C(l)oup de blues

MUSIQUES | À la suite d'un «drame domestique» qui l'a profondément changé, l'ex-Diabologum et Expérience Michel Cloup a recyclé en solo sa colère sur "Notre Silence". Un album bouleversant, synonyme de nouveau départ, à découvrir sur la scène du Clacson. Propos recueillis Stéphane Duchêne

Aurélien Martinez | Mercredi 9 mai 2012

Sur le titre Cette colère, il apparaît que la colère que vous pensiez avoir apprivoisée avec l'âge est réapparue suite à un drame personnel pour, dites-vous, devenir votre «meilleur carburant». Est-ce la colère qui a engendré ce disque ?
Michel Cloup : Non, ce sentiment est très présent dans le disque, mais n'en est pas l'élément central. J'ai effectivement souvent exprimé, dans chacun de mes différents projets, une colère, pour tout un tas d'autres raisons que le drame domestique qui m'a touché. Là, je voulais surtout rendre les différents états par lesquels on passe quand on perd quelqu'un. La colère, puis les souvenirs qui reviennent, la tristesse, le manque. C'était un cheminement personnel, aller au cœur de ce processus en étant exhaustif dans le rendu. Mais quand je parle de perte, c'est au sens large ; les gens n'ont pas besoin de mourir pour qu'on les perde.

Paradoxalement, on sent aussi dans cet album une sorte d'apaisement, beaucoup de pudeur.
Exactement. Même, si je ne me suis jamais autant livré, cet album n'est pas une psychanalyse. Le but n'était pas de raconter mes petits malheurs et de faire pleurer dans les chaumières, mais de partager ça avec les gens. Qu'ils puissent connecter leur histoire personnelle avec celle qu'on leur raconte de façon intime.

D'où cette idée de chanter pour la première fois sous votre nom...
Ça fait vingt ans que je suis dans des groupes et j'avais envie d'assumer quelque chose de nouveau sous mon nom, de m'assumer comme un grand en tant que chanteur.

Cette expérience personnelle vous a-t-elle amené à porter un regard différent sur la colère pour le coup beaucoup plus sociétale qui animait Diabologum ou Expérience ?
J'ai pris conscience du fait que les idées, les idéaux, c'est très bien mais ça ne fait pas tout. Ça
a été une sorte de déclic à un moment où je sentais que j'étais en bout de course par rapport à toute cette révolte. Avec Expérience, humainement, musicalement et artistiquement, dans les thèmes abordés, on était dans une impasse. Ce n'est pas un constat d'échec parce que j'en suis toujours au même point mais au niveau de l'expression, j'avais envie de faire les choses différemment.

On sent dans le dernier Expérience, comme un phénomène de trop plein de tout et particulièrement d'énergie, comme s'il agissait d'un feu d'artifice final...
C'est un album dur à écouter. Je l'ai réécouté il y a quelque temps, ça m'a cassé la tête... Sans le vouloir, alors qu'on n'imaginait pas forcément que c'était notre dernier disque, c'était un peu le bouquet final.

"Je me suis poussé dans mes derniers retranchements"

 

Sur Notre Silence, le parti-pris c'est guitare-batterie, avec une guitare baritone [une guitare hybride entre guitare et basse, NdlR]. Par volonté d'épure ?
Je voulais surtout trouver une musicalité plus forte. Expérience était vraiment un rouleau compresseur basé sur l'énergie. Là j'avais envie de poser un peu le fusil et de faire plus corps avec la musique, d'avoir plus de liberté dans l'exécution des chansons. Pouvoir jouer très bas et très fort, créer des montagnes russes musicales. En fait, tout à vraiment fait sens en même temps : les textes et l'envie musicale se sont en quelque sorte parfaitement articulés

En concert, vous conservez cette formule en duo ?
Oui. Les chansons respirent même encore plus que sur disque, on n'a pas le chronomètre en main. Il y a des espaces de liberté à l'intérieur des morceaux. On a vraiment essayé de rentrer dans quelque chose de plus musical avec l'idée de créer une sorte de voyage.

Etant donné la tonalité intime de l'album, avez-vous abordé l'écriture différemment d'avec Diabologum et Expérience, où on trouvait beaucoup de collages, de slogans, d'abstraction parfois...
Oui et non. Ça n'a pas changé grand-chose dans ma manière de travailler. L'inspiration était simplement différente, plus personnelle. Il y avait déjà un peu de ça dans certains textes d'Expérience mais je ne l'avais jamais vraiment développé. Là, je me suis poussé dans mes derniers retranchements.

