"Radiate" : Jeanne Added en son et lumière

MUSIQUES | Critique enthousiaste de l'album que la Française défendra samedi 13 octobre sur la scène de la Belle électrique.

Stéphane Duchêne | Mardi 9 octobre 2018

Photo : Julien Mignot


L'image est nette, la mèche blonde conquérante, le menton relevé, les yeux clairs et déterminés, la fumée a disparu et le fond noir a laissé place à un arrière-plan immaculé. Voilà comment s'avance la pochette du deuxième album de Jeanne Added, Radiate, comme un négatif, ou plutôt un positif, du premier Be sensational (2015). Et puisqu'une image n'est jamais innocente, encore moins une pochette de disque, cela traduit littéralement, et l'on ne saurait mieux le faire, l'évolution musicale de Jeanne Added.

Comme pour en donner un avant-goût, le premier single qui en était tiré avait été baptisé Mutate. On y trouvait très en avant, et comme libérée, la voix exceptionnelle de celle qui se forma au lyrique et fut interprète de jazz, ondulant au milieu de synthés numériques vaporeux enfiévrés par une boîte à rythmes. Et lâchant ces mots : « Can you feel the vibration waving through me / Another kind of sensations can you see / See how operate now how modulate now / Can you feel the vibration waving through me (…) It's unusual how I mutate. » Jeanne Added le dit dans l'interview qu'elle nous a accordée, Be sensational, son premier album aux allures de montée au front new wave a changé sa vie. Et avec, tout le reste ou presque.

Gueule d'atmosphère

Bien entendu, il serait un peu hâtif de prétendre qu'on ne reconnaît pas la Jeanne guerrière du petit tube A War is coming. Comme Be sensational, Radiate est un titre impératif qui démontre même une certaine constance dans la détermination. Mais le fait est que la lumière est entrée dans sa production musicale, que sa voix prend toute la place qu'elle mérite (Harmless, Years have passed) et surtout que, tout en s'ouvrant les portes du dancefloor (Before the Sun, Enemy) comme elle avait commencé à le faire durant sa précédente tournée, elle se donne une sacrée gueule d'atmosphère (Both Sides).

Si bien qu'on se croirait parfois au cœur d'un film de John Carpenter où le brouillard danserait autour des monstres (Radiate, comme une séquelle enragée de Be sensational) avant de se lever pour laisser place à l'aube d'un happy end. Dialectique atmosphérique que l'on doit notamment au travail du duo franco-écossais Maestro dont les boucles hypnotiques donnent de l'épaisseur à la créature de son et de lumière irradiante et irrésistible (sublime Falling Hearts) en laquelle Jeanne Added a muté sur cet album, à la manière d'une artiste en perpétuel mouvement qui, de disque en disque, s'approche un peu plus d'elle-même.

Jeanne Added + Holy Two
À la Belle électrique samedi 13 octobre à 20h


Jeanne Added + Holy two


La Belle Électrique 12 esplanade Andry-Farcy Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"Haut les filles" : 36 chants d’elles

ECRANS | de François Armanet (Fr, 1h19) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 2 juillet 2019

Alors que la scène française contemporaine semble renaître grâce à l’énergie des rockeuses, François Armanet part à la rencontre de quelques-unes de celles qui ont marqué de leurs voix, textes, notes et présence le dernier demi-siècle… Ce panorama du rock au féminin, à la fois agréable et foutraque par son côté joyeusement a-chronologique, s’avère fatalement frustrant : il manque forcément dans cette évocation les témoignages des disparues dont on aurait aimé entendre le point de vue (et d’écoute), comme France Gall. Et puis on déplore les impasses sur quelques voix importantes, telle que celle de Corine Marienneau (ex Téléphone), trop souvent marginalisée, ou celle de Zazie aux abonnées absentes, quand certaines artistes du moment se retrouvent sur-représentées. Le showbiz ne change pas, infligeant ses purgatoires ici, cajolant ses favoris là… Heureusement, il accorde une place prépondérante à cette figure majeure qu’est Françoise Hardy, dont la carrière et le parcours à nul autre pareil vaudraient bien une dizaine de documentaires. Sa voix posée et ses mots simples tranchent avec le commentaire spiralé lu par par Élisabeth Quin, tout droit

Continuer à lire

Jeanne Added : « Je chante comme je suis »

Concert | Avec "Radiate", successeur du premier album coup de poing empreint de noirceur new wave et de brutalité punk qu'était "Be sensational" (2015), la Française Jeanne Added a opéré une nouvelle mue. Entrant, au sens propre, dans la lumière, au son des synthétiseurs et d'une voix remarquablement exploitée. Interview et critique avant son concert samedi 13 octobre à la Belle électrique.

