Les dix concerts à ne pas louper en mars et avril

MUSIQUES | Ces deux mois seront riches en événements du côté de la Belle électrique, de la Bobine, de la Source, de la MC2... La preuve en dix points à base de Feu! Chatterton, de Rover, de Nada Surf ou encore de Détours de Babel. Stéphane Duchêne et Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 19 février 2016

Photo : Fanny-Latour-Lambert


Feu! Chatterton

Voilà un groupe qui aime les transports, qui a déchiré le voile du succès critique avec une chanson sur le Costa Concordia et annoncé son premier album avec un single titré Boeing. Mais quand on parle de transport, il faudrait entendre ce mot selon toutes ses acceptions, à commencer par celle du transport sentimental, du transport amoureux et du voyage des mots. Car si l'on a multiplié les comparaisons musicales ou stylistiques s'agissant de Feu! Chatterton, il faut reconnaître une chose qui n'appartient qu'à eux.

Rarement, on a vu si jeune groupe écrire des textes de la sorte : Boeing est une chanson à danser autant qu'à lire comme une suite machiniste à L'Albatros de Baudelaire (« Boeing, Boeing ! Et tes mouvements lents sont de majesté / Est-ce la faute de tes passagers indigestes / Si tu penches ? »). Quant aux paroles de Côte Concorde, elles sont à placer aux côtés des grands textes de la chanson française (« Du ciel tombe des cordes, faut-il y grimper ou s'y pendre ? »). Feu! Chatterton, loin d'être de paille, brûle de mots et sur scène les enflamme. C'est à voir.

SD

Samedi 5 mars à la Belle électrique

Jon Spencer Blues Explosion

N'était une annulation de tournée en novembre dernier pour raisons de santé (le groupe devait se produire à Grenoble le 11), tout indique que le Jon Spencer Blues Explosion de Jon Spencer, Russell Simmins et Judah Bauer a opéré avec Freedom Tower – No Wave Dance Party 2015 un retour en forme en forme de retour en grâce, retrouvant non pas son mojo (qui peut dire qu'il l'avait perdu ?) mais celui qui agite l'âme new-yorkaise originelle – celle de cette Big Apple crasseuse et grouillante de promiscuité créative d'avant la gentrification.

Car c'est bien un hommage à cette période qui vit débuter le groupe alors que la no wave battait son plein, et à cette ville, évoquée ici comme on évoque une femme, que le trio rend furieusement (tout est toujours fait furieusement chez JSBX) hommage, y puisant, comme s'il était besoin, une énergie renouvelée. Qu'on espère, les péripéties médicales laissées derrière, revenu à son plus haut niveau spencerien ; c'est-à-dire dépassant l'entendement et la mesure.

SD

Mercredi 9 mars à la Belle électrique

Rover

C'est une grosse cylindrée qu'on a prise en pleine poire lorsque Rover (bon, en fait aucun lien avec l'automobile, ça veut dire « vagabond ») a débarqué en 2012 avec son physique de troisième ligne, son manteau de deuxième et sa musique de première catégorie – celle des Bowie et des grands caméléons pop.

C'est un second coup de portière (maintenant qu'on a commencé, on file quand même la métaphore automobile) qu'on a encaissé en voyant ce colosse se dépouiller sur scène avec la détermination et l'appétit d'un Chabal à l'affût d'une épaule à démettre.

Et c'est un clou qu'il nous enfonce avec Let it Glow, second album de mise en orbite à coups d'engins 70's où le timide popeux errant semble assumer son statut de starman, comme dirait justement Bowie, en cuir et Ray-Ban. « Let it glow », littéralement « laisse briller ». Tout est dit.

SD

Samedi 12 mars à la Belle électrique

Bleu Baudoin

Le trio (devenu quatuor) grenoblois de folk song(e)s Bleu va redonner son concert dessiné imaginé en 2013 avec le dessinateur Edmond Baudoin – une figure de la bande dessinée qui a collaboré avec des titres comme Pilote ou L'Écho des savanes. Un grand moment tant musical (la musique de Bleu est une petite merveille – leur titre Battons la campagne en exemple parfait) que visuel donc (Baudoin a inspiré pas mal de dessinateurs actuels) grâce à cette « fresque musicale » construite en live : « le mélange de l'encre et du son, la fusion de deux entités contraires, arts plastiques et musiques actuelles, aspirant à un même désir de légèreté ».

Sur scène, les pépites mélodiques finement écrites de la formation emmenée par le chanteur François Thollet s'accordent subtilement avec les dessins créés en direct par Baudoin, sans que ce dernier n'ait besoin de jouer la carte de l'illustration. C'est tout simplement très beau.

AM

Mercredi 16 mars à la Source (attention : concert reporté au jeudi 12 mai)

Miossec

Lors de son dernier passage grenoblois, l'année même de ses 20 ans de carrière et de la sortie d'Ici-bas, ici-même, on disait que Miossec, qui paraissait devenu adulte à 50 ans (et donc 20 ans de carrière), nous semblait en reprendre pour 20 ans de plus. Encore faut-il savoir se renouveler (cf. Stephan Eicher, voir plus bas) et voyager léger.

C'est ce que fait Miossec avec la poursuite de sa tournée de lieux « modestes » accompagné de son « petit ensemble », un groupe qu'il a voulu acoustique et proche de lui pour se retrouver bugne à bugne avec son public, comme au temps de Boire. Des airs de tournée-jubilé ? Non, point. Miossec y présente déjà des titres de son prochain album, prévu pour le printemps. Et qui sera, comme on dit en Espagne, sa decima.

SD

Mercredi 16 mars à la Bobine

Les Détours de Babel

Bon, là, on ne va pas parler d'un concert en particulier, mais d'un festival. Et de quel festival : les Détours de Babel, dont la nouvelle édition a pour thème « alter-ego ». Si, dans la droite ligne de ce que fait à l'année le Centre international des musiques nomades qui porte ces Détours, certains projets sont musicalement très exigeants, on note dans la programmation une volonté de plus en plus forte de s'ouvrir vers de nouveaux publics grâce à la venue de têtes d'affiche. Mais des têtes d'affiche qui restent néanmoins conforme au degré d'exigence des Détours qui se présentent comme un festival des musiques du monde contemporain – en gros, une année, on avait titré « élitisme pour tous » pour qualifier l'événement.

Au rayon des grands noms, notons ainsi cette année la venue à la Belle électrique du fabuleux trompettiste Ibrahim Maalouf au succès retentissant (son concert est déjà complet), à la MC2 du très grand danseur de flamenco Andrés Marín (que l'on peut voir comme un cousin d'Israel Galván) ou encore à l'Hexagone du koriste Ballaké Sissoko dont on a souvent vanté les mérites dans nos colonnes.

On parlera donc plus longuement d'eux, et de tous les autres moins connus (il y a tout de même quelque 80 rendez-vous musicaux), en temps voulu.

AM

Du lundi 21 mars au samedi 9 avril à Grenoble et dans l'agglo

Stephan Eicher

Stephan und die Automaten. Rassurez-vous, il ne s'agit pas du téléfilm de Noël diffusé sur Arte, au lendemain du réveillon, entre le chaource et les Mon chéri, et que vous auriez donc loupé. C'est simplement le nouveau concept live de ce diable de Stephan Eicher, jamais à court d'une idée quand il s'agit de renouveler son étal, en quête de la tournée perpétuelle.

L'idée est simple et sacrément enthousiasmante : l'homme d'Engelberg (en Suisse) entourés d'instruments acoustiques (carillons, tuyaux d'orgues, bobines tesla, piano) mais automatisés. Il s'agit ainsi de proposer une réflexion ludique sur le rapport entre l'homme et la machine et la société automatisée avec, en arguments, ses grands tubes, ses classiques plus méconnus (on vous a déjà dit à quel point son dernier album, Le Sourire, est un petit bijou ?) et même quelques inédits écrits avec son alter-ego des mots Philippe Djian (dont on ne sait s'il a lui même été automatisé pour l'occasion).

Plus le temps passe, moins on parvient à se lasser de Stephan Eicher. Il faut dire qu'il ne nous aide pas.

SD

Jeudi 24 mars à la MC2

Aldous Harding

Si l'on considère qu'il existe un envers du monde où nous aurions tous une sorte de jumeau, alors la Nouvelle-Zélande serait l'envers vert de la Californie et Aldous Harding la jumelle musicale d'une de ces filles mûries dans ce repère à folkeuse qu'est Nevada City – que l'on songe à Alela Diane (surtout), Mariee Sioux ou Alina Hardin (sa quasi homonyme, c'est forcément un signe).

Depuis Lyttelton (en Nouvelle-Zélande donc), l'envoûtante Aldous ouvre les portes de notre perception à coups d'arpèges minimalistes sur lesquels elle vient poser son vibrato folk en diable. Stop your tears chante-t-elle sur un de ses titres qui n'est pas loin d'évoquer aussi des hommes, des vrais (Leonard Cohen ou Tim Hardin – décidément, voilà quelqu'un de bien nommé). Sauf que c'est plus facile à dire qu'à faire à l'écoute d'une douce musique qui, sans aucun artifice, tirerait facilement des larmes à un pilier All-Black.

