs – ceux de l’Espace 600 en l’occurrence. Il y a donc eu le spectacle, et j’avais plutôt envie que ça s’arrête là. Mais plusieurs professionnels nou

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"Cent culottes et sans papiers" : cent fois oui

Théâtre | L’enfance n’est pas une sinécure, surtout lorsqu’on a la malchance de naître durant les heures sombres d’un XXe siècle peu épargné par la folie des hommes. En à (...)

Nadja Pobel | Jeudi 26 avril 2012

L’enfance n’est pas une sinécure, surtout lorsqu’on a la malchance de naître durant les heures sombres d’un XXe siècle peu épargné par la folie des hommes. En à peine plus d’une heure, grâce au texte de Sylvain Levey, pas moins de vingt-neuf histoires se déroulent sous les yeux des spectateurs qui voient défiler, du point de vue d’un écolier, l’histoire de France. Elle est inscrite en filigrane du quotidien de ce petit garçon qui apprend la construction grammaticale de la phrase via cet exemple cinglant de sa maîtresse : « ton père est collabo ». Ainsi va la vie au début des années 1940 dans une petite école communale. Sur scène, trois comédiens adultes jouent à la fois des parents, des enfants, des instits, des militaires… Les rôles s’intervertissent à la vitesse de l’enchaînement des histoires ; cette folle allure donne du souffle à la pièce. Anne Courel utilise avec dextérité des artifices tels que la projection d’images d’archives de l’INA des premiers congés payés ou de vidéos super 8 sur un petit mouchoir blanc que tient du bout des doigts un acteur. Si le spectacle s’épuise un peu en bout de course à force de vouloir év

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« Semer des graines »

SCENES | JEUNE PUBLIC / Scène de référence dans l’agglo concernant le jeune public nichée au cœur de la Villeneuve, l’Espace 600 a depuis maintenant un an et demi une nouvelle directrice. Rencontre avec Laure-Anne Legrand, pour évoquer notamment la place du jeune public à Grenoble. Propos recueillis par AM

François Cau | Lundi 10 janvier 2011

« Semer des graines »

Petit Bulletin : Vous dirigez l’Espace 600 depuis maintenant plus d’un an, à la suite de Geneviève Lefaure, en vous inscrivant dans la continuité de cette scène Rhône-Alpes tournée vers le jeune public…Laure-Anne Legrand : Je continue de développer une attention particulière sur la création artistique destinée au jeune public, en proposant différentes esthétiques, et à destination de différentes tranches d'âge : la petite enfance, l'enfance et l'adolescence... Le théâtre jeune public, c'est une proposition pour l'enfant "à partir de". Je programme plusieurs spectacles pour l'enfant à différents moments de sa vie, ce qui permet un parcours et un choix parmi les propositions pour celui-ci. Ce qui m'intéresse également, c'est ce qui se joue pour l'enfant pendant le spectacle, mais aussi tous les projets que nous pouvons tisser autour de cette programmation, notamment avec l’adulte qui l’accompagne. Car un enfant ne vient pas tout seul au spectacle ! D’ailleurs, un bon spectacle jeune public s’adresse aussi à l’adulte. Il va trouver quelque chose dans sa relation avec l’enfant et dans son propre ressenti. Vous semblez vouloir c

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"Alice pour le moment" : quand l’enfance s’envole

Théâtre | Après la proposition très réussie de la cie des Gentils en novembre dernier, c’est au tour de la cie Adriadne de mettre en scène un texte de Sylvain Levey, (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 8 janvier 2010

