Oisiveté pour tous

Aurélien Martinez | Lundi 25 mars 2013

Le travail c'est la santé : une expression communément admise qui ne tient pas si l'on se réfère à l'étymologie, comme l'explique très bien Dominique Rongvaux sur scène. Le mot travail est ainsi une déformation d'un autre mot : le tripalium, sorte d'instrument de torture utilisé par les Romains pour punir leurs esclaves !

Éloge de l'oisiveté, c'est ça : une succession de réflexions pertinentes émanant tantôt d'auteurs (Russell donc, mais aussi Jean de La Fontaine, Denis Grozdanovitch...) et tantôt des observations du comédien, ancien élève d'HEC. Un alliage solide transmis sur scène avec une théâtralité travaillée. Un spectacle de forme on ne peut plus classique (un interprète, de la lumière, quelques éléments de décor ; rien de plus) mais construit de telle manière qu'il sort de la dialectique partisane (la note d'intention évoque ceux qui « échappent au dogme de l'activisme ») pour simplement emmener le public flâner sur des chemins d'habitude peut arpentés. Une aventure intelligente, brillante et revigorante à la fois.

AM

 

Des extraits du texte de Russell


« Ainsi que la plupart des gens de ma génération, j'ai été élevé selon le principe que l'oisiveté est mère de tous les vices. Comme j'étais un enfant pétri de vertu, je croyais tout ce qu'on me disait, et je me suis ainsi doté d'une conscience qui m'a contraint à peiner au travail toute ma vie. »

« Il existe deux types de travail : le premier consiste à déplacer une certaine quantité de matière se trouvant à la surface de la terre, ou dans le sol même ; le second, à dire à quelqu'un d'autre de le faire. Le premier type de travail est désagréable et mal payé ; le second est agréable et très bien payé. »

 « L'idée que les pauvres puissent avoir des loisirs a toujours choqué les riches. »

« Les méthodes de production modernes nous ont donné la possibilité de permettre à tous de vivre dans l'aisance et la sécurité. Nous avons choisi, à la place, le surmenage pour les uns et la misère pour les autres : en cela, nous nous sommes montrés bien bête, mais il n'y a pas de raison pour persévérer dans notre bêtise indéfiniment. »


Eloge de l'oisiveté

De Dominique Rongvaux, d'après Bertrand Russel, par la Cie La Fabuleuse troupe, ms Véronique Dumont Entre un fauteuil et un bureau, filant au second étage en quête d’un dictionnaire, plongeant son regard dans le vôtre ou épluchant méthodiquement une pomme à vous mettre l’eau à la bouche, il nous fait partager ses gourmandises littéraires
L'Ilyade 32 rue de la Fauconnière Seyssinet-Pariset
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

« Russell était un saint laïque »

SCENES | Avec "Éloge de l’oisiveté", spectacle basé en partie sur des écrits du philosophe britannique Bertrand Russell, le comédien Dominique Rongvaux livre une passionnante et très drôle réflexion sur la notion de travail. Un véritable coup de cœur ! Du coup, pour creuser le sujet, nous sommes partis à la rencontre de cet artiste au passé très économique. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Lundi 25 mars 2013

« Russell était un saint laïque »

Ah, la valeur travail. L’un des points cardinaux du discours politique depuis un bail. Un travail sans lequel l’homme moderne ne pourrait décemment pas s’épanouir. Pourquoi pas, mais c’est vite oublier que de nombreux intellectuels n’ont pas toujours eu cette vision si angélique de la chose, comme par exemple la philosophe Hannah Arendt (elle utilise l’expression « animal laborans » pour parler de l’homme au travail), l’auteur Paul Lafargue (dans son ouvrage culte Le Droit à la paresse), ou encore le Britannique Bertrand Russell, dont les écrits de 1932 se retrouvent aujourd’hui au centre d’Éloge de l’oisiveté, excellente création du Belge Dominique Rongvaux. « La question du travail m’a toujours préoccupé, j’avais déjà lu plusieurs livres là-dessus. Un jour, je suis tombé par hasard sur le petit essai de Bertrand Russell intitulé Éloge de l’oisiveté : j’ai tout de suite trouvé ce texte extraordinaire ! Il exprime exactement ce que je pense, en plus so

Continuer à lire

Travailler moins pour travailler mieux

SCENES | Le concept du "travailler plus pour gagner plus" est éculé. Et si plutôt, on se lançait dans un éloge de l’oisiveté ? C’est ce qu’avait fait l’intellectuel (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 5 septembre 2012

Travailler moins pour travailler mieux

Le concept du "travailler plus pour gagner plus" est éculé. Et si plutôt, on se lançait dans un éloge de l’oisiveté ? C’est ce qu’avait fait l’intellectuel britannique Bertrand Russell en 1932, dans son ouvrage du même nom. Le Centre culturel Jean-Jacques Rousseau prolonge la réflexion en programmant un spectacle du comédien Dominique Rongvaux se basant sur les écrits de Russell, tout en les agrémentant d’autres – Jean de La Fontaine, Denis Grozdanovitch... Seul en scène, il livre une réflexion passionnante sur ce qu’il est coutume d’appeler "la valeur travail". « Une flânerie joyeuse à la découverte des routes parallèles empruntées par ceux qui, de tout temps, échappèrent au dogme de l'activisme » explique la note d’intention. Une création enthousiasmante, joyeuse et intelligente, tout sauf didactique, dont on vous en reparlera évidemment en temps voulu. Éloge de l’oisiveté, mercredi 3 avril au Centre culturel Jean-Jacques Rousseau (Seyssinet-Pariset)

Continuer à lire