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Toi, mon amour, mon ami…

Entretien - portrait publié le Vendredi 25 mars 2011 par François Cau Petit Bulletin n°792 consulté 904 fois

SPECTACLE-PERFORMANCE/ Dans Made in Paradise, Yan Duyvendak et Omar Ghayatt, respectivement performeur suisse et égyptien, tentent de foutre un bon coup de boule à l’idée de choc des civilisations, avec un pièce sur l’islam où le spectateur choisit ce qu’il verra – plusieurs fragments lui sont proposés, au choix. Rencontre. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Made in Paradise

Petit Bulletin : Comment est née cette performance-spectacle atypique ?
Yan Duyvendak : Tout est parti du 11 septembre, quand on a commencé à voir la représentation de certains Musulmans dans nos médias. Je me suis alors demandé comment nous, Occidentaux, étions représentés de l’autre côté. Je suis donc allé voir. Le premier projet était très naïf : je voulais faire des interviews avec des terroristes pour comprendre ce que je comprenais le moins – la violence. En arrivant au Caire pour une résidence de trois mois, j’ai constaté que je ne savais rien sur le sujet, malgré le fait que j’avais beaucoup lu avant de partir. Assez vite, je me suis dit qu’il était plus pertinent, plutôt que de parler encore des extrémistes, de s’intéresser aux gens normaux, et aux Égyptiens spécifiquement. Avec Nicole [Borgeat, la dramaturge – NDLR], on a voulu une confrontation en chair et en os avec un Égyptien. Au Caire, pendant le premier mois, j’ai donc rencontré Omar Ghayatt, qui a à peu près la même formation que moi – les arts visuels. Ensemble, vous partez sur du postulat que nous, Occidentaux, méconnaissons l’islam…
On tente de sortir du choc des civilisations, pour citer le livre de Samuel Huntington qui a fait beaucoup de mal, pour essayer de rentrer dans une rencontre avec un individu. Déjà, l’islam, c’est énorme, ça va de la Namibie à la Hollande, et c’est à chaque fois très différent. Donc là, avec Made in Paradise, c’est spécifiquement l’Égypte, spécifiquement Omar, et spécifiquement moi, Hollandais vivant en Suisse. Vous nous questionnez et éclairez sur l’islam, sans néanmoins interroger la notion même de croyance : l’un des fragments, où Omar Ghayatt explique le déroulé d’une prière et invite qui le souhaite à l’imiter, doit faire bondir nombre de spectateurs…
C’est un des fragments possibles. Il y en a d’autres, notamment un où l’on propose aux femmes une cinquantaine de burqas à enfiler… Il y a donc plein de séquences qui sont potentiellement provocantes, mais qui pour le coup, dans la réalité, ne le sont pas tant que ça. Puisque, dans le cas de la séquence de la prière, Omar parle simplement de sa relation avec ce rituel. Il ne fait pas une prière comme il l’explique [il raconte en substance que ça prend plus de temps et le lieu n’est pas adapté – NDLR], même si l’expérience proposée est volontairement trouble. Des fois, des gens partent, mais reviennent après, car ils veulent parler, ou créer le débat. Car l’idée était là : les gens qui viennent voir cette pièce se disent ouverts à l’autre : "moi, je m’intéresse à l’islam, sinon je ne serais pas là". Il s’agit de frotter encore un peu plus loin, de voir où sont les frontières, jusqu’où l’on est vraiment prêt à aller. Avec, comme vous venez de le remarquer, un public potentiellement ouvert, vu qu’il a fait la démarche de venir à ce spectacle-là, évoquant ce sujet précis. Le risque paraît limité…
Dans le fragment où les spectateurs sont censés répondre à la question "qu’est ce que vous savez de l’islam ?", on a souvent des considérations subjectives – "moi je connais un musulman, il est cool". Mais un soir, il n’y a pas longtemps, quelqu’un a regretté que l’on confonde souvent islam et terrorisme. Et un autre a répondu "on confond ou on constate ?". Du coup, ça a explosé, avec un débat absolument houleux… J’aime beaucoup ce fragment car il se passe toujours quelque chose. Même si des fois ça reste bien pensant, en creux, les gens pensent quand même dans l’ensemble "mais mon Dieu tout ce que l’on ne dit pas, et mon Dieu tout ce que l’on pense". MADE IN PARADISE
Mardi 5 et mercredi 6 avril à 20h, à La Rampe (Échirolles)


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