Détours de Babel 2018 : nos coups de coeur

Festival | C’est parti pour la huitième édition des Détours de Babel, festival centré, comme l’indique son sous-titre, sur les musiques du monde, le jazz et les musiques nouvelles. Une manifestation comme chaque année d’une grande richesse, même si pas mal de propositions peuvent intimider de prime abord. On a donc parcouru consciencieusement l’ensemble du programme, bien ouvert nos oreilles et sélectionné quelques concerts à faire pendant ces trois semaines. Suivez-nous.

La rédaction | Mardi 13 mars 2018

Photo : Laura Mccullagh


Ouverture avec star

On ne peut pas dire que les Détours de Babel sont réputés pour la foule de têtes d'affiche grand public qu'ils convoquent chaque année – même si, pour les amateurs des genres musicaux défendus par l'équipe organisatrice, celles et ceux dont on va causer dans cet article sont, à leur façon, des têtes d'affiche. Alors quand un nom un tant soit peu grand public ouvre les hostilités, il faut le souligner.

La chanteuse et musicienne malienne Rokia Traoré sera ainsi sur la scène de la Belle électrique lors de la première soirée du festival pour un concert mêlant sa culture malienne et des chansons françaises du répertoire comme celles de Brel et Ferré. De quoi commencer sur de bonnes bases, en parfaite adéquation avec le thème de cette édition : retour aux sources.

Rokia Traoré
À la Belle électrique vendredi 16 mars à 20h


John en Cage

Parmi les riches festivités du brunch Jazz no Jazz sis dans le quartier Très-Cloîtres, Rencontre d'un univers imaginaire explore le travail de John Cage (1912 – 1992), apôtre américain de la musique répétitive parti en guerre une vie durant contre les formalismes artistiques en général et musicaux en particulier. Le compositeur, également poète et plasticien, inspirateur du mouvement Fluxus, voua très vite son travail, écrit pour piano préparé et percussions, à l'expérimentation des rythmes et des sons, de leur hiérarchie, comme sur le morceau 4'33'' composé de silence et consacré à l'impossibilité même du silence. Mais Rencontre d'un univers imaginaire proposera des œuvres composées pour violons (Freeman Etudes) ou voix (Litany for the Whale). Intrigant.

Brunch Jazz no Jazz
Dans le quartier Très-Cloîtres dimanche 18 mars de 10h30 à 17h


L'Apocalypse de Pierre

C'est à l'aide d'un acousmonium, dispositif de diffusion du son immersif proche de celui qu'utilisait Pierre Henry, qu'un hommage sera rendu au maître de la musique électroacoustique décédé l'an dernier et mondialement connu pour son "tube" Messe pour le temps présent. Mais ce sont deux autres œuvres qui seront proposées : après une œuvre tardive et très expérimentale, Une Tour de Babel (1999), la star de la soirée sera L'Apocalypse de Jean (1968), son oratorio électronique en cinq temps, évidemment mystique, poétique, parfois terrifiant, tant dans sa mise en musique et en son que dans la lecture que fait le comédien Jean Negroni du texte adapté de Saint Jean par l'écrivain Georges Levitte.

Hommage à Pierre Henry
À l'Ancien Musée de peinture samedi 24 mars à 20h et 21h30


Jazz à plusieurs bandes

Hommage au compositeur roumain disparu en 2006 György Ligeti, Lüne 3000 réunit les comètes du jazz Roberto Negro et Émile Parisien ainsi que la super nova du Quatuor Béla. En préambule à cette rencontre alliant musiques savante et improvisée, cette dernière interprétera les Quatuors n°1 et 2 du maestro. Des complexités métriques contrastées et denses dont les musiciens immortalisaient au disque, en 2014, la vivante poésie. Puis dans une adaptation jazz pour piano et saxophone, Roberto Negro et Émile Parisien proposeront de renouveler notre regard sur ces mêmes pièces avant que l'ensemble de l'équipage ne les rejoigne pour l'envol final interstellaire.

À noter que le passionnant Roberto Negro sera également quelques jours plus tôt (le mercredi 21) à l'Ilyade avec Celui qui transporte des œufs ne se bagarre pas, création avec de nombreux musiciens autour de Kinshasa (capitale de la République démocratique du Congo) qui donne très envie.

Lüne 3000
À l'Hexagone mardi 27 mars à 20h


Jean-Sébastien Brad

« Pas question de faire du Bach jazzy » avance Brad Mehldau au sujet de son projet Three pieces after Bach, créé au Carnegie Hall (New York) en 2015. Inutile de dire que c'est heureux et que cela en dit une fois de plus beaucoup de la rigueur du pianiste américain tatoué et touche-à-tout, sans doute l'un des plus grands de son temps. Pour Mehldau, il s'agit avant tout de témoigner avec sa patte si particulière de l'héritage, souvent pointé par les critiques, de Bach dans sa propre musique, que le musicien traduit par des pièces (étourdissantes) que lui ont inspiré la musique du Cantor de Leipzig. Ni tout à fait Bach, ni tout à fait Brad ; mais à la manière des deux pour une belle rencontre au sommet.

Brad Mehldau, Three pieces after Bach
À la MC2 vendredi 30 mars à 20h30


Archie Bechet

Pionnier du jazz, le clarinettiste et saxophoniste soprano Sidney Bechet (1897 – 1959) connut une popularité si rapide et importante qu'elle finit par porter ombrage à l'importance musicale de son œuvre, considérée comme mainstream. Plus grave, dans une époque portant encore sévèrement les cicatrices de l'esclavage, Bechet le Créole était régulièrement qualifié de bounty (noir à l'extérieur, blanc à l'intérieur) comme nombre de noirs victimes de leur succès. Quelques frasques n'arrangèrent rien.

De fait, ce sont ses pairs qui ont contribué à le réhabiliter musicalement. Le vénérable Archie Shepp fut l'un d'eux en 1981, avec son tribute titré My Man. C'est un hommage similaire mais scénique à celui qu'il considère comme un de ses frères en avant-garde que le saxophoniste américain rendra hommage avec un quintet et la chanteuse Marion Rampal. Comme une main tendue à travers le temps par une légende à une autre légende.

Archie Shepp, Tribute to Sidney Bechet
À la Rampe mardi 3 avril à 20h


Clôture survoltée

La dernière soirée de cette édition, construite en deux parties, promet d'être énergique vu les artistes convoqués. Soit d'abord le quartet Sons of Kemet venu de Londres qui confrontera son univers à celui des Sud-Africains de l'énergique compagnie de danse Via Katlehong, qui tourne partout dans le monde – on l'a souvent vue dans le coin. « La rencontre de ces deux univers prendra des allures de cérémonie incantatoire urbaine appelant le public à partager ce moment festif de clôture du festival sur un tempo transe » nous assure le festival.

