Bruno Thircuir : « On est toujours l'étranger du coin »

SCENES | Le Grenoblois Bruno Thircuir et sa Fabrique des petites utopies sont de retour avec "Nous sommes tous des K", repas-spectacle populaire basé sur un texte de Kakfa qui sera joué dans plusieurs lieux de l’agglo les semaines à venir. Rencontre avec le metteur en scène pour évoquer ce projet, et plus globalement les mutations de sa compagnie. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Jeudi 28 mars 2013

Photo : Guy Delahaye


La Fabrique des petites utopies est une institution à Grenoble. Une compagnie menée par Bruno Thircuir qui propose depuis douze ans un théâtre fort et engagé, que ce soit sur le fond (notamment avec un regard pertinent sur l'Afrique) ou sur la forme (avec son camion-théâtre). Que le metteur en scène se confronte aujourd'hui à Kafka et l'une de ses œuvres phares qu'est Le Château (1926) n'est donc pas une surprise.

« Quand je l'ai lu il y a vingt ans, je me suis dit que cet auteur avait deviné que l'on allait vers une paralysie des relations. C'est de ça dont souffre cet étranger lorsqu'il arrive dans ce village d'Europe [le personnage de K, arpenteur, se heurte à l'hostilité des villageois et – surtout – à celle de l'administration – NDLR]. Je l'ai acheté au Benin en 1996, et je me suis alors dit qu'un jour, je le monterai avec un comédien noir dans le rôle de K. Parce qu'aujourd'hui, ce n'est plus un Juif qui est exclu de la société [Kafka était de confession juive – NDLR], c'est un Noir, un Arabe… En choisissant très radicalement de mettre K noir, ça nous bascule dans cette situation que vivent énormément d'étudiants étrangers que l'on renvoie après leurs études, mais aussi de ces travailleurs expulsés du jour au lendemain… »

Voyages voyages

Une adaptation donc, jusque dans le titre, qui devient Nous sommes tous des K. « J'ai longtemps buté sur le titre. Un jour, de retour voyage, je me suis rendu compte qu'on était toujours l'étranger du coin. Et quel bonheur quand une porte s'ouvre, quand on est accueilli au Maroc avec un thé, quand on nous donne un bout de canapé pour nous installer en Birmanie. C'est tellement de vécu, ce fait que l'on soit mieux accueilli au fin fond d'une dictature birmane que dans nos villes repues d'Europe. »

Voilà pour l'idée principale, qu'il a fallu porter sur scène, et affiner. « Paul [Emond, qui signe l'adaptation – NDLR] craignait que je fasse un K victime, voire héros. Mais ce n'est pas ça. Certes, nous sommes tous des K, mais nous sommes aussi tous des Klamm [dans le roman, un fonctionnaire haut placé du château, symbole de la forteresse repliée sur elle-même – ndlr], avec du pouvoir. »

Du refus de l'élitisme

Nous sommes tous des K apparaît donc comme un spectacle politique, qui renferme aussi des aspects burlesques. « On est dans du théâtre forain, du théâtre masqué... Les masques sont l'une des contraintes jubilatoires de la commedia dell'arte. Il n'y a que cinq comédiens, et comme ils jouent tous les personnages, il fallait qu'on les reconnaisse immédiatement. » Un parti pris proche de la pantomime qui surprend vu la teneur du discours. « Mais Kafka a écrit ce texte pour que l'on rie du monde ! J'ai essayé de respecter ça. Du coup, on a un mélange entre l'humour juif [Kafka], l'humour africain [Alphonse Atacolodjou, le comédien principal, qui interprète K], et l'humour belge [Paul Emond] ! »

Un spectacle qui semble alors confirmer la nouvelle orientation que Bruno Thuircuir donne à sa compagnie, avec des créations plus légères, moins rentre-dedans, au discours plus.... « consensuel ? » (il finit notre question lui-même !) « Ça fait douze ans qu'on raconte des histoires. Si je veux toucher les gens au-delà des convaincus du théâtre et des humanistes, je ne peux pas fermer ma porte avec des formes trop élitistes. »

Renierait-il alors ses spectacles coup de poing que l'on avait ardemment défendus dans ces colonnes, comme Kaïna Marseille ou Juliette je zajebala Roméo, au profit d'autres plus aseptisés comme Tour Babel ou, dans une moindre mesure, celui-ci ? « Non, ce n'est pas un reniement, c'est une phase, une époque. Je me compare beaucoup à un peintre : une période plus figurative n'est pas un reniement ! Et puis, on ne peut pas aller beaucoup plus loin que ce que l'on a fait sur Kaïna Marseille niveau violence. »

Reste toujours présente, malgré nos réserves, cette envie criante de faire du théâtre, de questionner le rapport au public, d'investir tous les territoires, au-delà des seules salles de spectacles. Une ligne directrice éminemment politique et généreuse qu'on ne peut que soutenir ici.

