Théâtre : les dix pièces à voir cette saison

SCENES | Du théâtre contemporain, du classique ; des metteurs en scène stars, des plus confidentiels ; des pièces avec plein de comédiens, d'autres avec beaucoup moins de monde... Voici les coups de cœur et les attentes du "PB" pour cette saison 2015/2016.

Aurélien Martinez | Vendredi 18 septembre 2015

Photo : Pascal Gely


L'Avare

Dans le très vaste répertoire théâtral français, Molière est l'un des auteurs qui a écrit les plus efficaces machines à jouer. D'où le fait que ses pièces soient si souvent montées.

Le metteur en scène Ludovic Lagarde, directeur de la comédie de Reims, a décidé de se confronter à l'efficace Avare, où il est question d'un vieux père qui n'a pas que des qualités – il est on ne peut plus proche de ses sous ! Un rôle monstre que Lagarde a décidé de confier à son comédien fétiche : le fascinant et explosif Laurent Poitrenaux, qui marque de sa présence chaque mise en scène, au risque qu'on ne voie que lui. Ça tombe bien, c'est ce que le rôle veut – au cinéma, Louis de Funès l'avait aussi très bien compris.

On espère donc passer un bon moment devant cet Avare rajeuni (Poitrenaux n'a même pas 50 ans) que nous n'avons pas pu découvrir avant sa venue à Grenoble, mais dont on a eu plein de bons échos.

AM

Du mardi 17 au samedi 21 novembre à la MC2

La Liste de mes envies

La Liste de mes envies de Grégoire Delacourt, c'est un roman de plage facile à lire et sans grands enjeux littéraires sur une femme modeste qui gagne au loto et ne réagit pas du tout comme on l'attend – elle décide de ne pas encaisser le chèque et de ne dire à personne qu'elle a gagné, même à son mari.

En voici une adaptation théâtrale avec un comédien campant tous les rôles. Surprise, la pièce est bien ficelée et humble, Mikaël Chirinian prenant le texte simplement, en se rendant bien compte qu'il ne joue pas du Shakespeare. Son seul-en-scène évite alors l'écueil de la transposition plate et figurative (oui, c'est donc un homme qui campe une femme) pour se concentrer pleinement sur les affres de son héroïne qu'il rend touchante, voire bouleversante par moments. Plaisant comme tout.

AM

Samedi 21 novembre au Théâtre en rond (Sassenage)

Le Conte d'hiver / Le Bourgeois gentilhomme

C'est devenu une habitude : chaque année dans le panorama de rentrée culturelle, nous disons tout le bien que nous pensons de l'Agence de voyages imaginaires du metteur en scène Philippe Car et de sa façon de retravailler les grands textes classiques pour leur rendre toute leur saveur – « J'estime qu'il est plus irrespectueux de monter un texte dans son intégralité que de l'adapter aux spectateurs d'aujourd'hui comme nous le faisons. Ce qui était important pour l'auteur est plutôt ce qu'il a voulu raconter que les mots eux-mêmes. Ne pas toucher aux textes classiques, c'est ne pas tenir compte que le public a évolué » nous expliquait-il l'an passé en interview.

Ses spectacles sont donc drôles, décalés et captivants. On en aura la preuve à deux reprises cette saison, avec un enthousiasmant Bourgeois gentilhomme (photo) de Molière proche du fantastique (on avait déjà pu le voir en 2010 à l'Hexagone) et un Conte d'Hiver de Shakespeare « inspiré du dispositif scénique du théâtre élisabéthain » (nous n'avons pas encore vu le résultat).

AM

Le Conte d'Hiver, vendredi 4 décembre à la Vence Scène (Saint-Égrève)
Le Bourgeois Gentilhomme, samedi 2 avril à l'Heure Bleue (Saint-Martin-d'Hères)

Orestie

L'Italien Romeo Castellucci est l'un des plus grands metteurs en scène européen. Depuis 1981, avec sa Socìetas Raffaello Sanzio, il développe un théâtre radical qui ne ménage pas le spectateur – il se réfère d'ailleurs au « théâtre de la cruauté » d'Antonin Artaud. Et un théâtre qui se confronte à tous les arts, se servant du verbe comme d'un composant comme un autre, au service d'images fortes, notamment autour des corps. De l'art total qui a souvent été au cœur de polémiques : en 2011, son Sur le concept du visage du fils de Dieu a, par exemple, énervé certains intégristes catholiques (qui, pour la plupart, ne l'avaient même pas vu).

Sa venue à Grenoble est donc un événement en soi. Il débarquera avec Orestie (une comédie organique ?), recréation d'une de ses pièces phares. « Si on met au second plan la poésie de l'Orestie d'Eschyle, si on élimine le splendide édifice exposé à la lumière du soleil, ce qui reste – visible et terriblement fondamentale – c'est la violence » écrit le metteur en scène. Tout un programme, dont on vous recausera une fois vu (la tournée française est conséquente).

AM

Du mercredi 13 au samedi 16 janvier, à la MC2

Notre peur de n'être

Fabrice Murgia est un nom qui compte dans le théâtre européen de ces dernières années. Le jeune metteur en scène belge avait ainsi fait très fort avec son Chagrin des ogres (créé en 2009 et vu en 2012 à la MC2), « récit d'une journée au cours de laquelle des enfants vont cesser d'être des enfants ».

Il revient cette saison avec une nouvelle création qui questionne toujours la société contemporaine, en décalant néanmoins sa focale. Il s'est cette fois-ci inspiré des "hikikomori", hommes et femmes au Japon refusant tout contact avec le monde qui les entoure, pour construire un spectacle déroutant sur trois êtres qui ont visiblement peur d'être. Le rendu est, comme toujours chez Murgia, visuellement virtuose et très intense.

AM

Mardi 2 et mercredi 3 février, à l'Hexagone

En attendant Godot

Encore une mise en scène du texte de Beckett ? Oui. Mais une mise en scène fidèle à l'esprit de l'Irlandais, avec un travail important de Laurent Fréchuret sur l'espace – alors que, paradoxalement, le plateau est vide, excepté le fameux arbre penché.

Rien de révolutionnaire donc dans ce théâtre solidement construit autour de quatre personnages qui attendent Godot (un être mystérieux qui laisse place à de nombreuses interprétations – « Je ne sais pas qui est Godot. Je ne sais même pas, surtout pas, s'il existe. [...] Quant à vouloir trouver à tout cela un sens plus large et plus élevé, à emporter après le spectacle, avec le programme et les esquimaux, je suis incapable d'en voir l'intérêt. Mais ce doit être possible » écrivait Beckett), mais un plaisir du jeu qui transparaît chez les comédiens, et notamment chez Jean-Claude Bolle-Reddat dont le rôle d'Estragon, naïf paumé, semble avoir été écrit pour lui. On s'intéressera plus longuement à son cas en temps voulu.

AM

Mardi 9 et mercredi 10 février au Grand Angle (Voiron)

L'Affaire Dussaert

L'art contemporain, c'est vraiment n'importe quoi. Prenons par exemple le cas Philippe Dussaert, artiste français phare du mouvement « vacuiste » qui s'est fait connaître avec une série de toiles représentant seulement le fond des grands chefs-d'œuvre de la peinture – Après la Joconde, Après le radeau de la méduse… Et qui termina même sa carrière avec une œuvre ultime qui fit grand bruit : Après tout, qui ne représentait… "rien" !

« Jusqu'où l'art peut-il aller trop loin » questionne l'auteur et comédien Jacques Mougenot sur l'affiche de son spectacle présenté comme une conférence théâtrale qui, sur le papier, avait tout pour être un pamphlet réac indigeste. Mais finalement, par un habile jeu de construction, L'Affaire Dussaert se trouve être beaucoup plus que ça (même si on peut être en désaccord avec certains points), Jacques Mougenot donnant du corps, de l'humour et plusieurs niveaux de lecture (qu'on ne dévoilera pas ici) à son récit rocambolesque. Savoureux.

AM

Vendredi 18 mars à l'Espace Aragon (Villard-Bonnot)

Un obus dans le cœur

« On ne sait jamais comment une histoire commence. Je veux dire que lorsqu'une histoire commence et que cette histoire vous arrive à vous, vous ne savez pas, au moment où elle commence, qu'elle commence. » Un obus dans le cœur, c'est un roman de 2007 de Wajdi Mouawad, metteur en scène star de la dernière décennie, sur un homme qui doit se rendre à l'hôpital où sa mère agonise.