Ensuite débarquera sur scène le groupe sud-africain Bantu Continua Uhuru Consciousness (BCUC, photo de cet article), entre tradition (notamment zulu) et hip-hop voire punk-rock – ils sont présentés comme un « septet afro-psychédélique », ce qui les résume bien.

Soirée de clôture avec Sons of Kemet, Via Katlehong et BCUC
À la MC2 vendredi 6 avril à 20h30



Babel ouais

Il est dense de chez dense le programme 2018 des Détours de Babel. Comme chaque année en somme. Soit, pendant trois semaines, près de 90 rendez-vous dans l'agglo grenobloise et au-delà, les Détours de Babel n'ayant pas de lieu fixe mais voyageant de salle en salle au gré de la programmation. Même si, cette fois-ci, un camp de base sera proposé tout au long du festival à l'Ancien musée de peinture, place de Verdun, pour accueillir le public et lui offrir diverses animations comme un salon d'écoute.

À noter également la présence renouvelée des formes atypiques que sont les brunchs, et, nouveauté cette année, une nocturne au Musée dauphinois. Soit autant de propositions originales pour donner corps à une manifestation exigeante et pointue mais, et c'est là sa force, ouverte de la plus belle des manières sur le monde.

Détours de Babel
Du vendredi 16 mars au samedi 7 avril

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Détours de Babel 2021 : un festival, plusieurs possibilités

MUSIQUES | Annulé l’année dernière pour cause de Covid, le festival de musiques du monde revient pour une nouvelle édition toute particulière, adaptable, bien ancrée dans une réalité sanitaire plus qu’incertaine.

Hugo Verit | Lundi 18 janvier 2021

Détours de Babel 2021 : un festival, plusieurs possibilités

« Le moral est plutôt bon, on maintient le cap », assure Benoît Thiebergien, directeur du Centre international des musiques nomades (CIMN), installé depuis 2019 sous les voûtes du Théâtre Sainte-Marie-d’en-bas. Malgré le reconfinement, les faux espoirs de réouverture et l’évolution inquiétante des courbes épidémiques ces jours-ci, l’équipe du CIMN ne baisse pas les bras, loin de là. Depuis le mois de septembre, elle accueille de nombreux artistes en résidence ainsi que des scolaires pour diverses activités. Mais elle planche surtout sur son fameux festival de musiques du monde, Détours de Babel, qui devrait bel et bien avoir lieu du 17 mars au 10 avril. Bel et bien, oui, car le CIMN envisage toutes les possibilités, toutes les contraintes probables, tous les écueils éventuels. Couvre-feu, confinement, configuration assise ou debout, monde d’avant ou monde d’après... Peu importe, tout a été prévu : « Dans le pire des cas, l’événement sera en livestream uniquement et nous prévoirons, en plus de la diffusion des concerts, des interviews ou des tables rondes pour apporter une touche nouvelle. S’il y a couvre-feu à 18h, seules les représentations du soir se fer

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Benoit Thiebergien : « Il faut que la solidarité avec les artistes soit aussi portée par les partenaires publics »

Festival | C’est l’un des gros festivals du printemps grenoblois, côté musiques du monde, jazz et musiques nouvelles, qui aurait dû lancer sa dixième édition ce jeudi 26 mars. Ce qu’il n’a bien sûr pas pu faire, tout le pays étant confiné – et tous les événements culturels à l’arrêt. On a alors passé un coup de fil à Benoit Thiebergien, qui pilote ces Détours de Babel depuis leur création (puisque c’est d’eux dont il s’agit), pour savoir comment lui et son équipe vivent l’annulation. Et, surtout, envisagent l’avenir.

Aurélien Martinez | Lundi 30 mars 2020

Benoit Thiebergien : « Il faut que la solidarité avec les artistes soit aussi portée par les partenaires publics »

Ça ne doit pas être très agréable d’annuler un festival à quelques jours de son lancement… Benoit Thiebergien : On peut même dire que ça n’est pas agréable du tout. On était tous prêts, certaines résidences avaient même déjà commencé… Mais quand, vendredi 13 mars, on a appris que les rassemblements de plus de 100 personnes étaient interdits, on a tout de suite compris que l’on n’avait pas d’autre choix que d’annuler. Tout le monde dans l’équipe était abasourdi. Et les artistes aussi, bien sûr. La dixième édition aurait dû se tenir du 26 mars au 19 avril. Sera-t-elle reportée dans l’année ? Non, on ne peut pas la reporter, en décalant par exemple les trois semaines du festival en septembre, pour la simple et bonne raison que l’on travaille avec des salles partenaires – 48 lieux différents sur 20 communes tout de même, avec des grandes salles comme la MC2, la Belle Électrique ou la Rampe, des plus petites, des bibliothèques… Chaque projet est donc un cas particulier. Si on était un festival dans un lieu unique, on pourrait tout décaler, mais là c’est tout simplement impossible. Surtout qu’avant l’annu

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Les Détours de Babel 2019 en 14 concerts

Festival | C’est parti pour la neuvième édition des Détours de Babel, festival estampillé « musiques du monde, jazz, musiques nouvelles ». Soit l’occasion, pendant plus de trois semaines (du 15 mars au 7 avril), de découvrir des artistes de tous horizons et des musiques non formatées. Histoire de se repérer dans le vaste et passionnant programme, on vous livre une sélection de nos attentes à écouter à Grenoble, dans l'agglo et même, parfois, au-delà.

La rédaction | Mardi 12 mars 2019

Les Détours de Babel 2019 en 14 concerts

Traversées – Constantinople et Ablaye Cissoko Il y aura une belle teinte mandingue cette année aux Détours de Babel, pas mal de kora, et quelques Cissoko. À commencer, par ordre chronologique, par Ablaye, qui vient ici flirter avec la musique des cours persanes aux côtés notamment de Kiya Tabassian, chantre irano-canadien de la musique traditionnelle et savante venue de Perse, et grand spécialiste du sétâr, lointain cousin persan de la kora. Ablaye se produira également en solo vendredi 15 mars aux Salons de musique de la Maison de l’international. Samedi 16 mars à 19h à la salle des fêtes de Commelle et dimanche 17 mars dans le cadre du Brunch #1 du quartier Très-Cloîtres Trois lettres de Sarajevo – Goran Bregović Dans ce Sarajevo d'avant la guerre où a grandi Goran Bregović, les cultures et les religions cohabitaient avec bonheur. C'est cette Jérusalem des Balkans, ce paradis perdu du vivre-ensemble que les national

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Le Théâtre Sainte-Marie-d'en-Bas change de main

ACTUS | C'est l'équipe des Détours de Babel qui l'occupera dès septembre 2019.