Nous sommes tous des K, vendredi 5 et samedi 6 avril à 20h30 sous chapiteau à l'Espace Paul Jargot (Crolles), jeudi 11 avril à 19h30 à l'Espace 600 (Grenoble), mardi 16 et mercredi 17 avril au Grand Angle (Voiron), vendredi 24 et samedi 25 mai à 21h en plein air avec l'Heure bleue (Saint-Martin d'Hères)...


Public participatif

Nous sommes tous des K est un repas-bouffe assez savoureux. Comprendre qu'un repas est offert pendant la représentation, les tables servant ensuite de scène pour les acteurs. Une chouette idée, qui ne semblait pas assez aboutie lors des premières représentations près d'Annecy. « À partir du moment où tu intègres le spectateur autant, c'est avec les représentations que tu te rends compte de ce qui marche, de ce que les spectateurs supportent ou non. » Un spectacle qui ne demande qu'à grandir, pour trouver sa voie. Ce qui n'est pas toujours possible nous assure Bruno Thuircuir, qui saisit alors la balle au bond en évoquant un sujet précis.

« Tour Babel a commencé à être bien au bout de 20 dates. Sauf qu'on est tellement dans la nouveauté. En convention, on nous oblige à un spectacle par an : c'est de la folie furieuse ! Par exemple, un théâtre qui nous suit ne voulait pas de reprises ! J'ai réussi à me battre pour en avoir. Dans d'autres pays, comme la Russie, c'est au moins 100 dates par spectacle ! Mais bon, je ne vais pas me plaindre, on fait partie des chanceux d'avoir autant de dates : Les Enfants d'Icare [une précédente création] 130 dates, certains 200. »


Nous sommes tous des K

D'après l'adaptation du roman "Le Château" de Kafka par Paul Emond, par la Fabrique des petites utopies, ms Bruno Thircuir. À partir de 15 ans Le roman inachevé de Kafka suit les aventures de K, personnage énigmatique qui se heurte à la complexité, voire la monstruosité d’une bureaucratie. Il se bat pour entrer en contact avec les autorités du village dans lequel il vient d’arriver, afin d’officialiser son statut d’arpenteur. Mais le Château, où résident les fonctionnaires, demeure inaccessible. Acteur d’un monde qui le rejette et dont il est incapable de s’extraire, K tente de comprendre qui de nous l’a convié à un repas-spectacle dont il est exclu avant même d’y goûter… Invités à enfiler une blouse et à se mettre à table, les spectateurs sont plongés dans des situations insolites avec éclosion d’images cocasses
Espace Paul Jargot Rue François Mitterrand Crolles
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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En attendant le public...

SCENES | Le spectacle vivant, c'est leur métier : à défaut de pouvoir se produire en public, les compagnies de théâtre et de danse réfléchissent à leur avenir, continuent parfois de travailler et attendent impatiemment un retour à la normale. Nous sommes allés à la rencontre de quatre d'entre elles, dans l'agglo grenobloise. Témoignages.

La rédaction | Jeudi 28 janvier 2021

En attendant le public...

Bruno Thircuir – La Fabrique des petites utopies Dans la région grenobloise, La Fabrique des petites utopies, compagnie qui « tente de raconter le monde d’aujourd’hui de manière politico-poétique », est une institution en place depuis 21 ans. D’où, sans doute, le fait que l’équipe traverse plutôt sereinement cette période compliquée comme nous l’a expliqué son metteur en scène Bruno Thircuir lorsqu’on lui a demandé comment il allait. « Ça va. On a la chance de travailler, d’être en répétition [dans la région grenobloise comme ailleurs en France – NDLR] puisque, bien avant toute cette crise, on avait monté un joli temps de création pour notre nouveau spectacle jeune public Et si l’océan dont les premières dates de jeu n’auront lieu que début mars. On peut donc continuer notre activité pendant ce temps, avec même un petit papier en poche pour r

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"Confidences de Drac et dragonnes" : quartier libre

Spectacle de rue | Samedi 16 juin après-midi, la Fabrique des petites utopies proposera un spectacle déambulatoire dans le quartier Chorier Berriat de Grenoble.