Le comédien Grégori Baquet, Molière 2014 de la révélation masculine (et accessoirement père de Théophile Baquet qui interprète Gasoil dans le film Microbe et Gasoil de Michel Gondry – c'était la ligne people) donne corps aux mots de Mouawad avec conviction : un long monologue où le personnage, rageur (« Ma mère meurt, elle meurt, la salope, et elle ne me fera plus chier ! »), lâche tout ce qui lui passe par la tête. Prenant et, forcément, touchant, Mouawad étant très fort lorsqu'il s'agit d'écrire sur les liens du sang et du cœur.

AM

Mardi 22 mars à 20h30 à la Faïencerie (La Tronche)

Le Maniement des larmes

Nicolas Lambert fait du théâtre documentaire. Une expression qui peut faire peur mais qui, entre ses mains, devient prétexte à fouiller les tréfonds de la politique française avec mordant et pertinence. Le Maniement des larmes est le dernier volet de sa trilogie bleu-blanc-rouge, dont le premier volet (Elf, la pompe Afrique) était consacré au pétrole, le second (Avenir radieux, une fission française – photo) au nucléaire et le troisième – celui qui nous intéresse aujourd'hui – à l'armement.

« Je pense que si l'on n'a pas un certain nombre d'éléments en main, on ne peut pas se poser de questions. Des questions auxquelles je n'ai pas forcément de réponses ! Je m'efforce simplement d'avoir un regard de péquenot moyen » nous expliquait Nicolas Lambert en interview lors du passage d'Avenir radieux par Grenoble. Ce troisième volet sera créé en octobre : on fera tout pour le voir avant son passage dans l'agglo !

AM

Jeudi 12 mai à l'Espace Aragon (Villard-Bonnot)

Ça ira (1) Fin de Louis

Depuis longtemps, Joël Pommerat observe le travail et constate que sa mécanisation annihile toute réflexion et toute décision de l'homme (Les Marchands, La Grande et Fabuleuse histoire du commerce). En filigrane, avec ce sujet, il cerne aussi de façon percutante la violence de la lutte des classes.

Il est donc presque logique qu'il en vienne aujourd'hui à regarder frontalement l'Histoire et cette période où le peuple a renversé la royauté. Avec Ça ira (1) Fin de Louis, il ouvre, en plusieurs épisodes, son théâtre à la Révolution. Pour ce premier volet, il retrouve sa troupe d'acteurs fidèles ainsi que son indispensable scénographe et concepteur lumière Éric Soyer avec qui il invente une sorte de magie théâtrale : les fondus enchaînés au noir entre les scènes qui sont alors comme des apparitions.

Lors de la présentation de saison aux Amandier-Nanterre où la pièce sera créée en novembre, Pommerat prévenait que « la fidélité aux détails et anecdotes sera secondaire à l'émotion suscitée par ces événements ». Faisons-lui confiance pour réussir ce qui sera de toute évidence l'un des grands moments de cette saison.

NP

Du mercredi 18 au vendredi 27 mai à la MC2


L'Avare

Texte de Molière, ms Ludovic Lagarde, par Laurent Poitrenaux, Christèle Tual, Julien Storini
MC2 4 rue Paul Claudel Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Le conte d'hiver

Texte de William Shakespeare, avec Valérie Bournet, Philippe Car, Nicolas Delorme, ms Philippe Car, musique et dir. d'orchestre Vincent Rouble, dès 11 ans
La Vence Scène - Spectacle 1 avenue Général de Gaulle Saint-Égrève
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Orestie (une comédie organique ?)

D'après "Eschyle" de Romeo Castellucci
MC2 4 rue Paul Claudel Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Contes et légendes" : portraits robots par Joël Pommerat

Théâtre | Après l’immense réussite "Ça ira (1) Fin de Louis" passée par Grenoble en 2016, la MC2 accueille de nouveau le metteur en scène Joël Pommerat avec son "Contes et légendes" créé l’an passé. Un titre faussement doux pour un spectacle qui s’intéresse autant à l’adolescence comme période de construction violente qu’à notre monde contemporain déshumanisé. Une immense réussite qui prouve une fois de plus, s’il en était encore besoin, que Joël Pommerat est un artiste qui fera date dans l’histoire du théâtre français.

Aurélien Martinez | Mardi 20 octobre 2020

Nous avons de la chance, nous pauvres êtres du début du XXIe siècle qui glorifions notre passé théâtral avec, parfois, une nostalgie mortifère, de pouvoir suivre de près la carrière d’un homme de théâtre comme Joël Pommerat. Un metteur en scène qui, depuis trente ans, développe un langage artistique singulier, à la fois contemporain (il écrit ses textes, lui l’« écrivain de spectacle »), engagé (il questionne sans cesse notre monde, avec finesse) et, ce qui n’est pas la moindre des qualités, populaire. Il n’y a qu’à empiriquement faire le test en amenant à l’une de ses représentations une personne qui penserait que le théâtre n’est pas pour elle : c’est presque gagnant à coup sûr ! Un savoir-faire de plus en plus affirmé avec le temps (et le succès) qui transparaît une nouvelle fois dans son dernier spectacle en date, Contes et légendes. Un Pommerat pur jus, notamment visuellement (quel travail sur les clairs-obscurs !), mais tout de même surprenant dans son propos… Humain après tout Il était une fois notre société ultratechnologique, presque déshumanisée. C’est en son sein que Joël Pommerat va d

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Voici 23 spectacles pour une saison théâtrale grenobloise variée

Panorama de rentrée culturelle 2020/2021 | Les théâtres de Grenoble et de l'agglomération ont de nouveau dégainé des programmations bourrées de propositions qu'on avait envie de défendre. Suivez-nous ! Par Aurélien Martinez et Nadja Pobel

La rédaction | Mercredi 14 octobre 2020

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Western ! À Grenoble et aux alentours (ce que l’on appelle de par chez nous le Dauphiné), Serge Papagalli est une légende qui foule les scènes de la région depuis maintenant 50 ans. Pour célébrer cet anniversaire comme il se doit, et avant de le croiser fin novembre sur grand écran dans le film Kaamelott (le fameux Guethenoc le paysan, c’est lui) d’Alexandre Astier, notre homme se lance dans le western-spaghetti et théâtral, lui qui revendique fièrement ses origines italiennes. Avec une douzaine de comédiennes et comédiens à ses côtés (dont pas mal de fidèles de chez fidèles toutes générations confondues), son Western ! était forcément très attendu par un paquet de monde. Dont nous. AM À la MC2 du mardi 13 au jeudi 22 octobre Au Théâtre Jean-Vilar (Bourgoin-Jallieu) vendredi 6 et samedi 7 novembre Au

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Filles de joie

"Filles de joie" : les mamans et les putains | De Frédéric Fonteyne & Anne Paulicevich (Fr.-Bel., int.-12 ans avec avert., 1h21) avec Sara Forestier, Noémie Lvovsky, Annabelle Lengronne…

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Filles de joie

Axelle, Dominique et Conso, trois voisines du Nord de la France, franchissent la frontière belge chaque jour pour proposer leurs faveurs en maison close afin d’améliorer un ordinaire misérable. Leurs rêves sont en berne. L’usure morale le dispute à la déchéance physique et au mépris des proches… Comme chez Brassens, « c’est pas tous les jours qu'elles rigolent /Parole, parole », les trois “filles“ du titre. La joie reste sous cloche dans ce film à la construction aussi subtile que décalée, rendant bien compte de la situation bancale de chacune au sein du groupe, autant que de leur individualité. Nous ne sommes pas ici dans l’habituel configuration des filières de l’Est ou du Sud et des portraits de filles réduites en esclavage par des réseaux mafieux, puisque ces travailleuses du sexe n’ont pas de souteneur. En apparence, seulement : l’argent qu’elles gagnent si péniblement ne leur profite pas, servant à nourrir la mère azimutée et les gosses de l’une, financer les extras des enfants ingrats de l’autre, alimenter les rêves chimériques d’extraction sociale de la troisième… La prostitution est rarement un choix, et le trio composé par Frédéric Fonteyne

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Théâtre : quinze pièces pour une saison parfaite

Panorama de rentrée culturelle 2019/2020 | Des créations très attendues, des succès enfin à Grenoble, des découvertes... Suivez-nous dans les salles grenobloises et de l'agglo.

La rédaction | Mardi 17 septembre 2019

Théâtre : quinze pièces pour une saison parfaite

La Buvette, le tracteur et le curé Et voici la nouvelle pièce de l’inénarrable humoriste dauphinois Serge Papagalli, qui sera créée début octobre et tournera ensuite dans pas mal de villes autour de Grenoble. Avec toujours cette fameuse famille Maudru, dont Aimé, le chef de famille (Papagalli lui-même, parfait), et Désiré, le neveu un peu attardé (Stéphane Czopek, grandiose). Où cette fois, visiblement, il sera question d’une énième reconversion de cet agriculteur à la retraite, mais aussi d’un curé un peu strict nouvellement venu. Vivement les retrouvailles ! À partir d’octobre dans de nombreuses villes de l’Isère Tournée complète sur www.papagalli.fr Incertain Monsieur Tokbar

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Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

ECRANS | Arnaud Desplechin délaisse, en apparence, la veine introspective pour signer "Roubaix, une lumière", film noir tiré d’un fait divers authentique survenu dans sa ville natale. Rencontre avec le cinéaste autour de la genèse de cette œuvre, sa méthode, ses doutes et ses joies. Mais aussi du théâtre (attention, spoilers).