La rédaction | Mercredi 9 janvier 2019

Le Théâtre Sainte-Marie-d'en-Bas change de main

« Le Centre international des musiques nomades s'installera au Théâtre Sainte-Marie-d'en-Bas à partir de septembre 2019 » : c’est par un communiqué publié mi-décembre que l’association qui porte le festival Les Détours de Babel a rendu public la décision prise par la Ville de Grenoble de lui confier les clés de ce lieu culturel du quartier Très-Cloîtres. C’en est donc fini pour le projet porté depuis quatre ans par le musicien Antonio Placer – même s’il nous a assuré être très proche des équipes du festival et qu’il pourrait donc revenir dans le lieu sous une autre forme. « Dans la continuité de la vocation musicale et de l’esprit d’ouverture du projet précédent, le Centre international des musiques nomades fera vivre en musique le Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas pour trois saisons. Espace privilégié de rencontres musicales inédites, lieu de croisement des imaginaires d’aujourd’hui, il sera le prolongement naturel du festiva

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30 concerts (oui, 30) pour un automne musicalement parfait (et varié)

Panorama de rentrée culturelle 2018/2019 | Avec du rock, de la pop, de la chanson, du rap, du jazz, de la sono mondiale ; voire même, parfois, tout ça à la fois. Et des stars comme des révélations.

La rédaction | Vendredi 21 septembre 2018

30 concerts (oui, 30) pour un automne musicalement parfait (et varié)

The Mauskovic Dance Band Après un premier passage remarqué en février dernier au sein de l’explosive formation Altin Gün (qui rend hommage à la scène folk-rock psychédélique turque des années 1970), le talentueux producteur et multi-instrumentiste hollandais Nicola Mauskovic est de retour à la Bobine pour présenter cette fois son projet collaboratif Mauskovic Dance Band. Mêlant synthés et bongos, cumbia et space disco, rythmes afro-caribééns et no-wave dans un grand tourbillon psychédélique, ce projet né en studio puis développé sous la forme d’un véritable live-band risque fort de faire tourner les têtes ! À la Bobine jeudi 4 octobre Feu! Chatterton Comme on l'avait écrit, quelque peu estomaqués, il y a deux ans, le groupe Feu! Chatterton,

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"Voiron Jazz Festival" : jazz à voir à Voiron

Festival | Zoom sur la huitième et prometteuse édition du festival, qui accueillera cette année pas mal de grands noms du jazz.

Stéphane Duchêne | Mardi 20 mars 2018

Comme tout bon festival de jazz, Voiron Jazz s'étale au maximum ; pas seulement dans le temps (du 22 mars au 7 avril) mais aussi dans la ou les formes : apéro-concert, ciné-concert, exposition, tremplin big band, stage... Mais bon, comme dans tout bon festival aussi, ce qui prime c'est le line-up. Et si l'on s'en tient aux têtes d'affiches, Voiron Jazz n'aura pas à rougir cette année. En vedette, Lucky Peterson (photo) partira sur les traces de son mentor Jimmy Smith dans un Tribute to Jimmy Smith où le guitariste et chanteur de Buffalo, également claviériste, se faufile derrière cet orgue Hammond B-3 qui était la marque de fabrique de l'ancien pensionnaire du Blue Note. Le festival s'animera aussi de quelques duos. Comme un qui réunit celui que les amateurs de musique klezmer, et particulièrement de clarinette, connaissent par cœur, Yom, et le titulaire des grandes orgues de l'église Sainte-Eustache à Paris (inutile de dire que ça en je

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Six festivals à ne pas louper les prochains mois à Grenoble et aux alentours

Panorama de rentrée culturelle | Zoom sur certaines des grosses manifestations du premier semestre 2018 dans l’agglomération grenobloise. Où il sera question de musique, de spectacles et de rencontres avec des artistes.

La rédaction | Mardi 9 janvier 2018

Six festivals à ne pas louper les prochains mois à Grenoble et aux alentours

Experimenta Du 1er au 10 février Nouveau nom pour la biennale arts-sciences pilotée par l’Hexagone de Meylan (elle s’appelait avant Les Rencontres-i) et nouvelles dates (on passe d’octobre à février), mais ligne directrice toujours la même : favoriser la rencontre entre artistes, scientifiques et spectateurs. Avec, pour cela, un (passionnant) salon de trois jours fait d’installations artistiques, de performances, de conférences… ; et bien sûr de nombreux spectacles (comme Digital Vaudou – photo) dans plusieurs salles de l’agglo qui vont matérialiser de différentes formes (de la plus abstraite à la plus poétique par exemple) ce noble dessein. Holocène Festival Du 27 février au 3 mars « Le maximum de styles musicaux possibles » : tel est le mantra, édicté dès sa première édition l'an dernier par le festival Holocène, organisé par le producteur grenoblois le Périscope. Une promesse respectée, c'est bien le moins qu'on puisse dire, tant Holocène compte, réparties

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"En route vers les JO de 1968" : les JO en image et en musique

Ciné-concert | Les festivals Le Tympan dans l’œil et Les Rencontres Ciné Montagne s'associent une nouvelle fois pour proposer un intrigant ciné-concert imaginé par Xavier Machault et Roberto Negro. On vous en (un peu) dit plus.

Aurélien Martinez | Mardi 24 octobre 2017

Du mardi 7 au samedi 11 novembre se déroulera au Palais des sports de Grenoble la 19e édition des Rencontres Ciné Montagne – « l’un des plus grands [événements] d’Europe » sur cette question assure le maire Éric Piolle dans l’édito du programme. Avec, forcément, la diffusion de films de montagne, en présence souvent de leurs protagonistes et des réalisateurs, pour ensuite initier une discussion. Mais aussi des rencontres avec des auteur.e.s, un salon du livre alpin, une bourse au ski de rando ou encore, et c’est là la raison principale de cet article, un ciné-concert en ouverture dans le cadre de la célébration des 50 ans des Jeux olympiques de Grenoble. En route vers les JO de 1968, création de 15 minutes proposée par le festival de ciné-concert Le Tympan dans l’œil (dont la 8e édition aura lieu fin novembre), se basera sur des images provenant de trois films du cinéaste gren

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Jazz à Vienne rend hommage à la légende John Coltrane

Jazz | Quoi de plus normal que de célébrer les 50 ans de la disparition du géant du sax ténor John Coltrane dans un festival de jazz ? Quoi de plus évident que de le faire à Jazz à Vienne ? Qui de plus qualifié pour cela que le vénérable, et lui aussi légendaire, Archie Shepp, entouré pour l'occasion d'un groupe all-star pour dire son suprême amour de celui qu'on appelait « Trane » ? Lundi 3 juillet est assurément LA soirée à ne pas louper cette année à Jazz à Vienne.