Alice Colmart | Mardi 12 juin 2018

Après le festival Écoute(s) qui, en avril dernier, invitait à découvrir le quartier Saint-Bruno de Grenoble grâce au son, c’est la compagnie La Fabrique des petites utopies du metteur en scène Bruno Thircuir qui propose ce samedi 16 juin de le parcourir à travers un spectacle-balade gratuit poétiquement nommé Confidences de Drac et dragonnes. « L’idée était de construire un spectacle gratuit et tout public avec un suivi théâtral. C'est-à-dire que trois comédiens et un musicien accompagneront les spectateurs d’étapes en étapes. À chacune de ces étapes, ils leur raconteront des histoires qui se basent sur des faits historiques au sujet du quartier » explique Marika Gourreau, chargée de communication pour la compagnie. Ces histoires, écrites grâce aux témoignages d'habitants du quartier, aborderont plusieurs thèmes parmi l

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"Mines de rien" : ensemble c’est tout, n'est-ce pas la Fabrique des petites utopies ?

Jeune public | L'une des dernières créations de la compagnie grenobloise est à découvrir dimanche 3 décembre à la Salle rouge, dans le cadre du Mois de l’accessibilité en ville.

Aurélien Martinez | Mardi 28 novembre 2017

« Spectacle de théâtre d’objets questionnant le handicap et la différence », Mines de rien est une petite pépite jeune public (mais finalement tout public) créée cet été par la compagnie grenobloise la Fabrique des petites utopies. Soit, en plusieurs tableaux visuellement riches, l’histoire d’un enfant différent (« Rien est cet enfant qui n’a pas de place dans un monde qui rejette les différents » – extrait de la note d’intention) qui cherche un sens à sa vie. Et va finir par le trouver... Il n’est pas facile de parler de handicap avec justesse sur le plateau. Le metteur en scène Bruno Thircuir y est arrivé en évitant aussi bien les discours larmoyants censés forcer l'empathie du spectateur que la mise à distance froide censée démontrer le recul de l’artiste. Son ton est juste, touchant, grâce notamment aux deux comédiennes qui portent l’histoire. Et, surtout, à la féerie convoquée sur scène (des marionnettes, des jeux d'ombres et lumières ou encore de la vidéo se déploient autour de différents livres pop-up éclairant le parcours de Rien) qui donne un côté fantastique à ce récit d’apprentis

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"Échecs et Mâts" : le petit jeu de Bruno Thircuir

Cirque | Le metteur en scène grenoblois de la Fabrique des petites utopies revient avec un spectacle interprété par des circassiens et des comédiens dans lequel le jeu d'échecs permet d'aborder des questions plus larges et contemporaines.

Aurélien Martinez | Lundi 25 septembre 2017

Sous chapiteau, en guise de scène, un échiquier posé sur la piste centrale, avec des circassiens et des comédiens habillés en noir ou en blanc comme des pions : dans Échecs et Mâts, sa dernière création « pour fous et stratèges » que nous avons découverte à quelques jours de la première, le metteur en scène grenoblois Bruno Thircuir de la Fabrique des petites utopies file la métaphore « des cases dans lesquelles chacun de nous est enfermé ». D’accord. Mais l’axe choisi autour des rêves des uns (le public, sondé en arrivant) et des autres (les interprètes) s’apparente très vite à un mât pas très stable, les différentes scènes s’empilant avec plus ou moins de finesse (les tentatives d’humour noir tombent à plat) pendant plus d’1h30 de spectacle. Et ce même si, bien sûr, on en prend parfois plein les yeux grâce aux circassiens (qui viennent du Maroc, d’Argentine, du Bénin…) ; même si l’interaction avec le public donne du dynamisme à l’ensemble, et même si la métaphore du jeu d’échecs a un côté ludique appréciable. C’est déjà ça. Pour info, la

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Du neuf dans du vieux au festival Textes en l'air

SCENES | Entre le 27 et le 31 juillet, c'est à Saint-Antoine-l'Abbaye que ça se passe. Avec notamment la reprise de deux excellents spectacles créés l'an passé à Grenoble (ou aux alentours).

