Rone : « Avec "Mirapolis", j'avais envie d'aller vers quelque chose de plus léger, de plus solaire »

Concert | En même pas 10 ans, le producteur Rone, de son vrai nom Erwan Castex, s'est imposé comme un acteur majeur de la scène électronique française. Un peu plus de deux ans après "Creatures", il viendra présenter, à la Belle électrique et à guichets fermés, "Mirapolis", magnifique nouvel album qui parcourt ses souvenirs d’enfance.

Alice Colmart | Mardi 14 novembre 2017

Photo : Olivier Donnet


Comment définiriez-vous le style Rone ?

Rone : Je crois c'est une musique électronique qui s'ouvre à d'autres univers. Je me considère comme un musicien électronique parce que mes instruments sont des synthétiseurs, des ordinateurs, des machines, mais plus ça va et plus mes sons sont organiques, plus j'ai l'impression de faire de la musique tout court. D'ailleurs, je collabore de plus en plus avec des musiciens, des batteurs, des violoncellistes, et ajoute des voix dans mes morceaux. J'adore toujours jouer en club mais on m'invite aussi à la Philharmonie de Paris : j'aime les deux et serais triste de devoir me séparer de l'un ou l'autre.

Vous avez sorti début novembre Mirapolis, votre quatrième album. Pourquoi lui avoir donné le nom d'un ancien parc d'attractions ?

C'est un souvenir d'enfance qui a rejailli lors d'une discussion avec le réalisateur Michel Gondry. En voyant la pochette futuriste qu'il me proposait, j'ai pensé au film Metropolis de Fritz Lang et à Mirapolis, un parc d'attractions qui me fascinait quand j'étais petit. Avec mes parents, je passais jamais très loin sur l'autoroute et je voyais toujours un énorme Gargantua dépasser !

Comment s'est déroulée la création de l'album ?

Elle s'est déroulée en deux temps. Une moitié d'album solitaire et l'autre très collective. Je suis d'abord parti m'isoler dans des chambres d'hôtel dans des bleds où il n y avait personne. J'avais besoin de me couper de mes amis, de ma famille, de me retrouver un peu seul. À Paris, tout va trop vite et j'ai du mal à me concentrer. J'ai réalisé que c'était des conditions idéales pour créer. Toute l'expérience accumulée ces derniers mois, ces dernières années, a rejailli beaucoup plus facilement que lorsque je suis dans le rythme d'une vie effrénée.

Je suis ensuite rentré avec ce que j'avais enregistré sur mon ordi. J'avais posé des idées de maquette plus ou moins élaborées. Puis j'ai tout finalisé dans mon studio à Paris. C'est aussi à ce moment-là que j'ai commencé à faire des collaborations. C'était l'opposé de la première partie, car j'étais dans l'échange permanent.

Saul Williams, Bryce Dessner de The National, Baxter Dury… Votre album est en effet riche en collaborations. Comment avez-vous été amené à travailler avec ces artistes ?

Il y a une histoire avec chacun d'eux. Baxter Dury, c'est une personne que j'admire énormément. Je l'ai contacté car je cherchais une voix grave, style dandy british un peu désabusé. Pour Bryce Dessner, c'est un ami que je retrouve régulièrement en studio et sur scène. J'avais déjà collaboré sur leur disque avec The National et l'avais déjà invité sur mon précédent album Creatures.

Quant à Saul Williams, je l'ai rencontré par le biais d'un ami. On avait fait un bœuf ensemble dans un bar minable ! On s'est revus dans mon studio alors que je composais. C'était le lendemain de l'élection de Trump, il était très remonté. Très spontanément, il s'est mis à improviser sur l'un des morceaux et le rendu était super.

Travailler de manière plus collective, qu'est-ce que cela vous apporte ?

