Bertrand Tavernier est mort

Disparition | On vient d’apprendre la disparition à 79 ans du cinéaste, scénariste et producteur Bertrand Tavernier, par ailleurs président de l’Institut Lumière, à Lyon, depuis sa création en 1982. Une perte immense.

Vincent Raymond | Jeudi 25 mars 2021

Photo : (c) Étienne Georges


Né à Lyon en 1941, celui qui fut attaché de presse et critique avant de s'emparer de la caméra en 1964 pour son premier court-métrage, puis en 1973 pour son premier long L'Horloger de Saint-Paul, aura signé une des œuvres les plus prolifiques et éclectiques du cinéma français contemporain. Sans pour autant renier ses précurseurs à la différence de la génération précédente – Bertrand Tavernier n'hésitera pas à travailler avec les scénaristes Aurenche et Bost conspués par la Nouvelle Vague.

Touchant à tous les styles, du polar à l'anticipation en passant par le documentaire ; manifestant en homme engagé son amour pour le rétablissement de la justice sociale (L. 627, Histoires de vies brisées…), le jazz (Autour de minuit), le cinéma (l'extraordinaire Laissez-Passer, Voyage à travers le cinéma Français), sa filmographie est émaillée de nombreux prix : il fut le premier récipiendaire du César du réalisateur en 1976 pour Que la fête commence et le remportera à nouveau en 1997 pour Capitaine Conan. Ours d'Or pour L'Appât en 1995 à Berlin, il avait été récompensé d'un Lion d'Or honorifique à Venise en 2015.

Terrible symbole pour ce cinéphile acharné, à la mémoire encyclopédique – et qui préparait avec son alter ego Jean-Pierre Coursodon (lui disparu le 31 décembre 2020 dernier) la nouvelle mise à jour de leur bible, 100 ans de cinéma américain – de tirer sa révérence alors que les salles sont toujours fermées, sans horizon de réouverture. Et quelques jours après que l'on vient de célébrer le 126e anniversaire du Cinématographe Lumière…

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Il était une fois le cinéma avec "Lumière ! L’aventure commence"

ECRANS | de Thierry Frémaux (Fr., 1h26) documentaire

Vincent Raymond | Lundi 23 janvier 2017

Il était une fois le cinéma avec

Qui a déjà assisté à Lyon à une séance d’ouverture/clôture du Festival Lumière a forcément entendu Thierry Frémaux s’acquitter d’un commentaire en direct de vues Lumière (du nom de ces deux frères ayant joué un rôle crucial dans l'histoire du cinéma), dévidant force anecdotes historiques sur le mode badin – il est rompu à cet exercice depuis le centenaire du cinématographe, en 1995. Ces inestimables bobines des premiers temps du 7e art venant d’être restaurées numériquement, l’idée a germé d’en faire revivre une sélection sur grand écran, histoire que les yeux du XXIe siècle redécouvrent le monde du XIXe. Au bilan, 108 vues figurent dans ce programme composé suivant des chapitres thématiques plus que chronologiques ; 108 ultra courts-métrages "escortés" par la voix du patron de l’institut Lumière – son ton, ici plus solennel qu’à l’accoutumée, atteste qu’il est conscient de l’éternité à laquelle il se soumet en posant son timbre sur ces enveloppes cinématographiques. Projetés dans le respect de la vitesse du tournage (donc sans ses odieux accélérés transformant le moindre plan en saynète comique), ces vestiges du passé s

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"Voyage à travers le cinéma français" avec le guide Tavernier

ECRANS | Dans un documentaire de 3h15, Bertrand Tavernier raconte son rapport affectif aux films qui l’ont construit, dévoile son Panthéon des auteurs, techniciens, comédiens, compositeurs français… Édifiant, enthousiasmant, touchant : trois quarts de siècle d’un compagnonnage actif avec le cinéma, à tous les points de vue et d’écoute.

Vincent Raymond | Lundi 10 octobre 2016

Bertrand Tavernier ne pouvait choisir meilleur public que celui du festival Lumière (manifestation lyonnaise organisée en ce moment par l’institut homonyme, qu’il préside, dans la ville où il est né) pour présenter les premières séances de ce documentaire-somme retraçant son parcours. Car davantage qu’une audience acquise, celle-ci se révèlerait surtout réceptive au projet de ce ciné-fils/cinéphile, l’accompagnant bien volontiers dans l’exploration de sa mémoire d’ogre. Promis depuis des années, Voyage dans le cinéma français offre un retour très personnel aux sources primitives de sa passion pour l’écran d’argent ; aux origines de sa curiosité fervente et contagieuse, devenue avec les années prosélytisme chaleureux en faveur de tous les types de cinémas, peu importent les chapelles, du moment qu’ils lui apportent du plaisir – son emploi immodéré du superlatif absolu et de l’épithète "formidable" est d’ailleurs légendaire. Oncle Tatave, celui qui se souvient de tous les films Tout aussi prodigieuse se révèle sa mémoire cinématographique, presque indissociable du contexte folklorique des séances qu'il ressuscite : le voisi