Stéphane Duchêne | Mardi 20 juin 2017

Jazz à Vienne rend hommage à la légende John Coltrane

Il y a des rencontres et des figures qui vous changent une vie. En ce qui concerne le saxophoniste de jazz américain Archie Shepp, ce sera celle de John Coltrane. Shepp a 23 ans lorsqu'il voit Coltrane sur scène un soir de 1960 au Five Spot à New York. Le jeune homme est déjà musicien (piano, clarinette, sax alto), jazzman, mais Coltrane est, lui, déjà un poids lourd comme on dirait en boxe et, plus que ça, un génie. La révélation est telle qu'elle pousse Shepp à passer, comme lui, au sax ténor. Rapidement, il fait partie avec des musiciens comme Cecil Taylor, Don Cherry et Ornette Coleman, des pionniers inspirés par quelques travaux remontant aux années 1940 déjà qui, las des conventions du be-bop ou du hard-bop, décident d'en briser les codes, d'en casser le tempo et d'en libérer les improvisations. Ce sont les débuts du free-jazz. Coltrane est lui aussi en train d'emprunter ce virage qui donnera lieu à quelques classiques du genre tels que A Love Supreme. La route des deux hommes n'a alors de cesse de se recroiser. Ascension C'est par l'entremise de Coltrane que Shepp signe chez Impulse ! où il publier

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Jeff Mills : symphonie électronique

Techno | C’est parti pour la septième édition des Détours de Babel, exigeant festival de « musiques du monde, jazz et musiques nouvelles ». On a disséqué la (foisonnante) programmation, et on en a sorti plusieurs coups de cœur. Dont la double venue de l’immense Jeff Mills, véritable pape de la techno, pour un concert symphonique à la MC2 et un DJ set à la Belle électrique. Portrait en amont.

Sébastien Broquet | Mardi 21 mars 2017

Jeff Mills : symphonie électronique

« Je crois que nous sommes un peu responsables si notre musique est encore trop souvent uniquement associée à la danse. Il faut une volonté énorme pour changer une image dont après tout nous pourrions parfaitement nous satisfaire » lâchait Jeff Mills à Libération, en octobre 2000, alors qu’il venait d'interpréter au Centre Pompidou sa propre vision de la bande son du mythique chef-d'œuvre de Fritz Lang, Metropolis. Une date charnière. L’un des pionniers de la musique techno brisait alors l’idée du BPM roi, art du rythme et du bruit qu'il maîtrisait à merveille depuis de longues années, depuis ses premiers pas dans les années 1980. Art de la danse en pleine conversion "populaire" qui portait vers l’extase des heures durant, lorsque nous nous abandonnions en rave, ces grands sabbats de l’ère digitale dont il était le roi. Le sorcier, plutôt... Depuis sa mythique émission sur la radio WDRQ à Détroit, il était surnommé The Wizard (le sorcier). L’homme surhumain, technologique, aux pouvoirs magiques capables de dompter les platines avec une dextérité hors du commun, d’enchaîner les sons avec

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Détours de Babel 2017 : nos cinq coups de cœur

Festival | On a parcouru l'ensemble de la programmation du festival centré sur « les musiques du monde, le jazz et les musiques nouvelles ». Et on en a sorti cinq (ou plutôt six) propositions à vivre d'ici le vendredi 7 avril, date de clôture de la manifestation.

Stéphane Duchêne | Mardi 21 mars 2017

Détours de Babel 2017 : nos cinq coups de cœur

Les brunchs Au Musée dauphinois dimanche 26 mars et 2 avril de 10h30 à 17h Babel, c’est pas mal d’événements dans des salles classiques, mais c’est aussi des formes de spectacle atypiques. Comme les fameux brunchs qui, dans le cadre majestueux du Musée dauphinois, proposent deux dimanches de découvertes musicales fournies. Avec, par exemple, le 26 mars, de la musique mongole électro-acoustique et le 2 avril des chants sacrés et profanes de Méditerranée ou encore des tambours de la Santería cubaine. Voici comment un festival qui peut parfois faire peur avec son exigence arrive magnifiquement s’ouvrir à tous – chaque année, l’ambiance des brunchs est on ne peut plus conviviale et familiale. ________ Jeff Mills À la MC2 vendredi 31 mars à 20h30 et à la Belle électrique samedi 1er avril à 23h Voir article ici ________ Metropolis À Eve (campus) mardi 4 avril à 20h On ne pr

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Babel nous revoilà

Festival | Zoom sur les premières dates du festival Les Détours de Babel qui commence ce vendredi 17 mars.

Aurélien Martinez | Mercredi 15 mars 2017

Babel nous revoilà

C’est parti pour la septième édition des Détours de Babel, ambitieux festival de « musiques du monde, jazz et musiques nouvelles » prévu à Grenoble et dans l’agglo du vendredi 17 mars au vendredi 7 avril, avec pour thème cette année « Mythes & légendes ». Si nous en parlerons plus amplement dans le prochain numéro, évoquons tout même ici les premiers événements organisés ce week-end. Notamment le ciné-concert du compositeur Arnaud Petit (vendredi au cinéma Juliet Berto) sur le film muet de Cecil B. DeMille Les 10 commandements ; la création 99 du rappeur et poète français d'origine libanaise Marc Nammour, dont le nom évoque le numéro de département d’origine pour les Français né à l’étranger (samedi à la Source) ; ou encore le premier brunch du festival prévu dimanche dans le quartier grenoblois Très-Cloîtres – notamment au Nouveau Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas et à la salle Olivier Messiaen. Et mardi, c’est à la Belle électrique que ça se poursuivra avec un bal klezmer mené par le fougeux clarinettiste David Krakauer (photo). À mercredi pour la

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Les Détours de Babel et les Arts du récit veulent votre plume

Projet participatif | Les deux festivals lancent un appel à écriture de légendes imaginaires. Et tout le monde peut participer. On vous explique comment ça se passe.

Aurélien Martinez | Lundi 12 décembre 2016

Les Détours de Babel et les Arts du récit veulent votre plume

La nouvelle édition du festival de « musiques du monde, jazz et musiques nouvelles » Les Détours de Babel, prévue du 17 mars au 7 avril, aura cette année pour thème les « mythes et légendes ». Si nous parlerons plus amplement de la programmation dans notre numéro de rentrée culturelle du 4 janvier (surtout que certains de ses pans donnent envie – Jeff Mills et Ben Klock en électro par exemple), un projet participatif mérite toute notre attention dès aujourd’hui, comme sa première phase se termine le 20 janvier. Un projet, pensé en partenariat avec le festival Les Arts du récit (qui, lui, aura lieu en mai) et intitulé « inventez vos propres légendes urbaines ». Ouvert à tous les styles (fiction, poésie, récit…), il propose à qui le veut de mettre en histoire, en 4000 signes maximum, une légende urbaine fictive à partir d’êtres et de lieux grenoblois sélectionnés par les organisateurs : le cimetière Saint-Roch, la crypte Saint-Laurent, le lion et le serpent de la place de la Cimaise, les moutons de The Sheepest, les géants de la place du même nom… Un jury choisira ensuite plusieurs textes qui feront l

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Ah, la Belle Époque selon Vincent Peirani et Émile Parisien

Jazz | Comptant parmi les musiciens de jazz les plus talentueux de leur génération, Vincent Peirani et Émile Parisien forment un duo pour le moins original. Alliant traditions et explorations, les deux compères prouvent qu'une histoire d'amour entre un saxophone et un accordéon est tout sauf impossible. À découvrir sur la scène de l'Hexagone de Meylan.

