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La boîte du diable

Article publié le Vendredi 24 février 2012 par Régis Le Ruyet Petit Bulletin n°833 consulté 554 fois

Tous les instruments de musique n’ont pas la même noblesse : bien souvent, le piano à bretelle évoque une vision prolétaire et champêtre, un ami proche du Tour de France. Une réputation que l’accordéoniste Richard Galliano a fait voler en éclat en réhabilitant le mal-aimé sur la scène mondiale. Régis Le Ruyet

 • Richard Galliano

L’image de Richard Galliano est attachée à la Vie violence du boxeur des mots Nougaro, pour qui il a écrit un Tango pour Claude à vous arracher des larmes. Mais sa filiation a plus à voir avec la côte argentine que son passé d’accompagnateur de la chanson française. C’est en 1983 qu’il rencontre et devient ami avec Astor Piazzolla, le maître du tango argentin. Dix ans après, guidé par le génial inventeur du Nuevo tango, il cuisine avec persévérance des racines de swing et de java dans un bouillon de jazz. Et ressort de la marmite un New musette débarrassé de la cocarde. Ce disque au titre de manifeste le distingue comme meilleur musicien de jazz de l’année 93. Après avoir ensemencé les terres du jazz, sa notoriété lui permet en 2009 d’enregistrer l’album Bach sur le prestigieux label Deutsche Grammophon. Un opus où il insuffle le swing aux partitions du Kantor de Leipzig.

Faire d’une particularité une richesse

Dès lors, Richard Galliano considère que jouer ces mélodies du génie allemand sur cet instrument inconnu montre l’universalité et encore plus l’intemporalité de sa musique. Non sans provocation, il aime assimiler la boîte à bouton à un orgue portatif doté de l’expressivité du souffle. Dès lors, les notes se gonflent d’air et le concerto pour clavecin en fa mineur sonne plus doux sans perdre le côté nasillard que lui donnait le clavier. Mais sous ses doigts, l’instrument sait aussi se faire corde comme dans le jeu en staccato du concerto pour hautbois et violon. Le reste du programme que l’accordéoniste propose à la MC2 est composé de musiques qui prennent aux tripes. Regreso al amor, Oblivion écrits par son mentor Piazzolla où ses propres compositions, provoquent des images de marins largués sur la planète et de couples qui se déchirent sur le pas de leurs portes. Des complaintes qui étreignent le cœur avec des effets dévastateurs. A classer à côté des fados, flamencos, blues et bossas qui font des boules dans la gorge. Enfin, si les musiciens du quintette qui accompagne le concertiste semblent plus attachés à leurs partitions, les âmes de leurs instruments n’en vibrent pas moins à l’unisson.

Crédits photo : Vincent Catala Universal Music

À lire aussi :

 

Richard Galliano

From Bach to Piazzolla. Accordeon
MC2 : 4 rue Paul Claudel Grenoble
Jeudi 1 mars 2012 à 19h30


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