Vincent Raymond | Vendredi 16 août 2019

Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

La tension est-elle un peu retombée depuis le Festival de Cannes, où le film était en compétition ? Arnaud Desplechin : C’était très intense ! Le soir de la projection a été un moment assez bouleversant pour chacun des acteurs. Il y a eu une deuxième ovation pour eux et j’ai vu Roschdy qui était comme un petit garçon. Il y a un amour des acteurs spécifique à Cannes : c’est le seul endroit où vous pouvez offrir aux acteurs cet accueil-là. Avec les photographes, les sourires, les encouragements, il y a tout un rituel qui est mis en place… Alors quand vous pouvez offrir ça aux acteurs qui vous ont tant donné pendant le tournage, c’est très, très, émouvant. À Venise, c’est différent, c’est le metteur en scène qui ramasse tout. Comment avez-vous choisi Roschdy Zem ? Je le connais depuis très longtemps, par ma maison de production. Je l’avais déjà repéré dans les films de Téchiné où il avait fait de petites apparitions et je m’étais dit : celui-là, on va compter avec lui. Et quand j’ai vu N’oublie pas que tu vas mourir… Même sa partition dans Le Petit Lieutenant est vachement b

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"Roubaix, une lumière" : divers faits d’hiver

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Vincent Raymond | Jeudi 25 juillet 2019

L’arrivée d’un nouveau lieutenant, des incendies, la disparition de mineurs, le crime d’une personne âgée… Quelques jours dans la vie et la brigade de Yacoub Daoud (Roschdy Zem), patron du commissariat de Roubaix, pendant les fêtes de Noël… « On est de son enfance comme on est de son pays » écrivait Saint-Exupéry. Mais quid du pays de son enfance ? En dehors de tous les territoires, échappant à toute cartographie physique, il délimite un espace mental aux contours flous : une dimension géographique affective personnelle, propre à tout un chacun. Et les années passant, le poids de la nostalgie se faisant ressentir, ce pays se rappelle aux bons (et moins bons) souvenirs : il revient comme pour solder un vieux compte, avec la fascination d’un assassin de retour sur les lieux d’un crime. Rupture Aux yeux du public hexagonal (voire international), Arnaud Desplechin incarne la quintessence d’un cinéma parisien. Un malentendu né probablement de l’inscription de La Sentinelle (1992) et de Comment je me suis disputé... (1996) dans des élites situées, jacobinisme oblige, en Île-de-France. Pourtant, son

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"La Fabuleuse histoire d'Edmond Rostand !" : biopic théâtral signé Philippe Car

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Aurélien Martinez | Mardi 5 mars 2019

Vous le constatez chaque semaine en nous lisant, nous n’écrivons que sur les spectacles que nous avons pu voir en amont – ce qui nous fait pas mal voyager (sympa). Mais comme nous n’avons toujours pas le don d’ubiquité, nous loupons parfois certaines propositions alléchantes avant leur venue dans l’agglo. Comme La Fabuleuse histoire d'Edmond Rostand !, pièce de la compagnie Agence de voyages imaginaires qui sera programmée mardi 12 et mercredi 13 mars à l’Heure bleue de Saint-Martin-d’Hères. Derrière cette troupe au nom évocateur, on trouve le metteur en scène Philippe Car, que l’on suit depuis longtemps au Petit Bulletin. Et qui, surtout, a un don incroyable pour transmettre les textes du passé (Roméo et Juliette, Antigone, Le Cid, Le Bourgeois gentilhomme…) avec de l’humour et de la dérision tout en restant fidèle au propos de l’auteur – mais en le réécrivant tout de même. « Le spectacle raconte toute la vie d’Edmond, de sa naissance à sa mort. Son histoire s’inscrit dans l’histoire du théâtre » écrit en note d’intention celui qui sera (presque) seul en scène. On ira l’a

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"Ervart" en pleine confusion

Théâtre | En adaptant "Ervart ou les derniers jours de Frédéric Nietzsche", texte abracadabrantesque de l’auteur contemporain Hervé Blutsch, le metteur en scène Laurent Fréchuret livre un spectacle poussif dans lequel la soi-disant loufoquerie vire à la caricature malgré des comédiens de haut-vol, Vincent Dedienne et Jean-Claude Bolle-Reddat en tête.

Nadja Pobel | Mardi 6 novembre 2018

Tout commence pourtant bien. Nous sommes, nous annoncent des projections de texte, à la fois à Turin entre 1888 et 1889 avec Nietzsche et à Paris en 2001, post 11-Septembre. Deux pôles, deux récits auxquels se cognent des comédiens anglophones de la deuxième situation comprenant vite qu'ils se sont trompés de pièce. Ce décalage immédiat avec l'objet théâtral est non seulement comique mais aussi jubilatoire : bienvenue dans les arcanes de la fabrication du spectacle ! Rideau de velours rouge, portes mobiles sur roulettes, humour noir sur des enfants traités comme des bêtes... Et, surtout, délire d'Ervart, le personnage principal qui, fou de jalousie, mitraille à tout-va. Il attaque un peuple dont l'absence physique sur scène est remarquée par une comédienne qui cherche du travail. Labiche et ses vaudevilles sont à peine entrevus que, déjà, la pièce les dépasse et fait la jonction avec notre époque – les attentats ne sont pas loin. Prometteur. Ervart ou la finesse au placard Problème : le rythme de cette création, née début octobre à la Comédie de Saint-Étienne et bientôt en place au Rond-Point à Paris, s'essouffle très rapidement dans des scènes su

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"M" : un film initial signé Sara Forestier

ECRANS | Elle est bègue ; il n’ose lui avouer qu’il ne sait pas lire. Malgré une foule de barrières, ils vont tenter de s’aimer. Pour sa première réalisation de long-métrage, Sara Forestier opte pour la complexité d’une romance abrupte nourrie de réel, de vécu et de non-dit. De beaux débuts.

Vincent Raymond | Lundi 13 novembre 2017

Les gens lisses sont sans histoire. Pas les discrets. En dépit de quelques exubérantes spontanéités télévisuelles lors de remises de trophées ou d’une altercation avec un partenaire ayant conduit à son éviction d’un tournage, Sara Forestier appartient sans équivoque à cette seconde catégorie d’individus – rien de commun donc avec ces "it-girls" précieuses usant de tous les canaux médiatiques pour étaler leur ridicule suffisance. La preuve ? Elle n’a pas converti sa consécration dans Le Nom des gens (2010) en un passeport pour les premiers plans (et le tout-venant), ralentissant même la cadence pour choisir des rôles parfois plus succincts mais avec du jeu et de l’enjeu (La Tête haute). Mais aussi, on le comprend enfin, pour peaufiner l’écriture et la réalisation de son premier long-métrage succédant à trois courts ; démontrant au passage que devenir cinéaste pour elle n’a rien d’une toquade. Aime le mot dit

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"Primaire" : une vision... primaire de l'école !

ECRANS | de Hélène Angel (Fr., 1h45) avec Sara Forestier, Vincent Elbaz, Patrick d'Assumçao…

Vincent Raymond | Mardi 3 janvier 2017

Fleurant la madeleine, la colle en pot parfum amande et la bonne conscience, Primaire s’inscrit dans la lignée de ces films rendant sporadiquement hommage à des membres du corps enseignant… davantage qu’à l’institution dont ils dépendent. Ici, c’est Sara Forestier qui fait le job, en instit’ surinvestie. Prête à beaucoup pour sauver un gamin manifestant de graves signes d’abandon, elle s’attire le courroux de son propre fils qui va se sentir délaissé, voire trahi. Hélène Angel actualise l’un des thèmes du film-patchwork de Truffaut, L’Argent de poche (1975), mais en adoptant le point de vue des adultes – ce qui amoindrit considérablement l’intérêt. Sans doute pour éviter la redondance avec Le Maître d’école (1980) de Claude Berri ou Ça commence aujourd’hui (1999) de Tavernier, elle amende son sujet de fanfreluches inutiles, comme une fable sentimentale avec un Vincent Elbaz peu crédible en livreur fruste. A-t-elle eu la volonté d’atténuer la rugosité potentielle d’un film-dossier (grandes tirades à César incluses) en l’enrobant d’un glaçage de miel parsemé d’éclats de comédie ? Il en résult

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Théâtre : les temps forts de la saison grenobloise

Panorama 2016/2016 | Pour cette saison 2016/2017, on vous a concocté un programme varié entre spectacles coups de poing, aventures atypiques et classiques rassurants. Suivez-nous, que ce soit à la MC2, à l'Hexagone, au Théâtre de Grenoble, à la Rampe, à la Faïencerie, au Théâtre en rond...