C'est toujours plus agréable de faire les choses à plusieurs. Je passe beaucoup de temps en studio tout seul. J'adore ca ; l'introspection, j'ai besoin de ca. Mais ouvrir un peu la porte et les fenêtres pour faire rentrer quelque chose qui est étranger à ma musique, pour l'emmener plus loin, c'est très enrichissant.

Comment avez-vous imaginé Mirapolis par rapport à Creatures, votre album précédent ?

Avec le recul, mon précédent album m'a semblé très dark, un petit peu lourd à digérer. Avec Mirapolis, j'avais envie d'aller vers quelque chose de plus léger, de plus solaire, qui tire les gens vers le haut et moi aussi par la même occasion. Même si, dans le résultat, il y a toujours un petit côté mélancolique, mon idée à la base était de faire quelque chose de beaucoup plus festif !

Pourquoi avoir fait le choix de vous éloigner de l'électro, avec des morceaux pop comme Switches ?

Effectivement, la moitié de mon album contient des collaborations et va sur des territoires éloignés de l'électro. En créant Switches, j'ai été au bout d'un fantasme, celui de faire un morceau sans utiliser de machine. J'ai commencé avec une petite mélodie au piano sur laquelle j'ai invité le chanteur Baxter Dury à poser sa voix. Autour de ça, j'ai réalisé plein d'arrangements de cuivres, de cordes, pour faire un morceau beaucoup plus pop.

L'autre partie de mon album reste très électro. Dans des morceaux comme Origami et Mirapolis, j'ai même l'impression de retourner à mes débuts, quand j'avais ni studio ni instrument.

Dans votre titre Lou, on peut entendre la voix de votre fille Alice. Le fait d'être père a-t-il influencé votre manière de composer ?

Mes enfants sont évidemment très inspirants et ont une influence énorme sur ma manière de composer. Avant, je travaillais toute la nuit, maintenant très tôt le matin et cela se ressent sur ma musique. Pour la petite histoire, c'était une période où Alice imitait le loup à longueur de journée. J'ai craqué et je l'ai enregistrée. C'est fou, tout le morceau s'est construit autour de cette petite voix.

Vous serez en concert à la Belle électrique. Comment construisez-vous vos lives ?

L'exercice est de réussir à réinventer mes titres sur scène. J'essaie de voir comment je peux "électroniser" les morceaux plus organiques, qui sont à l'origine faits d'instruments. C'est important pour moi que mes morceaux ne soient pas figés. Jouer toujours les mêmes choses, ça peut rendre fou ! Je sais qu'entre la première et la dernière date de la tournée, mes sons vont évoluer et prendre une forme complètement différente.

Rone
À la Belle électrique mercredi 22 novembre à 20h


Rone

+ 1ère partie (électro)
La Belle Électrique 12 esplanade Andry-Farcy Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Viggo Mortensen : « Nos souvenirs imparfaits décident de qui nous sommes »

Rencontre | Le comédien aux mille talents vient de signer "Falling", son premier long métrage en tant que cinéaste. Une histoire de famille où l’attachement et l’oubli se livrent un duel sans ménagement. Nous l'avions rencontré quelques jours avant le reconfinement, en marge de la première française, durant le Festival Lumière à Lyon.

Vincent Raymond | Jeudi 5 novembre 2020

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Comment se fait-il que ce soit cette histoire en particulier que vous ayez racontée pour votre premier film, car vous avez écrit plusieurs scénarios avant de réaliser Falling ? Viggo Mortensen : Je suppose que je voulais me souvenir de mes parents (et de ma mère, pour commencer), pour le meilleur et pour le pire comme tout le monde. Même si c’est devenu une histoire père/fils, l’inconscient de leur combat repose sur une différence d’opinion autour de leurs souvenir de leur femme et mère. Elle reste, à mon avis, le centre moral de l’histoire. Et c’est très important pour moi le casting de la mère, Gwen. Hannah Gross était parfaite, géniale : même si elle n’est pas là tout le temps, elle est là. Mais la raison pour laquelle j’ai fait début comme réalisateur et scénariste avec cette histoire, c’est parce que j’ai trouvé l’argent (sourire). J’avais essayé plusieurs fois, il y a 23-24 ans, avec un autre scénario, au Danemark, j’avais 20-30% du budget, mais pas davantage. Au bout du compte, je crois que c’était bien que j’attende, parce que j’ai beaucoup appris des autres réalisa

