No man's land

François Cau | Vendredi 6 mai 2011

Photo : Laurence Fragnol


THÉÂTRE/ Le metteur en scène Laurent Poncelet (compagnie Ophélia Théâtre, organisatrice du Festival Théâtre Action) a l'habitude de livrer des spectacles hors normes. Ce fut le cas l'an passé avec Magie Noire : une fresque dynamique et généreuse interprétée par des gamins des rues de Recife, au Brésil, et qui sera reprise la saison prochaine dans l'agglo. C'est encore le cas cette semaine avec le nouveau projet des Mange-Cafard : fondé en 1996 par Laurent Poncelet, le groupe a une « composition atypique, avec des membres aux origines sociales diverses, souvent en situation de fragilité ou d'exclusion sociale ». Quartiers divers, leur sixième création, n'est donc pas un spectacle ordinaire. Les acteurs sont amateurs, certes, mais l'exigence professionnelle est bel et bien là, portée par le maître de cérémonie Laurent Poncelet, d'une véritable rigueur comme nous avons pu le constater lors d'un filage à deux semaines de la première. En résulte une proposition théâtrale enlevée, notamment au niveau du texte né des diverses improvisations menées avec les Mange-Cafard. Le metteur en scène en a sorti le meilleur : devenant grinçant certains moments, très ironique et drôle d'autres fois (ah, la grand-mère méchamment lubrique !), il n'hésite pas à se confronter à la noirceur la plus sombre, mettant ses personnages littéralement au pied du mur, et évitant ainsi toute once de démagogie dans le rendu – mais néanmoins toujours avec tendresse. Portées par des êtres sincères (que l'on sent encore hésitants pour certains), ces tranches de vie dans un quartier abandonné par la société n'en deviennent finalement que plus touchantes, car ancrées dans une réalité prégnante. AM

QUARTIERS DIVERS
Vendredi 13 et samedi 14 mai, à 20h30. Au Théâtre Prémol (Grenoble)

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