SD

Jeudi 31 mars à la Bobine

Jeanne Added + Last Train

Jeanne Added, c'est la révélation de 2015 qui avait gratifié la Source d'un concert grandiose en octobre pendant lequel elle avait défendu avec conviction et prestance son mélange de post-punk-électro et de pop-grunge. La voir repasser cinq mois plus tard dans une beaucoup plus grande salle confirme que le phénomène n'en est qu'à ses débuts (malgré le fait qu'elle a déjà une longue carrière derrière elle dans le jazz).

Une tête d'affiche sensationnelle donc, qui sera précédée sur scène par l'une des autres sensations de 2015 : le rock de stade des (jeunes) Mulhousiens de Last Train dont tout le monde dit du bien depuis quelques mois. Il fallait les voir en octobre au Snowboard Garden Festival : une véritable déflagration presque trop intense pour l'immense et pas très rempli à cette heure-là Palais des sports. La Belle électrique leur ira assurément comme un gant.

AM

Samedi 16 avril à la Belle électrique

Nada Surf

Comme prescient de ce que pouvait bien être le succès, en décrivant le système de valeur à l'œuvre dans la société américaine et particulièrement son incubateur (les lycées), Nada Surf entama sa carrière par une réflexion sur la popularité qui s'avéra être un tube mondial – Popular, souvenez-vous. Le problème avec les tubes, c'est qu'à force de se faire traîner derrière vous, ils se transforment en boulet. Et que ce boulet grossit comme la pelote fécale du bousier, le reste de votre œuvre se trouvant occulté par cet encombrant objet à qui il est impossible d'en vouloir puisqu'il vous a fait.

Eh bien malgré tout, Nada Surf est l'un des plus beaux exemples de carrière poursuivie comme si de rien n'était : à aucun moment, en 20 ans de carrière, ils n'ont tenté un Popular 2 et c'est sans doute ce qui leur a permis de coller quelques autres tubes, bien plus discrets, dans 14 578 bandes originales de films ou séries et au creux d'albums souvent indispensables. Et de garder à leurs côtés quelques nombreux fidèles, dont vous êtes sûrement.

SD

Lundi 25 avril à la Belle électrique


Feu ! Chatterton

1ère partie : Bleu
La Belle Électrique 12 esplanade Andry-Farcy Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Rover

1ère partie : Manolo Redondo
La Belle Électrique 12 esplanade Andry-Farcy Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Miossec

La Bobine 42 boulevard Clemenceau Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Stephan Eicher und die Automaten

Musique actuelle
MC2 4 rue Paul Claudel Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Aldous Harding

Folk. 1ère partie : The Wooden Wolf
La Bobine 42 boulevard Clemenceau Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Nada Surf + Arman Melies

La Belle Électrique 12 esplanade Andry-Farcy Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Benoit Thiebergien : « Il faut que la solidarité avec les artistes soit aussi portée par les partenaires publics »

Festival | C’est l’un des gros festivals du printemps grenoblois, côté musiques du monde, jazz et musiques nouvelles, qui aurait dû lancer sa dixième édition ce jeudi 26 mars. Ce qu’il n’a bien sûr pas pu faire, tout le pays étant confiné – et tous les événements culturels à l’arrêt. On a alors passé un coup de fil à Benoit Thiebergien, qui pilote ces Détours de Babel depuis leur création (puisque c’est d’eux dont il s’agit), pour savoir comment lui et son équipe vivent l’annulation. Et, surtout, envisagent l’avenir.

Aurélien Martinez | Lundi 30 mars 2020

Benoit Thiebergien : « Il faut que la solidarité avec les artistes soit aussi portée par les partenaires publics »

Ça ne doit pas être très agréable d’annuler un festival à quelques jours de son lancement… Benoit Thiebergien : On peut même dire que ça n’est pas agréable du tout. On était tous prêts, certaines résidences avaient même déjà commencé… Mais quand, vendredi 13 mars, on a appris que les rassemblements de plus de 100 personnes étaient interdits, on a tout de suite compris que l’on n’avait pas d’autre choix que d’annuler. Tout le monde dans l’équipe était abasourdi. Et les artistes aussi, bien sûr. La dixième édition aurait dû se tenir du 26 mars au 19 avril. Sera-t-elle reportée dans l’année ? Non, on ne peut pas la reporter, en décalant par exemple les trois semaines du festival en septembre, pour la simple et bonne raison que l’on travaille avec des salles partenaires – 48 lieux différents sur 20 communes tout de même, avec des grandes salles comme la MC2, la Belle Électrique ou la Rampe, des plus petites, des bibliothèques… Chaque projet est donc un cas particulier. Si on était un festival dans un lieu unique, on pourrait tout décaler, mais là c’est tout simplement impossible. Surtout qu’avant l’annu

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Jean-Noël Scherrer (Last Train) : sa petite entreprise rock...

Concert / Portrait | À bientôt 25 ans, Jean-Noël Scherrer assume la double casquette de leader du groupe Last Train et de directeur de l'agence lyonnaise Cold Fame, combinant avec un infatigable panache et une volonté farouche le rock et l'entrepreneuriat. Alors qu’est sorti en septembre dernier "The Big Picture", deuxième album de son groupe, et qu’il sera jeudi 7 novembre sur la scène de la Belle électrique, on lui a taillé le portrait.

Stéphane Duchêne | Dimanche 3 novembre 2019

Jean-Noël Scherrer (Last Train) : sa petite entreprise rock...

Dans le dernier clip de Last Train, montage d'images réalisé par le guitariste Julien Peultier qui illustre The Big Picture, chanson-titre d’un deuxième album sorti en septembre, on peut voir le quatuor à différentes étapes de sa vie musicale, des premières répétitions alsaciennes aux concerts telluriques devant des foules immenses. On y voit surtout le chanteur Jean-Noël Scherrer électriser le public et le même, à 13 ans, martyriser une guitare trop grande pour lui dans quelque salon de rock'n'roll improvisé à la maison. Peut-être le jeune garçon d'alors s'imagine-t-il, comme tous les ados du monde, dans la peau d'une rock star, leader, chanteur et guitariste d'un groupe qui compterait dans le paysage rock français et même au-delà. Mais ce que le novice d'Altkirch (Haut-Rhin) n'imagine alors sûrement pas, c'est qu'une décennie plus tard, il sera aussi dirigeant et/ou associé de cinq sociétés, formateur, intervenant du Chantier des Francofolies, et surtout patron de Cold Fame, agence de diffusion et de production de concerts basée à Lyon

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"Homeless songs" : Stephan Eicher sans toit ni loi

Concert | Le chanteur suisse est enfin de retour sur disque. Et quel retour, comme il le prouvera jeudi 17 octobre sur la scène du Grand Angle de Voiron.

Stéphane Duchêne | Mardi 15 octobre 2019

C'est un art que de savoir cultiver l'absence. Ces sept dernières années sans disque, Stephan Eicher les a comblées en faisant offrande de sa personne en une sorte de geste contre-voulzyenne. Rendu à l'impossibilité de donner un successeur à L'Envolée (2012), par quelque imbroglio avec sa maison de disques virant à la dispute d'apothicaires, le Suisse a occupé le terrain de l'absence en surinvestissant la scène. Jusqu'à en épuiser les possibilités : ici une formule à automates, là un orchestre balkanique et une beatboxeuse (expérience qui verra quand même naître un album d'auto-reprises fanfare-onnes baptisé Hüh). Rangé des querelles contractuelles, voici enfin que reparaît sans avoir jamais disparu le barde bernois. Discographiquement s'entend. Le single Si tu veux (que je chante), caressé de cordes sensibles, nous avait mis sur la voix de ces Homeless songs qui enfin trouvent un abri. S'étirent en plusie

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Grenoble : 33 concerts pour un automne musicalement dense et varié

Panorama de rentrée culturelle 2019/2020 | Avec du rock, de la pop, de la chanson, du rap, du jazz, voire tout ça à la fois. Et à Grenoble comme dans l'agglo bien sûr.

La rédaction | Mercredi 18 septembre 2019

Grenoble : 33 concerts pour un automne musicalement dense et varié

Shake Shake Go C'est entre le live et l'infiltration d'internet que le groupe franco-gallois mené par Poppy Jones et Marc Le Goff s’est révélé, à force de tournées aux côtés de pointures comme James Blunt et Rodrigo y Gabriela et par la grâce d'un tube qui fit exploser leur notoriété à travers le monde – la ballade England Skies (2015), tête des charts digitaux, synchro en séries et dans la pub. Quelques mois plus tard sort l'album All in Time auquel succède l'an dernier Homesick mené par un autre single, beaucoup plus rock, Dinosaur. Le formatage est là et bien là mais la formule (on pense à des Lumineers avec une voix féminine) tape toujours dans le mille, mettant d’accord, en plus du public, une partie de la presse, des Inrocks au Figaro – qui sont pourtant rarement d'accord. À la Source jeudi 26 septembre Xavier Machault & Martin Debisschop Jamais à cours de projets, Xavier Machault s'

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"Haut les filles" : 36 chants d’elles

ECRANS | de François Armanet (Fr, 1h19) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 2 juillet 2019

Alors que la scène française contemporaine semble renaître grâce à l’énergie des rockeuses, François Armanet part à la rencontre de quelques-unes de celles qui ont marqué de leurs voix, textes, notes et présence le dernier demi-siècle… Ce panorama du rock au féminin, à la fois agréable et foutraque par son côté joyeusement a-chronologique, s’avère fatalement frustrant : il manque forcément dans cette évocation les témoignages des disparues dont on aurait aimé entendre le point de vue (et d’écoute), comme France Gall. Et puis on déplore les impasses sur quelques voix importantes, telle que celle de Corine Marienneau (ex Téléphone), trop souvent marginalisée, ou celle de Zazie aux abonnées absentes, quand certaines artistes du moment se retrouvent sur-représentées. Le showbiz ne change pas, infligeant ses purgatoires ici, cajolant ses favoris là… Heureusement, il accorde une place prépondérante à cette figure majeure qu’est Françoise Hardy, dont la carrière et le parcours à nul autre pareil vaudraient bien une dizaine de documentaires. Sa voix posée et ses mots simples tranchent avec le commentaire spiralé lu par par Élisabeth Quin, tout droit

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"Les Rescapés" : Miossec 2.0

Concert | Avec son dernier album, c'est une facette inédite du chanteur brestois que l'on a découverte fin 2018. Une facette qu'il dévoilera vendredi 12 avril sur la scène de la Belle électrique.