Gabriel Cnudde | Mardi 29 novembre 2016

Ah, la Belle Époque selon Vincent Peirani et Émile Parisien

Voilà sans doute l'un des duos les moins traditionnels de la musique actuelle. D'un côté, Vincent Peirani et son accordéon, de l'autre, Émile Parisien et son saxophone soprano. L'un comme l'autre comptent parmi les musiciens de jazz les plus talentueux de leur génération. Après une rencontre fortuite par l'intermédiaire du batteur Daniel Humair en 2009, les deux compères étaient condamnés à travailler ensemble. Parce qu'ils partagent une vision de la musique similaire, un goût de l'aventure et de l'exotisme et une excentricité réfléchie qui les poussent à repousser les frontières d'un genre parfois très codifié. Excentricité maîtrisée Sur Belle Époque (2014), premier album du duo, on est frappés par la complicité entre les deux hommes. Quand l'un met savamment en retrait son talent, c'est seulement pour laisser l'autre exprimer pleinement le sien. Sur des airs de Sidney Bechet et Duke Ellington, saxophone et accordéon se prennent la main pour une promenade enjouée dans le Paris de la Belle Époque. Souvent, ces deux instruments amoureux se complètent avec merveille, notamment sur Song of Medina (Casbah), aux teintes rock

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Roberto Negro, pianiste sans limites

MUSIQUES | Pianiste et compositeur bien connu de la scène grenobloise, Roberto Negro est le parrain de la Semaine jazz d’Eybens pendant laquelle il donnera son concert "Loving Suite Pour Birdy So". On lui a passé un coup de fil pour en savoir plus.

Tiphaine Lachaise | Mardi 24 mai 2016

Roberto Negro, pianiste sans limites

Roberto Negro, Italien né à Turin mais ayant été élevé à Kinshasa, et surtout sa musique semblent impossible à placer sur une carte. Pourtant, le pianiste n’est pas sans attache. Son passage à Eybens est ainsi une forme de retour aux sources, car l’homme qui vit aujourd'hui à Paris a une « histoire » avec Grenoble. « J’y ai vécu entre 1998 et 2008, c’est là que j’ai démarré ma vie de musicien professionnel. » Dix années qui ne sont pas forcément celles qui ont le plus marqué sa musique, sa couleur particulière étant plus à chercher du côté de l'enfance. « J’ai grandi avec pour inspiration la rumba congolaise présente partout dans la ville, la musique classique à la maison et avec mes professeurs et l’eurodance dans les boums ! » « La musique n’est qu’une façon de donner du sens » Il revient en France à l'âge de 14 ans. « Je ne pouvais pas poursuivre mes études à Kinshasa, il n’y avait pas de bac français et mes parents voulaient que je continue l’école française. » En parallèle de sa scolarité, il décide d’intégrer le conservatoire de Chambéry, section jazz, afin de continuer le piano débuté plus jeune. « J

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« Un festival de découverte et de confirmation »

MUSIQUES | Depuis 2011 a lieu chaque début de printemps à Grenoble (et en Isère) un festival exigeant centré sur des musiques que l’on n’a pas l’occasion d’écouter tous les jours. Son nom ? Les Détours de Babel. Avant de zoomer sur l’alléchante programmation de cette sixième édition, on a causé programmation, langages musicaux ou encore élitisme supposé avec le boss Benoît Thiebergien. Par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 22 mars 2016

« Un festival de découverte et de confirmation »

En 2013, pour la troisième édition du festival, nous avions paraphrasé Antoine Vitez et titré notre article « Élitisme pour tous ». Vous reconnaissez-vous dans cette expression ? Benoît Thiebergien : Oui et non, je me méfie des "ismes". Vitez parlait de « théâtre élitaire pour tous ». Parlerait-on d’un festival « populiste » pour dire populaire ? La formule est à double sens. Soit elle fait référence aux élites qui savent ce qu’il convient de proposer au peuple pour l’éduquer : une vision obsolète de l’action culturelle aujourd’hui dans laquelle nous ne nous retrouvons pas. Soit elle considère qu’une démarche artistique exigeante que l’on pense réservée à quelques-uns est un a priori qui disparait quand elle va à la rencontre de tous les publics, qui sont souvent bien plus curieux qu’on ne le croit. C’est dans ce sens que je vous rejoins dans cette paraphrase. À Babel, on veut maintenir cette exigence artistique au centre de nos préoccupations avec des choix qui ne sont pas forcément "mainstream".

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Détours de Babel : nos quatre coups de cœur

MUSIQUES | Zoom sur quatre propositions piochées dans la programmation de la sixième édition des Détours de Babel, « festival des musiques du monde contemporain ».

Aurélien Martinez | Mardi 22 mars 2016

Détours de Babel : nos quatre coups de cœur

29.03 > Hexagone (Meylan) Strange Strings Le joueur de kora Ballaké Sissoko, que l’on avait mis en "une" du journal l’an passé lors de la précédente édition du festival, va confronter son univers avec celui de trois autres grands solistes dont le violoncelliste Vincent Segal avec qui il collabore souvent – leur album Chamber Music est une pure merveille. Les deux autres invités ? Le contrebassiste Renaud García-Fons et le joueur de kemençe (vielle traditionnelle turque) Derya Türkan. Certes, le concert est complet, mais une liste d’attente a été ouverte. 31.03 > MC2 Yātrā C’est, après Israel Galván, l’autre grand nom espagnol du flamenco qui a fougueusement investi les scènes européennes avec son art ancestral revisité. Dans ce spectacle (que nous n’avons pas vu), Andrés Marín ira ainsi du flamenco à l’Inde du Nord en passant par le hip-hop de Kader Attou. Un grand écart oui, mais souvent parfaitement maîtrisé dans son

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Les dix concerts à ne pas louper en mars et avril

MUSIQUES | Ces deux mois seront riches en événements du côté de la Belle électrique, de la Bobine, de la Source, de la MC2... La preuve en dix points à base de Feu! Chatterton, de Rover, de Nada Surf ou encore de Détours de Babel. Stéphane Duchêne et Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 19 février 2016

Les dix concerts à ne pas louper en mars et avril

Feu! Chatterton Voilà un groupe qui aime les transports, qui a déchiré le voile du succès critique avec une chanson sur le Costa Concordia et annoncé son premier album avec un single titré Boeing. Mais quand on parle de transport, il faudrait entendre ce mot selon toutes ses acceptions, à commencer par celle du transport sentimental, du transport amoureux et du voyage des mots. Car si l'on a multiplié les comparaisons musicales ou stylistiques s'agissant de Feu! Chatterton, il faut reconnaître une chose qui n'appartient qu'à eux. Rarement, on a vu si jeune groupe écrire des textes de la sorte : Boeing est une chanson à danser autant qu'à lire comme une suite machiniste à L'Albatros de Baudelaire (« Boeing, Boeing ! Et tes mouvements lents sont de majesté / Est-ce la faute de tes passagers indigestes / Si tu penches ? »). Quant aux paroles de Côte Concorde, elles sont à placer aux côtés des grands textes de la chanson française (« Du ciel tombe des cordes, faut-il y grimper ou s'y pendre ? »). Feu! Chatterton, loin d'être de paille, brûle de mots et sur scène les enflamme. C'est à voir.