Aurélien Martinez | Lundi 18 juillet 2016

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Il existe un festival à quelques dizaines de kilomètres de Grenoble qui est un point de refuge estival pour la foisonnante scène culturelle grenobloise. Son (joli) nom ? Textes en l’air. Son lieu de villégiature ? Le (lui aussi joli) village médiéval de Saint-Antoine-l’Abbaye. Des vieilles pierres oui, mais qui servent d’écrin à un art théâtral (mais pas que – il y a aussi de la musique) on ne peut plus contemporain, qu’il vienne de Grenoble donc, mais aussi de toute la France – faut pas être sectaire ! Au petit jeu du "je mets en avant ce que je veux dans la programmation de cette année", on retient surtout les nombreuses reprises de spectacles marquants. Ainsi du passionnant et intelligent Rue des voleurs de la Fabrique des petites utopies, adaptation par le metteur en scène Bruno Thircuir du roman de Mathias Énard sur les aspirations d’un jeune Marocain. Ainsi également du Au Pont de Pope Lick, passage au plateau par la metteuse en scène Anne Courel d’un texte de Naomi Wallace sur des gamins paumés et désespérés dans les

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PB d'or 2015 : théâtre et danse

SCENES | Cette année, deux spectacles de théâtre nous ont fait un bien fou. Et un ponte de la danse a dû faire ses cartons.

Aurélien Martinez | Mardi 22 décembre 2015

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Le PB d’or des spectacles grenoblois qui font du bien : Rue des voleurs (Bruno Thircuir) et Mon frère, ma princesse (Émilie Le Roux) Que ce soit avec le roman Rue des voleurs de Mathias Énard (sur un jeune ­Marocain qui finira à Barcelone) ou la pièce jeune public Mon frère, ma princesse de Catherine Zambon (sur un gamin de cinq ans qui veut simplement porter des robes), deux metteurs en scène grenoblois (Bruno Thircuir de la Fabrique des petites utopies et Émilie Le Roux des Veilleurs) ont, cette année, embrassé avec finesse des thèmes sociétaux forts pourtant sujets aux crispations et aux délires les plus dingues – la question des migrants pour l’un et celle des études de genre pour l’autre. En a résulté deux spectacles dépassionnés et, surtout, passionnants qui illustrent parfaitement comment des artistes peuvent défendre un discours humaniste et intelligent simp

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Vers un pôle des arts nomades à Grenoble

ACTUS | Pendant quinze jours, le fameux camion-théâtre de la compagnie grenobloise La Fabrique des petites utopies de Bruno Thircuir va ouvrir ses portes à diverses compagnies et esthétiques en plein parc Paul-Mistral. Une sorte d'avant-goût d'un projet plus vaste baptisé Parc(s) des arts.

Aurélien Martinez | Mardi 1 décembre 2015

Vers un pôle des arts nomades à Grenoble

À Grenoble, la Fabrique des petites utopies est une compagnie à part. D’abord du fait des sujets qu’elle traite, souvent très forts et ouverts sur le monde qui l’entoure (voir Rue des voleurs, son dernier spectacle en date qui évoque la question des migrants) ; ensuite du fait de la forme mise en place : des pièces jouées dans un camion-théâtre et non dans des salles classiques. Un camion-théâtre que le metteur en scène Bruno Thircuir a justement décidé de mettre à la disposition sur un temps donné de différents partenaires culturels dans le but « d’ouvrir un espace temporaire et libre de création » en plein parc Paul-Mistral – là où la Fabrique s’était installée le week-end dernier, dans le cadre de Migrant’scène. Jusqu’au 13 décembre, il y a aura donc plusieurs propositions à découvrir dans cet espace atypique : du théâtre, de la magie, de la musique (avec l’a

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Mémoires d’un jeune fougueux

SCENES | Avec son adaptation du roman "Rue des voleurs" de Mathias Énard, Bruno Thircuir de la Fabrique des petites utopies livre un spectacle sur un héros « prisonnier de sa condition de jeune arabe de Tanger, de l’Histoire coloniale, de la peur de l’Occident ». Une réussite. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 17 mars 2015