Vous avez travaillé sans label, le disque étant auto-produit. Est-ce par impatience, pour être plus libre ou contraint-forcé ?
Ça faisait plusieurs années que ça me titillait. Je voyais autour de moi des amis qui avaient emprunté cette voie-là avec succès. Je pense notamment à Pascal Bouaziz de Mendelson [formation nancéenne culte, également lancé par le label Lithium, NdlR]. J'en ai pas mal discuté avec lui quand il a sorti son dernier album. Il m'a un peu poussé en me disant : «Tu sais aujourd'hui, il y a moyen de faire des disques pour pas trop chers et si ton disque on doit en parler, on en parlera autant si c'est auto-produit ou sur un label». Ensuite quand j'ai commencé à travailler sur les premières chansons, j'ai envoyé deux ou trois choses à des labels. Les réponses étaient un peu molles et sous-entendaient que ça allait prendre du temps. Mais je n'avais pas du tout envie d'attendre, les choses étaient là, prêtes. C'était beaucoup plus simple de faire comme ça même si le pari est risqué, car faire un disque ça coûte de l'argent. Pour moi c'était aussi un aboutissement par rapport à tout un discours d'autonomie, d'indépendance. Et puis on y trouve une forme de tranquillité qui allait avec cette recherche d'apaisement. Je suis vraiment content d'avoir fonctionné comme ça parce que ça a permis de créer un lien vraiment différent avec les auditeurs. Pendant deux ou trois mois, l'album était disponible uniquement sur le site. Même si le disque a été ensuite distribué en magasin, ça crée un rapport différent, c'est moi qui fait les enveloppes, on m'envoie des messages... Par rapport à tout ce qui se passe, avec la crise du disque etc., je trouve que c'est un bon moyen de s'assumer et de dire aux gens «c'est moi qui produis mon disque, c'est moi qui met de l'argent dessus, c'est un vrai album, c'est pas fait avec des bouts de ficelles, vous pouvez l'acheter ou ne pas l'acheter mais si c'est le cas l'argent est pour moi, et ça, ça va payer mes dettes (rires)».

Est-ce que l'auto-production n'est pas devenue la nouvelle manière de faire de la musique indépendante ?
Si bien sûr. Le problème c'est qu'il y a une réelle déconfiture du label indépendant. On dit que la crise du disque ne touche que les majors, c'est faux. Les indés ferment les uns après les autres. Dans ce genre de situation, ce sont avant tout les plus petits qui morflent. Universal a vu son chiffre d'affaires baisser de moitié en dix ans mais ils ont encore de la marge. Quand tes bénéfices sont petits et qu'ils baissent de 50%, c'est autre chose. Après, je ne parle pas des labels indépendants qui ont une visibilité mondiale, mais à un moment donné je me suis dit : «Est-ce que c'est vraiment intéressant pour moi de signer sur un petit label ? Est-ce que ça va changer quelque chose si je m'auto-produis ?». Et puis il y avait cet exemple de Mendelson avec son album. Le disque était super et les gens en parlaient peut-être plus que s'il était sorti sur un label parce qu'il y avait ce côté héroïque.

Justement, la différence entre Mendelson ou Michel Cloup et un jeune groupe, c'est que vous avez depuis un certain temps une base de fans, qui peut vous permettre de prendre ce genre de risque...
Il est évident que c'est beaucoup plus facile pour nous d'avoir ce genre de démarche que pour un groupe qui démarre. Après, honnêtement, vu les moyens de diffusion, qu'on a aujourd'hui, être en auto-production ne change pas grand-chose. Et puis, à travers mes commandes et les gens que je rencontre dans les concerts, je me rends compte qu'il y a effectivement un noyau dur de fans mais aussi beaucoup de nouveaux venus, bien plus jeunes, ce qui est plutôt agréable et rassurant. Ce n'est pas juste la vieille garde des fans des années 90.

"Quand les choses deviennent douloureuses même après avoir été heureuses, mieux vaut fermer le livre et passer à autre chose" 

Justement, vous parlez de cet album comme d'un nouveau départ à bien des égards et il se trouve qu'il est sorti l'an dernier au moment de la reformation de Diabologum. Vous n'avez pas eu peur que ça brouille un peu les pistes ?
J'ai eu peur que le disque passe à la trappe. Comme en plus au départ on ne savait pas si on allait faire d'autres dates avec Diabologum... Mais j'ai quand même maintenu la date de sortie de l'album et je me suis rendu-compte qu'il vivait sa vie tout seul, indépendamment de Diabologum. Et il continue à vivre, ce qui m'a beaucoup frappé puisqu'aujourd'hui, les albums meurent très vite. Plusieurs mois après sa sortie, il y a toujours des chroniques, les médias en parlent encore, je suis surpris.

Pourquoi n'avoir pas prolongé la reformation de Diabologum ?
On s'est posé la question mais on ne le fera pas. Parce qu'il y a des choses qu'on croît résolues, qui en fait ne le sont pas et contre lesquelles on ne peut pas se battre. Quand les choses deviennent douloureuses même après avoir été heureuses, mieux vaut fermer le livre et passer à autre chose.

