« En pleine poire »

SCENES | THÉÂTRE / Cinquième édition pour le Festival international de théâtre action organisé par la cie Ophélia Théâtre. Avec cette année une proposition hypothétiquement forte : Ticket, du collectif Bonheur intérieur brut. Soit un parcours documentaire-fiction sur l’immigration clandestine incluant le spectateur dans le dispositif. Aurélien Martinez

François Cau | Lundi 8 novembre 2010

Photo : Agnès Lebeaupin


En ce mois de novembre extrêmement chargé niveau culturel, revoilà le Fita mené tambour battant par le metteur en scène Laurent Poncelet – à qui, au passage, on doit Magie noire, succès surprise de la fin de saison dernière. Avec toujours le même but chevillé au corps : « renouer avec une mission politique et sociale du théâtre, en lui redonnant toute sa place dans la cité, au plus près de la population » comme l'écrit le taulier dans son édito résumant très bien la vision qu'il souhaite développer avec cette manifestation. Au programme cette année, une vingtaine de spectacles, dont quinze internationaux. S'il serait fastidieux et pas forcément passionnant d'en dresser la liste ici (d'autant plus qu'on n'a pu en voir aucun, donc… !), nous pouvons mentionner ici ceux qui ont retenu notre attention. La Gigantea pour commencer, création brésilienne, roumaine et française qui semble intéressante ne serait-ce que visuellement au vu des quatre minutes d'extraits scrutées par nos soins (du 16 au 20 novembre dans différents lieux). Brainstorming ensuite (le 23 à l'Espace 600), parce qu'on vous avait déjà parlé l'an dernier de cette jeune compagnie lyonnaise lors de son passage à Pontcharra. Profils Atypiques aussi (du 16 au 19) : d'abord parce que le thème soulevé est très actuel (ces profils trop atypiques pour rentrer dans les cases fixées par les recruteurs), ensuite parce que France Inter et France Culture en ont dit du bien (!), et enfin parce que Laurent Poncelet « a une attention particulière pour ce spectacle qui traite de la question du travail avec une triple approche ivoirienne, québécoise et française » ! Mais la proposition qui a le plus éveillé nos sens – un brin endormis par tant de foisonnement – est sans conteste le Ticket du Collectif Bonheur intérieur brut, évoquant le parcours difficile des migrants clandestins. Comme on n'a pas pu le découvrir avant sa venue dans l'agglo, on a rencontré le metteur en scène Jack Souvant pour qu'il nous en dise plus. Magnéto.

Petit Bulletin : Avec Ticket, vous modifiez le rapport acteurs-spectateurs en confrontant directement les seconds aux premiers, sans frontières, et en changeant le lieu de représentation – ici la rue…
Jack Souvant : Ticket est un spectacle à la fois rue, à la fois salle, puisque le public a rendez-vous dans la rue avec un passeur. On est alors conduits à un camion prêt à démarrer, pour passer les frontières de manière clandestine : on a ainsi un premier rapport au théâtre de rue avec ce comédien qui nous fait traverser la ville de manière cachée. Ensuite, on rentre à l'intérieur du camion qui devient un espace fermé. Le rapport au public s'en trouve bouleversé car on se retrouve sur la scène, avec les acteurs à côté de nous. Donc pas en situation frontale, comme dans une représentation classique où acteurs et public sont séparés.

Ce qui brouille ouvertement les frontières, le spectateur se retrouvant au cœur du dispositif…
On a choisi la mise en situation. Le sujet de l'immigration clandestine est souvent traité par les médias de façon événementielle – c'est toujours très photogénique d'avoir la vision d'une barque sur l'océan Atlantique avec des corps accrochés dessus. Mais on n'a pas d'images et très peu d'informations sur les conditions de voyage à l'intérieur d'un camion, un milieu opaque et fermé. Le spectacle se prend alors vraiment dans la poire, au premier degré : c'était notre souhait de mettre les participants dans une position inconfortable, pour que ça puisse résonner différemment de ce que l'on ressent en regardant ça de loin, à la télévision par exemple. Mais on reste entre l'expérience et la représentation : vous ne serez pas un clandestin, même si vous jouez le jeu !