Mémoires d’un jeune fougueux

La Fabrique des petites utopies de Bruno Thircuir est une compagnie grenobloise bien connue pour son théâtre engagé qui tente de « raconter le monde d’aujourd’hui de façon politico-poétique ». Rue des voleurs, dernière proposition en date créée fin février en camion-théâtre, est celle qui illustre sans doute le mieux les aspirations du metteur en scène – en gros : faire du théâtre à la fois populaire et engagé. Soit l’histoire de Lakhdar, jeune Marocain paumé entre des traditions qui l’étouffent et un Occident qui l’attire. Mais cet eldorado se refuse à lui, le gamin ouvert sur le monde et féru de roman policier, comme il se refuse également à tout un pan de l’humanité. Entre Tanger et (finalement) Barcelone, on suit donc Lakhdar à la trace, lui qui doute (face à des fondamentalistes religieux suspects), qui vivote (avec différents petits boulots), et qui surtout s’enflamme pour une jeune Européenne. Un désir ardent qui lui fera côtoyer un monde en ébullition, passant des Printemps arabes aux Indignés espagnols. Seul contre tous Le roman de Mathias Énard est un matériau riche et solide qui colle aux basques du

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Auprès de mes arbres

SCENES | Une partie du travail du metteur en scène grenoblois Bruno Thircuir de la Fabrique des petites utopies était volontairement frontal, dans le but de (...)

Aurélien Martinez | Mardi 1 avril 2014

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Une partie du travail du metteur en scène grenoblois Bruno Thircuir de la Fabrique des petites utopies était volontairement frontal, dans le but de secouer le spectateur pour l’amener à réagir. Cette partie-là semble derrière lui comme il nous l’expliquait en 2012 (« niveau violence, on ne peut pas aller beaucoup plus loin que ce que l’on a fait sur Kaïna Marseille [spectacle de 2008 sur l’immigration – ndlr] »), et comme le confirme avec éclat La nuit, les arbres dansent, sa dernière création dévoilée la semaine passée dans le cadre du festival Les Détours de Babel. Une fable écologiste jeune public centrée sur quatre contes faisant référence à « des légendes des quatre coins du monde », toutes tournant au

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La meilleure défense, c’est la parade

SCENES | Zoom / Un beau jour (ou peut-être une nuit), le metteur en scène Bruno Thircuir de la compagnie de spectacles itinérantes La Fabriques des Petites Utopies (...)

François Cau | Lundi 19 mars 2012

La meilleure défense, c’est la parade

Zoom / Un beau jour (ou peut-être une nuit), le metteur en scène Bruno Thircuir de la compagnie de spectacles itinérantes La Fabriques des Petites Utopies jette une oreille aux dernières compositions de son complice musicien Philippe Codecco. Tout de go, il décrète que cette musique est faite pour prendre la rue avec une grandiose création ad hoc – l’une des (nombreuses !) obsessions d’un homme de théâtre adepte du défi foutraque comme de l’émulation populaire. Et le projet de prendre forme par une coproduction des Détours de Babel dans le cadre de leur festival : sous leur impulsion, se greffent alors au projet Bruno Théry, concepteur du bestiaire de la future parade, et Bastien Mots Paumés, qui en écrira les divers textes. Très vite, sous l’inflexion bouillonnante de Bruno Thircuir, le projet prend des allures de cauchemar logistique : quatre parades, drivées chacune par un char et des musiciens dans sa foulée, doivent partir d’Eybens, Crolles, Fontaine et Grenoble, pour se rejoindre lors d’un finish grandiloquent. Fort heureusement, l’enthousiasme du metteur en scène, en balance avec le pragmatisme de son ingénieur / bras droit François Gourgues, fédère tous les partenaires m

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Dessine-moi une fiction

SCENES | Avec "Les enfants d’Icare", la Fabrique des Petites Utopies poursuit inlassablement son exploration des cultures lointaines et incite tous les publics à la contemplation onirique. FC

