Girls in Hawaïï : vers les lueurs

Concert | Après quatre ans d'absence et un album, sublime, consacré à la douleur de la perte d'un de ses membres, le groupe belge Girls in Hawaïï renaît une fois de plus à lui même. Et retrouve la lumière en se tournant vers l'électronique et un rien d'abstraction. Il sera vendredi 30 novembre à la Belle électrique.

Stéphane Duchêne | Mardi 27 novembre 2018

Photo : Olivier Donnet


La dernière fois qu'on avait eu affaire à Girls in Hawaii, ceux-ci nous avait livré un album de deuil, celui de Denis Wielemans, batteur du groupe et frère du chanteur. À voir débarquer l'an passé ce Nocturne, on s'est dit, sur la foi de son titre, qu'il s'agissait ici d'en prendre la suite. Surtout quand sur This Light, élégiaque ouverture du disque, le groupe répète « Keep your distance from this light », celle qu'on verrait, blanche, au bout du dernier tunnel.

Et pourtant, un autre genre de lumière est venu rapidement contredire ce titre et celui d'un album plein de couleurs. Le même genre de lumière que celle de l'étoile filante qui éclaire la nuit sur la peinture naïve (une toile du peintre britannique Tom Hammick) qui orne la pochette du disque. À moins qu'il ne s'agisse, suivant l'interprétation qu'on en fait, d'un volcan en éruption.

Dans les deux cas, une manière brute et poétique d'éclairer la nuit, de l'embraser, et peut-être même de l'embrasser, d'en accepter l'augure. De se livrer à une métamorphose aussi, d'accomplir un souhait comme on en fait au passage d'une étoile filante, d'entrer en éruption, comme on crèverait le toit de l'Everest (le titre du précédent album de deuil suscité). Car ce Girls in Hawaii que l'on récupère ici, n'est pas tout à fait celui que l'on a laissé il y a cinq ans.

Aggiornamento

Il n'y a pas que la lumière qui entre ici à nouveau dans des compositions reconnaissables entre mille par cette manière languide d'être à la musique, cette geste toujours un peu hypnotique, et pourtant métamorphosée : il y a aussi cette ouverture totale à l'électronique, à ces claviers qui viennent napper les toujours scintillants (mais rares) arpèges du groupe belge (Guinea Pig), à ces rythmiques têtues et assourdies.

Un véritable aggiornamento esthétique qui voit le groupe tantôt convoquer un nouvel ordre électro-pop plus dansant que jamais (Walk, très New Order), tantôt déambuler sur des terres autrefois parcourues par Radiohead à l'entame de sa marche vers l'abstraction, lorsque Thom Yorke, lui aussi, avait vu la lumière. Sur un titre comme Cyclo, entre autres, le mimétisme vocal d'Antoine Wielemans avec ce dernier est frappant.

Le morceau porte, c'est sans doute une coïncidence, si telle chose existe, le titre du film qui avait ressuscité le Creep du groupe d'Oxford, relançant sa carrière. Quoi qu'il en soit avec ce Nocturne qui s'achève sur une colline, Up on the hill, et sur le constat d'une société en vrac, Girls in Hawaii s'offre, si ce n'est une résurrection, du moins une belle transfiguration.

Girls in Hawaii
À la Belle électrique vendredi 30 novembre à 20h

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Les Revenants Girls in Hawaii

MUSIQUES | Redessinant à l'acoustique les contours de son dernier album, l'endeuillé et magistral "Everest", ainsi qu'une partie de son répertoire au gré d'une tournée "unplugged", Girls in Hawaii a également entrepris d'immortaliser la chose au moyen d'un album live baptisé "Hello Strange", témoin de cette jolie métamorphose. Une double peine bienvenue. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mercredi 12 novembre 2014

Les Revenants Girls in Hawaii

Au départ, pensait-on, il ne devait s'agir que d'une série de concerts acoustiques propres à changer l'angle de vue des morceaux du magnifique Everest sorti en 2013. Et aussi quelques incunables du reste du répertoire du groupe belge, connus des fans ou plus obscurs. Une tournée "unplugged" nullement dictée par d'éventuels impératifs économiques, comme cela arrive de plus en plus souvent aujourd'hui : dépouillement induit par une crevaison de poches et des crédits en rade. Juste la volonté d'affranchir quelque peu de l'ordinaire décalque "disque-tournée jumelle" de la part d'un groupe qui pendant trop longtemps n'en eut plus, d'ordinaire, fracassé qu'il fut par le décès d'un de ses membres. Ce à quoi l'on s'attendait moins – voire pas du tout – en revanche, c'est à l'accouchement d'un album entier qui réponde à une tournée répondant à l'album. Un album live, jusqu'ici rien d'original. L'esprit et les tripes  

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Stéphane Duchêne | Mardi 9 septembre 2014

Naked girls

Il y a vingt ans, en l'an de grâce 1994, si t'avais pas fait ton "unplugged" sur MTV, t'étais grave un bolosse – sans le savoir puisque le terme n'avait pas encore été sorti du labo Recherche et Développement linguistico-adolescent. Aujourd'hui, l'exercice a depuis belle lurette (le mot existait déjà en 1994 mais on ne l'utilisait plus guère) quitté les seuls plateaux de MTV pour devenir courant, pour ne pas dire convenu, parce que notoirement économique. Reste que l'exercice s'avère souvent plaisant en une manière de déconstruction-dépouillement qui, tel le jambon, révèlent souvent leur saveur quand ils sont cuits à l'os. Cela risque d'être le cas pour ce show débranché de Girls in Hawaïï dont on ne doute que peu que les bouleversantes chansons tristes qui composent Everest – sorte d'album de deuil qui recherche l'élévation – sauront toucher au cœur dans cette configuration, baptisée « Hello Strange » et qui balaiera aussi le reste du répertoire des géniaux Belges. SD

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