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Ballaké Sissoko le Koriste

MUSIQUES | Au cœur de la programmation babélienne des Détours, qui s'ouvre plus que jamais aux têtes d'affiche (Bregovic, Abd-Al Malik), on retrouvera cette année celui qu'un instrument traditionnel ancestral d'Afrique subsaharienne a élevé au rang – et tant pis si le terme est affreusement éculé – de « citoyen du monde » : le prince de la kora Ballaké Sissoko qui a su, comme peu de ses congénères, semer un peu de graine d'avenir dans une tradition vieille comme le monde. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 17 mars 2015

 Ballaké Sissoko le Koriste

On le sait au Mali, comme partout en Afrique subsaharienne mais là particulièrement, la kora (un croisement de luth et de harpe doté de 21 cordes, « sept pour le passé, sept pour le présent, sept pour le futur », dit-on) est un instrument noble aux origines mythiques. Un objet précieux qu'on ne met pas entre toutes les mains car sa pratique est réservée à une élite : les « griots ». Cela peut paraître anti-démocratique (et il existe des musiciens maliens qui n'ont pas hésité à contourner cette règle, et même des musiciennes comme Madina N'Diaye, femme, peule et koriste volontaire) mais c'est là le résultat d'une tradition séculaire construite sur une société de caste qui veut que, par exemple, les Diabaté et les Sissoko soient le plus souvent des dynasties de joueur de kora. De destin plus noble en tant que musicien, on ne peut guère rêver. Nouvelles cordes anciennes L'héritage familial de Ballaké Sissoko pourrait ainsi laisser croire qu'il est un pur fruit de cette tradition quand en réalité, il est surtout un autodidacte, un outsider musical que ses parents destinaient à une carrière d'avocat ou de médecin, comme c'est souvent l

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On dirait l'Afrique du sud

SCENES | « Je considère comme gaspillée toute journée où je n'ai pas dansé », écrivit Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra. À voir leur dernière création, les (...)

Benjamin Mialot | Mardi 9 septembre 2014

On dirait l'Afrique du sud

« Je considère comme gaspillée toute journée où je n'ai pas dansé », écrivit Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra. À voir leur dernière création, les Sud-africains de Via Katlehong n'ont eux pas gâché une seule seconde depuis la fondation de leur compagnie au début des années 90. Comédie musicale d'un brio inversement proportionnel à son budget, Via Sophiatown raconte l'histoire de la banlieue de Johannesburg du même nom, de l'insouciant hédonisme multiculturel dans lequel elle a d'abord baigné à son blanchiment forcé. Un bouleversement dont la chorégraphie se fait l'écho : hilare, suggestive et émaillée de portés de rock acrobatique et de figures de breakdance, elle devient tendue, tellurique et emprunte de pratiques de rue contestataires, du gumboot (danse percussive se pratiquant avec des bottes de caoutchouc) à la pantsula (une sorte de hip hop épileptique). Ce n'est toutefois pas cette puissance évocatrice qui impressionne et émeut le plus dans Via Sophiatown, mais l'absolue générosité des forces de la nature qui l'interprètent.

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« La musique savante n’est pas réservée à une élite »

ACTUS | Les Détours de Babel, ce n’est pas seulement un festival musical. C’est aussi un grand nombre de rencontres culturelles, débats, conférences et ateliers pédagogiques. Depuis deux ans, Vincent Tournoud est chargé d’actions culturelles, relations avec les publics et partenariats pour le festival. L’objectif est notamment d'ouvrir les portes au grand public. Rencontre. Propos recueillis par Guillaume Renouard

Guillaume Renouard | Lundi 31 mars 2014

« La musique savante n’est pas réservée à une élite »

Ateliers de découverte, conférences, débats, sorties scolaires… Quel est le but de ce programme ? Vincent Tournoud : Pendant le festival, nous proposons un certain nombre de rendez-vous culturels, qui permettent soit d’aller plus loin sur une thématique abordée par un concert, soit de rendre plus accessibles les prestations du festival. Pour ce qui concerne le premier objectif, nous organisons par exemple un colloque sur l’énergie sonore. Et pour le second, nous faisons notre possible pour attiser la curiosité du public. La curiosité ? Oui, étant donné que le festival est tourné vers la musique de création, la plupart des concerts n’ont jamais été joués ailleurs. Les spectateurs n’ont donc aucune idée de ce qu’ils vont voir, ce qui peut en freiner plus d’un. Nous tâchons de faire en sorte que ce caractère inédit suscite la curiosité et non l’appréhension. Comment familiariser le grand public avec ce type de musique ? Nous organison

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Into the (musical) wild

MUSIQUES | C’est parti pour trois semaines dédiées à «l’art musical» sous toutes ses formes grâce à l’exigeant festival Les Détours de Babel, centré cette année sur les rapports entre musique et nature. Rappel du projet et sélection de concerts et autres événements. Aurélien Martinez, Charline Corubolo, Stéphane Duchêne et Damien Grimbert

Aurélien Martinez | Mardi 25 mars 2014

Into the (musical) wild

Quatrième édition pour les Détours de Babel, festival né – on le rappelle – de la fusion entre les 38e Rugissants (très centrés sur les musiques contemporaines) et le Grenoble jazz festival (qui portait bien son nom). Après la religion en 2013, la politique en 2012 et les questions d’identité en 2011, c’est le thème de la nature qui a été retenu cette année, avec un sous-titre assez large pour ne pas être réducteur : les musiciens de la Terre. Bien appuyé sur ses trois jambes (« les musiques nouvelles – tout ce qui est lié à la musique contemporaine, à la musique électronique… –, le jazz et les musiques improvisées, et enfin les musiques traditionnelles, dites musiques du monde » comme nous l’expliquait son directeur Benoît Thiebergien en 2012), même si ces trois jambes ont de plus en plus tendance à se fondre les unes dans les autres, la manifestation est toujours construite autour du concept que nous lui avions accolé l’an passé :