Aurélien Martinez | Jeudi 13 octobre 2016

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LA 432 « Un spectacle intelligent pour ceux qui ne veulent pas réfléchir » : voilà comment les légendaires Chiche Capon présentent leur LA 432, que l’on a classé en théâtre parce qu’il faut bien le mettre quelque part. Sauf que c’est beaucoup plus que ça : un déferlement burlesque et musical (leur ritournelle Planète Aluminium reste très longtemps en tête) porté par des comédiens clownesques survoltés qui n’hésitent pas à secouer le public (ou à lui taper dessus). Joyeusement régressif ! Au Théâtre municipal de Grenoble mardi 22 novembre ________ Fables Un spectacle où certaines fables de Jean de La Fontaine (1621 – 1695) sont mises en scène par deux joyeux comédiens qui s’amusent véritablement à camper les différents animaux

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Éric Piolle et Corinne Bernard répondent à Joël Pommerat

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Aurélien Martinez | Lundi 13 juin 2016

Éric Piolle et Corinne Bernard répondent à Joël Pommerat

Le jeudi 2 juin, le quotidien Libération publiait une tribune du metteur en scène Joël Pommerat baptisée « Grenoble, la déception de l’écologie culturelle ». Un texte qui avait fait grand bruit à Grenoble. On attendait donc la réponse du maire de Grenoble Éric Piolle et de son adjointe aux cultures Corinne Bernard, directement visés par le metteur en scène. C’est chose faite depuis ce dimanche 12 juin (même si Éric Piolle s’était rapidement exprimé le 3 juin sur France Culture), avec une tribune là aussi publiée par Libération et intitulée « À Grenoble, une culture ni populiste ni libérale ». Les deux élus reviennent notamment sur les dossiers polémiques – la MC2, les Musiciens du Louvre, le Tricycle, le Ciel – évoqués par Pommerat. On vous laisse

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Politique culturelle : Pommerat attaque la Ville de Grenoble

ACTUS | Le metteur en scène qui vient de présenter son fabuleux "Ça ira (1) Fin de Louis" à la MC2 (c'était notre une du numéro du 18 mai) publie une tribune dans le quotidien "Libération". Son titre ? « Grenoble, la déception de l’écologie culturelle ». L'action du maire Éric Piolle et de son adjointe aux cultures Corinne Bernard est directement visée.

Aurélien Martinez | Jeudi 2 juin 2016

Politique culturelle : Pommerat attaque la Ville de Grenoble

Son spectacle Ça ira (1) Fin de Louis, tout juste présenté à Grenoble (et tout juste "molièrisé"), est d'une intelligence folle. L'homme l'est également, comme on peut s'en rendre compte depuis vingt-cinq ans avec ses textes ciselés et ses créations percutantes auscultant le monde d'aujourd'hui comme celui d'hier (la Révolution française dans Ça ira). Alors quand il prend la parole sur la situation grenobloise, et plus particulièrement sur la politique culturelle menée par l'équipe Piolle aux commandes de la Ville depuis deux ans, c'est forcément avec un long texte argumenté (sur les Musiciens du Louvre, sur

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Joël Pommerat fait sa Révolution avec "Ça ira (1) Fin de Louis"

SCENES | À force d’ausculter le travail, les rapports de hiérarchie et les questions de libre arbitre, il fallait bien qu’un jour l’auteur et metteur en scène Joël Pommerat ose affronter les prémices de la liberté et de l’égalité des droits. En 4h30, il revient aux origines de la Révolution française avec "Ça ira (1) Fin de Louis". Un exceptionnel moment de théâtre.

Nadja Pobel | Mardi 17 mai 2016

Joël Pommerat fait sa Révolution avec

« Il n’y a pas de point de vue » reprochent à Ça ira (1) Fin de Louis les rares qui osent critiquer aujourd’hui Joël Pommerat, devenu en quinze ans une figure absolument singulière et, pour tout dire, monumentale du théâtre français actuel, de surcroît plébiscitée par les spectateurs partout sur le territoire. À Nanterre, où il est artiste associé, il a affiché complet durant tout novembre et les malchanceux dont la représentation tombait sur les deux jours d’annulation post-attentats ont dû jouer sévèrement des coudes pour rattraper au vol des billets sur Le Bon Coin. Cette supposée absence de point de vue – aucun personnage n’étant désigné comme bon ou mauvais – est en fait la preuve qu’il y en a une multitude. Tout le monde s’exprime au cours de cet épisode de l’Histoire dont le choix constitue en lui-même un acte politique fort – Pommerat en signe depuis ses débuts. Comme il le précise souvent, « il ne s’agit pas d’une pièce politique mais dont le sujet est la politique », soit la vie de la cité, selon l’étymologie du mot. Plutôt que de proposer un manifeste, Pommerat amène à mieux comprendre la naissance de la Révolution et même

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Bolle-Reddat magnifie le Godot de Fréchuret

SCENES | Cinq mois après la version magistrale de "Godot" par Jean-Pierre Vincent (à la MC2), le Grand angle de Voiron reçoit celle du Stéphanois Laurent Fréchuret : si le casting est plus inégal, la vivacité et la férocité de l’époustouflant texte de Beckett sont bien là. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 février 2016

Bolle-Reddat magnifie le Godot de Fréchuret

En attendant Godot est un grand Beckett. Plus puissant que Fin de partie ou Premier amour qui tournent partout, c’est un véritable chef-d’œuvre, parfaite alchimie entre une désespérance profonde et un espoir ultime, celui d’être ensemble, toujours, même – et surtout – face à l’inéluctable. Laurent Fréchuret n’a pas souhaité faire le malin face à ce texte-monstre, bien lui en a pris : il suit les très précises indications que Beckett a livrées en didascalies. C’est dans ces contraintes qu’il trouve la liberté de rire. Pour cela, le Stéphanois a convoqué un acteur immense, Jean-Claude Bolle-Reddat. Parfait Estragon qui, entre mille autres choses, a été membre de la troupe du Théâtre National de Strasbourg époque Martinelli et a joué au cinéma sous l’œil de François Ozon (Une nouvelle amie). En une fraction de seconde, Bolle-Reddat est juste : il tiendra cette tension deux heures durant, comme tombé de la lune et bien arrimé à cette terre d’où plus rien ne vient, surtout pas Godot. Face à lui, David Houri (Vladimir) joue moins

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Romeo Castellucci : « Pas de sucre dans mon théâtre »

Théâtre | Événement : cette semaine, le metteur en scène italien Romeo Castellucci, véritable star du théâtre européen depuis plus de vingt ans, débarque à la MC2 avec "Orestie (une comédie organique ?)", relecture du mythe d’Oreste et des codes de la tragédie antique grecque. Un spectacle fort, violent, éprouvant et plastiquement grandiose. Ça valait bien une interview (par mail). Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 12 janvier 2016

Romeo Castellucci : « Pas de sucre dans mon théâtre »

Tout d’abord, merci de nous accorder cette interview, comme vous en donnez très peu ! Est-ce par ce que vous jugez que vos spectacles n’ont pas besoin d’explications ? Parce que vous ne voulez pas en donner ? Romeo Castellucci : Je trouve que recourir à l’artiste pour mieux connaître son travail est anormal. Je ne considère pas que la théorie, l'explication du processus, les idées ou même les questions universelles que l’on pose fréquemment aux artistes, comme s’ils étaient les ultimes prophètes, soient intéressantes. Selon moi, c’est à la critique de parler correctement du travail des artistes. On ne va donc pas vous demander de nous "expliquer" Orestie (une comédie organique ?)... Mais des questions nous viennent quand même, notamment sur ce choix de recréer un spectacle vingt ans apr

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"Orestie" de Castellucci : les feux de l’amour et de la mort

SCENES | Critique de la pièce que le metteur en scène italien star va donner cette semaine à la MC2. Où il est question de tragédie, de corps hors norme, de sang et de mort.