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Matteo Garrone : « La violence présente dans "Dogman" est surtout psychologique »

ECRANS | Un brave toiletteur pour chiens et une brute qui le traite pire qu’un chien sont au centre de "Dogman", le nouveau conte moral du réalisateur Matteo Garrone. Une histoire italienne d’aujourd’hui récompensée par le Prix d’interprétation masculine à Cannes pour Marcello Fonte.

Vincent Raymond | Lundi 16 juillet 2018

Matteo Garrone : « La violence présente dans

Dogman est-il inspiré d’un fait divers ? Matteo Garrone : Oui. Il s’est déroulé à la fin des années 1980, et il est très célèbre en Italie parce qu’il a été particulièrement violent. Mais on s’en est très librement inspiré : on l’a retravaillé avec notre imagination. Il n’a jamais été question de reconstruire dans le détail ce qui s’était passé. On a également changé la fin, puisque Marcello est un personnage doux, incapable de violence. Dans le film, il agit par légitime défense, non par préméditation. Je suis particulièrement content que le film soit présenté dans un pays où ce fait divers n’est absolument pas connu : le spectateur idéal, c’est celui qui le verra sans avoir cette histoire en tête et sans comparaison avec la réalité. En Italie, le film a un peu souffert de ce fait divers – en tout cas au début. Certains spectateurs se disaient : ça va être extrêmement violent, donc je n’irai pas le voir. Ensuite, le bouche-à-oreille l’a aidé. En fait, la violence présente dans le film e

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"Dogman" : Matteo Garrone, chien enragé

ECRANS | de Matteo Garrone (It, int. -12 ans, 1h42) avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria…

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Toiletteur pour chiens dans une cité délabrée, Marcello la bonne pâte devient le larbin d’une brute toxicomane terrorisant le quartier, Simoncino, lequel ne manque pas une occasion d’abuser de sa gentillesse. Mais après une trahison humiliante de trop, le frêle Marcello réclame son dû… « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. » Blaise Pascal pressentait-il le décor de Dogman en rédigeant ses Pensées ? Vaste étendue ouverte sur une non moins interminable mer, cette scène rappelle l’agora de Reality (2012) du même Matteo Garrone, ce microcosme dans lequel une kyrielle de drames peut éclore et se jouer aux yeux de tous ; chacun étant libre d’ouvrir ou de fermer les yeux sur ce qui se déroule sous ses fenêtres. Et de se claquemurer dans une passivité complice, surtout quand un fou-furieux a fait du secteur son espace de jeu. Mettre au ban une de ses victimes, la plus inoffensive (en l’occurence le serviable Marcello), tient de la pensée magique ou de l’exorcisme : en se rangeant implicitement du côté du bourreau, on espère soi-même être épargné. Personne n’imagin

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Et voici les 20 concerts de l’automne

Panorama de rentrée culturelle 2017/2018 | Une sélection à base de stars de la chanson, de rock qui déménage ou encore de surprises musicales bienvenues.

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Wolves In The Throne Room : métal mais pas que

Concert | Le groupe américain très black métal mais voguant aussi vers d'autres styles sera mardi 2 mai à l'Ampérage. On vous en dit plus.