Stéphane Duchêne | Mardi 9 octobre 2018

Jeanne Added : « Je chante comme je suis »

Votre deuxième album Radiate marque par rapport au premier, Be sensational, une évolution dans votre travail vers quelque chose de plus lumineux. Quelle a été votre approche pour ce disque ? Jeanne Added : Le point de départ, c'était déjà d'écrire de meilleures chansons, de continuer ce que j'avais commencé, à savoir un nouveau métier : celui d'autrice-compositrice [elle était précédemment une interprète courtisée par des formations jazz – NDLR]. Ce qui, quand j'ai commencé le projet Jeanne Added, était nouveau pour moi – ça l'est moins maintenant mais ça le reste encore un peu. J'avais très envie d'aller plus loin, de développer cette forme-là et de la travailler. Quant à l'évolution esthétique, elle n'a pas vraiment été préméditée. L'écriture est une sorte de photographie de là où on est. En tout cas, pour le moment, j'écris encore sur mon rapport au monde, comment je le perçois, l'effet qu'il me fait. Des sensations physiques, mentales. Et il se trouve qu'entre Be s

Continuer à lire

30 concerts (oui, 30) pour un automne musicalement parfait (et varié)

Panorama de rentrée culturelle 2018/2019 | Avec du rock, de la pop, de la chanson, du rap, du jazz, de la sono mondiale ; voire même, parfois, tout ça à la fois. Et des stars comme des révélations.

La rédaction | Vendredi 21 septembre 2018

30 concerts (oui, 30) pour un automne musicalement parfait (et varié)

The Mauskovic Dance Band Après un premier passage remarqué en février dernier au sein de l’explosive formation Altin Gün (qui rend hommage à la scène folk-rock psychédélique turque des années 1970), le talentueux producteur et multi-instrumentiste hollandais Nicola Mauskovic est de retour à la Bobine pour présenter cette fois son projet collaboratif Mauskovic Dance Band. Mêlant synthés et bongos, cumbia et space disco, rythmes afro-caribééns et no-wave dans un grand tourbillon psychédélique, ce projet né en studio puis développé sous la forme d’un véritable live-band risque fort de faire tourner les têtes ! À la Bobine jeudi 4 octobre Feu! Chatterton Comme on l'avait écrit, quelque peu estomaqués, il y a deux ans, le groupe Feu! Chatterton,

Continuer à lire

Les dix concerts à ne pas louper en mars et avril

MUSIQUES | Ces deux mois seront riches en événements du côté de la Belle électrique, de la Bobine, de la Source, de la MC2... La preuve en dix points à base de Feu! Chatterton, de Rover, de Nada Surf ou encore de Détours de Babel. Stéphane Duchêne et Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 19 février 2016

Les dix concerts à ne pas louper en mars et avril

Feu! Chatterton Voilà un groupe qui aime les transports, qui a déchiré le voile du succès critique avec une chanson sur le Costa Concordia et annoncé son premier album avec un single titré Boeing. Mais quand on parle de transport, il faudrait entendre ce mot selon toutes ses acceptions, à commencer par celle du transport sentimental, du transport amoureux et du voyage des mots. Car si l'on a multiplié les comparaisons musicales ou stylistiques s'agissant de Feu! Chatterton, il faut reconnaître une chose qui n'appartient qu'à eux. Rarement, on a vu si jeune groupe écrire des textes de la sorte : Boeing est une chanson à danser autant qu'à lire comme une suite machiniste à L'Albatros de Baudelaire (« Boeing, Boeing ! Et tes mouvements lents sont de majesté / Est-ce la faute de tes passagers indigestes / Si tu penches ? »). Quant aux paroles de Côte Concorde, elles sont à placer aux côtés des grands textes de la chanson française (« Du ciel tombe des cordes, faut-il y grimper ou s'y pendre ? »). Feu! Chatterton, loin d'être de paille, brûle de mots et sur scène les enflamme. C'est à voir.

Continuer à lire

Jeanne is Added

MUSIQUES | Sensationnelle révélation des dernières Trans Musicales de Rennes, après des années dans le jazz, Jeanne Added a fait table rase de tout pour pratiquer un mélange de post-punk-électro et de pop-grunge. Et se pratiquer surtout elle-même. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 29 septembre 2015

Jeanne is Added

C'est ainsi, le jazz mène à tout mais pas toujours à soi. Pour se trouver, il faut parfois savoir s'en échapper. En la matière, Jeanne Added est un cas d'école. La preuve que le jazz mène à tout quand on voit comment cette interprète courtisée par les formations jazz s'est muée en créature pop-grunge. La preuve que le jazz ne mène pas toujours à soi quand on n'est justement qu'interprète (même courtisée). Dans certains cas, on y reste au service des autres, fussent-ils, comme de bien entendu en jazz, les plus grands (Trotignon, Kerecki et consorts). En musique, Jeanne Added en a vu des vertes et des bien mûres côté passages obligés : Conservatoire national et la Royal Academy de Londres après une formation classique en violoncelle et quelques tiraillements à l'endroit de la part rock d'elle-même. Devenue vocaliste de jazz (elle sera d'ailleurs nominée en trio aux Victoires du jazz), elle donne de la voix pour les autres puis finit par ne plus pouvoir s'entendre. Elle décide de muer, de muter, de tout changer. Ça parle Ce changement de voie et de voix, Jeanne Added l'a préparé comme si une guerre arrivait (A war is coming

Continuer à lire