François Cau | Vendredi 18 mars 2011

Dessine-moi une fiction

Les dernières pérégrinations de la compagnie l’ont porté jusqu’en Birmanie, nation sous la coupe d’un simulacre de gouvernement hostile, culturellement carnassier, et dans laquelle les artistes – c’est rien de le dire – ont plutôt du mal à s’exprimer. Perdurent cependant les traditions liées aux marionnettes, dont les mécanismes intemporels (et largement sacralisés dans le pays) continuent d’être animés par des passeurs vieillissants et une jeune scène à l’avenir pour le moins incertain. Bruno Thircuir, metteur en scène de la Fabrique, s’est donc mis en tête de créer un spectacle voulu comme un pont entre les sociétés birmane et française, pour lequel les membres de son équipe auraient créé des marionnettes de différents styles, afin de les incorporer à un récit pensé comme une exaltation de l’imaginaire. Un enfant d’argile y prendrait forme au gré d’aventures oniriques, contées par trois voix singulières. Il serait donc l’héritier du fils de Dédale, rêverait d’une île inatteignable, d’un roi obstiné, de machines aliénantes, d’un cosmonaute, d’un robot, et tomberait finalement amoureux. Chaos debout La scène du camion-théâtre de la compagnie es

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Utopie toi-même

SCENES | Armée d’une volonté à toute épreuve (il fallait bien ça), l’équipe de la Fabrique des Petites Utopies inaugure ce samedi le Caravansérail, pôle d’art nomade situé au cœur du quartier Mistral. Point sur la genèse d’un lieu encore en préfiguration. François Cau

François Cau | Lundi 22 novembre 2010

Utopie toi-même

Au Petit Bulletin, on suit le travail de la Fabrique des Petites Utopies et de son metteur en scène Bruno Thircuir depuis les débuts. On a toujours été francs sur leur boulot, tour-à-tour enthousiastes et plus réservés. Et au-delà de toute considération purement artistique, on leur a toujours reconnu le mérite considérable de s’ouvrir vers l’ailleurs, que ce soit par le choix de l’itinérance dans leur camion-théâtre, leur constant et salutaire travail de médiation auprès de tous les publics, ou leur soif inaltérable de pérégrinations qui a pu les mener en Bosnie, en Afrique et bientôt en Birmanie (où le climat politique ne s’est absolument pas détendu, malgré les récentes apparences). Pour résumer, même si l’on peut faire les fines bouches sur certaines créations, on les respecte pour leur incroyable détermination et leur croyance, tout simplement superbe, que rien n’est réellement impossible. La preuve : ces trois dernières années, tout en continuant leurs tournées, les utopistes ont implanté un chapiteau au beau milieu du quartier grenoblois dit “sensible“ de Mistral. Ils sont allés à la rencontre de ce lieu qu’une maigre poignée de rêveurs, comme les membres de Cultur’Act (vo

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Plein les yeux

SCENES | La Fabrique des petites utopies de Bruno Thircuir, l’une des compagnies locales les plus intéressantes, va poser ses valises au Grand Angle de Voiron (...)

François Cau | Lundi 4 octobre 2010

Plein les yeux

La Fabrique des petites utopies de Bruno Thircuir, l’une des compagnies locales les plus intéressantes, va poser ses valises au Grand Angle de Voiron pour une résidence de trois ans au cœur de la ville. Cette arrivée se fera en fanfare avec la présentation de deux spectacles aériens. D’abord Cabaret perché, dernière livraison en date de la compagnie. Le boss a ainsi fait confiance à ses circassiens, qui chacun ont proposé un numéro original. À lui ensuite de faire le liant avec ses comédiens, façon grande famille d’artistes ambulants (ce qu’ils sont vraiment, puisqu’ils habitent dans des caravanes itinérantes, même en hiver !). Tour Babel ensuite, spectacle déjà présenté la saison dernière sur le campus et au parc Bachelard : une création basée sur le mythe de la tour de Babel avec là aussi circassiens et comédiens. Avec ces deux propositions, on comprend ainsi que Bruno Thircuir, comme il nous l’a affirmé, souhaite construire des formes accessibles et généreuses rentrant dans une certaine tradition du spectacle vivant (moins cérémonial et plus perméable). On lui en sait gré. Mais on regrette simplement que le discours très fort de la compagnie, présent dans le

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Encore

SCENES | Si l’on n’avait pas spécialement accroché à Tour Babel, la dernière création un brin facile de La Fabrique des Petites Utopies présentée en octobre dernier, rien (...)