Aurélien Martinez | Mardi 12 janvier 2016

C’est l’histoire d’Oreste, adolescent dont le père Agamemnon est assassiné par Égisthe, l’amant de sa mère Clytemnestre. Devenu adulte, Oreste se vengera en tuant le nouveau couple et deviendra donc matricide. Il faut connaître, même de façon partielle, la mythologie grecque, ces Feux de l’amour (et de la mort) antiques, pour saisir pleinement le travail que Romeo Castellucci a mené avec la trilogie d’Eschyle (458 av. J.-C). Le metteur en scène italien est ainsi revenu au cœur de la tragédie, s’en est emparé pour la recracher sur scène, avec toute sa violence symbolique. Dans son Orestie, il y a peu de texte (il n’en reste que des lambeaux, en italien surtitré), mais beaucoup d’images fortes et dérangeantes – le spectacle est déconseillé au moins de 16 ans. Castellucci, diplômé des beaux-arts en scénographie et en peinture, y va à fond, jusqu’à l’écœurement. Se réclamant du théâtre de la cruauté d’Antonin Artaud, son art est volontairement organique, comme dans cette première partie d’

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Notre sélection de Noël : le cadeau à offrir à…

ACTUS | À Noël, tout le monde pense à mettre sous le sapin le dernier gadget technologique à la mode ou la bonne et rassembleuse bouteille de vin. Et si on misait sur un spectacle ou un concert, comme ça, pour changer un peu ? Le PB s’est donc lancé dans une sélection thématique : si vous suivez bien nos recommandations, on parie sur un taux de satisfaction de 100%. Oui, on est optimistes. La rédaction

Aurélien Martinez | Mardi 8 décembre 2015

Notre sélection de Noël : le cadeau à offrir à…

Ceux qui ne voient pas d’inconvénient à rire souvent Celui qui campe une Catherine hilarante dans la pastille quotidienne du Petit Journal Catherine et Liliane est également l’auteur et l’interprète d’un one-man-show épatant et très théâtral à placer tout en haut dans la vaste catégorie humour. Sur scène, Alex Lutz est une ado en crise, Karl Lagerfeld ou un directeur de casting odieux : des personnages plus vrais que nature pour un comédien remarquable. Alex Lutz, samedi 9 avril au Grand Angle (Voiron). De 31 à 37€. Ceux qui aiment autant la danse que le rire Tutu, c’est un petit ovni savoureux. Six danseurs jouent sur les codes de la danse (la classique, la contemporaine, l’acrobatique…) en une vingtaine de tableaux pour un spectacle solidement construit et, surtout, très drôle. Car jamais les interprètes au physique d’Apollon (d’où un rendu très queer) ne se prennent au sérieux, au contraire – en même temps comment rester sérieux dans un costume de cygne ? Même si, paradoxalement, leur maîtrise technique est éclatante.

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Shakespeare d’aujourd’hui grâce à Philippe Car

SCENES | La fameuse compagnie L'Agence de voyages imaginaires revient dans l'agglo avec sa version du "Conte d'hiver" de Shakespeare. Rendez-vous vendredi à Saint-Égrève.

Aurélien Martinez | Mardi 1 décembre 2015

Shakespeare d’aujourd’hui grâce à Philippe Car

Au théâtre, le répertoire classique en langue française ne joue pas avec les mêmes armes que le répertoire classique en langues étrangères. Car si le second peut être retraduit à loisir pour sonner plus moderne (quitte à choquer les puristes !), le premier ne peut matériellement pas subir un tel lifting – sauf à vouloir traduire du français en français. Dans ce cas, le coup de jeune passe avant tout par la mise en scène, comme on a pu par exemple s’en rendre compte la semaine dernière à la MC2 avec Ludovic Lagarde et son Avare de Molière très contemporain en dirigeant d’entreprise mais très XVIIIe siècle dans sa façon de s’exprimer. La compagnie L’Agence de voyages imaginaires, dont on vante sans cesse les mérites dans ces pages, elle, se fout royalement de cette frontière puisqu’elle traite tous les textes classiques de la même manière, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs : en les passant dans son shaker. Une réécriture tout sauf irrévérencieuse (« ce qui était important pour l’auteur est plutôt ce qu’il a

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Quelques mots d’amour avec "La Liste de mes envies"

SCENES | La vie est pleine de surprises. Comme cette adaptation théâtrale du best-seller de Grégoire Delacourt La Liste de mes envies défendue par le comédien Mikaël (...)

Aurélien Martinez | Mardi 17 novembre 2015

Quelques mots d’amour avec

La vie est pleine de surprises. Comme cette adaptation théâtrale du best-seller de Grégoire Delacourt La Liste de mes envies défendue par le comédien Mikaël Chirinian. Ce dernier est seul sur scène pour camper tous les personnages de cette histoire surprenante où Jocelyne, une gagnante à l’Euromillions (18 547 301 euros et 28 centimes tout de même), ne va pas chercher son gain pour conserver l’existence simple et heureuse qu’elle a toujours eue – avec son boulot, ses amis et, surtout, son mari. C’est donc forcément le personnage de Jocelyne qui retient toute l’attention, tant dans le roman que sur le plateau. Ça tombe bien : Mikaël Chirinian est comme Grégoire Delacourt, il aime son héroïne, et surtout sa banalité. Il s’amuse de sa candeur, de ses réflexions presque naïves, se transformant en elle grâce à quelques accessoires et une intonation de voix on ne peut plus douce. Le spectacle devient alors une petite bulle touchante parsemée de chansons populaires qui, si elle n’a pas la prétention de révolutionner le monde (on est face à un matériau de départ proche du roman de plage), est tout à fait plaisante et émouvante.

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Un grand Godot est arrivé grâce à Jean-Pierre Vincent

SCENES | Parfois, une très grande mise en scène fait entendre un classique comme pour la première fois. C’est le cas de cette version d’"En attendant Godot" par Jean-Pierre Vincent. Un travail humble et de haute précision au service d’une œuvre-monstre. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 6 octobre 2015

Un grand Godot est arrivé grâce à Jean-Pierre Vincent

Ils attendent Godot qui ne viendra pas. Fermer le ban ? Non, évidemment pas ! Jean-Pierre Vincent, du haut de sa longue carrière de metteur en scène et de directeur du must de la scène française (TNS, Comédie-Française, Amandiers-Nanterre), possède la sagesse d’écouter Beckett nous parler. L’auteur irlandais, qui écrivait là sa première pièce en langue française, est réputé pour avoir tant semé de didascalies que la marge de l’homme de plateau est réduite à sa portion congrue. Plutôt que d’y voir une obligation castratrice, Vincent a trouvé dans ce respect qui ne vire jamais à la déférence sa plus grande liberté. Et rend à Beckett sa part de drôlerie souvent absente dans les autres adaptations. Oui, on rit avec Vladimir et Estragon. Égarés dans la « tourbière », ils n’ont plus la notion du temps. « Tu dis que nous sommes venus hier soir – Je peux me tromper. » Sans jamais dater ou situer son action, Beckett, qui publie ce texte en 1948, dit en creux à quel point la Seconde Guerre mondiale et Hiroshima ont anéanti la sensation même d’être au monde. Alors tous se raccrochent aux sensations physiques. Estragon a mal aux

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La Tête haute

ECRANS | Portrait d’un adolescent en rupture totale avec la société que des âmes attentionnées tentent de remettre dans le droit chemin, le nouveau film d’Emmanuelle Bercot est une œuvre coup de poing sous tension constante, qui multiplie les points de vue et marie avec grâce réalisme et romanesque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 mai 2015

La Tête haute

Malony est sans doute né sous une mauvaise étoile. Cela veut dire qu’en fait il y en a un, de doute, et Emmanuelle Bercot, c’est tout à son honneur, ne cherchera jamais à le dissiper. Il n’a que six ans, et le voilà déjà dans le bureau d’une juge pour enfants (lumineuse et passionnée Catherine Deneuve) qui sermonne une mère irresponsable (Sara Forestier, dont la performance archi crédible ne tient pas qu’à ses fausses dents pourries) prête à se débarrasser de cet enfant au visage angélique mais dont elle dit qu’il n’est qu’un petit diable. C’est la première séquence de La Tête haute, et elle donne le la du métrage tout entier : on devine que cette famille est socialement maudite, bouffée par la précarité, la violence et l’instabilité. Mais Bercot ne nous donnera jamais ce contrechamp potentiellement rassurant : jusqu’à quel point Malony est seul responsable de son sort, pris entre haine de soi et rancune envers les autres, attendant qu’on le prenne en charge tout en rejetant les mains qu’on lui tend ? Cette scène d’ouverture est aussi emblématique de la mise en scène adoptée par Bercot : la parole y est puissante, tendue, explosive. Elle repose sur d

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Les cinq temps forts des Détours de Babel

MUSIQUES | Zoom sur certaines propositions de cette nouvelle édition des Détours de Babel, festival on le rappelle dédié aux musiques du monde contemporain et centré cette année sur le thème de l’exil. Aurélien Martinez et Stéphane Duchêne