Stéphane Duchêne | Mardi 9 avril 2019

Tout admirateur de Miossec que l'on soit, on a pu, depuis le temps qu'on le suit (presque 25 ans – pfiou), depuis la claque assénée par Boire (1995) à la chanson française, reprocher au Brestois une petite tendance à se répéter, à avoir parfois du mal à renouveler ses motifs. C'est aussi ça, concèdera-t-on, le style ; mais le style, n'est-ce pas l'homme ? Et le style Miossec, son écriture, sont quelque chose de l'ordre de l'indélébile, marquant la fabrique comme la blessure marque la peau et pouvant parfois agir en trompe-l'oeil, tant il prend le dessus. Voilà d'où vient cette impression : d'une sorte de constance dans l'expression et de sa manière. Car au vrai, depuis plusieurs années, Miossec varie beaucoup les contours et l'apprêt qu'il donne à ses chansons. Il n'y a, pour s'en persuader, qu'à écouter les trois disques (Chansons ordinaires ; Ici-bas, ici-même et Mammifères) qui précédent son récent Les Rescapés pour constater combien sont riches, même si pas toujours heureux, les choix d'orchrestration de Miossec. Puis d'écouter Les Resc

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Les Détours de Babel 2019 en 14 concerts

Festival | C’est parti pour la neuvième édition des Détours de Babel, festival estampillé « musiques du monde, jazz, musiques nouvelles ». Soit l’occasion, pendant plus de trois semaines (du 15 mars au 7 avril), de découvrir des artistes de tous horizons et des musiques non formatées. Histoire de se repérer dans le vaste et passionnant programme, on vous livre une sélection de nos attentes à écouter à Grenoble, dans l'agglo et même, parfois, au-delà.

La rédaction | Mardi 12 mars 2019

Les Détours de Babel 2019 en 14 concerts

Traversées – Constantinople et Ablaye Cissoko Il y aura une belle teinte mandingue cette année aux Détours de Babel, pas mal de kora, et quelques Cissoko. À commencer, par ordre chronologique, par Ablaye, qui vient ici flirter avec la musique des cours persanes aux côtés notamment de Kiya Tabassian, chantre irano-canadien de la musique traditionnelle et savante venue de Perse, et grand spécialiste du sétâr, lointain cousin persan de la kora. Ablaye se produira également en solo vendredi 15 mars aux Salons de musique de la Maison de l’international. Samedi 16 mars à 19h à la salle des fêtes de Commelle et dimanche 17 mars dans le cadre du Brunch #1 du quartier Très-Cloîtres Trois lettres de Sarajevo – Goran Bregović Dans ce Sarajevo d'avant la guerre où a grandi Goran Bregović, les cultures et les religions cohabitaient avec bonheur. C'est cette Jérusalem des Balkans, ce paradis perdu du vivre-ensemble que les national

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Jeanne Added : « Je chante comme je suis »

Concert | Avec "Radiate", successeur du premier album coup de poing empreint de noirceur new wave et de brutalité punk qu'était "Be sensational" (2015), la Française Jeanne Added a opéré une nouvelle mue. Entrant, au sens propre, dans la lumière, au son des synthétiseurs et d'une voix remarquablement exploitée. Interview et critique avant son concert samedi 13 octobre à la Belle électrique.

Stéphane Duchêne | Mardi 9 octobre 2018

Jeanne Added : « Je chante comme je suis »

Votre deuxième album Radiate marque par rapport au premier, Be sensational, une évolution dans votre travail vers quelque chose de plus lumineux. Quelle a été votre approche pour ce disque ? Jeanne Added : Le point de départ, c'était déjà d'écrire de meilleures chansons, de continuer ce que j'avais commencé, à savoir un nouveau métier : celui d'autrice-compositrice [elle était précédemment une interprète courtisée par des formations jazz – NDLR]. Ce qui, quand j'ai commencé le projet Jeanne Added, était nouveau pour moi – ça l'est moins maintenant mais ça le reste encore un peu. J'avais très envie d'aller plus loin, de développer cette forme-là et de la travailler. Quant à l'évolution esthétique, elle n'a pas vraiment été préméditée. L'écriture est une sorte de photographie de là où on est. En tout cas, pour le moment, j'écris encore sur mon rapport au monde, comment je le perçois, l'effet qu'il me fait. Des sensations physiques, mentales. Et il se trouve qu'entre Be s

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"Radiate" : Jeanne Added en son et lumière

MUSIQUES | Critique enthousiaste de l'album que la Française défendra samedi 13 octobre sur la scène de la Belle électrique.

Stéphane Duchêne | Mardi 9 octobre 2018

L'image est nette, la mèche blonde conquérante, le menton relevé, les yeux clairs et déterminés, la fumée a disparu et le fond noir a laissé place à un arrière-plan immaculé. Voilà comment s'avance la pochette du deuxième album de Jeanne Added, Radiate, comme un négatif, ou plutôt un positif, du premier Be sensational (2015). Et puisqu'une image n'est jamais innocente, encore moins une pochette de disque, cela traduit littéralement, et l'on ne saurait mieux le faire, l'évolution musicale de Jeanne Added. Comme pour en donner un avant-goût, le premier single qui en était tiré avait été baptisé Mutate. On y trouvait très en avant, et comme libérée, la voix exceptionnelle de celle qui se forma au lyrique et fut interprète de jazz, ondulant au milieu de synthés numériques vaporeux enfiévrés par une boîte à rythmes. Et lâchant ces mots : « Can you feel the vibration waving through me / Another kind of sensations can you see / See how operate now how modulate now / Can you feel the vibration waving through me (

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30 concerts (oui, 30) pour un automne musicalement parfait (et varié)

Panorama de rentrée culturelle 2018/2019 | Avec du rock, de la pop, de la chanson, du rap, du jazz, de la sono mondiale ; voire même, parfois, tout ça à la fois. Et des stars comme des révélations.

La rédaction | Vendredi 21 septembre 2018

30 concerts (oui, 30) pour un automne musicalement parfait (et varié)

The Mauskovic Dance Band Après un premier passage remarqué en février dernier au sein de l’explosive formation Altin Gün (qui rend hommage à la scène folk-rock psychédélique turque des années 1970), le talentueux producteur et multi-instrumentiste hollandais Nicola Mauskovic est de retour à la Bobine pour présenter cette fois son projet collaboratif Mauskovic Dance Band. Mêlant synthés et bongos, cumbia et space disco, rythmes afro-caribééns et no-wave dans un grand tourbillon psychédélique, ce projet né en studio puis développé sous la forme d’un véritable live-band risque fort de faire tourner les têtes ! À la Bobine jeudi 4 octobre Feu! Chatterton Comme on l'avait écrit, quelque peu estomaqués, il y a deux ans, le groupe Feu! Chatterton,

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Les Feu! Chatterton seront en octobre à la Belle électrique

Annonce | En 2016, nous offrions au groupe Feu! Chatterton la "une" d’un numéro pour son premier passage en terres grenobloises. Il faut dire que cette fascinante (...)

La rédaction | Vendredi 13 juillet 2018

Les Feu! Chatterton seront en octobre à la Belle électrique

En 2016, nous offrions au groupe Feu! Chatterton la "une" d’un numéro pour son premier passage en terres grenobloises. Il faut dire que cette fascinante hydre pop à cinq têtes, créature la plus singulière du rock et de la chanson depuis des lustres, a su enthousiasmer pas mal de monde avec ses morceaux entre transe(s) musicale(s) et textes ébouriffants, théâtralité et détachement – écoutez le magnifique Côte concorde pour vous en convaincre. Alors qu’ils ont sorti cette année L’Oiseleur, digne successeur de leur fascinant Ici le jour (a tout enseveli) (2015), les voilà repartis sur les routes. Bonne nouvelle : ils feront une halte grenobloise à la Belle électrique le dimanche 7 octobre avec, en première partie, le duo stéphanois Terrenoire et sa sorte de comateuse rêverie post-urbaine qui commence à bi

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"En guerre" : Stéphane Brizé et Vincent Lindon au plus près de l'horreur économique

ECRANS | « Celui qui combat peut perdre. Celui qui ne combat pas a déjà perdu. » Citant Bertolt Brecht en préambule, et dans la foulée de "La Loi du marché", Stéphane Brizé et Vincent Lindon s’enfoncent plus profondément dans l’horreur économique avec ce magistral récit épique d’une lutte jusqu’au-boutiste pour l’emploi. En compétition au Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

Quand la direction de l’usine Perrin annonce sa prochaine fermeture, les représentants syndicaux, Laurent Amédéo (Vincent Lindon) en tête, refusent la fatalité, rappelant la rentabilité du site, les dividendes versés par la maison-mère allemande aux actionnaires, les sacrifices consentis. Une rude lutte débute… Nul n’est censé ignorer La Loi du marché (2015), du nom de l'avant-dernière réalisation de Stéphane Brizé, qui s’intéresse à nouveau ici à la précarisation grandissante des ouvriers et des employés. Mais il serait malvenu de lui tenir grief d’exploiter quelque filon favorable : cela reviendrait à croire qu’il suffit de briser le thermomètre pour voir la fièvre baisser. Mieux vaudrait se tourner vers les responsables de ces situations infernales conduisant le commun des mortels à crever, de préférence la gueule fermée. Des responsables que Brizé, et Lindon son bras armé, désignent clairement ; révèlent dans leur glaçant cynisme et la transparence de leur opacité. Pot-pourri L’histoire d’

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Stephan Eicher en fanfare

Concert | Après sa tournée à la tête d'une armée de machines et d'automates, le très joueur Stephan Eicher continue de varier les plaisirs de forme, comme on pourra s'en rendre compte mardi 20 mars à la MC2.