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Souvent considéré comme l’un des dérivés les plus extrêmes et les plus puristes du genre, le black métal est aussi, paradoxalement, le style qui a le plus réussi à attirer l’attention des auditeurs extérieurs à cette sphère musicale. Originaire de la petite ville d’Olympia, dans l’État de Washington, Wolves In The Throne Room, composé des deux frères Aaron et Nathan Weaver, est sans doute l’un des groupes qui incarne le mieux cette dichotomie. Fortement influencé par la nature sauvage, les cascades perdues dans la brume et les paysages forestiers grandioses et inhospitaliers de sa région natale, le duo, formé en 2002, tire ainsi sa formidable puissance d’évocation des mêmes sources d’inspiration que la première vague de black métal scandinave. Pour autant, leur goût prononcé pour l’expérimentation, qui les amène à flirter avec des styles comme le drone, l’ambient et la folk, et à intégrer l’usage de synthés analogiques dans leurs compositions, leur a permis de dépasser les frontières originelles du genre sans jamais renier ses racines profondes. Après un premier opus inaugural en 2006, une trilogie remarquée d’albums pour le label de référen

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Ezra, l'alchimiste moderne

Concert | Le musicien-beatboxer, souvent vu dans l'agglo, sera vendredi 14 et mardi 18 avril sur la scène de l'Hexagone de Meylan avec "Chrones", un concert-performance aussi technologique que poétique.

Aurélien Martinez | Mardi 11 avril 2017

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Ezra (Vincent Chtaïbi de son vrai nom) est un musicien-beatboxer que l’on connaît bien à Grenoble, lui qui a notamment beaucoup travaillé avec l’Hexagone de Meylan et son fameux Atelier Arts Sciences – ensemble, ils avaient développé un gant interactif capable de contrôler le son. Un Hexagone dont il va de nouveau fouler la scène avec un concert-spectacle tout aussi technophile baptisé Chrones, dont nous avons pu découvrir quelques alléchants extraits. Où l’homme qui fait des bruits avec sa bouche (le principe du beatbox, boîte à rythmes humaine) démultiplie sa pratique, n’en faisant qu’une des facettes d’un projet plus grand. Sur le plateau, il s’est ainsi entouré d’un musicien multi-casquettes et « geek » (c’est lui qui le dit) et d’un créateur vidéo pour concevoir, en 100% live, une performance musicale onirique où le plus artisanal (que ce soit dans les vidéos ou avec certains instruments – comme ce batteur à œufs manuel) côtoie le plus technologique. Un bouillonnement créatif couplé à une approche très contemporaine de la musique qui, à nos yeux émerveillés, font d’Ezra un artiste atypique et, surtout, passionnan

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Mai Mai Mai, l’Italie versant occulte

MUSIQUES | Rendez-vous vendredi 24 février au Centre d'art Bastille pour découvrir un drôle de projet musical.

Damien Grimbert | Lundi 20 février 2017

Mai Mai Mai, l’Italie versant occulte

Alors oui, certes, on vous l’accorde, si vous aimez uniquement la musique festive, joviale et ensoleillée, il y a de bonnes chances que Mai Mai Mai, projet solo de l’Italien Toni Cutrone, ne soit pas forcément votre tasse de thé. Issu à parts égales de la suractive scène expérimentale romaine contemporaine et du passionnant courant "Italian Occult Psychedelia", Mai Mai Mai emprunte à des influences aussi éparses que les musiques ethniques et folkloriques méditerranéennes, les bandes-son de films italiens des années 1960 et 1970, le rock psychédélique et le versant le plus sombre et expérimental des musiques électroniques. Tout ça pour mieux en livrer sa propre déclinaison. Ultime volet d’un trilogie occulte entamée en 2013, Phi, dernier album en date de la formation sorti conjointement sur Boring Machines et le label californien Not Not Fun, oscille ainsi sans jamais choisir entre ambient, drone, avant-folk, rythmiques électroniques brutales et field-recording embué, dans un vaste magma sonore d’une intensité saisissante mais surtout d’une puissance d’évocation inégalée. Une sorte de voyage au cœur d’abysses infinies