François Cau | Lundi 29 mars 2010

Encore

Si l’on n’avait pas spécialement accroché à Tour Babel, la dernière création un brin facile de La Fabrique des Petites Utopies présentée en octobre dernier, rien ne nous interdit de nous replonger dans les anciens spectacles de la compagnie. Ce sera chose possible du jeudi 1er au mercredi 7 avril au Terrain d’aventure (Saint-Martin-d’Hérès) où la Fabrique installe son camion-théâtre : l’équipe de l’Espace 600 reprogramme Kaïna Marseille, une proposition forte sur ces migrants à la recherche d’un eldorado porteur d’espoir. Bruno Thircuir est parti du roman de Catherine Zambon, qui avait soulevé une polémique phénoménale lors de sa publication : peut-on raconter la violence du monde aux adolescents sans l’édulcorer ? Sont-ils capables de tout entendre ? Thircuir répond à ces questions par un oui franc, en enfonçant le clou avec une mise en scène efficace et glaçante… Retrouvez sur notre site web la critique publiée lors de la création du spectacle la saison passée.

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Un autre théâtre est possible

SCENES | Alors que le vingt-et-unième siècle est à peine entamé, Bruno Thircuir, ancien collaborateur de Chantal Morel, décide d’impulser à sa jeune compagnie, La Fabrique (...)

François Cau | Lundi 1 décembre 2008

Un autre théâtre est possible

Alors que le vingt-et-unième siècle est à peine entamé, Bruno Thircuir, ancien collaborateur de Chantal Morel, décide d’impulser à sa jeune compagnie, La Fabrique des Petites Utopies, une série de directives fondamentales dans son approche à part du médium théâtral. Leur travail sera tourné vers l’étranger ; le but étant de se nourrir de cet ailleurs souvent intimidant, qu’il faudra dompter coûte que coûte via de multiples voyages et autres collaborations avec des auteurs et acteurs venus d’autres pays. Les moyens de diffusion seront atypiques, centrés sur l’idéal a priori désuet d’une scène itinérante, à même de transporter les créations dans les endroits les plus insolites, histoire de faire partager leurs spectacles aux laissés-pour-compte des grandes tournées internationales, et surtout d’entamer une relation plus poussée avec les publics. La rencontre de Bruno Thircuir avec son directeur technique François Gourgues sera à ce titre décisive : ce dernier donnera corps au projet de Fabrique Errante imaginée par le metteur en scène - un camion modulable, se transformant miraculeusement en théâtre ambulant. La pièce inaugurale de ce dispositif, Quichott, l’homme qui n’y était po

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Voyage au bout de l’enfer

SCENES | À travers le destin d’une jeune fille de treize ans, Bruno Thircuir et sa compagnie La Fabrique des petites utopies évoquent les drames ordinaires de l’immigration. C’est "Kaïna Marseille", et c’est tout simplement glaçant. Aurélien Martinez

François Cau | Vendredi 28 novembre 2008

Voyage au bout de l’enfer

« Si tu veux savoir où tu vas, il te suffit de regarder d’où tu viens. » Ces mots sont ceux de Kaïna, la grand-mère de Mamata qui, avant de mourir, conseille à sa petite-fille de fuir son village natal pour rejoindre l’eldorado français. Là-bas espère-t-elle, Mamata sera libre et échappera au mariage forcé auquel elle est promise dans son pays. « Le monde, pour Kaïna, commençait au bout du village » sourit, désabusée, la jeune fille. Désabusée, car ce qui devait être le paradis se transforme en enfer, sous la forme d’un container du port de Marseille. Très loin de l’idéal d’une terre accueillante… Mamata a treize ans. Pourtant, elle a déjà connu l’horreur du monde. Pourtant, elle est déjà enceinte d’un avocat véreux qui la violait en lui promettant de l’aider. Pourtant, elle continue à vivre, malgré tout. Avec Kaïna Marseille, Bruno Thircuir clôt magistralement sa trilogie africaine entamée début 2007. Les deux premiers volets (Et si l’Homme avait été taillé dans une branche de baobab, d’après le roman Désert de Jean-Marie Gustave Le Clézio et Niama-Niama, inspiré de contes du monde entier) étaient des fables enchanteresses,

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«Un spectacle coup de poing»