Stéphane Duchêne | Mardi 13 mars 2018

Stephan Eicher en fanfare

Depuis 2012 et le très beau L'Envolée, Stephan Eicher n'a, à l'exception de Song Book, collaboration avec l'écrivain suisse Martin Suter qui a engendré une tournée, plus sorti d'albums. La faute à un de ces imbroglios artiste/maison de disques qui vous mettent un songwriter au chômage technique. C'est pourquoi, peut-être, l'Helvète accumule les projets scéniques, y éclusant de toutes les manières possibles son très long répertoire. On l'a vu ainsi, depuis L'Envolée donc, tourner en solo au milieu d'une armée d'automates ou avec le Polstergruppe de Stefan Lakatos pour un spectacle immersif et expérimental. Le voilà désormais en tournée avec une fameuse fanfare bernoise, le Traktorkestar, et la beat boxeuse Steff la Cheffe, une configuration qui emballe les tubes d'Eicher et quelques incunables d'arrangements festifs et pétaradants. Mais à tout cela, il y a une autre raison que celle précédemment évoquée

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Le Loco Mosquito, de la salsa au funk (& co)

Nouvelle soirée | Depuis presque 25 ans, le Loco Mosquito fait fiévreusement se déhancher les aficionados de salsa. Mais vendredi 10 mars, c’est le funk qui mettra l’ambiance au 56 rue Thiers, le patron lançant un nouveau type de soirée dans son bar. Tenue vintage conseillée.

Charline Corubolo | Mardi 7 mars 2017

Le Loco Mosquito, de la salsa au funk (& co)

Le moustique qui a piqué Javier Colli, taulier du Loco Mosquito, était sans nul doute porteur d’un joyeux virus gorgé de salsa. Ce dernier a ainsi pris possession du bar du bout de la rue Thiers en 1994 pour en faire une véritable institution grenobloise de la nuit latine. Tous les mardis, chez lui, c’est scène ouverte ; et du mercredi au samedi, on plonge dans la chaleur hispanique avec soirée salsa et initiation à la danse, tout ça dans la convivialité et la gratuité. « J’ai fait un bar à l’espagnol, assez chaleureux. Au début c’était plutôt étudiant. Après presque 25 ans d’existence, maintenant il y a de tous les âges. » Fief du déhanché latino, le Loco Mosquito était également jadis un lieu de passage pour les DJs locaux et souhaite envoyer du mix à nouveau. Vendredi 10 mars, le Last train to London Town sera du coup piloté par Dr J avec une sélection « funk, soul, ska ». « On va essayer de relancer les soirées avec des DJs. Pour cette première, c’est un peu dans l’idée des Dynamita’s nights à la Belle électrique, histoire de revivre les années 1970 avec un dress cod

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Pauline Drand, la découverte des Belles journées

MUSIQUES | Pour la deuxième édition du festival de Bourgoin-Jallieu Les Belles Journées, on a rendez-vous avec pas mal de têtes connues. Et également quelques moins connues mais non moins passionnantes, comme la folkeuse Pauline Drand.

Stéphane Duchêne | Mardi 6 septembre 2016

Pauline Drand, la découverte des Belles journées

Peut-être est-ce parce que la période sent bon la rentrée, les cahiers neufs et le retour des ennuis domestiques, mais il semble qu'une fois de plus les effectifs de la classe 2016 de ces Belles Journées sises à Bourgoin-Jallieu ont comme un goût de tête de classe, de best-of de la dernière année scolaire, de revue de bêtes à concours, de troupe d'élite pour classe prépa rock. Entre nos chouchous de longue date (Mensch, Harold Martinez) dont on ne sait plus très bien s'ils accompagnent notre évolution ou nous la leur, nos coups de foudre plus récents (Grand Blanc, Rover) qui ont même surpassé nos attentes (le premier album de Grand Blanc, le second de Rover) et les valeurs sûres indéboulonnables de la chanson française comme Arman Méliès, le culte Dominic Sonic ou La Grande Sophie encore (après Uriage en Voix), on compte quelques étoiles montantes comme Broken Back. Ou comme Pauline Drand. Car s'il faut se pencher sur un espoir à chérir, ce sera pour nous cette folkeuse d'une petite vingtaine, Parisienne, marchant d

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Nada Surf : Power Pop(ular)

MUSIQUES | 20 ans et plus. Et toutes ses dents et tubes. Nada Surf prouve que le meilleur moyen de survivre à un tube énorme, c'est de passer outre. Et d'en faire d'autres sans en avoir l'air. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 19 avril 2016

Nada Surf : Power Pop(ular)

High/Low, premier album au titre prémonitoire, The Proximity Effect, Let Go, The Weight is a Gift, Lucky, The Stars are indifferent to Astronomy... Il n'est pas besoin d'un double doctorat en anglais littéral et en psychanalyse de comptoir pour s'apercevoir que chacun ou presque des titres d'albums studio des Américains de Nada Surf est une manière d'ajouter un chapitre au résumé d'une carrière qui a connu le très haut avec un tube planétaire (Popular, on n'y revient pas) et les freins qu'une telle bénédiction malédiction peut engendrer. Comme l'impression qu'ont les gens de vous connaître mieux que vous même (The Proximity Effect) ; le besoin impérieux de laisser couler pour ne pas sombrer (Let Go), de faire de ce poids une force à la manière d'un judoka (The Weight is a Gift) ; la conscience de cette chance qu'est celle de durer malgré tout et la volonté de faire son chemin dans la galaxie rock indé (Lucky), de briller par ses propres moyens et d'habiter sa propre orbite (The Stars are indiffe

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Fontaine : couvrez cette expo que je ne saurais voir

ACTUS | Ce jeudi 14 avril aurait dû être inaugurée au Vog, centre d’art municipal de Fontaine, une exposition consacrée à l’artiste Philippe Perrin. Mais elle a finalement été annulée par la Ville au vu du « contexte national et international » ; puis ensuite par l’artiste lui-même quand la mairie a fait machine arrière en imposant plusieurs conditions (« inacceptables » selon lui) à son maintien. On fait le point avec ceux, rares, qui ont bien voulu s’exprimer.

Aurélien Martinez | Mardi 12 avril 2016

Fontaine : couvrez cette expo que je ne saurais voir

Programmée du 14 avril au 14 mai au centre d’art municipal de Fontaine le Vog, l’exposition Sheena is… remix devait présenter le travail de l’artiste Philippe Perrin. Des œuvres mettant en avant « un monde de violence, de rixes, de coups portés à d’innombrables ennemis, à tous même » comme il est écrit en préambule du dossier de presse ; mais « pas seulement ». « Philippe Perrin montre néanmoins, au travers d’une violence de l’humanité, les ambiguïtés du monde. » Des ambiguïtés qui ont dérangé l’équipe municipale de Fontaine qui avait d’abord imaginé interdire l’exposition avant de se rétracter. Forcément, on a tenté de joindre le maire communiste Jean-Paul Trovero pour avoir son point de vue (ou celui de son adjoint à la culture Brice Di Gennaro) : on nous a systématiquement renvoyés vers le communiqué de presse publié la semaine dernière. En voici un extrait : « L’exposition proposée par Philippe Perrin devait reprendre une partie de ses œuvres marquées par la scénarisation et la représentation de l’univers des armes, des codes de la violence et des

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Le train d'enfer Last Train

MUSIQUES | Feu de paille ou bombe incendiaire, on annonce Last Train, jeunes hommes bien rangés aux concerts dérangés, comme le futur du rock vintage. À voir et surtout à suivre. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 5 avril 2016

Le train d'enfer Last Train

Sur le papier, c'est-à-dire sur leurs affiches ou photos de presse, les membres de Last Train, programmés ici avec Jeanne Added, ont l'air tout droit sorti de la prépa lettres du lycée Fustel de Coulanges de Strasbourg – ils sont Alsaciens. Une fois qu'on monte le son, le quatuor se mue en l'un de ces démonte-pneu du rock qui colle assez facilement au mur le public et la critique qui aurait peur de ne pas être montée dans le bon wagon. Car le leur, de wagon, va vite, très vite ; et il se dit qu'il ira loin très loin, comme un bohémien ou peut-être même comme Muse tiens, s'il leur prenait l'idée plutôt mauvaise de transfmuter leur énergie foudroyante en théâtralité et en lyrisme. On préférerait de loin qu'ils continuent de se vautrer dans une sorte de fange psychédélique dans laquelle une mère ne reconnaîtrait pas ses petits mais qui conserve cette sauvagerie, en la patinant avec ce qu'il faut de bons produits et d'épaisseur – ce qui les rapprocherait aussi des grands zinzins crasseux du Black Rebel Motorcycle Club. Reste à savoir si ce qui fait la gran

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Aldous (Harding) amère

MUSIQUES | Venue de Lyttelton, tout en bas à gauche du monde, Aldous Harding vient faire remonter à la Bobine les douces mélodies un peu tristes qu'elle compose au pays des moutons.