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Tale of tales

ECRANS | De Matteo Garrone (It-Fr-Ang, 2h13) avec Salma Hayek, Vincent Cassel, Toby Jones…

Christophe Chabert | Mardi 30 juin 2015

Tale of tales

Que Matteo Garrone n’ait pas souhaité s’enfermer dans le réalisme suite au succès de Gomorra est une bonne chose ; d’ailleurs, lorsqu’il osait la stylisation dans Reality, il parvenait à déborder l’hommage à l’âge d’or de la comédie italienne pour en retrouver l’esprit esthétique. Avec Tale of tales, les choses se compliquent : abordant un genre en vogue (les contes et l’héroïc fantasy) via l’adaptation d’un classique de la littérature italienne, il tente le grand pont vers l’imaginaire pur, entrecroisant plusieurs récits où l’on retrouve des monstres, des sorcières, un roi, des reines et des princesses. Or, le style Garrone s’avère assez vite à la traîne de son ambition : jamais la mise en scène ne parvient à donner le souffle nécessaire pour nous faire pénétrer cet univers baroque et fantastique. D’où une suite d’hésitations fatales : entre le sérieux et la dérision, l’auteurisme et le divertissement, le film à sketchs et le film choral… Mal construit (l’épisode des faux jumeaux est de loin le plus faible, et le scénario le traîne comme un boulet

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MUSIQUES | Ambiances musicales féériques, production très soignée, collaborations étincelantes (Étienne Daho, François Marry, Bachar Mar-Khalifé…) : "Creatures", le troisième album de Rone prévu pour le 9 février, est sublime en tous points. Et confirme que le musicien est une valeur sûre de l'électro française. Rencontre avant son live à la Belle électrique. Propos recueillis par Nicolas Bros

Nicolas Bros | Mardi 3 février 2015

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Même si l'effet de surprise n'est plus vraiment de la partie, le Rone cru 2015 monte la barre très haut. Oniriques et lumineux, les douze titres composant Creatures sont autant de signes confirmant que nous avons affaire à un très grand des musiques électroniques. À 34 ans, Erwan Castex alias Rone passe une étape supplémentaire dans sa courte mais étonnante carrière, jalonnée de succès. L'effervescence ayant entouré Tohu Bohu, son précédent (et deuxième) album sorti en octobre 2012, témoignait déjà de la qualité des productions du Parisien alors exilé à Berlin : un véritable condensé de bombes électroniques entre douceur et dancefloor, comme l’imparable Bye Bye Macadam ou le florissant Parade. Avec Creatures, il réitère l'exploit, allant encore plus loin dans la création. Le fruit du travail minutieux d'un véritable passionné de sons électroniques naviguant à l'étage céleste. « J'adore le contraste et le relief dans la musique. On peut jouer avec les silences et ça devient un instrument à part entière. Je m

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Muse, David Guetta, Cerrone et Alt-J annoncés à Musilac

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Benjamin Mialot | Mardi 25 novembre 2014

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Premiers noms pour l'édition 2015 de Musilac (du 10 au 13 juillet, toujours à Aix-les-Bains), et c'est du lourd (vous le prenez comme bon vous semble) : Muse, qu'on ne présente plus, David Guetta, qu'on présente encore moins, Cerrone (notre Moroder à nous, en quelque sorte) et surtout nos chouchous d'Alt-J, fers de lance de cette pop arty et néanmoins charnelle dont l'Angleterre est féconde depuis le début du siècle.