Aurélien Martinez | Mardi 17 mars 2015

Les cinq temps forts des Détours de Babel

Dans les pas des migrants « J’ai vu leurs villes et leurs lumières qui ne s’éteignent jamais. » Plus loin : « Nous partons, concentrés sur l’idée qu’il y a des terres là-bas où l’on ne souffre pas. » Deux phrases qui résument parfaitement la trame de Daral Shaga, opéra en un acte du très jazz d’avant-garde Kris Defoort sur un livret de Laurent Gaudé. Une œuvre forte mais épurée (trois musiciens et trois chanteurs sur scène) qui retranscrit subtilement la détresse et les espoirs des migrants. Une œuvre contemporaine (le compositeur et le librettiste sont vivants, ce qui n’est pas courant en opéra !) qui rentre donc en plein dans la thématique du festival. Et un projet qui est surtout séduisant par sa forme même : la compagnie bruxelloise Feria Musica qui le porte a ainsi imaginé un opéra circassien et en a confié la mise en scène au jeune Fabrice Murgia, déjà croisé à la MC2 avec l’excellent Chagrin des ogres. En découle un spectacle visuellement impressionnant où le cirque (cinq acrobates) se fond p

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La recette du bonheur

SCENES | Avec "Sur le chemin d’Antigone", le metteur en scène Philippe Car a conçu un spectacle joyeux et brillant partant d’un mythe plus tout jeune. Comme il l’avait fait avant avec des textes de Molière, Corneille ou encore Shakespeare. Du coup, à l’occasion de son passage par la Rampe d’Échirolles, on lui a passé un coup de fil pour connaître sa méthode si efficace. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 20 janvier 2015

La recette du bonheur

Depuis 2007, une compagnie de théâtre se confronte à tous les textes du répertoire avec un talent certain. Son nom ? L’Agence de voyages imaginaires. Son boss ? Philippe Car, ancien Cartoun Sardines (compagnie mythique fondée dans les années 80 avec son acolyte Patrick Ponce) à la fois metteur en scène et comédien. Sa méthode ? Prendre des œuvres classiques emblématiques, en garder l’idée principale et la trame avant de les réécrire partiellement ou entièrement pour concevoir des spectacles drôles et terriblement efficaces. Entre les mains de Philippe Car, ce théâtre pouvant être vu par certains comme poussiéreux et daté est on ne peut plus vivant. « Ce n’est bien sûr pas la seule façon de transmettre ces textes. Il y a une manière un peu muséographique, avec le texte dans son intégralité et en costumes d’époque. La Comédie-Française est là pour ça : je trouve ça intéressant d’un point de vue d’archives, pour voir comment c’était à l’époque. Par contre, pour vraiment toucher le spectateur d’aujourd’hui de la même manière que l’auteur l’avait voulu à son époque, il faut aller un peu plus loin. » Et donc du côté de la réécriture de ces auteurs du patrimoine : un p

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Drôle de tragédie

SCENES | Chaque année, un théâtre de l’agglo programme un spectacle de la compagnie L’Agence de voyages imaginaires de Philippe Car (souvent l’Hexagone et la (...)

Aurélien Martinez | Mardi 9 septembre 2014

Drôle de tragédie

Chaque année, un théâtre de l’agglo programme un spectacle de la compagnie L’Agence de voyages imaginaires de Philippe Car (souvent l’Hexagone et la Rampe). Chaque année dans le panorama, nous sommes contraints d’écrire la même chose : oui, Philippe Car a un don incroyable pour transmettre les textes du passé avec de l’humour et de la dérision tout en restant fidèle au propos de l’auteur. Après s’être attelé avec brio à Molière, Shakespeare ou encore Corneille (El Cid, repris cette saison au Grand Angle de Voiron), il a choisi cette fois-ci de se pencher sur le cas Antigone, d’après Sophocle. Un exercice périlleux, tant cette figure mythologique, fille d’Œdipe, cristallise en elle de nombreuses questions (dont l’idée de résistance). En laissant le soin au clown interprété par sa camarade Valérie Bournet de raconter l’histo

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Pommerat refait les contes

SCENES | Plus de deux ans après sa création, "Cendrillon" passe enfin par Grenoble. Pièce maîtresse de l’œuvre de Joël Pommerat, ce conte, ici plus fantastique que merveilleux, décline ce qui intéresse tant l’incontournable metteur en scène : tenter d’être soi dans un monde hostile. Une réussite totale et inoubliable. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 8 avril 2014

Pommerat refait les contes

« Ta mère est morte. Ta mère est morte. Comme ça maintenant tu sais et tu vas pouvoir passer à autre chose. Et puis ce soir par exemple rester avec moi. Je suis pas ta mère mais je suis pas mal comme personne. J’ai des trucs de différent d’une mère qui sont intéressants aussi. » Voilà ce que se racontent Cendrillon et le jeune prince lorsqu’ils se rencontrent. Pour le glamour, la tendresse et les étoiles dans les yeux, Joël Pommerat passe son tour. Tant mieux : en ôtant toute mièvrerie au conte originel, en le cognant au réel, il le transforme en un objet totalement bouleversant qui, lors de sa création, a laissé les yeux humides à plus de la moitié de salle. « Écrivain de spectacles » comme il aime se définir, Pommerat connaît depuis plus de dix ans un succès inédit dans le théâtre français, jouant à guichet fermé partout où il passe. Et il passe partout. Le seul cap qu’il s’était d'ailleurs fixé en renonçant à faire du cinéma, constatant qu’il ne pourrait jamais faire comme son héros David Lynch, était de créer une pièce par an et de la faire jouer à chaq

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L’Amour est un crime parfait

ECRANS | Derrière une intrigue de polar conduite avec nonchalance et un manque revendiqué de rigueur, les frères Larrieu offrent une nouvelle variation autour de l’amour fou et du désir compulsif. Si tant est qu’on en accepte les règles, le jeu se révèle assez fascinant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 10 janvier 2014

L’Amour est un crime parfait

Dans le campus suisse hi-tech où se déroule une partie de L’Amour est un crime parfait, débarquent à mi-film des spécialistes américains des techniques scénaristiques, venus à la pêche aux jeunes talents parmi les classes de lettres de l’université. Ce que Marc, le professeur de littérature incarné par un Mathieu Amalric frénétique, passant de l’exaltation à l’angoisse avec le même regard fiévreux, voit comme une menace. Plus tard, le même Marc, rejoignant son chalet isolé dans les montagnes enneigées, y découvre sa sœur Marianne (Karin Viard) avachie sur le canapé avec son rival Richard (Denis Podalydès), tous deux affublés de lunettes ridicules pour voir sur un écran plasma gigantesque la version 3D des Derniers jours du monde, le précédent film des frères Larrieu… Deux digressions sans rapport avec le récit policier qu’ils nous racontent, mais qui font office de plaidoyer pro-domo rigolard envers leur méthode, peu soucieuse d’efficacité ou de rigueur narrative. En cela, L’Amour est un crime parfait est peut-ê

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Suzanne

ECRANS | Peut-on faire un mélodrame sans verser dans l’hystérie lacrymale ? Katell Quillévéré répond par l’affirmative dans son deuxième film, qui préfère raconter le calvaire de son héroïne par ses creux, asséchant une narration qui pourtant, à plusieurs reprises, serre le cœur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 décembre 2013

Suzanne

Suzanne, le deuxième film de Katell Quillévéré après le timide Un poison violent, choisit son héroïne dès son titre. Mais ce seront autant ses absences que sa présence qui vont intéresser l’auteur, autant les questions que son comportement instable suscite que les réponses qu’on pourrait apporter pour expliquer sa fuite en avant. D’où provient le mal-être de Suzanne ? D’une mère morte très jeune ? Trop facile… Autour d’elle, son père (François Damiens, exceptionnel, qui irradie de beauté et de bonté) et sa sœur (Adèle Haenel, qu’on espère bientôt reconnue à sa juste et haute valeur parmi les jeunes comédiennes françaises) forment une famille aimante, dévouée, compréhensive. Pourquoi choisit-elle de garder cet enfant au père inconnu, alors qu’elle est encore lycéenne ? Là aussi, Quillévéré décide de laisser le mystère sombrer dans un des nombreux vides narratifs soigneusement entretenus, comme un trou noir qui aspirerait toutes les tentatives d’explications, psychologiques ou sociologiques, qui voudraient percer à peu de frais l’opacité de son

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Top of the pops

SCENES | Ce n’est certainement pas très original vu l'acceuil dithyrambique déjà reçu par le sepctacle, mais l'une des propositions que l’on place tout en haut de la (...)