SCENES | Auteur, metteur en scène et comédienne, Catherine Zambon a écrit le texte qui a servi de matériau à la Fabrique des petites utopies. Propos recueillis par AM

François Cau | Jeudi 27 novembre 2008

«Un spectacle coup de poing»

Petit Bulletin : Comment est né Kaïna Marseille ?Catherine Zambon : Je me suis intéressée au sort des enfants clandestins en France, et particulièrement à ceux qui sont le moins pris en charge par les associations, à savoir les filles. Il y a très peu de filles qui arrivent de manière clandestine, mais celles qui arrivent sont rapidement repérées par des réseaux de prostitution. Vouliez-vous livrer un message politique ?Entre le moment où je l’ai écrit, il y a cinq ans, et la période actuelle, la tension s’est tellement resserrée autour des problèmes d’immigration qu’évidemment ce qui était déjà un propos engagé à l’époque – à savoir attirer l’attention sur le sort de toute cette partie du monde qui est en souffrance – est encore plus violent maintenant. Si je devais écrire Kaïna Marseille aujourd’hui, j’en ferais sûrement quelque chose d’encore plus dur. Donc oui, il y a un message politique, mais aussi humain, humanitaire, et surtout humaniste. La mise en scène de Bruno Thircuir semble encore plus sombre que votre texte…Entre l’écriture du texte et ce qu’en a fait Bruno, il y

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La danse de mort

SCENES | Ambitieux galop d'essai du Nouveau Théâtre de Création, l'adaptation de “Manque” de Sarah Kane marque le retour de la Fabrique des Petites Utopies à une forme nécessairement plus intime. François Cau

| Mercredi 23 novembre 2005

La danse de mort

Passé le chaos debout de son Juliette je Zajebala Romeo, la Fabrique des Petites Utopies fait une nouvelle fois muter son lieu de création ambulante (le Theatrum Stadium). L'espace scénique s'est replié sur lui-même, s'est recroquevillé en une carapace à jauge violemment restreinte. L'équipe s'est réduite, elle aussi. Le metteur en scène Bruno Thircuir, sans renier les affres de son précédent spectacle, apprécie plutôt la tournure des événements. Son nouveau coup de foudre théâtral appelait nécessairement une forme condensée, un travail approfondi avec les comédiens. L'objet du délit ? Le texte 4.48 Psychose, de l'auteure anglaise Sarah Kane, étoile filante du New British Theatre, partie beaucoup trop vite après nous avoir asséné une poignée de textes mordants, choquants, vibrants. Jouissant de l'accueil enthousiaste du Nouveau Théâtre de Création, les Petites Utopies se sont vues encouragées dans l'élaboration d'un dyptique, la pièce Manque (Crave en VO) apportant un complément précieux dans l'appréhension de l'œuvre de Sarah Kane, et surtout sur sa relecture par le dénommé Bruno Thircuir. Intime en fusion Ce dernier commenc

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Aveuglement

SCENES | Si vous nous suivez un brin, vous avez dû vous en rendre compte : on suit avec fidélité le travail de Bruno Thircuir et de la Fabrique des Petites (...)

| Mercredi 11 janvier 2006

Aveuglement

Si vous nous suivez un brin, vous avez dû vous en rendre compte : on suit avec fidélité le travail de Bruno Thircuir et de la Fabrique des Petites Utopies. Non pas pour de basses turpitudes extraprofessionnelles (quoique), ni pour notre potentiel amour immodéré de formes théâtrales un tant soit peu iconoclastes. Disons que le fil commun qui nous séduisait le plus, dans Quichott, Juliette je Zajebala Romeo et dernièrement Manque, greffon providentiel de son présent travail sur l'auteur culte Sarah Kane, c'était cette instabilité manifeste que le metteur en scène et son équipe parvenaient à transformer en force. À la grâce d'un enthousiasme indéfectible, mais aussi à une sorte d'ingéniosité du désespoir donnant lieu à de beaux instants de théâtre, à un pessimisme étouffant sur une nature humaine confinée à ses plus bas instincts. C'est pour toutes ces raisons qu'on attendait 4.48 Psychose avec une expectative confiante, d'autant que le stress véhiculé par Manque nous avait pris à rebrousse-poil. Cette nouvelle création nous fait entrer dans un nouveau décor sis au sein du camion-théâtre, inverse de la sombre alcôve de Manque, où le spe

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