Vous n'avez pas forcément toujours bien vécu qu'on vous ramène toujours à Diabologum. Vous en avez fini avec ça ?
Oui. Ça a été difficile à l'époque d'Expérience. Tu construis un nouveau projet avec de nouvelles personnes qui n'ont rien à voir avec Diabologum et on te ramène tout le temps à ça. C'est fatigant. Surtout qu'il y a beaucoup de mythologie autour de Diabologum. Même si le troisième album #3 a marqué des gens, on n'était pas à un stade de notoriété délirant. On n'était pas Noir Désir. Mais petit à petit lors de mes concerts j'ai pu mesurer à quel point Diabologum avait vraiment touché profondément des gens, que ce n'était pas un effet de mode. Aujourd'hui je trouve ça plutôt agréable.

Aujourd'hui #3 est quasiment introuvable. Or, il est question qu'il soit réédité. Ce sera le cas ?
Il est introuvable depuis 2004 et même avant la fermeture de Lithium, il ne restait déjà plus beaucoup d'exemplaires. On peut le trouver à des prix délirants sur internet mais officiellement on ne peut pas l'acheter même en format numérique. Après, même s'il n'y a plus Megaupload, il y a toujours moyen de le trouver sur des blogs ou autres. Mais la réédition est en bonne voie. On veut un bel objet, pour ceux qui souhaitent soit le retrouver, soit le découvrir. Il y a beaucoup de gens de 25, 30, 35 ans qui ont découvert le groupe sur le tard, une fois séparé. On veut vraiment faire un truc qui marque le coup avec un deuxième CD, des inédits, parce qu'on est un peu triste que ce disque ne soit plus disponible.

"Quand tu est passionné de musique tu rebondis d'époque en époque, de disque en disque" 

En ce moment il y a beaucoup de disques de cette période-là qui sont réédités : Nevermind de Nirvana, Bakesale de Sebadoh, l'intégrale de Dominique A, il y a la reformation de Dinosaur Jr, Mudhoney va jouer aux Nuits Sonores à Lyon... Que pensez-vous de ce revival 90's ?
C'est un grand classique, on a vécu ça avec les années 80 dans les années 90, avec les années 70 dans les années 80. Il y a toujours un moment où on regarde en arrière. Les gens vieillissent et nous font un petit coup de nostalgie de leur jeunesse. Après, ce qui est chouette avec certaines reformations comme Dinosaur Jr., Pavement ou Sebadoh, c'est que les choses ont vraiment été bien gérées, c'est bien fait. Tu sens que les mecs se font plaisir. Ça casse un peu cette idée de la reformation un peu pathétique du vieux groupe. L'aspect financier n'est pas à écarter mais je pense qu'il n'y a pas que ça. Un groupe comme Dinosaur Jr. qui s'était vraiment quitté de manière assez violente en est à son troisième album post-reformation.

Vous dites souvent que la culture musicale se construit pendant les dix premières années...
Oui, à un niveau personnel là où tu te construis musicalement ce sont les dix premières années où tu écoutes de la musique. Moi ce sont les années 90, c'est là que j'ai découvert tout ce qui m'a un peu constitué, Slint, Codeïne, des choses comme ça, même si je ne suis pas bloqué là-dessus. Quand tu est passionné de musique tu rebondis d'époque en époque, de disque en disque. La musique c'est quelque chose qui se construit, se reconstruit, se détruit, se reconstruit. Ça fonctionne par cycle, par influence, c'est un jeu de pistes. Après c'est vrai qu'il y a une période de construction qui sert de base à laquelle on revient toujours. Avec l'âge on fait aussi beaucoup plus le lien entre les choses qui sortent aujourd'hui et des choses qu'on a déjà entendu dans le passé, donc il y a des choses qui me surprennent moins. De la même façon, certains des groupes qui m'ont marqué dans les années 90, n'ont pas forcément été essentiels dans l'histoire de la musique. L'idée, elle n'est pas là. C'est du rock, de la pop, on n'écrit pas des livres, on fait de la musique, on va en concert, on bouge la tête ou pas. Il y a de la place pour tout le monde.

Vous avez déjà commencé à travailler sur un prochain album ?
Oui, je commence à écrire des choses, débroussailler un petit peu, à essayer de trouver une direction pour essayer de continuer ce qui a été commencé tout en ne refaisant pas le même album.

Vous vous concentrez uniquement là-dessus ou il y a d'autres projets en vue ?
Non, j'ai tout arrêté à côté. Avec Diabologum, on ne rejouera pas. Expérience est définitivement mort. Le projet Binary Audio Misfits, je l'ai mis de côté aussi. Jusqu'à aujourd'hui me suis toujours un peu éparpillé sur plein de choses, ce que je ne regrette pas puisque j'ai travaillé avec plein de gens intéressants et toujours fait des choses dont je suis fier. Mais j'ai quand même un peu envie de me concentrer sur moi et puis je n'ai plus autant de temps que quand j'avais 25-30 ans. A côté, j'ai une vie personnelle et je ne peux pas être partout.

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