Jeanne Added : « Je chante comme je suis »

Jeanne Added + Holy two

La Belle Électrique

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

Concert / Avec "Radiate", successeur du premier album coup de poing empreint de noirceur new wave et de brutalité punk qu'était "Be sensational" (2015), la Française Jeanne Added a opéré une nouvelle mue. Entrant, au sens propre, dans la lumière, au son des synthétiseurs et d'une voix remarquablement exploitée. Interview et critique avant son concert samedi 13 octobre à la Belle électrique.

Votre deuxième album Radiate marque par rapport au premier, Be sensational, une évolution dans votre travail vers quelque chose de plus lumineux. Quelle a été votre approche pour ce disque ?

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Jeanne Added : Le point de départ, c'était déjà d'écrire de meilleures chansons, de continuer ce que j'avais commencé, à savoir un nouveau métier : celui d'autrice-compositrice [elle était précédemment une interprète courtisée par des formations jazz – NDLR]. Ce qui, quand j'ai commencé le projet Jeanne Added, était nouveau pour moi – ça l'est moins maintenant mais ça le reste encore un peu. J'avais très envie d'aller plus loin, de développer cette forme-là et de la travailler.

Quant à l'évolution esthétique, elle n'a pas vraiment été préméditée. L'écriture est une sorte de photographie de là où on est. En tout cas, pour le moment, j'écris encore sur mon rapport au monde, comment je le perçois, l'effet qu'il me fait. Des sensations physiques, mentales. Et il se trouve qu'entre Be sensational et Radiate, j'ai changé. La photo n'a donc pas la même couleur ni la même tonalité. L'esthétique et, disons, le côté plus lumineux de ce disque sont liés à tout ce que j'ai vécu depuis la sortie du premier album qui a changé ma vie.

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Quelle a été la part de Maestro, groupe de musique électronique formé par Mark Kerr et Frédéric Soulard, tous deux producteurs de l'album, dans l'atmosphère de Radiate?

Ils ont vraiment travaillé comme des producteurs. Ils ont pris mes maquettes, en ont respecté certaines, d'autres moins. Quant à moi, je me suis pliée joyeusement à leur façon de travailler qui était différente de celle que je connaissais : travailler avec des synthétiseurs, en hardware comme on dit, avec des vraies machines, des boîtes à rythmes, plutôt que de faire de la programmation "midi" à laquelle j'étais plus habituée. Ça a donné quelque chose de plus chaleureux, plus souple, plus détendu.

Sur cet album, votre voix et votre chant sont davantage mis en avant que sur Be sensational. Quand on a votre parcours vocal à travers le chant lyrique et le jazz, chanter de la pop revient-il à dompter sa voix ou au contraire à la libérer ?

Le lyrique, je ne l'ai pas pratiqué en tant que tel. J'ai pris des cours pour pouvoir construire un instrument vocal et une technique. Et en jazz, ma pratique était en réalité très proche de la pop, puisque j'avais une pratique très contrôlée. Je n'avais pas ce son suave que l'on entend parfois, plein de fumée et de whisky... Je chantais de manière instrumentale et très épurée.

Après, en termes d'énergie, j'en envoie plus avec ce que je chante maintenant. Je chante comme je suis, la différence est là. Maintenant, j'ai un instrument, grâce à la technique que j'ai travaillée, que j'utilise pour m'exprimer entièrement.

Dans son livre Dialectique de la pop, la normalienne et docteure en philosophie Agnès Gayraud souligne l'un des paradoxes de la pop qui est cette difficulté à poursuivre une démarche authentique lorsque l'on connaît le succès. Craignez-vous que le succès fulgurant que vous avez connu puisse nuire à votre authenticité revendiquée ?

Je ne comprends pas ce qu'on peut entendre par authenticité. Il s'agit surtout d'être vrai par rapport à soi. Mais il se trouve qu'on change, qu'on bouge tout le temps. Est-ce que je serai la même après cet album-là ? Sans doute pas, mais je serai vraie à la personne que je serai alors et ce sera authentique.

On peut aussi être authentique à une aspiration commerciale : si on a envie de vendre des disques par millions, on peut être très authentique à ce désir (rires). Du coup, cette notion me semble étrange parce qu'il me semble qu'il y a un jugement moral là-dedans. Après, ce qui peut changer, c'est l'entourage qui peut éventuellement générer de la pression, essayer d'influencer. Mais du moment qu'on est clair avec soi-même...

Votre carrière en tant que Jeanne Added est assez tardive et par conséquent votre succès aussi. Est-ce que ce parcours aurait été possible il y a ne serait-ce que dix ans ?

Non, ça n'aurait pas été possible, sinon je l'aurais fait (rires). Mais j'ai toujours travaillé, ce n'est pas comme s'il ne s'était rien passé du tout avant. Dans ma vie d'avant, j'avais beaucoup de travail, ça se passait très bien. Je ne vois pas Jeanne Added comme quelque chose à mettre en opposition à quelque chose qui se passait mal ou dans lequel j'étais profondément malheureuse.

Ce qui a pu me rendre malheureuse, c'est de ne pas pouvoir m'exprimer, pas le fait que ça ne marchait pas. Ce qui arrive aujourd'hui, je ne l'identifie pas en termes de succès mais en termes de possibilité de faire un métier que je découvre et qui me passionne. Et là où je peux constater mon succès, c'est quand je vois qu'il y a du monde aux concerts, qu'on peut ne serait-ce que faire des concerts sans trop de difficulté ou quand on me dit que j'ai du succès. Sinon, je suis tout le temps en train de travailler ou sur la route. La notion de succès, on n'y pense pas tous les jours.

Jeanne Added + Holy Two
À la Belle électrique samedi 13 octobre à 20h

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