Electro belle pour toi

MUSIQUES | L’anniversaire du Mark XIII, c’est l’occasion de célébrer le panache du bar électro historique grenoblois, mais surtout de se prendre des beats plein la tronche. FC

François Cau | Lundi 20 septembre 2010

Photo : Sébastien Cuvelier


Au fil des années, le Mark XIII a su dépasser les étiquettes communautaristes qui pesaient injustement sur lui. Ce bar électro de la rue Lakanal rassemble désormais toutes sortes d'esthétiques sonores et de populations, des jeunes hipsters souhaitant s'encanailler, aux érudits musicaux accoudés au comptoir hochant la tête, l'air grave, sur des musiques électroniques pointues, en passant par les exhibitionnistes de fins de soirée dévoilant leurs atouts dès que retentissent Depeche Mode, The Cure ou même Nine Inch Nails. La traditionnelle Mark XIII Birthday Party se fait chaque année le reflet de cette ambiance singulière comme de l'émulation artistique régnant dans le lieu : après le traditionnel warm up animant le bar jusqu'à sa fermeture (ourdi cette année par les dancefloorement parlant irréprochables YCHTCLB et Lucky Jules), la seconde partie de soirée (au Drak-art) verra se succéder aux platines des artistes peu connus du grand public mais révérés dans les hautes sphères électro.

L'Italie en renfort

Avec le duo Franz & Shape, on est en plein dans l'un des genres de prédilection du Mark XIII : l'EBM, alias l'Electronic Body Music, qu'on résumera très lapidairement comme un bâtard des sons indus et new wave, ou encore comme de la musique d'apparence très froide mais qui vous met cependant au défi de ne pas danser sur ses boucles irrésistibles. Pour être franc, à l'écoute des morceaux que nous a refilés avec son enthousiasme habituel Aymeric Ponsart, le daron du Mark XIII, on a tout d'abord été dubitatif quant au côté farouchement old school des compositions, relayés sur certaines pistes par des vocals gentiment kitschs. Et puis, poussé au train par un professionnalisme échevelé, on a jeté une oreille et un œil à des captations de performances live du duo, et force est d'admettre que nos réticences ont volé en éclat, tant messieurs Franz et Shape font montre d'une efficacité redoutable en sortant du cadre étriqué du studio. Leur son gagne en assurance, les foules hystériques leur répondent avec un légitime entrain, c'est beau.

Perte de salive

On s'était bien maudit en 2005 de ne pas avoir plus écouté que ça No Opportunity In Standard Experiences (astucieux acronyme de NOISE), le troisième album du grenoblois Christophe Leusiau, plus connu des amateurs d'électro noise aux mélodies rêches mais planantes sous le pseudo de Sulphuric Saliva. Après l'avoir passé en boucle un nombre invraisemblable de fois dans les mois ayant suivi sa dernière participation à une Mark XIII Birthday Party, on s'était dit, mais un peu tard, que la prochaine fois, on ne le louperait pas. Manque de bol, c'est à ce moment que Leusiau décide de mettre le projet en stand by pour plusieurs années. Mais là, joie, allégresse, petits anges tout nus jouant de la harpe, il nous revient sous le nom de Sulphuric (il précise sur son blog que ce changement est le fruit d'une réflexion de plusieurs mois – on se permet malicieusement d'en douter), et honorera la soirée de samedi de sa présence. Pour l'instant, on n'a entendu qu'un seul titre de son nouveau projet (My favorite torture), mais ces 6 minutes, bien dark et rentre-dedans comme on aime, suffisent à nous faire attendre sa performance avec impatience.

Un Arnaud pour les gouverner tous

La tête d'affiche de la soirée n'est autre que l'indispensable Arnaud Rebotini. Programmé moult fois dans les soirées Mark XIII, que ce soit en DJ set solo ou sous l'étiquette de son groupe Black Strobe, ce musicien aussi imposant physiquement qu'exigeant artistiquement peut se targuer d'avoir œuvré à la respectabilité des sonorités électroniques, que ce soit par sa discographie éclectique ou encore par ses travaux au prestigieux Groupe de Recherches Musicales, institution dédiée à la musique contemporaine sous toutes ses formes, créée par Pierre Henry et Pierre Schaeffer. Outre cette crédibilité à faire rougir de honte les pousseurs de disques frenchy “internationalement connus“, qu'on ne citera pas, il faut également savoir que les performances live de ce Golgoth sont systématiquement des expériences uniques, jouissives et, disons-le, inratables.

Mark XIII Birthday Party
Samedi 25 septembre, de 21h à 1h au Mark XIII, dès 1h au Drak-art.

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