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Son et lumière

MUSIQUES | On ne fera à personne l'affront de présenter Erik Truffaz et Enki Bilal, respectivement trompettiste électrojazz aux milliers de collaborations et géant de la (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 18 mars 2014

Son et lumière

On ne fera à personne l'affront de présenter Erik Truffaz et Enki Bilal, respectivement trompettiste électrojazz aux milliers de collaborations et géant de la bande dessinée connu pour avoir élevé, avec quelques autres, cette dite "sous-culture" au rang d'art. À la limite, on pourrait éventuellement présenter Erik Truffaz aux amateurs d'Enki Bilal et inversement. Et encore. Or, il se trouve que c'est aussi le but – même si l'on trouve là, et heureusement, quelques motivations légèrement plus profondes – du projet Being Human Being.  Le cycle de l'humain est ainsi représenté à travers un spectacle multimédia mis en image par le dessinateur à partir de son album Animal Z à coups de projections de peinture. Pendant que de son côté, et en parfaite symbiose avec le rythme de ce déluge visuel à l'esthétique bleutée, le trompettiste électrojazz et ses complices Murcof et Dominique Mahut improvisent des parties musicales qui contribuent à donner vie à cette narration visuelle qui, elle-même, s'improvise sous l'impulsion de Bilal et d'une tablette tactile. Voilà qui donnera un

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Insomniak : quoi de neuf?

MUSIQUES | Ici et làSamedi 20 avril, deux soirées de clôture de festival se tenaient. Celle des Détours de Babel, à la MC2 : un bal trance (photo) organisé par l’association (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 26 avril 2013

Insomniak : quoi de neuf?

Ici et làSamedi 20 avril, deux soirées de clôture de festival se tenaient. Celle des Détours de Babel, à la MC2 : un bal trance (photo) organisé par l’association Hadra, qui avait décoré la Salle de création et proposé de danser jusqu’à huit heures du matin. En début de soirée, si l’ambiance n’était pas encore à son comble, il était assez savoureux (et réussi) de voir le public des Détours se mélanger à celui d’Hadra. Direction ensuite le Drak’Art, pour la soirée de Vues d’en face, le festival du film gay et lesbien : ambiance plus pop (sans sarouels!) et rangée. Moralité toute personnelle de cette virée nocturne : vouloir être à deux endroits à la fois ne marche pas! Ça buzzeLe mois dernier, nous déplorions dans

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Élitisme pour tous

MUSIQUES | Pour la troisième édition du festival, l’équipe des Détours de Babel a choisi de se pencher sur la question de la religion et de son traitement par les différentes musiques d’ici et d’ailleurs. Un axe passionnant tant l’histoire musicale est intimement liée à l’histoire religieuse, comme on en aura la preuve pendant ces trois semaines. Aurélien Martinez, Laetitia Giry et Christine Sanchez

Aurélien Martinez | Mardi 2 avril 2013

Élitisme pour tous

Cela fait trois ans que Les Détours de Babel, festival né de la rencontre entre les anciens 38e Rugissants et Grenoble Jazz Festival, investit chaque début de printemps l’agglomération dans son ensemble – aussi bien les salles classiques que l’espace urbain. Et trois ans qu’il se traîne la même image de manifestation élitiste réservée à quelques extatiques amateurs de branlette intellectuelle. Alors que, n’en déplaisent aux médisants, c’est un peu plus compliqué que ça – voire carrément plus ! Les Détours de Babel, ce sont trois volets artistiques : les musiques contemporaines, le jazz, et les musiques traditionnelles (ou dites du monde). Une trinité ambitieuse au sein de laquelle on retrouve des propositions exigeantes, l’équipe organisatrice prenant soin de programmer des artistes qui ne se contentent pas de faire de la musique, mais qui la vivent, la réfléchissent, la réinventent... Alors, certes, il y aura peu de noms connus du grand public pendant ces dix-huit jours de festival, et une poignée d’événements semblent véritablement hermétiques sur le papier... Mais si l’on pr

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Tours et détours

MUSIQUES | Les Détours de Babel est un festival qui porte plutôt bien son nom : les partisans de l'étiquetage musical y perdent, comme au pied de la biblique tour, leur (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 11 janvier 2013

Tours et détours

Les Détours de Babel est un festival qui porte plutôt bien son nom : les partisans de l'étiquetage musical y perdent, comme au pied de la biblique tour, leur latin. Car il faut entendre « musiques du monde » non pas au sens de « musiques du tiers-monde » comme on a trop souvent tendance à le faire, mais bien au sens de « musiques de notre monde », ou « musiques nomades », comme on dit ici. Bref, de musique, quoi. L'on peut donc aller à la fois applaudir Pierre Henry (photo), électroacousticien octogénaire ascendant éternel, et ses « Fragments rituels », une « rêverie musicale » autour de sa fameuse Messe pour le Temps Présent ; le Cantique des cantiques, poème d'amour biblique traduit par Olivier Cadiot et immortalisé en musique par Rodolphe Burger ; ou encore le Kronos Quartet, célèbre quatuor à cordes aux 600 créations, capable de se fondre dans tous les genres connus (rock, jazz, classique, musique minimaliste, folklore de tous pays, tango, musiques de film, post-rock, punk) et inconnus. De Wagner à Steve Reich, en passant par Laurie Anderson, le Kronos sera une fois encore fidèle à sa plasticité esthétique, et constituera l'étendard rêvé et

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Cage et Satie

ARTS | Lyon / Erik Satie, John Cage : une filiation… Celle-ci sera exposée cet automne au Musée d’art contemporain de Lyon, sur deux étages, dans des salles (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 20 septembre 2012

Cage et Satie

Lyon / Erik Satie, John Cage : une filiation… Celle-ci sera exposée cet automne au Musée d’art contemporain de Lyon, sur deux étages, dans des salles entremêlant musique, vidéos, archives et arts plastiques. Le compositeur d’avant-garde américain, chantre du hasard et de la performance, vouait une véritable passion pour le facétieux compositeur français Erik Satie (1866-1925), et notamment pour son exploration originale de la durée. En 1963, Cage fera, pour la première fois, exécuter par une dizaine de pianistes, et 19 heures durant, les Vexations de Satie (1893), mélodie courte répétée 840 fois et composée dans le chagrin de sa rupture d’avec la peintre Suzanne Valadon… Cage’s Satie : composition for museum, du 28 septembre au 31 décembre au Musée d’art contemporain de Lyon

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« Transformer l’essai »

MUSIQUES | Pour la deuxième édition des Détours de Babel, émanation des anciens Grenoble Jazz Festival et 38e Rugissants, les musiques en résistance seront mises à l’honneur. Pour en savoir plus, rencontre avec Benoît Thiebergien et Jacques Panisset, respectivement directeur et conseiller artistique du festival. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 16 mars 2012

« Transformer l’essai »