Pour construire le récit, vous avez collecté différents matériaux réels…
L'enquête a consisté à nous documenter sur ces conditions de voyage auprès des clandestins qui ont essayé de passer, mais aussi de la police, des douaniers… Toutes les informations sont donc réelles. Ainsi, on dénonce les conditions de non liberté de circulation des êtres humains sur la planète. Ce qui positionne forcément le spectateur, qui ensuite s'interroge. Car on ne peut pas s'empêcher de prendre position après le spectacle.

FESTIVAL INTERNATIONAL DE THÉÂTRE ACTION
Du 16 novembre au 5 décembre, dans divers lieux.

TICKET
Mardi 23 novembre au Jeu de Paume (Vizille), mercredi 24 et jeudi 25 à l'Heure Bleue (Saint-Martin-d'Hères), vendredi 26 et samedi 27 à la Rampe (Échirolles). Plusieurs horaires chaque jour.

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Un Festival international de théâtre action « pour avoir un regard sur le monde »

Festival | Et revoici le Fita dont la neuvième édition se déroulera du mercredi 14 au samedi 24 novembre dans divers lieux de Grenoble et de l’agglo. Avec, comme à chaque fois, un florilège de spectacles militants (huit cette année) que Laurent Poncelet, metteur en scène de la compagnie Ophélia Théâtre qui pilote l’événement, nous présente.

Alice Colmart | Mardi 13 novembre 2018

Un Festival international de théâtre action « pour avoir un regard sur le monde »

« On compte encore rassembler autour de questions contemporaines, sociales, politiques, économiques » : voilà comment Laurent Poncelet, directeur du Fita (Festival international de théâtre action), décrit l’événement qu’il porte depuis neuf éditions. « Je me suis inspiré d’un concept venu à l’origine de Belgique : un festival qui parlait de questions contemporaines en mettant essentiellement en avant des créations collectives. On l’a transformé un peu, en partant de l’idée que si une thématique forte est traitée, peu importe le genre concerné, un texte d’auteur par exemple, on pourra inclure la pièce à la programmation. » Et cette année, les spectacles, joués par des compagnies françaises comme internationales « pour avoir un regard sur le monde, l’objectif étant de voir des choses qu’on ne voit pas d’habitude », tournent autour « du témoignage ». Des témoignages qui peuvent à la fois être autobiographiques comme dans Ma vie en prison, « spectacle prévu au

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Laurent Poncelet : « Nous avons une démarche militante »

Festival International de Théâtre Action | Sept pays se retrouvent pour onze spectacles durant le Festival International de Théâtre Action (Fita), à Grenoble et dans l’agglo. On en parle avec Laurent Poncelet, de la compagnie Ophélia Théâtre qui le porte.

Jean-Baptiste Auduc | Mardi 8 novembre 2016

Laurent Poncelet : « Nous avons une démarche militante »

Avec le Fita, on rit, on danse, on joue, on parle. Tout cela en même temps. Laurent Poncelet, metteur en scène de la compagnie Ophélia Théâtre et organisateur de l’événement, n’a jamais voulu se cantonner à un seul domaine artistique. « Il y a de la danse, du théâtre, des récits et puis des arts mêlés » énumère-t-il. Un festival qui aborde des thèmes variés venant du monde entier, avec un fil reliant le tout : « l’engagement ». Les pièces traitent ainsi des questions de société, de la nourriture (avec Manger, pièce burlesque qui revient sur les modes de consommation actuels comme la malbouffe), de la Syrie (Les deux réfugiés, où deux frères racontent leur quotidien en France) ou encore du racisme (Blue's-cat, spectacle pluridisciplinaire de Côte d’Ivoire et du Burkina Faso). Cet engagement est aussi visible par les liens qu’entretient la compagnie Ophélia avec le monde associatif. « À Grenoble, il y a un réseau associatif très riche qui nous permet de faire un travail de fond. On travaille avec 60 partenaires. » Le festival, pour cette 8e édition

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« Un combat contre l’oubli »

SCENES | Trois questions à Laurent Poncelet, organisateur du Fita et directeur de la compagnie Ophélia Théâtre. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mercredi 12 novembre 2014

« Un combat contre l’oubli »