Nadja Pobel | Jeudi 5 septembre 2013

Top of the pops

Ce n’est certainement pas très original vu l'acceuil dithyrambique déjà reçu par le sepctacle, mais l'une des propositions que l’on place tout en haut de la liste des conseils de rentrée est signée Joël Pommerat, qui revient à Grenoble avec une pièce de son répertoire des contes (et non avec un de ses textes pour adultes qu’il écrit de A à Z). Mais attention, il a tant modelé ce Cendrillon à sa convenance que l'œuvre de Perrault s’est endurcie et actualisée. Finalement, ce n’est pas que pour les enfants : ça fume, ça jure et ça berce aussi. La jeune fille, rebaptisée Cendrier, n’a pas bien entendu les derniers mots prononcés par sa mère avant de mourir et croit qu’elle doit penser à elle tout le temps. Sa montre à quartz 80’s sonne donc sans cesse sur les notes de Ah ! vous dirai-je, maman et voilà la gamine entravée voire étouffée par cette mémoire à porter, sa marâtre de belle-mère et son père inerte (tenus par des comédiens époustouflants dans un décor parfait). Jusqu’au face-à-face avec un prince charmant qui n’a rien de charmant, gosse paumé comme elle. Leur

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Pas si classique

SCENES | Au Petit Bulletin, vous l’avez sans doute remarqué, nous avons quelques obsessions. Notamment sur le théâtre dit classique (ou de répertoire), valeur sûre (...)

Aurélien Martinez | Mardi 3 septembre 2013

Pas si classique

Au Petit Bulletin, vous l’avez sans doute remarqué, nous avons quelques obsessions. Notamment sur le théâtre dit classique (ou de répertoire), valeur sûre pour les programmateurs désireux de remplir leur salle. Pourquoi pas, mais il faut alors que les metteurs en scène qui s’attaquent à ces textes maintes fois joués proposent leur vision, dans l’idée mûrement réfléchie, pour ne pas apparaître comme de vils paresseux. Philippe Car, de la compagnie L’Agence de voyages imaginaires, a l’intelligence de ceux qui ont compris que le passé pouvait être (une partie de) l’avenir si l’on sait comment le prendre. Molière, Shakespeare, et aujourd’hui Corneille : les plus grands sont passés entre ses mains, pour des spectacles inventifs, généreux, et surtout très drôles. Que fera-t-il du Cid ? Réponse bientôt dans nos colonnes. AM El Cid, du mercredi 13 au vendredi 15 novembre, à l’Hexagone (Meylan)

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Télé Gaucho

ECRANS | De Michel Leclerc (Fr, 1h57) avec Félix Moati, Éric Elmosnino, Sara Forestier…

Christophe Chabert | Mercredi 5 décembre 2012

Télé Gaucho

Visiblement, en France, il est impossible de transformer l’essai d’un succès (critique et public) surprise… Michel Leclerc vient s’ajouter à une liste déjà longue (et pas encore close cette année…) de cinéastes trop confiants qui tentent de retrouver un esprit qu’ils réduisent à une formule creuse. Reprenant l’équation politique + romantisme + fantaisie de son Nom des gens, il la métamorphose en bouillie informe, scénaristiquement décousue, filmée n’importe comment, où l’humour pèse des briques et où les sentiments ont l’air fabriqués comme jamais. On suit donc le parcours d’un naïf qui, délaissant son stage sur TF1 (mais ce n’est pas TF1) pour aller faire ses classes dans la télé libre (Télé Bocal est devenue Télé Gaucho), et y croise de vrais gens passionnés, sincères et de gauche, avec tout ce que cela implique de purisme et de prise de courge sur celui qui a la plus grosse conscience militante. Probablement autobiographique, le film est surtout incroyablement égocentrique : Leclerc fait la voix-off, chante en live et au générique de fin, et s’inscrit sous l

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Stars 80

ECRANS | Projet improbable emmené par l’équipe d’"Astérix aux jeux olympiques" autour de la réunion de vieilles gloires du "Top 50", "Stars 80" fascine par son envie farouche d’être aussi médiocre que son pitch. Y avait-il une autre issue ? Peut-être… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 22 octobre 2012

Stars 80

Si tant est qu’on aime le cinéma et la musique, il n’y a aucun espoir au moment où l’on franchit les portes de Stars 80 : ce sera affreux, il ne peut pas en être autrement. Imaginer Thomas Langmann aux commandes d’une fiction retraçant l’histoire vraie de deux producteurs qui décident de monter un show avec les vedettes du Top 50 dans les années 80 (quelques noms, juste pour mesurer l’enfer : Début de soirée, Jeanne Mas, Sabrina, Émile et Images…), c’est déjà une sorte de cauchemar. Et pourtant, à la vision du film, quelque chose d’étrange se produit : Stars 80 n’est pas bon, nos yeux piquent et nos oreilles saignent à de nombreuses reprises durant ses 110 minutes, mais on se dit qu’on passe toujours à deux doigts d’une improbable réussite. Il suffit pour cela de se rappeler qu’il y a deux mois sortait Magic Mike ; sur le papier, l’idée est proche : raconter le passé de strip-teaseur de Channing Tatum, et dresser la chronique d’un groupe humain soudé par un métier alimentaire qu’ils exercent pourtant avec professionnalisme et dignité. Scénaristique

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"Le Chagrin des ogres" : trop jeunes pour mourir

Théâtre | Deux adolescents, en fond de scène. L’une, Laetitia, qui a grandi dans la peur, se réveille sur son lit d’hôpital. L’autre, Bastian, gamin taciturne et mis à (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 13 avril 2012

Deux adolescents, en fond de scène. L’une, Laetitia, qui a grandi dans la peur, se réveille sur son lit d’hôpital. L’autre, Bastian, gamin taciturne et mis à l’écart par ses camarades, est sur le point de sombrer dans une folie meurtrière. « Le Chagrin des ogres, c’est le récit d’une journée au cours de laquelle des enfants vont cesser d’être des enfants » explique Fabrice Murgia. Le metteur en scène s’est ainsi attaché à rendre palpable le malaise de ses personnages en utilisant une scénographie jouant sur la proximité : alors qu’ils sont éloignés du public, comme enfermés dans des cages, les visages de Laetitia et Bastian sont projetés en grand format, à l’aide de caméras qui deviennent leur journal intime, leur passerelle vers le monde. C’est en partie grâce à ce dispositif impressionnant et fluide que Fabrice Murgia marque les esprits. Pour sa scénographie, il se sert de la technique comme d’une pâte à modeler à fantasmes, et non comme d’un simple jouet faire-valoir. Le Chagrin des ogres, c’est avant tout le travai

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Fabrice Murgia : « En terme d’utopie, notre société recule »

Théâtre | À partir de deux faits divers contemporains impliquant deux adolescents, le jeune metteur en scène belge Fabrice Murgia a élaboré "Le Chagrin des ogres", spectacle coup de poing visuellement fort sur le passage délicat (et parfois violent) de l’enfance à l’âge adulte. Rencontre.

Aurélien Martinez | Vendredi 13 avril 2012

Fabrice Murgia : « En terme d’utopie, notre société recule »

Comment est né ce Chagrin des ogres, qui est d’ailleurs votre première création ? Fabrice Murgia : Le spectacle a véritablement vu le jour en 2009, même s’il a été pensé en amont. Au départ, je suis tombé sur le blog de Bastian Bosse, ce jeune Allemand de 18 ans qui, en 2006, tira sur trente-sept élèves et professeurs de son ancien lycée avant de retourner l’arme contre lui. Parallèlement, je venais d’avoir un enfant : j’étais dans une espèce de petit déchirement à l’intérieur, que je n’arrivais pas à exprimer à l’époque mais que maintenant, en vieillissant, je parviens à intellectualiser. En quelque sorte, le fait de devenir père me questionnait sur ce que je devais laisser derrière moi pour avancer. J’ai donc relié ces deux choses. Ce qui peut surprendre… Je ne sais pas si les Français peuvent vraiment s’en apercevoir, mais j’appartiens à une génération en Belgique qui a vécu de près les évènements des années 1990, les années Marc Dutroux… Une époque où nous, l’équipe du Chagrin des

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Qui es-tu Fabrice Murgia ?

SCENES | Né en 1983 à Verviers en Belgique (région wallonne, près de Liège), Fabrice Murgia sort diplômé du Conservatoire de Liège en 2006. Il devient comédien de théâtre et de (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 13 avril 2012

Qui es-tu Fabrice Murgia ?