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Aurélien Martinez | Mercredi 19 novembre 2014

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Étienne Daho, Fránçois & The Atlas Moutain, Bachar Mar-Khalifé, Bryce Dessner (The National) ou encore Toshinori Kondo : la liste des artistes qui ont collaboré avec le Français Rone pour son nouvel album à paraître le 9 février 2015 est tout simplement vertigineuse. Il passera donc à la Belle électrique pour défendre ce Creatures le même soir qu’Ed Motta (en deuxième partie de soirée). En attendant la sortie, voici un premier ext

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Quand Cronenberg filmait une paire de schizos…

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Christophe Chabert | Mardi 18 novembre 2014

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Auréolé du succès critique et public de La Mouche, film de commande qu’il avait habilement su détourner pour en faire une tragédie horrifique, David Cronenberg passe à la vitesse supérieure en 1988 avec Faux-semblants, où il inaugurait la part la plus personnelle de son œuvre. Lui qui jusqu’ici en passait par des allégories fantastiques pour parler des questions qui le taraudaient – de la révolution sexuelle de Frissons à l’emprise de l’image sur le corps dans Videodrome – aborde frontalement le drame de deux jumeaux inséparables, chirurgien et gynécoloque dans une clinique de Toronto, dont les liens fusionnels vont voler en éclats après leur rencontre avec une actrice infertile. Seul effet spécial à l’écran : Jeremy Irons, qui se multiplie par deux pour incarner les frères Mantle dans une prestation vertigineuse de finesse. Il y a quelque chose de presque bergmanien dans la manière avec laquelle Cronenberg observe cette passion irrationnelle et destructrice où le sexe, la jalousie et la peur de l’abandon dansent une valse morbide dont l’issue ne peut qu’être tragique. La lenteur opératique de la mise en scène alliée à la verve pince-s

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Maps to the stars

ECRANS | David Cronenberg signe une farce noire et drôle sur les turpitudes incestueuses d’Hollywood et la décadence d’un Los Angeles rutilant et obscène. Un choc ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

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La « carte des stars » du titre fait référence à ces dépliants indiquant l’emplacement des villas appartenant aux célébrités hollywoodiennes à Los Angeles ; la carte du dernier film de David Cronenberg se résume en revanche à un cercle d’une demi-douzaine de personnages portant des prénoms impossibles, gravitant dans l’univers du cinéma et unis par des liens scénaristiques mais aussi par de tortueux liens du sang. Il y a un jeune acteur de 13 ans arrogant et cynique, star d’une franchise ridicule (Bad babysitter) et déjà passé par la case réhab' ; son père moitié gourou, moitié thérapeute new age ; une comédienne vieillissante obsédée par le fantôme de sa mère morte dans un incendie ; un chauffeur de limousine qui se rêve scénariste et acteur… Et, surtout, une fille mystérieuse qui s’incruste dans leur vie, un peu folle et portant sur son corps les stigmates de graves brûlures. Film choral ? Pas vraiment, car Maps to the stars tisse assez vite une toile réjouissante où chacun va illustrer la décadence dans laquelle s’enfonce un Los Angeles corrompu au dernier degré, réplique vulgaire et morbide de celui décrit par John Schlesinger dans son crépu

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Delon, de l’ombre au Plein soleil

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Christophe Chabert | Jeudi 4 juillet 2013

Delon, de l’ombre au Plein soleil

Séquence émotion au cours du dernier festival de Cannes : en séance de clôture de Cannes Classics, Alain Delon vient présenter la version restaurée de Plein Soleil – à redécouvrir cette semaine au Méliès. On s’attend à voir l’éternel délire mégalo de l’acteur prendre toute la place mais, surprise, le voici au bord des larmes, submergé par l’émotion, évoquant René Clément comme celui sans qui sa carrière n’aurait pas été celle qu’elle est. En effet, Clément est celui qui a fait de Delon une star, le faisant basculer de son statut de second rôle dans des films populaires à celui de comédien majeur dont le magnétisme noir aspire tout sur son passage. De plus, Plein soleil inscrit à même son intrigue ce passage de l’ombre à la lumière. Delon y est Tom Ripley, mais dans les premières séquences, Tom Ripley n’est pas grand chose. Juste un petit escroc que l’on paie 5000 dollars pour convaincre Philippe, un riche héritier, de cesser sa vie de playboy sous le soleil italien pour revenir dans ses pénates familiales. Ripley fait ce qu’il peut pour accomplir sa mission, mais il est renvoyé dans les cordes par la désinvolture canaille et le tempérament de noceur de