Après la proposition très réussie de la cie des Gentils en novembre dernier, c’est au tour de la cie Adriadne de mettre en scène un texte de Sylvain Levey, auteur en résidence à l’Espace 600. Anne Courel s’attaque ainsi à Alice pour le moment, très belle pièce commandée à l’auteur suite à un travail de deux ans avec les Nord-Isérois sur l’adolescence et l’errance. Une pièce où il est question d’une jeune fille chilienne moquée par tous à cause d’une mère exubérante, et contrainte de changer constamment de ville du fait du travail de son père (pas l’idéal pour se faire des amis). Elle ne vit ainsi qu’avec sa famille démunie, qui entrepose toutes ses affaires dans une vieille Mercedes. Pour représenter visuellement ce road movie théâtral, Anne Courel a décidé de faire dans le suggestif, avec un plateau nu seulement vêtu de draps amovibles. Choix judicieux qui évite le trop-plein d’images, permettant de s’attacher pleinement au personnage d’Alice – interprété par Charlotte Ligneau, en constante adresse vers un public complice de sa destinée. A côté, les autres personnages sont campés avec moins de retenue, accentuant l’i

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"Le Roi s'amuse" : mi-figue, mi-raisin

Théâtre | Drame historique en cinq actes de Victor Hugo, Le Roi s’amuse a été censuré dès sa création en 1832 à la Comédie-Française, pour finalement n’être rejoué que cinquante (...)

Aurélien Martinez | Lundi 14 décembre 2009

Drame historique en cinq actes de Victor Hugo, Le Roi s’amuse a été censuré dès sa création en 1832 à la Comédie-Française, pour finalement n’être rejoué que cinquante ans plus tard. Le motif de la colère du pouvoir en place à l’époque ? La représentation d’une caste dirigeante frivole, avec un roi s’adonnant sans vergogne aux plaisirs de la chair. Anne Courel avec sa cie Ariadne (en résidence au Théâtre Jean Vilar de Bourgoin-Jallieu) a décidé de monter aujourd’hui ce texte fort mettant en scène François 1er et sa cour. Soit les mésaventures d’un bouffon guidant non sans cynisme son roi vers la débauche mais protégeant sa propre fille des maux de la cour qu’il sert. Et qui finira tragiquement arroseur arrosé, avec une enfant morte entre les bras. La mise en scène d’Anne Courel fait référence au théâtre de tréteaux : les nobles sont caricaturés à l’extrême (en particulier lors des chansons), face à un Triboulet (le bouffon) suscitant l’empathie. La compagnie, qui s’attelle plus souvent au répertoire contemporain (on attend sa lecture du texte de Sylvain Levey Alice pour le moment le mois prochain à l’Espace 600), fait

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«Ne pas prendre les enfants pour des imbéciles»

SCENES | JEUNE PUBLIC. Cette année, Sylvain Levey est l’auteur associé à l’Espace 600, où trois de ses textes seront mis en scène. A l’occasion du début de l’aventure la semaine prochaine avec Ouasmok ?, présenté par la compagnie grenobloise Les Gentils, on a rencontré Sylvain afin d’évoquer ses projets pour cette résidence. Propos recueillis par Aurélien Martinez

François Cau | Vendredi 23 octobre 2009

«Ne pas prendre les enfants pour des imbéciles»

Petit Bulletin : Pourquoi avoir accepté la proposition de l’Espace 600 ?Sylvain Levey : C’était une envie politique, car un auteur en résidence dans un lieu comme la Villeneuve a du sens. Je ne suis pas un auteur qui travaille seul chez lui, j’aime bien être en déplacement, à la rencontre des gens. J’ai un parcours aussi avec le lieu ; Villeneuve, pour moi, représente quelque chose : c’est un de mes premiers déplacements en tant qu’auteur avec Ouasmok ?. J’ai commencé à beaucoup apprécier Geneviève Lefaure [l’ancienne directrice de l’Espace 600, qui a quitté son poste en juin dernier NDLR]. J’ai trouvé que la reprise du projet par Laure-Anne Legrand [la nouvelle directrice NDLR] était faite de façon intelligente, donc je me suis dit "ok, je peux y aller" ! Comment s’articulera cette résidence ?C’est un grand projet qui prend du temps et de l’esprit. Il va y avoir plein de rencontres et de choses très riches à faire avec les jeunes. Je les ai déjà rencontrés, c’était très fort. Ils sont disponibles, ouverts d’esprit, capables de se faire surprendre… J’aime bien cette idée de travailler sur la Villeneuve. J’ai

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