Comment définiriez-vous la ligne de ce Festival international de théâtre action, qui en est à sa septième édition ? Laurent Poncelet : Cette année, peut-être plus particulièrement encore que les fois précédentes, on parle de combat [l’édito est titré « Le Fita est un combat » – NDLR], et notamment de combat contre l’oubli. Beaucoup de spectacles renvoient à ces conflits, à ces peuples et à ces situations oubliés que ce soit en Algérie, en Syrie, au Rwanda... Ensuite, le Fita, c’est aussi souligner les enjeux pour nous, dans le monde du spectacle vivant, d’être présents dans la cité, auprès des habitants. Il y a des choses à dire, et ça concerne tout le monde, d’où le travail mené avec nos partenaires associatifs, de l’action sociale... Surtout ne pas être coupé des habitants. Vous défendez donc un théâtre d’action ouvert sur le monde. Est-ce dire que le théâtre présenté ailleurs à l’année est éloigné de ces préoccupations ? Oui, tout à fait. Pas forcément par manque de volonté, mais le constat est là : si aujourd’hui j’organise encore ce Fita avec les moyens du bord, alors que la compagnie a une

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Le Fita pratique

SCENES | - La biennale, centrée sur le théâtre-action, propose de nombreuses formes artistiques : du théâtre donc, mais aussi du clown, des marionnettes, de la poésie, (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 1 novembre 2012

Le Fita pratique

- La biennale, centrée sur le théâtre-action, propose de nombreuses formes artistiques : du théâtre donc, mais aussi du clown, des marionnettes, de la poésie, de la musique... - Pour cette sixième édition, on dénombre quinze spectacles, dont deux seulement qui sont français. Ça nous fait donc treize compagnies étrangères, venues du Togo, du Burkina Faso, du Maroc, du Cameroun, du Congo, d’Algérie, d’Égypte, de Syrie, du Vietnam, d’Italie, de Belgique... Plusieurs seront créés pendant le Fita. - Pour que le plus possible de spectateurs puissent les voir, certains spectacles seront donnés plusieurs fois. Ainsi, une trentaine de lieux différents accueilleront le Fita : l’Espace 600, le Théâtre Prémol, le Prunier sauvage, l’Heure bleue de Saint-Martin-d’Hères, le CLC d’Eybens, l’Espace Paul Jargot de Crolles, le Théâtre en rond de Sassenage, le Jeu de Paume de Vizille, la Vence scène de Saint-Égrève... En tout, une quarantaine de représentations est prévue. - Le temps fort de cette année est la journée du samedi 17 novembre à l’Espace 600, avec les Assises populaires et européennes de la culture

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« Avoir un impact dans la cité »

SCENES | Le Fita, biennale de théâtre engagée invitant des compagnies du monde entier, fête cette année ses dix ans. On a donc interrogé son directeur Laurent Poncelet, un insatiable promoteur de la rencontre entre art et citoyens. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Jeudi 1 novembre 2012

« Avoir un impact dans la cité »

Laurent Poncelet est un être affable qui sait défendre son bifteck avec conviction : oui, son Festival international de théâtre-action (dit Fita) est, depuis dix ans, l’un des événements phares de la vie culturelle de l’agglo. Et il se charge de nous le rappeler dès que possible, mais toujours avec courtoisie. Une façon de faire qui résume bien l’état d’esprit de sa biennale : parler de choses capitales, bien insister sur le caractère capital, tout en évitant d’être plombant. « En tant que metteur en scène [son activité principale, avec sa compagnie Ophélia Théâtre – ndlr], je suis en lien avec le monde dans lequel je vis. Je monte des pièces parce que c’est essentiel, parce qu’il y a une urgence. Avec le souhait que tout ce travail soit facteur de transformation, qu’il ait un impact dans la cité, qu’il mobilise et touche les habitants. » L’art, ce n’est donc pas une occupation du dimanche, c’est une mission, à faire partager au plus grand nombre. Tout en se disant que l’art doit quand même continuer à être de l’art. « Il est hors de question de rentr

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« Ferme ta gueule et cours ! »

SCENES | THÉÂTRE / Ça y est, nous avons découvert ce fameux Ticket, présenté dans le cadre du Fita. Une proposition jouant sur les ressentis du spectateur tout en lui laissant le soin d’utiliser ses neurones. Intelligent en somme. AM

François Cau | Mercredi 24 novembre 2010

« Ferme ta gueule et cours ! »