Stéphane Duchêne | Mardi 29 mars 2016

Aldous (Harding) amère

C'est un fait, l'isolement géographique et la supériorité de sa population ovine n'ont jamais empêché la Nouvelle-Zélande de nous faire parvenir ses talents les plus improbables, à l'image d'Aldous Harding, doux nom qui déjà évoque comme un téléscopage entre le psychédélisme visionnaire d'Aldous Huxley et la subtilité malheureusement trop souvent ignorée de son quasi homonyme Tim Hardin. On peut penser également à la détermination sauvage et destructrice de la patineuse Tonya Harding, mais c'est là un terrain glissant, et notre Aldous semble, bien qu'ensorceleuse, plus ange que démon. Car depuis Lyttelton, où sévit une communauté d'ouvriers et d'artistes, la jeune Néo-Z et ses mélodies de soi(e) figurent une sorte de miroir du folk de l'Alela Diane première époque ou de ses amies Mariee Sioux et Alina Hardin (tiens, tiens), du temps où elles baguenaudaient guitare en main du côté de Nevada City avant de venir nous visiter régulièrement, les Saintes Femmes. Nul doute qu'Aldous risque, à coups de mélodies douces-amères flottant comme la soie dans la brise et vibrant comme la flamme d'une bougie (Smalls bones of Courage, Hunter) d'emprunter, si

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« Un festival de découverte et de confirmation »

MUSIQUES | Depuis 2011 a lieu chaque début de printemps à Grenoble (et en Isère) un festival exigeant centré sur des musiques que l’on n’a pas l’occasion d’écouter tous les jours. Son nom ? Les Détours de Babel. Avant de zoomer sur l’alléchante programmation de cette sixième édition, on a causé programmation, langages musicaux ou encore élitisme supposé avec le boss Benoît Thiebergien. Par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 22 mars 2016

« Un festival de découverte et de confirmation »

En 2013, pour la troisième édition du festival, nous avions paraphrasé Antoine Vitez et titré notre article « Élitisme pour tous ». Vous reconnaissez-vous dans cette expression ? Benoît Thiebergien : Oui et non, je me méfie des "ismes". Vitez parlait de « théâtre élitaire pour tous ». Parlerait-on d’un festival « populiste » pour dire populaire ? La formule est à double sens. Soit elle fait référence aux élites qui savent ce qu’il convient de proposer au peuple pour l’éduquer : une vision obsolète de l’action culturelle aujourd’hui dans laquelle nous ne nous retrouvons pas. Soit elle considère qu’une démarche artistique exigeante que l’on pense réservée à quelques-uns est un a priori qui disparait quand elle va à la rencontre de tous les publics, qui sont souvent bien plus curieux qu’on ne le croit. C’est dans ce sens que je vous rejoins dans cette paraphrase. À Babel, on veut maintenir cette exigence artistique au centre de nos préoccupations avec des choix qui ne sont pas forcément "mainstream".

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Détours de Babel : nos quatre coups de cœur

MUSIQUES | Zoom sur quatre propositions piochées dans la programmation de la sixième édition des Détours de Babel, « festival des musiques du monde contemporain ».

Aurélien Martinez | Mardi 22 mars 2016

Détours de Babel : nos quatre coups de cœur

29.03 > Hexagone (Meylan) Strange Strings Le joueur de kora Ballaké Sissoko, que l’on avait mis en "une" du journal l’an passé lors de la précédente édition du festival, va confronter son univers avec celui de trois autres grands solistes dont le violoncelliste Vincent Segal avec qui il collabore souvent – leur album Chamber Music est une pure merveille. Les deux autres invités ? Le contrebassiste Renaud García-Fons et le joueur de kemençe (vielle traditionnelle turque) Derya Türkan. Certes, le concert est complet, mais une liste d’attente a été ouverte. 31.03 > MC2 Yātrā C’est, après Israel Galván, l’autre grand nom espagnol du flamenco qui a fougueusement investi les scènes européennes avec son art ancestral revisité. Dans ce spectacle (que nous n’avons pas vu), Andrés Marín ira ainsi du flamenco à l’Inde du Nord en passant par le hip-hop de Kader Attou. Un grand écart oui, mais souvent parfaitement maîtrisé dans son

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Stephan Eicher : Automatic Lover

MUSIQUES | Le Suisse sera en concert avec son petit orchestre d'instruments acoustiques (carillons, tuyaux d'orgues, bobines tesla, piano) et automatisés. Plus le temps passe, moins on parvient à se lasser de Stephan Eicher. Il faut dire qu'il ne nous aide pas. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 22 mars 2016

Stephan Eicher : Automatic Lover

Combien d'exemples dans la pop culture d'hommes tombés amoureux d'automates, du Casanova de Fellini à la série suédoise Real Humans, de L'Homme au sable d'Hoffman (le Hoffman des « contes ») au Ex-Machina d'Alex Garland ? C'est au tour de notre ami Stephan Eicher que de succomber au charme automate, même si lui le fait en tout bien tout honneur et sans aucune autre ambiguïté que musical. Encore qu'il y a sans doute derrière le projet scénique « Und di Automaten » quelque chose à même de raviver le désir. Le désir musical, l'envie non de se reproduire (avec un automate, ce n'est pas gagné) mais de se renouveler. Chose pour laquelle Eicher a toujours eu un véritable don. C'est ainsi qu'entouré d'une armée de drôle de machines (xylophone, cloches, piano automatique, orgue de lumière), ce maître des marionnettes d'un nouveau genre a entrepris de se produire seul sur scène. Seul mais pas seul, puisqu'il y a les machines, au garde-à-vous de la fantaisie du Suisse. Et de sa rigueur aussi, puisque le chanteur doit se muer en chef d'orchestre. Adepte du contre-pied, entre adaptation de classiques et nouvelles chansons, Eicher, dépositaire d'u

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Moissec : Brestois et nous

MUSIQUES | Étincelle de la nouvelle chanson française il y a 20 ans, Miossec aurait pu n'être qu'un feu de paille. Mais même si moins dévastatrice, la flamme qui l'anime brûle toujours. Et continue de nous réchauffer. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 8 mars 2016

Moissec : Brestois et nous

Il y a de cela plus de 20 ans, Miossec voulait Boire, tout en prétendant qu'il n'était plus saoul. Il le clamait avec une sorte de rage, quelque chose touchant à la mélancol-ivre et à la tristesse infinie que venait agacer, au sens propre du terme, des guitares dont les cordes semblaient taillées dans des tendons. Une vie brinquebalante, aux bifurcations improbables (il écrivit des bandes-annonces publicitaires pour TF1) avait poussé le Brestois à rentrer dans son Finistère – là où l'on finit, là où l'on se terre. Histoire de tenter le coup de poker de la chanson, avec une mise de poche percée. Chansons (pas si) ordinaires Tout ou rien, quitte ou double, ce devait être le résultat. Ce fut aussi une manière de faire. Mais surtout, avec son organe si particulier, pas vraiment formaté, guère travaillé, branlé de travers, il voulait chanter. Ses textes le firent à sa place : des Chansons ordinaires, comme il titra l'un de ses albums, mais qui ne l'étaient pas vraiment. Qu'un pingouin ou un Johnny Hallyday chante du Miossec (car, à force, on est beaucoup venu chercher ce type qui mit si longtemps à se trouver), on le renifle à trois k

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Rover, étranger en pays étrange

MUSIQUES | Né d'un retour d'exil forcé, Rover a transformé l'énigme du retour en questionnement existentiel et en voyage fascinant avec son premier disque, le très remarqué "Rover", manière de reprendre la route autrement. Le revoilà, enfant du paradoxe musical et géographique, avec "Let it Glow", album au minimalisme invisible, portrait d'un éternel étranger s'affirmant dans l'effacement et l'évasion. À découvrir sur la scène de la Belle électrique. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 8 mars 2016

Rover, étranger en pays étrange

Dans l'Exode de la Bible, version King James, chapitre 2, verset 22, voici comment Moïse justifie de nommer l'un de ses fils Gershom (qui signifie à peu près « étranger en ces lieux ») : « For (…) I've been a stranger in a strange land ». Autrement dit, « un étranger en pays étrange ». Un homme de l'exil permanent. L'expression inondera la pop culture, donnant son titre à des dizaines de chansons, des Byrds à U2. Et surtout à un fameux roman des années 1960 de Robert Heinlein (dont le titre français est En terre étrangère) comptant le retour sur terre d'un astronaute, seul survivant d'une mission sur Mars que l'expérience a spectaculairement transformé, et qui se sent du coup étranger sur sa propre planète. Cet étranger, au vu de son parcours de vie et à l'écoute de ses disques, ce pourrait être Timothée Régnier dit Rover. Né en France, Timothée a grandi à l'étranger au gré des déménagements familiaux, de New York à ce Liban où il vivait avec son frère et dont il a été chassé comme un malpropre à la fin des années 2000 pour un problème de visa. Après un détour par Berlin, il atterrit seul en Bretagne, dans une maison familiale vide, avec une vie à re

