« Quelque chose de fulgurant, comme un coup de feu »

Danse | Depuis dix ans, la compagnie de danse La Vouivre, menée par Bérengère Fournier et Samuel Faccioli, construit spectacle après spectacle une œuvre personnelle et forte. Dans sa nouvelle création pour cinq danseurs (dont Bérengère Fournier) et un musicien baptisée "Feu", le duo explore une part plus sombre de son univers, pour un bouillonnant déchaînement chorégraphique de tout juste une heure. Interview.

Aurélien Martinez | Mardi 17 janvier 2017

Photo : Raoul Lemercier


Votre pièce Feu est centrée sur la violence, mais il en ressort tout de même un propos optimiste…

Samuel Faccioli : C'est en tout cas le message qu'on a eu envie de délivrer. On part d'un constat, d'un choc, d'une sidération, pour après éprouver notre capacité de résilience afin d'aller vers quelque chose de positif sur le vivre ensemble, vers la lumière.

Mais pourquoi ce point de départ assez noir ? Est-ce un constat sur l'état du monde ou une réflexion plus personnelle ?

Bérengère Fournier : C'est les deux et c'est un petit peu une coïncidence. À la base, ça part d'un événement personnel très fort, d'une maladie… Mais la création a aussi été faite entre les attentats de janvier 2015 et ceux du 13 novembre : on a été rattrapés par l'actualité. Et du coup les deux histoires se sont rencontrées pour donner Feu. C'était très troublant.

On vous a connu avec des pièces légères comme Oups, Opus ou encore La Belle. Êtes-vous aujourd'hui plus graves qu'à vos débuts ?

SF : On ne se considère pas forcément plus graves qu'avant. On continue juste dans notre univers poétique, même si là, c'est de la poésie brute, moins onirique. On voulait quelque chose de fulgurant comme l'appelle le titre : Feu, comme un coup de feu.

BF : Mais c'est sûr que depuis nos débuts avec Oups, on a évolué, on a vécu des choses très belles et d'autres plus graves qui, forcément, imprègnent nos objets artistiques.

Feu s'ouvre avec un tableau grandiose et millimétré fait d'images arrêtées qui apparaissent et disparaissent. Comment l'avez-vous construit ?

SF : Pour avoir des images qui fonctionnent, on a répété tout de suite avec le musicien au plateau, avec la lumière et avec les danseurs. On a travaillé longuement sur une lumière très précise pour régler l'image au dixième de seconde près, pour travailler sur la persistance rétinienne du spectateur. On a fini par créer un centaine d'images pour n'en garder que quelques-unes.

Feu
À la Rampe (Échirolles) mardi 24 janvier à 20h


Feu

Chor. Bérengère Fournier, Samuel Faccioli, par la Cie La Vouivre, musique par Gabriel Fabing
La Rampe 15 avenue du 8 mai 1945 Échirolles
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Laetitia Giry | Lundi 16 avril 2012

Ni vu, ni connu, j’t’enflamme

Le nom de l’exposition joue la carte de la provocation : Du feu & du cul. Et ce sont en effet les traces laissées par le passage de l’élément feu que le visiteur vient ausculter de plus près : captivante photo d’un performeur balayant des flammes, mur souillé par un cracheur de feu laissant apparaître un message au pochoir, papier photo brûlé avant tirage avec quelques miettes dorées en guise de réaction chimique inattendue… Quentin Derouet et André Guiboux explorent les possibilités des médiums à leur disposition en ponctuant leurs recherches d’humour – pour preuve le « petite chaudasse » inscrit sous un trou de brûlure sur papier. Au sous-sol et à visiter à la lueur d’un briquet, une œuvre « composite » reconnue comme étant « cucul » par les intéressés, faite de poèmes et photos à même les murs ; si elle intrigue, elle donne surtout une légère impression de journal intime d’adolescent, s’appréhende sans doute dans un second degré qui ne fonctionne pas entièrement. Mais qu’importe, les propositions d’une telle intégrité ne peuvent qu’être prometteuses. Les deux artistes voulaient transmettre un quelque chose d’à la fois « rabelaisien » et « romantique », ils le fon

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Un gars, une fille

SCENES | Jeune compagnie auvergnate, La Vouivre est déjà passée deux fois dans l’agglo (à la Faïencerie et à la Rampe) avec son diptyque Oups/Opus. Deux formes courtes (...)

François Cau | Vendredi 6 janvier 2012

Un gars, une fille

Jeune compagnie auvergnate, La Vouivre est déjà passée deux fois dans l’agglo (à la Faïencerie et à la Rampe) avec son diptyque Oups/Opus. Deux formes courtes où le duo composé de Bérengère Fournier et Samuel Faccioli élaborait une danse théâtralisée raffinée et imagée. En mars prochain, ils viendront à la Rampe avec Pardi}, leur nouvelle création présentée comme « une vision onirique du paradis », avec « plusieurs tableaux surréalistes où se juxtaposeront la chorégraphie, la vidéo, le chant lyrique, la musique directe et la scénographie ». On en attend beaucoup.

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Le monde en VOST grâce à la revue Feuilleton

CONNAITRE | « Lorsqu’on choisit de décrire la réalité, il faut s’attendre à ce que l’écriture puisse l’influencer. » En s’offrant une citation du journaliste et (...)

Aurélien Martinez | Lundi 21 novembre 2011

Le monde en VOST grâce à la revue Feuilleton

« Lorsqu’on choisit de décrire la réalité, il faut s’attendre à ce que l’écriture puisse l’influencer. » En s’offrant une citation du journaliste et écrivain polonais Ryszard Kapuściński en guise d’ouverture de son premier numéro, la revue Feuilleton démontre son ambition : mettre en avant, dans le sillage des revues de grands reportages, les plumes étrangères du journalisme narratif, ce journalisme détaché du factuel s’autorisant sans complexe les formats longs. On trouve donc dans Feuilleton de nombreux textes étrangers traduits (ce qui est très rare en France pour ce genre de littérature), provenant de titres prestigieux comme Vanity Fair, le New Yorker…, ainsi que des nouvelles littéraires (une par exemple de Jonathan Franzen dans les pages du premier numéro). Un trimestriel ambitieux de haute tenue qui, comme son grand frère XXI, conteste l’obligation d’immédiateté de l’information, proposant aux lecteurs de prendre le recul nécessaire pour comprendre notre monde. Une rencontre avec Adrien Bosc, le jeune fondateur de la revue (qui vient du domaine de l’édition) et Géra

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