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Quai d’Orsay

ECRANS | De Bertrand Tavernier (Fr, 1h54) avec Thierry Lhermitte, Raphaël Personnaz, Niels Arestrup…

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

Quai d’Orsay

Le cinéma de Bertrand Tavernier ne brille pas par sa légèreté ; d’où étonnement de le voir s’emparer de la BD de Blain et Lanzac relatant sur un mode de comédie picaresque le passage au ministère des affaires étrangères de Dominique de Villepin, rebaptisé Alexandre Taillard de Worms. Grand bien lui en a pris : c’est son meilleur film depuis des lustres, malgré ses évidentes faiblesses. Adoptant le point de vue du candide Arthur Wlaminck, recruté pour s’occuper du «langage» au sein du cabinet, Tavernier met en lumière le bordel intégral que le ministre sème autour de lui, mélange d’égocentrisme, de cuistrerie, de copinage et d’agitation pure et vaine. Tant qu’il reste dans l’enceinte du Quai d’Orsay, le film est franchement plaisant, notamment grâce à la double prestation de Lhermitte et Arestrup, antinomiques comme le feu et la glace. La lourdeur de Tavernier revient dès qu’il en sort, notamment pour aller filmer les scènes parfaitement inintéressantes entre Arthur et sa compagne, aération inutile d’un récit qui méritait plus de radicalité. Se plaçant sous la Présidenc

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La Princesse de Montpensier

ECRANS | De Bertrand Tavernier (Fr, 2h19) avec Lambert Wilson, Mélanie Thierry…

François Cau | Jeudi 28 octobre 2010

La Princesse de Montpensier

Nicolas Sarkozy a involontairement remis Madame de La Fayette à la mode. Après La Belle personne de Christophe Honoré (d’après La Princesse de Clèves), Bertrand Tavernier s’attaque à La Princesse de Montpensier. Pour le moderniser ? Non, le film est une reconstitution d’époque proprette, très qualité française. Pour en faire ressortir la pertinence ? À la rigueur, on voit bien qu’à travers le personnage de Mademoiselle de Mézières, qui oscille romantiquement entre l’homme promis et l’homme aimé, c’est la question toujours d’actualité de la liberté féminine qui est envisagée. Mais le film est littéralement aspiré par un académisme plombant, que la caméra en mouvement perpétuel dissimule à grand peine. Cela se traduit par une absence de quotidienneté frappante, des scènes d’action pataudes, un texte étouffe-chrétien et surtout la raideur quasi cadavérique des jeunes acteurs recrutés pour l’occasion. Que Tavernier ait choisi de les faire jouer comme dans une dramatique télé de l’ORTF, laissant aux seuls Lambert Wilson et Michel Vuillermoz le droit d’apporter un peu de liberté dans le film, en dit long sur son affinité avec son sujet : une certaine perplexité, sinon un vrai mépris, fac

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Dans la brume électrique

ECRANS | De Bertrand Tavernier (Fr-ÉU, 1h57) avec Tommy Lee Jones, John Goodman…

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2009

Dans la brume électrique

Longtemps attendue, sortie directement en DVD aux Etats-Unis dans une version raccourcie d’une vingtaine de minutes, cette adaptation de James Lee Burke par Bertrand Tavernier intriguait. Mais assez vite, la déception pointe son nez. Ce que l’on peut reprocher d’ordinaire au cinéma de Tavernier (sa lourdeur démonstrative, l’épaisseur de ses dialogues) est pour une fois mise en sourdine : Dans la brume électrique possède une certaine fluidité d’exécution et une attention réelle aux personnages dont on ne cherche pas à expliquer toutes les motivations. En revanche, là où le cinéaste se casse les dents, c’est pour trouver un rythme à cet enchevêtrement ambitieux d’intrigues courant sur près de cent cinquante ans. Les crimes d’aujourd’hui, crapuleux, ceux d’hier, raciaux, et ceux, fondateurs, de la guerre de sécession, se rejoignent dans la ballade désabusée d’un flic alcoolique et humaniste, Dave Robichaud, fort justement campé par le toujours parfait Tommy Lee Jones. Mais ce récit touffu paraît pourtant à l’écran particulièrement délié, plein de temps morts, comme une accumulation indolente de séquences jamais connectées entre elles. Surtout,

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