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Feu! Chatterton : « Une certaine idée de la beauté »

MUSIQUES | Fascinante hydre pop à cinq têtes, Feu! Chatterton est la créature la plus singulière du rock et de la chanson depuis des lustres. Entre transe(s) musicale(s) et textes ébouriffants, théâtralité et détachement, la nouvelle coqueluche de la scène française a su imposer un style aussi unique que volatile, entre aspirations old school et ultra-moderne attitude, qui pourrait le mener très haut. Entretien avec son chanteur et parolier Arthur Teboul, avant le concert à la Belle électrique. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 1 mars 2016

Feu! Chatterton : « Une certaine idée de la beauté »

Dans le groupe, vous avez tous des profils, des goûts musicaux très différents. Pourtant, vous produisez quelque chose d'à la fois singulier et cohérent. À quel moment vous êtes-vous dit : le style musical, les textes, l'image, tout concorde ? Arthur Teboul : Ce n'est jamais vraiment arrivé. C'est encore une quête. Assembler des pièces pour former un tout, c'est ce qui est assez excitant. L'ambition est venue tardivement. Si on essaie de se mesurer immédiatement à quelque chose de très élevé, on est pétrifié. Il y a toujours un moment où, comme tout jeune groupe, on se dit « je veux être cool » mais c'est une fois qu'on parvient à se débarrasser de cette idée qu'on fait quelque chose d'original. Le fait de s'amuser, de tâtonner ensemble, de s'écouter, d'apprendre de l'autre, le respect mutuel... si tu fais cet effort, à la fin, il y a un beau cadeau : c'est ce moment que tu vas vivre sur scène, charrié par une intention, un travail, une relation, parfois même ce qu'on n'aime pas chez l'autre, parce que c'est important. Votre style et

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"Côte concorde" vu par Feu! Chatterton

MUSIQUES | Arthur Teboul, chanteur et parolier du groupe, nous parle d'un des morceaux dont il est le plus fier, présent sur l'album "Ici le Jour (a tout enseveli)".

Stéphane Duchêne | Mardi 1 mars 2016

« C'est une des chansons dont je suis le plus fier. Parce que c'est très dur de se nourrir de l'actualité et d'y introduire de la durée, de l'universel. Cet événement [le naufrage du Costa Concordia survenu en Méditerranée en 2012 – NDLR], si j'en parle comme d'un fait d'actualité, je n'en éclaire qu'une part : une tragédie, la vie, la mort, bon. Et si j'en fais le symbole d'un libéralisme qui échoue sur le caillou de la tradition, de la discrétion et du silence, c'est tout aussi biaisé. Ce sont souvent des choses idiotes qui nous accrochent. Si ce n'était pas arrivé un vendredi 13, je ne l'aurais jamais écrite. Là c'est tout de suite un mythe, tout de suite symbolique. Et le même jour, on perd le triple A. J'en ai rien à fiche du triple A, mais ce sont trois lettres qui résonnent avec le 13. C'est presque rien, mais ça produit une image. C'est pour ça aussi qu'il y a Strauss-Kahn. C'est un empereur romain : grandeur et décadence. Son destin change en une seconde, le type va devenir président et en quelques minutes tout s'écroule, c'est quand même incroyable. Comme le capitaine du navire qui a simplement voulu crâner devant la côte. Ce n'est pas très

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Le Feu (Chatterton) sur la langue

MUSIQUES | Zoom sur l'album "Ici le jour (a tout enseveli)" du groupe avant le concert grenoblois.

Stéphane Duchêne | Mardi 1 mars 2016

Le Feu (Chatterton) sur la langue

« Un homme ne vous parlera pas de lui, mais donnez lui un masque, et il vous dira la vérité » disait Oscar Wilde. Arthur Teboul, chanteur de Feu! Chatterton dont on connaît maintenant la propension à théâtraliser sur scène, n'hésite pourtant pas en interview à évoquer sa peur du ridicule. De masques il ne porte pas réellement mais un costume droit sorti de Savile Row, à Londres. Sa vérité est dans cette voix voilée déclamant ses textes, bijoux littéraires abscons ou limpides, susceptibles de plusieurs lectures, de lyrisme (sublime Côte Concorde, voir ci-contre) en talk-over (Harlem), pendant que ses quatre fantastiques acolytes tissent des atmosphères de transe entre blues western, post-rock, psychédélisme délirant (La Mort dans la pinède) et invitation au dancefloor (La Malinche). Au fond, ces cinq-là, aux univers très différents, ne produiraient sans doute pas la même musique séparément. C'est ensemble et ensemble seulement qu'ils construisent le Feu! Cha

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New York, No York avec The Jon Spencer Blues Explosion

MUSIQUES | Sur son dernier album, au prétexte de célébrer une liberté retrouvée symbolisée par la Freedom Tower, le Jon Spencer Blues Explosion déclare son amour inextinguible à cette vieille femme qu'est la Grosse Pomme. Et le lui dit par tous les trous fumants. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 3 novembre 2015

New York, No York avec The Jon Spencer Blues Explosion

Jamais aussi à son affaire que lorsqu'il s'agit de jouer les Screamin' Jay Hawkins (un Américain du siècle dernier très rhythm and blues) efflanqués, prêcheur de bon temps à prendre avant que l'Apocalypse ne vienne nous gratter la viande et nous ronger les os, Jon Spencer et son duo d'acolytes qui font trois ravalent leur précédent Meat & Bone pour nous jouer la grand-messe commémorative d'un New York renaissant mais néanmoins, pour une part, révolu. Freedom Tower – No Wave Dance Party 2015, voilà l'affaire. La Freedom Tower, c'est donc cette tour de Babel post-moderne célébrant la Liberté autant que son fantôme, le souvenir de la catastrophe et le devoir de redresser pour deux la puissance érectile américaine jadis portée par les jumelles déchues. Le superphallus enfin érigé sur l'ancienne béance de Ground Zero, c'est surtout cette vieille hydre de Blues Explosion qui bande comme un démon, un os non pas dans le nez, comme le précité Screamin', mais bien dans le pantalon. Car s'il s'agit de rendre hommage (« Come on fellas, we gotta to pay respect », commande Spencer sur l'inaugural Funeral) ou du moins de tro

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Jeanne is Added

MUSIQUES | Sensationnelle révélation des dernières Trans Musicales de Rennes, après des années dans le jazz, Jeanne Added a fait table rase de tout pour pratiquer un mélange de post-punk-électro et de pop-grunge. Et se pratiquer surtout elle-même. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 29 septembre 2015

Jeanne is Added

C'est ainsi, le jazz mène à tout mais pas toujours à soi. Pour se trouver, il faut parfois savoir s'en échapper. En la matière, Jeanne Added est un cas d'école. La preuve que le jazz mène à tout quand on voit comment cette interprète courtisée par les formations jazz s'est muée en créature pop-grunge. La preuve que le jazz ne mène pas toujours à soi quand on n'est justement qu'interprète (même courtisée). Dans certains cas, on y reste au service des autres, fussent-ils, comme de bien entendu en jazz, les plus grands (Trotignon, Kerecki et consorts). En musique, Jeanne Added en a vu des vertes et des bien mûres côté passages obligés : Conservatoire national et la Royal Academy de Londres après une formation classique en violoncelle et quelques tiraillements à l'endroit de la part rock d'elle-même. Devenue vocaliste de jazz (elle sera d'ailleurs nominée en trio aux Victoires du jazz), elle donne de la voix pour les autres puis finit par ne plus pouvoir s'entendre. Elle décide de muer, de muter, de tout changer. Ça parle Ce changement de voie et de voix, Jeanne Added l'a préparé comme si une guerre arrivait (A war is coming

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Les dix concerts immanquables de l'automne

MUSIQUES | Il y aura du monde les prochains mois dans les différentes salles de l'agglo grenobloise, dont beaucoup de très bons musiciens. Comme Jay Jay Johanson, Kraftwerk, Christophe, The Jon Spencer Blues Explosion, Socalled...