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Antiviral

ECRANS | De Brandon Cronenberg (Canada, 1h48) avec Caleb Landry Jones, Sarah Gadon…

Christophe Chabert | Jeudi 7 février 2013

Antiviral

Soyons honnêtes : le premier film de Brandon Cronenberg provoque des réactions diamétralement opposées chez les spectateurs. Mais pas forcément comme ceux de son père, qui cristallisent les avis autant par leurs sujets que par leur traitement. Ici, il s’agit de savoir si on est face à une œuvre prometteuse d’un auteur en prise directe avec son époque, ou au contraire à un gros fiasco écrit et réalisé par un geek ne vivant le monde que par la procuration de son ordinateur. On penche clairement pour la deuxième proposition : Antiviral, de son argument de départ — un trafic de maladies prélevées sur des stars et injectées ensuite à leurs fans — à son système figuratif — des décors cliniques, aseptisés, insonorisés, percés seulement par des spots publicitaires — et ses dialogues — un imbitable charabia de termes compliqués et de marques inventées — a quelque chose du court métrage de fin d’étude étiré, visant ouvertement au statut de film culte. Vincenzo Natali, quand il est peu inspiré, fait des trucs dans ce genre-là. Peut-être qu’avec le temps, Brandon Cronenberg réussira-t-il son

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Reality

ECRANS | Entre satire de la télé réalité, comédie napolitaine façon Pietro Germi et portrait stylisé d’un individu au bord de la folie, le nouveau film de Matteo Garrone séduit par ses qualités d’écriture, de mise en scène et par la performance hallucinée de son acteur, Aniello Arena. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 26 septembre 2012

Reality

Sans révéler la fin de Reality, il faut absolument évoquer son dernier plan, fascinant zoom arrière qui part d’un détail (un homme qui rit sur un fauteuil en regardant les étoiles) et s’achève sur une vision panoramique d’un studio de télévision géant au milieu de la ville. Il faut en parler car il dit tout le projet de Matteo Garrone : répondre par l’ampleur du cinéma à l’étroitesse des dispositifs télévisuels. L’ouverture est d’ailleurs une rime inversée de cette formidable conclusion : on accompagne par un travelling aérien une calèche qui traverse les rues de Naples, avant de descendre sur terre pour découvrir qu’il ne s’agit que d’une mise en scène de mariage, celle-ci en côtoyant une autre, nettement plus vulgaire, dont l’invité principal est le gagnant du Big Brother italien. C’est la part satirique de Reality, celle qui consiste à mesurer les dégâts de la télé-réalité dans le quotidien des gens ordinaires, mais aussi sur le cinéma lui-même : on découvre ainsi que les studios de Cinecitta sont loin de Fellini, hébergeant à sa place les castings des futures émissions où des inconnus deviendront d’éphémères célébrités. La vie contre le li

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Beaucoup d’amour, peu d’érections

ECRANS | Le 65e festival de Cannes arrive déjà à mi-parcours de sa compétition, et celle-ci paraît encore bien faible, avec ce qui s’annonce comme un match retour de 2009 entre Audiard et Haneke et une forte tendance à la représentation du sentiment amoureux. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Lundi 21 mai 2012