Né en 1983 à Verviers en Belgique (région wallonne, près de Liège), Fabrice Murgia sort diplômé du Conservatoire de Liège en 2006. Il devient comédien de théâtre et de cinéma (on a pu notamment le voir au côté de Catherine Frot dans Odette Toulemonde d’Éric-Emmanuel Schmitt). En 2007, pendant un stage, l’un de ses étudiants lui parle du blog de Bastian Bosse, qui le bouleversera grandement. Au cours du stage, il découvre aussi Le 20 novembre, la pièce que Lars Norén a consacré à ce même blog. Deux chocs qui le décident à se confronter directement à cette histoire si actuelle : avec trois comédiens, et pas forcément des moyens mirobolants, il se lance dans l’aventure de ce qui deviendra Le Chagrin des ogres. Un spectacle qui frappe juste : en 2010, il reçoit entre autres le prix du public au festival Impatience, organisé par le Théâtre parisien de l’Odéon et dédié à la jeune création européenne. La tournée qui suit l’emmène sur les plus grandes scènes de Belgique et de France. Sa deuxième création, Life : Reset / Chronique d’une ville épuisée

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L’enfance nue

SCENES | Pour sa première pièce, le jeune metteur en scène belge Fabrice Murgia a frappé fort ; très fort. Son Chagrin des ogres, écrit à partir de deux faits divers (...)

François Cau | Vendredi 6 janvier 2012

L’enfance nue

Pour sa première pièce, le jeune metteur en scène belge Fabrice Murgia a frappé fort ; très fort. Son Chagrin des ogres, écrit à partir de deux faits divers contemporains convoquant deux adolescents (Bastian Bosse, un Allemand qui tua quinze élèves de son lycée, et la très médiatisée Natascha Kampusch, Autrichienne kidnappée et emprisonnée jusqu’à ses dix-huit ans), se détache rapidement du factuel pour devenir un conte initiatique cruel sur les affres de la fin de l’enfance. Avec une scénographie épurée et moderne (notamment grâce à l’utilisation judicieuse de la vidéo), le spectacle se fait rapidement sensitif, plaçant le spectateur dans un état proche du malaise. Fort ; très fort.

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Roméo est Juliette

SCENES | THÉÂTRE/ La compagnie Voyages Imaginaires revient dans l’agglo, cette fois-ci avec une version revisitée du classique Roméo et Juliette. Rencontre avec le metteur en scène Philippe Car, qui propose sa propre vision du théâtre et de son partage nécessaire avec le public. Propos recueillis par Aurélien Martinez

François Cau | Vendredi 4 novembre 2011

Roméo est Juliette

Avec L’Histoire d’amour de Roméo et Juliette, vous avez choisi de porter ce drame shakespearien sur scène via un clown qui camperait tous les rôles…Philippe Car : C’est l’idée d’un narrateur burlesque prénommé Séraphin que la comédienne Valérie Bournet avait inventé pour un autre spectacle. Un personnage extrêmement libre, capable d’improviser avec le public – on joue beaucoup sur la complicité, on pose des questions aux spectateurs du style "monsieur, vous vous rappelez de votre premier baiser ? Et c’était bien ? Vous avez mis la langue ?". On voulait que ce clown raconte l’histoire de Roméo et Juliette en tombant tour à tour dans les personnages. Deux autres acolytes accompagnent Valérie, notamment musicalement ou en jouant avec la lumière, pour construire un spectacle à trois. Un spectacle qui s’inscrit dans la tradition de votre compagnie, à savoir monter différents textes dits du répertoire, avec votre regard très personnel…C’est parti, il y a très longtemps, d’une proposition que nous avait faite un directeur de théâtre : monter Le Malade imaginaire. Et ça a fonctionné. On a alors continué comme ça, en se confrontant à

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Roméo et Juliette au shaker

SCENES | La dernière fois que l’on avait croisé le metteur en scène Philippe Car (ex Cartoun Sardines, aujourd’hui à la tête de l’Agence de voyages imaginaires), c’était (...)

François Cau | Lundi 12 septembre 2011

Roméo et Juliette au shaker

La dernière fois que l’on avait croisé le metteur en scène Philippe Car (ex Cartoun Sardines, aujourd’hui à la tête de l’Agence de voyages imaginaires), c’était il y a deux ans à l’Hexagone avec une relecture efficace et joviale du Bourgeois Gentilhomme de Molière. Il reviendra dans l’agglo, cette fois-ci au Centre culturel Jean-Jacques Rousseau de Seyssinet-Pariset, avec le Roméo et Juliette de Shakespeare. On espère beaucoup.

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Molière dynamité

SCENES | Claude Régy est catégorique : « Molière, Feydeau, … C’est vraiment s’enfermer dans des limites restreintes et, à mon avis, un peu périmées » (il répondait ainsi à une (...)

François Cau | Jeudi 22 avril 2010

Molière dynamité

Claude Régy est catégorique : « Molière, Feydeau, … C’est vraiment s’enfermer dans des limites restreintes et, à mon avis, un peu périmées » (il répondait ainsi à une question sur sa nomination aux Molières). Laissons au metteur en scène qu’est Régy la parenté de cette analyse, mais affirmons tout de même que nous sommes, dans une certaine mesure, d’accord avec lui. Notamment lorsqu’il s’étonne que l’on monte toujours les mêmes auteurs classiques, toujours de la même façon, sans prendre de risques (nous en aurons un exemple parfait mi mai à la MC2 avec Les Fausses Confidences de Marivaux par Didier Bezace), et lorsqu’il évoque la notion de « limites restreintes ». Des limites que Philippe Car (ex Cartoun Sardines, maintenant à la tête de l’Agence de Voyages Imaginaires) dynamite pourtant cette semaine à l’Hexagone, et on lui en est reconnaissant. En faisant du Bourgeois Gentilhomme de Molière le matériau initial d’une grande farce théâtrale visuelle, Car redonne pleinement son sens à l’idée d’un théâtre populaire

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L’intime et le réel

SCENES | L’univers théâtral de Joël Pommerat, auteur et metteur en scène est tout simplement unique. Ses écrits, indissociables de ses mises en scènes, s’ancrent profondément dans notre monde. À la MC2, on découvrira son adaptation du Petit Chaperon Rouge. Séverine Delrieu

Séverine Delrieu | Mercredi 10 janvier 2007

L’intime et le réel

Pommerat commence à écrire en 1985. Il a 22 ans. Et son processus d’écriture dramatique est d’emblée vraiment singulier. Avec le recul, on a envie de dire d’une justesse absolue. Effectivement, son travail d’écriture ne se dissocie pas de celui de la mise en scène : il se prolonge durant les répétitions grâce aux échanges avec les comédiens. Il se modifie aussi, s’enrichit, aux frottements avec la scénographie, les lumières et le son. Ce qui souvent dans ses spectacles donne une alchimie envoûtante entre texte, espace, corps, gestes, voix. Pour bien comprendre, l’auteur arrive le premier jour des répétitions avec un matériau écrit, une base, qui se malaxera, se métamorphosera au fur et à mesure du travail scénique grâce à une recherche commune. Pommerat croit vraiment au concept de compagnie, au sens de compagnonnage. Et fonde naturellement en 90 La Compagnie Louis Brouillard. Tous ses projets sont écrits pour et en pensant aux comédiens avec lesquels il travaille maintenant depuis 10 ans. Le temps, (autant celui de la répétition que celui nécessaire à la relation fidèle et profonde), est une notion fondamentale dans l’élaboration de ses spectacles. Ceux-ci prendront vie, dans u

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La mère loup

SCENES | Théâtre / À partir du conte populaire, Joël Pommerat, metteur en scène et auteur a écrit son Petit Chaperon rouge, spectacle époustouflant de beauté visuelle et de sens. Séverine Delrieu

Séverine Delrieu | Mercredi 7 mars 2007

La mère loup

Les relations familiales, le passage du temps, sont les thématiques récurrentes de Joël Pommerat. Elles rejaillissent dans son Petit Chaperon Rouge, en rendant visible ce qui effectivement est implicite et nous touche tous inconsciemment dans ce conte : le lien entre trois générations de femmes esseulées, isolées. Une famille où l'absence d'homme s'avère criante, et où le désir de la rencontre avec l'inconnu semble l'enjeu pour s'émanciper. Dans son adaptation, Pommerat exprime donc le liens complexes entres ces femmes : celui de la petite fille envers la mère est fait d'admiration, attirance, répulsion - la mère incarne et revêt la pelure du loup et joue à effrayer sa fille avec sa chevelure ; celui de la mère envers sa petite fille (jouant aussi le rôle de la grand-mère) est fait de rejet et d'envie, du fait de sa jeunesse ; et celui de la mère envers la grand-mère souligne l'incapacité à communiquer. En abordant en creux ces notions, l'auteur évoque subtilement, avec tendresse et violence, les problématiques de nos sociétés modernes, où l'isolement des plus âgés s'accentuent ; la solitude de l'enfant délaissé par le parent, fréquent, et source de déséquilibre ; parent qui se

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