Stéphane Duchêne | Mercredi 16 septembre 2015

Les dix concerts immanquables de l'automne

Jay Jay Johanson « Hey ! Content de te voir, ça va Jay Jay ?! » Toujours bof apparemment à en croire la pochette d'Opium et son contenu. Jay Jay, ça va tellement que lors d'une interview sur France Culture, à la journaliste qui fait le bilan de sa carrière « Alors, vous avez 45 ans... », il répond sans rire « non j'en ai 50 » – alors qu’en fait, il en a 45. Bon. Mais Jay Jay, ça va tellement qu'il a sorti cette année – à 50 ans bientôt 68, donc, ne le contredisons pas – son dixième album studio en un peu moins de 20 ans. Sur la période, le Suédois aura à peu près tout fait, y compris s'afficher en Bowie capillairement attenté sur un disque qui flirtait parfois avec la grande époque de Steph de Monac' (Comme un ouragan, donc). Mais Jay Jay, ça va tellement, donc, qu'il nous revient avec un truc bien opiacé qui semble regarder directement dans le verre de Whiskey qu'il nous avait servi en 1996 et nous l'avait révélé en Chet Baker efflanqué aux cheveux blonds et à l'âme bleue faisant le sexe avec Portishead : une sorte de trip-hop jazz comme on aurait même plus l'idée d'en écouter en 2015, n'était

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Miossec, le temps recouvré

MUSIQUES | Miossec aime les années en 4. En 1994, il poussa son premier Non, non, non, non à la suite d'une rencontre déterminante avec le guitariste Guillaume Jouan, (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 12 novembre 2014

Miossec, le temps recouvré

Miossec aime les années en 4. En 1994, il poussa son premier Non, non, non, non à la suite d'une rencontre déterminante avec le guitariste Guillaume Jouan, qui accouchera un an plus tard de Boire. Miossec a alors 30 ans : il est donc né en 1964, année qui donnera son titre en 2004 à 1964, un album très souvent considéré comme celui d'une consécration pourtant plus à faire – on peut débattre de cela. Et nous voilà en 2014 où le Brestois fête à la fois ses 20 ans ET ses 50 ans.   Or, pour lui comme pour nous, c'est un peu comme si tout cela datait d'hier : « La vie, elle a passé / Et on l'a comme pas vécue / Ou peut-être pas assez / Pas comme on l'aurait dû  (…) La vie elle a passé / Et on l'a comme pas bien vue / Les années ont filé beaucoup plus vite que prévu » chante-t-il sur On vient à peine de commencer en ouverture d'Ici-bas, ici-même, paru cette année, belle collaboration avec Albin de la Simone. Miossec s'y livre à un bilan qui aurait parfois comme des airs de redite aux accents de fait

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The Rover

ECRANS | Après "Animal kingdom", David Michôd pratique un étonnant hara-kiri commercial avec ce film post-apocalyptique qui tient autant de Beckett que de "Mad Max", c’est-à-dire une véritable provocation au divertissement-roi. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

The Rover

The Rover, c’est Mad Max qui rencontre En attendant Godot. Rien que ça. Dès le carton pré-générique, on nous annonce que l’action se déroule en Australie quelques années « après la chute ». La chute de quoi ? Du pays ? Du monde ? De l’économie ? Peu importe, car ce futur est saisi au présent, dans toute sa désolation, avec paysages arides et personnages hagards dont les motivations paraissent dérisoires. C’est le cas d’Eric, vagabond errant dans une bagnole qu’il a le malheur de se faire piquer par une bande de gangsters hallucinés, ayant laissé pour mort un des leurs, Rey, après un braquage qui a mal tourné. L’impassible Eric (sobre et étonnante composition de la part de l’ordinairement cabotin Guy Pearce) va donc former un tandem improbable avec Rey (Robert Pattinson, excellent, dont la carrière post-Twilight prend un virage passionnant), soit un homme froidement brutal et un autre à moitié idiot et à moitié crevé, qui vont passer une heure quarante à arpenter les routes australiennes pour retrouver une voiture. Post-cinéma Si

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Cannes 2014, jour 4 : Aux armes !

ECRANS | "The Rover" de David Michôd (sortie le 4 juin). "The Disappearance of Eleanor Rigby" de Ned Benson (date de sortie non communiquée). "It follows" de David Robert Mitchell (date de sortie non communiquée). "Les Combattants" de Thomas Cailley (sortie le 20 août).

Christophe Chabert | Dimanche 18 mai 2014

Cannes 2014, jour 4 : Aux armes !

S’ennuie-t-on au cours de ce festival de Cannes ? Oui, un peu, beaucoup parfois ; alors à la guerre comme à la guerre, on ose ce que l’on n’avait jamais osé jusque-là : laisser tomber la compétition, et se promener à travers les séances des sections parallèles, pour espérer y trouver des films stimulants, différents, bref, autre chose que de l’art et essai formaté, long et plombé. À ce petit jeu, The Rover, présenté en séance de minuit, repousse les limites de la bizarrerie. De la part de David Michôd, réalisateur d’Animal kingdom, rien ne laissait présager un tel virage ; si son premier film était puissant et abouti, il s’inscrivait dans un genre codifié — le film de gangsters — et sa mise en scène cherchait avant tout une forme d’efficacité sans refuser pour autant d’apporter de réelles innovations. Avec The Rover, Michôd fait exploser toutes les catégories et signe le premier film post-apocalyptique beckettien, que l’on pourrait réduire à ce pitch : deux hommes, l’un à moitié idiot, l’autre impavide, recherche

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« La musique savante n’est pas réservée à une élite »

ACTUS | Les Détours de Babel, ce n’est pas seulement un festival musical. C’est aussi un grand nombre de rencontres culturelles, débats, conférences et ateliers pédagogiques. Depuis deux ans, Vincent Tournoud est chargé d’actions culturelles, relations avec les publics et partenariats pour le festival. L’objectif est notamment d'ouvrir les portes au grand public. Rencontre. Propos recueillis par Guillaume Renouard

Guillaume Renouard | Lundi 31 mars 2014

« La musique savante n’est pas réservée à une élite »

Ateliers de découverte, conférences, débats, sorties scolaires… Quel est le but de ce programme ? Vincent Tournoud : Pendant le festival, nous proposons un certain nombre de rendez-vous culturels, qui permettent soit d’aller plus loin sur une thématique abordée par un concert, soit de rendre plus accessibles les prestations du festival. Pour ce qui concerne le premier objectif, nous organisons par exemple un colloque sur l’énergie sonore. Et pour le second, nous faisons notre possible pour attiser la curiosité du public. La curiosité ? Oui, étant donné que le festival est tourné vers la musique de création, la plupart des concerts n’ont jamais été joués ailleurs. Les spectateurs n’ont donc aucune idée de ce qu’ils vont voir, ce qui peut en freiner plus d’un. Nous tâchons de faire en sorte que ce caractère inédit suscite la curiosité et non l’appréhension. Comment familiariser le grand public avec ce type de musique ? Nous organison

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Into the (musical) wild

MUSIQUES | C’est parti pour trois semaines dédiées à «l’art musical» sous toutes ses formes grâce à l’exigeant festival Les Détours de Babel, centré cette année sur les rapports entre musique et nature. Rappel du projet et sélection de concerts et autres événements. Aurélien Martinez, Charline Corubolo, Stéphane Duchêne et Damien Grimbert

Aurélien Martinez | Mardi 25 mars 2014

Into the (musical) wild

Quatrième édition pour les Détours de Babel, festival né – on le rappelle – de la fusion entre les 38e Rugissants (très centrés sur les musiques contemporaines) et le Grenoble jazz festival (qui portait bien son nom). Après la religion en 2013, la politique en 2012 et les questions d’identité en 2011, c’est le thème de la nature qui a été retenu cette année, avec un sous-titre assez large pour ne pas être réducteur : les musiciens de la Terre. Bien appuyé sur ses trois jambes (« les musiques nouvelles – tout ce qui est lié à la musique contemporaine, à la musique électronique… –, le jazz et les musiques improvisées, et enfin les musiques traditionnelles, dites musiques du monde » comme nous l’expliquait son directeur Benoît Thiebergien en 2012), même si ces trois jambes ont de plus en plus tendance à se fondre les unes dans les autres, la manifestation est toujours construite autour du concept que nous lui avions accolé l’an passé :

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Élitisme pour tous

MUSIQUES | Pour la troisième édition du festival, l’équipe des Détours de Babel a choisi de se pencher sur la question de la religion et de son traitement par les différentes musiques d’ici et d’ailleurs. Un axe passionnant tant l’histoire musicale est intimement liée à l’histoire religieuse, comme on en aura la preuve pendant ces trois semaines. Aurélien Martinez, Laetitia Giry et Christine Sanchez

Aurélien Martinez | Mardi 2 avril 2013

Élitisme pour tous

Cela fait trois ans que Les Détours de Babel, festival né de la rencontre entre les anciens 38e Rugissants et Grenoble Jazz Festival, investit chaque début de printemps l’agglomération dans son ensemble – aussi bien les salles classiques que l’espace urbain. Et trois ans qu’il se traîne la même image de manifestation élitiste réservée à quelques extatiques amateurs de branlette intellectuelle. Alors que, n’en déplaisent aux médisants, c’est un peu plus compliqué que ça – voire carrément plus ! Les Détours de Babel, ce sont trois volets artistiques : les musiques contemporaines, le jazz, et les musiques traditionnelles (ou dites du monde). Une trinité ambitieuse au sein de laquelle on retrouve des propositions exigeantes, l’équipe organisatrice prenant soin de programmer des artistes qui ne se contentent pas de faire de la musique, mais qui la vivent, la réfléchissent, la réinventent... Alors, certes, il y aura peu de noms connus du grand public pendant ces dix-huit jours de festival, et une poignée d’événements semblent véritablement hermétiques sur le papier... Mais si l’on pr

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Bien frappé

MUSIQUES | Pour sa 13e édition, LE festival d'été de Grenoble fait plutôt dans la dentelle avec sa programmation aux petits oignons faite de découvertes, de futurs grands et de déjà immenses. Un cahier des charges qui se résume à lui tout seul dans la soirée du vendredi 27 juillet. Stéphane Duchêne

Aurélien Martinez | Lundi 16 juillet 2012

Bien frappé

Entamé au début du siècle avec des petits jeunes qui ont fait du chemin depuis (Dionysos, Julien Lourau, Philip Prohom), le Cabaret frappé a vu passer de la vedette (Dominique A, The Wailers, Herman Düne, Tahiti 80) mais peut-être pas autant qu'il n'a modestement contribué à en révéler. Et comme on ne change pas un programme qui gagne – sauf peut-être en politique, mais c'est une autre histoire – c'est sur cette ligne que le festival grenoblois poursuit sa route pour l’édition 2012. Avec des soirées thématiques qui, à notre humble avis, culmineront, si ce n'est le samedi avec un intouchable combo électro The Shoes-Nasser, avec la pénultième soirée, celle du vendredi, plutôt orientée pop-rock battant pavillon indé. La preuve en sera, au Kiosque, avec l'un des plus illustres – et pourtant bien trop méconnus – représentants de l'esprit indé, pour ne pas dire de l'esprit "va te faire foutre" : Theo Hakola. Une sorte de Nick Cave franco-américain qui n'aurait jamais su cacher que son cœur est à gauche, très à gauche. Ce qui lui valut de compose

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Mis au sec

MUSIQUES | On a tendance à l'oublier mais il y a plus de 15 ans de cela, avec l'album Boire, le Breton Miossec a quelque peu révolutionné la chanson française en la (...)