Tout le monde a rendez-vous devant l’Espace Vie Étudiant (Eve), sur le campus. Là, alors que l’on discute en attendant le début de la représentation, un homme façon bling-bling du pauvre (chaussures croco, fausse montre tape à l’œil, chemise d’un rose trop flashy pour être honnête…) demande au groupe de le suivre. De façon très insistante, sans aucune forme de politesse. Nous voilà alors embarqués sans ménagement par celui qui se présente comme notre passeur. Un passeur à qui l’on doit obéir et que l’on doit suivre coûte que coûte. Les spectateurs se prêtent au jeu, même si certains manifestent ostensiblement leur distanciation avec rires et autres exclamations, montrant bien qu’ils ne sont pas dupes et que tout ceci est bel et bien faux. Car évidemment, au cours des quarante-cinq minutes qui nous mèneront de la rue à l’intérieur sombre d’un camion, nous ne serons jamais véritablement des clandestins : là-dessus, le propos de la compagnie Bonheur Intérieur Brut est clair. Pas de sensationnalisme à outrance, même s’il faut un degré de réalisme pour susciter l’empathie du public. « C’était notre souhait de mettre les participants dans une position inconfortable, pour que ça puisse ré

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Interroger notre monde

SCENES | Depuis sa création en 2002, le Festival International Théâtre Action a pris de l’ampleur, investissant maintenant les quatre coins de l’agglo. A l’occasion de la quatrième édition, rencontre avec Laurent Poncelet, metteur en scène de la compagnie Ophelia Théâtre et directeur de ce festival engagé. Propos recueillis par Aurélien Martinez

François Cau | Vendredi 7 novembre 2008

Interroger notre monde

Petit Bulletin : Comment présenter le Fita ?Laurent Poncelet : C’est un temps de rencontre entre des spectacles venant des quatre coins du globe qui interrogent notre monde d’aujourd’hui, avec des regards différents que l’on vienne d’Afrique, d’Amérique, d’Europe de l’est… Les lieux de représentations sont essentiellement dans les quartiers populaires urbains, et en milieu rural pour le reste du département. L’enjeu est ainsi de pouvoir mobiliser un public le plus large possible, notamment celui qui vient rarement au théâtre, en travaillant avec de nombreux partenaires, des associations, des centres sociaux, des MJC, des foyers d’accueil. Et ça fonctionne : on en est à la quatrième édition, le public étant toujours plus conséquent et d’une rare diversité culturelle, générationnelle, sociale… C’est ça l’enjeu : que les gens se sentent chez eux quand ils viennent au théâtre. Les spectacles ne sont-ils choisis que pour leur côté engagé ?Nos spectacles posent des questions, bousculent, remuent. Il y a des temps d’échanges, de débats après les représentations. Autour de certaines, on propose carrément des forums p

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Engagé, mais pas que…

SCENES | Rencontre avec Laurent Poncelet, de la compagnie Ophélia Théâtre, initiateur du Festival International de Théâtre Action de Grenoble. Propos recueillis par Damien Grimbert

| Mercredi 1 novembre 2006

Engagé, mais pas que…

Qu’est ce qui définit le Théâtre Action ?Laurent Poncelet : C’est un théâtre en prise avec le monde d’aujourd’hui. Les troupes qui sont invitées par le festival traitent toutes de thèmes forts de société, qui soulèvent débat dans la cité, et qui, en même temps, travaillent à partir de formes et de matériaux en lien avec une culture d’origine. Et beaucoup de ces compagnies invitées, par ailleurs, sont souvent impliquées dans la vie sociale et politique de leur propre pays, ce qui explique aussi pourquoi elles travaillent autour de ces questions : elles ne sont pas déconnectées du monde dans lequel elles évoluent. Et ce qui est intéressant c’est que suivant les contextes sociaux, culturels et politiques, on pourra avoir des rapports différents, et une démarche artistique différente, avec des formes particulières autour de la danse, de la musique, puisque le théâtre, sous d’autres continents, peut présenter des formes très différentes. En tout cas, le texte peut ne pas être central. «Pas de discours, mais l’humain face au monde» ? Ça c’est essentiel, parce que c’est du théâtre et non pas un tract, on n’est pas dans quelques choses de didactiq

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