"Clouée au sol" : à la guerre pas comme à la guerre

Théâtre | Critique plus qu'enthousaiste du seule-en-scène que la comédienne Pauline Bayle présentera vendredi 16 et samedi 17 novembre à l’Odyssée d'Eybens.

Alice Colmart | Lundi 12 novembre 2018

Photo : ifou / Le Pôle Media


Quelle mystérieuse identité que celle de cette pilote de l'US Air Force. Pas de prénom ; voit moins bien de près que de loin ; mesure entre 1m62 et 1m96. Le décor est planté sur écran. Pourtant, Pauline Bayle est bien là, sans nul autre accessoire que sa combinaison kaki, mais avec toute sa prestance. Presque à bout de souffle, elle nous conte son voyage intérieur, celui d'une femme qui travaille dans un monde d'hommes, pour qui le bonheur quotidien est le ciel, « son bleu », et « son Tiger », un avion militaire dans lequel elle a presque élu domicile. Jusqu'au jour où elle s'amourache d'Éric, puis tombe enceinte. Son « gros ventre déborde sous sa combinaison », elle doit quitter son poste. Sauf qu'au retour de sa grossesse, elle est envoyée à Las Vegas, « clouée au sol », condamnée à piloter un drone depuis une chaise, à tuer des êtres humains à des kilomètres derrière un écran « gris » avant de retrouver le soir son mari bienveillant, sa fille et ses poneys roses.

Sur scène, en 1h20, la comédienne nous accompagne dans la déchéance tant psychique que phycologique de son personnage, contrainte à renoncer à son rêve « bleu » pour tuer froidement et sans état d'âme. Un rythme, une élocution, une respiration maîtrisés et Pauline Bayle habite le minimalisme de la mise en scène de Gilles David, donnant corps au texte de l'auteur américain George Brant. Elle parvient à faire grimper la tension au fil de la représentation, nous faisant pénétrer dans la psychologie de cette femme schizophrène, douce maman le soir, machine de guerre la journée, qui se raccroche de manière désespérée, comme pour maintenir son équilibre, à ce qu'elle considère comme une mission divine. Un spectacle qui finit par nous laisser cloués au fauteuil, plein de questionnement sur les technologies actuelles, la surveillance massive mais aussi les décisions qui impactent nos vies. Une prouesse de haut vol.

Clouée au sol
À l'Odyssée (Eybens) vendredi 16 et samedi 17 novembre à 20h


Clouée au sol

Texte George Brant, mise en scène Gilles David, jeu Pauline Bayle. Autour de la guerre chimique, la guerre de l’information, la cyberguerre...
L'Odyssée 89 avenue Jean Jaurès Eybens
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Pauline Bayle : « L'écriture de George Brant est très incisive, très au présent »

Théâtre | Dans le seule-en-scène "Clouée au sol", Pauline Bayle incarne une pilote de chasse qui se retrouve à devoir faire la guerre depuis les États-Unis à l’aide d’un drone. Un spectacle fort qui pose de nombreuses questions très contemporaines dont on a causé avec la comédienne avant son passage par l’Odyssée d’Eybens.

Alice Colmart | Lundi 12 novembre 2018

Pauline Bayle : « L'écriture de George Brant est très incisive, très au présent »

Rares sont les personnages de pilotes de chasse sur les scènes de théâtre ! Quelle a été votre première réaction à la découverte du texte de George Brant ? Pauline Bayle : Il y a eu une rencontre immédiate entre le texte et moi. Je me suis pris une claque avec cette écriture très incisive, très au présent, très percutante. Mais je ne me disais pas que ça allait marcher parce que je n’avais pas l’impression d’avoir une dégaine de pilote de chasse ! Par contre, je trouvais que ce personnage avait quelque chose de très universel étant à la fois une femme avec une grande humanité, qui a une passion, celle de voler dans le ciel, et une femme combattante. Elle m’a fait penser à des personnages de la mythologie grecque comme Électre ou Antigone… Le sujet de la pièce est très ancré dans le présent… Oui, tout à fait. Dans cette pièce, il y a toute une réflexion très intéressante sur les drones, ces machines qui viennent bouleverser

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"Iliade & Odyssée" de Pauline Bayle : en souvenir des bons vieux mythes

Théâtre | La jeune metteuse en scène dévoile à la MC2 son diptyque consacré aux deux épopées du poète grec Homère : "Iliade", spectacle créé en 2015, et "Odyssée", qui vient de voir le jour à Grenoble.

Aurélien Martinez | Lundi 9 octobre 2017

Si nous sommes toujours surpris par la propension de pas mal de jeunes metteurs en scène à s'emparer de vieux textes comme si, implicitement, aucune plume d’aujourd’hui n’avait quelque chose à dire sur notre monde contemporain (mais peut-être que ces artistes débutants voient dans ce choix une assurance d'être plus facilement programmés ?), force est de reconnaître que l'aventure que Pauline Bayle a menée autour de l'Iliade et l’Odyssée du poète grec Homère (on est donc dans les environs de 800 av. J.-C.) a de la gueule. Sur scène, cinq comédiens s’emparent de ces deux épopées (la première évoquant la guerre de Troie, la deuxième étant centrée sur le personnage d'Ulysse de retour de guerre) en délivrant le récit tantôt face public, tantôt en jouant chacun les différents personnages sans se soucier de leur genre – comprendre qu’Ulysse sera campé aussi bien par des hommes que par des femmes. Et c’est justement quand elle s'amuse avec la narration et ses figures (les passages avec les dieux dans Iliade, l'arrivée d'Ulysse dans sa maison squattée par pas mal d'hommes hostiles dans Odyssée

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