Aurélien Martinez | Lundi 9 juillet 2012

Mis au sec

On a tendance à l'oublier mais il y a plus de 15 ans de cela, avec l'album Boire, le Breton Miossec a quelque peu révolutionné la chanson française en la débarrassant de ses oripeaux variétés, en en désossant les codes et en y ajoutant ce qu'il faut de poigne rock. Comme la poupée de Polnareff mais un verre à la main, Miossec à tout répondait Non, non, non, (je ne suis plus saoul). Est-ce parce qu'il trouvait que son œuvre s'était quelque peu mise à ronronner ces dernières années que Miossec a écrit Chansons ordinaires, comme une prise de conscience qui vaudrait thérapie ? Un album dont tous les titres commencent par «chanson» (Chanson pour les Amis, Chanson protestataire, Chanson que personne n'écoute, etc.), un album de chansons donc mais sur lequel Miossec a plaqué le paradoxe d'une production plus rock'n'roll que jamais. Car jusque-là, même dans ses périodes les plus énervées, le Brestois n'avait jamais sonné aussi lourd, tonné aussi fort, façon whisky sec, s'offrant à 47 ans, une période grunge. Un objet

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Rover au Cabaret frappé cet été

MUSIQUES | Les derniers noms tombent, petit à petit. Aujourd'hui, on apprend que Rover sera de la partie, et c'est plutôt pas mal!

Aurélien Martinez | Jeudi 31 mai 2012

Rover au Cabaret frappé cet été

Au Cabaret frappé cet été, du 23 au 28 juillet, il y aura donc, entre autres, The Shoes, Tony Allen, The Excitements, Ewert And The Two Dragons, Theo Hakola, Miss White and the Drunken Piano... Cette semaine, l’équipe du festival a encore lâché d’autres noms : Nasser, Reggae Legends : The Mighty Diamonds, Pablo Moses, Linval Thompson et Irma. Et aujourd’hui, avant le dévoilement final lundi de la grosse tête d’affiche qui envoie du lourd, on apprend que Rover sera de la partie. Rover? Un ovni romantique, dandy et bestial, sorte de David Bowie d’aujourd’hui. Il en a la voix élastique, donnant parfois l'impression de flotter dans l'espace (oddity), capable de côtoyer les aigus un peu geignards sur Champagne aussi bien que gracieux et Lennoniens sur Lou (son A d

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« Transformer l’essai »

MUSIQUES | Pour la deuxième édition des Détours de Babel, émanation des anciens Grenoble Jazz Festival et 38e Rugissants, les musiques en résistance seront mises à l’honneur. Pour en savoir plus, rencontre avec Benoît Thiebergien et Jacques Panisset, respectivement directeur et conseiller artistique du festival. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 16 mars 2012

« Transformer l’essai »

Les Détours de Babel, deuxième édition. L’édition de la confirmation ?Benoît Thiebergien : L’année dernière, il fallait lancer la nouvelle manifestation, faire en sorte que son nom et son esprit puissent pénétrer le public de l’agglomération et le milieu professionnel. Et là, évidemment, cette deuxième édition est celle de la confirmation : il faut transformer l’essai, asseoir le festival, conquérir de nouveaux publics… Les Détours de Babel sont présentés comme un « festival des musiques du monde contemporain »… C’est-à-dire ?BT : Le festival explore principalement trois esthétiques musicales : les musiques nouvelles – tout ce qui est lié à la musique contemporaine, à la musique électronique… –, le jazz et les musiques improvisées, et enfin les musiques traditionnelles, dites musiques du monde. On explore donc ces trois champs, en montant des projets avec des artistes qui viennent de ces esthétiques-là, mais qui sont dans des dynamiques d’ouverture et de croisement avec d’autres champs musicaux.Jacques Panisset : Et ce qui fédère l’ensemble, c’est que tous ces

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Chanson pour une conversation

MUSIQUES | Pour sa huitième livraison, Christophe Miossec s’est enfermé avec les musiciens de Dominique A dans une ferme de Rennes. Un disque rock, brut, presque live et qui emballe. Rencontre avec le breton avant son passage à la Source. Propos recueillis par Régis Le Ruyet

François Cau | Dimanche 11 mars 2012

Chanson pour une conversation

Dans quel état d’esprit avez vous abordé l’enregistrement de Chanson ordinaire ?Miossec : Quand il y a un disque à faire, le problème, c’est le radotage. De tourner en rond, et après de vraiment devenir emmerdant. Par le passé, j’ai essayé quelques changements un peu radicaux. Mais je n’avais pas réussi, et là je trouve que c’est mieux que d’habitude. L’idée était de réfléchir le moins possible. Prendre juste trois jours de répétitions, et attaquer le disque rapidement, sans faire de maquette, sans passer par plein de truc un peu chiant. J’ai tenté la formule, après à savoir si ça marche ou pas, c’est une autre paire de manche.  Comment s’est faite la rencontre avec les musiciens ?Je me suis retrouvé avec la bande de Dominique A en studio mais comme dans les conditions d’un local de répétition. A la roots, nous vivions les uns sur les autres. A n’importe quelle heure nous pouvions jouer, enregistrer ou nous marrer. Et je me suis retrouvé comme si je passais l’audition pour le groupe. C’était plutôt drôle, parce personne ne savait où nous allions

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Sélection (édition 2011)

MUSIQUES | Les événements à ne pas manquer pendant Les Détours de Babel. FC

François Cau | Lundi 4 avril 2011

Sélection (édition 2011)

Choc des culturesGrands frissons artistiques prévus dès ce samedi dans l’enceinte de la Maison de la Culture. Pour ce qui est de la claque sonore, la scène accueillera le groupe Phat Jam, la réunion inespérée entre le grand saxophoniste de jazz Archie Shepp (photo) et le rappeur / beat boxer Napoléon Maddox. Ce dernier, au sein de sa formation IsWhat ?!, a plus que fait ses preuves en louvoyant notamment sur des sentiers artistiques dont les sonorités percussives vous font du rentre-dedans jusqu’à ce que vous vous abandonniez totalement, désarmé, sous le charme – écoutez son You figure it out et défaillez donc. Citant à tour de bras l’héritage musicalement revendicatif de Charles Mingus ou de John Coltrane, il était assez logique qu’il saisisse l’opportunité de travailler avec Archie Shepp sur un projet commun : Phat Jam, c’est son nom, ne trahit ni l’un ni l’autre, mais assemble leurs caractéristiques respectives avec bonheur. Et quand on sait qu’en plus, le groupe sera rejoint sur scène par la compagnie de danse sud-africaine Via Katlehong, l’une des plus inventives et explosives représentantes de la danse pantsula, quelque chose nous dit que la soirée s

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Jouer avec la langue

CONNAITRE | Sauvagement bousculée par l’actualité, la première édition des Détours de Babel s’offre néanmoins à nous avec son lot de promesses artistiques mirobolantes. François Cau

François Cau | Mercredi 30 mars 2011

Jouer avec la langue

Festivals clés de l’agglomération grenobloise, les 38e Rugissants et le Grenoble Jazz Festival ont célébré pendant de nombreuses années de bons et loyaux services la création musicale contemporaine, les émulations entre différentes cultures, les passerelles temporelles et autres échos sonores. Forcément, dans leurs recherches respectives, leurs routes se sont croisées plus d’une fois, jusqu’au point où les responsables de chaque structure, liés de plus par une complicité ne datant pas d’hier, se sont demandés si une mutualisation de leurs forces ne pouvait pas donner naissance à une nouvelle entité événementielle, un festival qui conserverait les spécificités de chacun mais qui tendrait vers l’expérimentation libre de nouvelles formes. Bref, l’application de la formule mathématique popularisée par Jean-Claude Van Damme, 1 + 1 = 1, mais dans le domaine de la musique et de la création contemporaines. Les deux structures se fédèrent donc, investissent leur Centre International des Musiques Nomades créé pour l’occasion, et planchent de concert sur la ligne éditoriale de leur projet commun. Village global Comme son nom le laisse délicatement suppose

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