Beaucoup d’amour, peu d’érections

Serait-ce la nouvelle loi cannoise ? Pour une année de compétition passionnante, la suivante serait forcément décevante ou mineure. Le cru 2009 était exceptionnel, celui de 2010 fut cauchemardesque ; l’édition 2011 était brillante, celle de 2012 a démarré piano. Tout avait pourtant bien commencé avec un film d’ouverture extraordinaire, Moonrise kingdom de Wes Anderson, et la projection du Audiard, De rouille et d’os. Puis vint le temps des désillusions : par exemple Après la bataille de Yousri Nasrallah, qui se complait dans une forme de soap opéra ultra-dialogué alors qu’il avait manifestement l’envie de retrouver le lustre des grands mélodrames égyptiens. Évoquant la Révolution récente, le cinéaste tombe dans le piège du cinéma à sujet, didactisme balourd que l’intrigue sentimentale ne vient pas alléger, au contraire. Nasrallah veut aborder tous ses enjeux en même temps, mais oublie complètement de les mettre en scène. Catastrophe aussi avec Paradis : Amour d’Ulrich Seidl, où la misanthropie du réalisateur éclate à tous les plans. Fustigeant à la fois les vieilles Autrichiennes qui vont au Kenya pour se payer une tranche de tourisme sexuel e

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A dangerous method

ECRANS | La rivalité entre Freud et son disciple Carl Gustav Jung, un sujet complexe mais idéal pour David Cronenberg, qu’il rend passionnant pendant 45 minutes, avant de laisser la main à son scénariste, l’académique Christopher Hampton. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 16 décembre 2011

A dangerous method

Au détour d’une séquence de séduction entre Sabina Spielrein (Keira Knightley, qui donne beaucoup d’elle-même à ce personnage de femme hystérique découvrant la nature sexuelle de son mal) et Carl Gustav Jung (Michael Fassbender, loin de l’animalité de Shame, comme cherchant à déchirer le corset moral qui l’enserre), celle-ci lui dit : «Dans chaque homme, il y a une part féminine». L’admirateur de David Cronenberg saisit instantanément ce qui renvoie à l’œuvre du cinéaste canadien : la sexualité comme révélateur de la confusion des genres. A dangerous method raconte le conflit entre Freud, qui pense que tout est explicable par la nature libidinale des êtres, et Jung, qui croit que certains phénomènes proviennent d’un inconscient collectif. Mais il dit aussi qu’il y a une part d’inexplicable dans le désir et que la chair prend toujours le dessus sur le cerveau. Malaise dans la civilisation Comment raconter cette rivalité intellectuelle sans s’empêtrer dans des couches de dialogues explicatifs ? Cronenberg trouve de belles parades à cet écueil : par la mise en scène, comme lors de ce passage remarquable où le dispositif d’analyse inventé par Jung se transforme en

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L’enfer des affects

SCENES | Avec "Le Rose et le Noir", la cie Cicerone nous offre une proposition théâtrale plus que pertinente, loin de tout sentier battu. Rencontre avec le metteur en scène Julien Anselmino et sa dramaturge Agathe Philippe. Propos recueillis par Aurélien Martinez

François Cau | Lundi 11 mai 2009

L’enfer des affects

Comment s’est déroulé le processus de création ?Julien Anselmino : À la base, il y a Le Moine, un roman de Matthew Gregory Lewis, auteur anglais du XVIIIe qui s’inscrit dans la lignée des romans gothiques de l’époque (avec une ambiance sombre, du fantastique, du surnaturel et des références à la chevalerie, aux donjons…). Un roman que Artaud a traduit et adapté en France en 1931. Carmelo Bene est aussi parti de ce roman de Lewis, afin d’en faire une adaptation pour la scène. Avec ses trois référence en tête, Agathe et moi avons écrit notre propre spectacle : une écriture de plateau qui ne part plus d’une trame narrative textuelle mais des matériaux physiques du plateau – le son, la lumière et le corps des comédiens. On est dans une histoire sensitive, on cherche les liaisons poétiques et sensorielles…Agathe Philippe : C’est plus une démarche cinématographique. On avait des scénarios en tête, on a écrit de manière précise les images : ça va du mouvement de l’acteur, de son corps, à son attitude physique, en passant par les techniques de scénographie utilisées.J.A : D’ailleurs, on n’a pa

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