Les Détours de Babel, deuxième édition. L’édition de la confirmation ?Benoît Thiebergien : L’année dernière, il fallait lancer la nouvelle manifestation, faire en sorte que son nom et son esprit puissent pénétrer le public de l’agglomération et le milieu professionnel. Et là, évidemment, cette deuxième édition est celle de la confirmation : il faut transformer l’essai, asseoir le festival, conquérir de nouveaux publics… Les Détours de Babel sont présentés comme un « festival des musiques du monde contemporain »… C’est-à-dire ?BT : Le festival explore principalement trois esthétiques musicales : les musiques nouvelles – tout ce qui est lié à la musique contemporaine, à la musique électronique… –, le jazz et les musiques improvisées, et enfin les musiques traditionnelles, dites musiques du monde. On explore donc ces trois champs, en montant des projets avec des artistes qui viennent de ces esthétiques-là, mais qui sont dans des dynamiques d’ouverture et de croisement avec d’autres champs musicaux.Jacques Panisset : Et ce qui fédère l’ensemble, c’est que tous ces

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Sélection (édition 2011)

MUSIQUES | Les événements à ne pas manquer pendant Les Détours de Babel. FC

François Cau | Lundi 4 avril 2011

Sélection (édition 2011)

Choc des culturesGrands frissons artistiques prévus dès ce samedi dans l’enceinte de la Maison de la Culture. Pour ce qui est de la claque sonore, la scène accueillera le groupe Phat Jam, la réunion inespérée entre le grand saxophoniste de jazz Archie Shepp (photo) et le rappeur / beat boxer Napoléon Maddox. Ce dernier, au sein de sa formation IsWhat ?!, a plus que fait ses preuves en louvoyant notamment sur des sentiers artistiques dont les sonorités percussives vous font du rentre-dedans jusqu’à ce que vous vous abandonniez totalement, désarmé, sous le charme – écoutez son You figure it out et défaillez donc. Citant à tour de bras l’héritage musicalement revendicatif de Charles Mingus ou de John Coltrane, il était assez logique qu’il saisisse l’opportunité de travailler avec Archie Shepp sur un projet commun : Phat Jam, c’est son nom, ne trahit ni l’un ni l’autre, mais assemble leurs caractéristiques respectives avec bonheur. Et quand on sait qu’en plus, le groupe sera rejoint sur scène par la compagnie de danse sud-africaine Via Katlehong, l’une des plus inventives et explosives représentantes de la danse pantsula, quelque chose nous dit que la soirée s

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Jouer avec la langue

CONNAITRE | Sauvagement bousculée par l’actualité, la première édition des Détours de Babel s’offre néanmoins à nous avec son lot de promesses artistiques mirobolantes. François Cau

François Cau | Mercredi 30 mars 2011

Jouer avec la langue

Festivals clés de l’agglomération grenobloise, les 38e Rugissants et le Grenoble Jazz Festival ont célébré pendant de nombreuses années de bons et loyaux services la création musicale contemporaine, les émulations entre différentes cultures, les passerelles temporelles et autres échos sonores. Forcément, dans leurs recherches respectives, leurs routes se sont croisées plus d’une fois, jusqu’au point où les responsables de chaque structure, liés de plus par une complicité ne datant pas d’hier, se sont demandés si une mutualisation de leurs forces ne pouvait pas donner naissance à une nouvelle entité événementielle, un festival qui conserverait les spécificités de chacun mais qui tendrait vers l’expérimentation libre de nouvelles formes. Bref, l’application de la formule mathématique popularisée par Jean-Claude Van Damme, 1 + 1 = 1, mais dans le domaine de la musique et de la création contemporaines. Les deux structures se fédèrent donc, investissent leur Centre International des Musiques Nomades créé pour l’occasion, et planchent de concert sur la ligne éditoriale de leur projet commun. Village global Comme son nom le laisse délicatement suppose

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La cité des papes

MUSIQUES | MUSIQUE/ Deux monstres sacrés de la musique contemporaine seront cette semaine dans l’agglo : l’éclectique Jean-Philippe Goude et Pierre Henry, le papa des DJ’s. Un programme original et excitant. AM

François Cau | Jeudi 17 février 2011

La cité des papes

L’un, Pierre Henry, est né en 1927. L’autre, Jean-Philippe Goude, vingt-cinq ans plus tard. Deux artistes de générations distinctes, aux approches différentes, qui néanmoins comptent tous deux dans le paysage de la musique contemporaine : à 82 ans, Pierre Henry était ainsi en concert lors de l’édition 2009 de Nuits sonores, le festival électro jeune et hype de Lyon. Normal, car l’homme est considéré comme l’un des pionniers des musiques électroniques en France, s’attelant dès le début de sa carrière à penser ce que pourraient être les sons du futur. « Il faut prendre immédiatement une direction qui mène à l'organique pur. La musique a été beaucoup moins loin que la poésie ou la peinture. Elle n'a pas encore osé se détruire elle-même pour vivre » écrivait-il déjà en 1950 dans son manifeste Pour penser à une nouvelle musique. Sa rencontre un an plus tôt avec Pierre Schaeffer, père de l’électroacoustique, fut déterminante : les deux hommes composèrent ensemble la Symphonie pour un homme seul, pièce phare symbolisant la naissance de la musique concrète. En 1958, Henry créa son propre studio, ce qui lui permit de mettre en place des procédés techniques de composition maintenant large

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Sélection jazzy

MUSIQUES | Musique / Comme chaque année, la programmation du grenoble jazz festival est méchamment pléthorique. Pour défricher ce vaste champ des possibles, voici une petite sélection de rendez-vous à ne pas manquer. FC

| Mercredi 21 mars 2007

Sélection jazzy

La nuit des étoiles Attention, événement croisé : cette soirée à l’Hexagone marque également la fin des Rencontres I. La très barge Campagnie des Musiques à Ouïr (constituée des musiciens Vincent Peirani, Sylvie Cabrit, Frédéric Gastard, Christophe Monniot et du barré Denis Charolles) proposera aux spectateurs une création en roue libre, un hommage musical mais pas que aux étoiles, leur force d’évocation, leurs mystères. Les troubadours seront accompagnés dans leurs délires par un “astrophysicien surprise“ et par un glorieux habitué de la Scène Nationale Meylanaise, l’auteur québécois Wajdi Mouawad. Ce dernier débutera la soirée par l’interprétation d’un texte rédigé par ses soins pour l’occasion. Une soirée qui devrait rester dans le ton des Rencontres I. Le 14 mars dès 20h, à l’Hexagone (Meylan) Philip Catherine & Brussels Jazz Orchestra Là aussi, on donne dans la transversalité : Le Mois de la Création Belge (on se recause du spectacle de clôture de la manifestation, Ook de Sidi Larbi Cherkaoui, la semaine prochaine) croise le Festival de Jazz de Grenoble pour un concert de l’un des plus fameux guitaristes jazz belge. À la fin des années 50, fortement marqué par les personna

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