Théâtre : quinze pièces pour une saison parfaite

Panorama de rentrée culturelle 2019/2020 | Des créations très attendues, des succès enfin à Grenoble, des découvertes... Suivez-nous dans les salles grenobloises et de l'agglo.

La rédaction | Mardi 17 septembre 2019

La Buvette, le tracteur et le curé

Et voici la nouvelle pièce de l'inénarrable humoriste dauphinois Serge Papagalli, qui sera créée début octobre et tournera ensuite dans pas mal de villes autour de Grenoble. Avec toujours cette fameuse famille Maudru, dont Aimé, le chef de famille (Papagalli lui-même, parfait), et Désiré, le neveu un peu attardé (Stéphane Czopek, grandiose). Où cette fois, visiblement, il sera question d'une énième reconversion de cet agriculteur à la retraite, mais aussi d'un curé un peu strict nouvellement venu. Vivement les retrouvailles !

À partir d'octobre dans de nombreuses villes de l'Isère
Tournée complète sur www.papagalli.fr


Incertain Monsieur Tokbar

Créé l'an passé à la MC2 (qui le reprend donc cette saison au vu du succès rencontré), ce spectacle du Turak Théâtre de Michel Laubu est une petite merveille d'inventivités, notamment visuelles – quelle scénographie ! Soit un vieil homme-marionnette perdu dans ses souvenirs et dans un fatras d'objets qui envahit le plateau. Sans doute l'une des créations les plus abouties de cette vieille compagnie (plus de 30 ans d'existence !) à l'univers reconnaissable entre mille.

À la MC2 mardi 15 et mercredi 16 octobre


La Vie devant soi

La Vie devant soi est l'un des romans les plus forts de Romain Gary, qui lui valut le prix Goncourt en 1975 (mais sous le nom d'Émile Ajar, comme l'auteur avait déjà été sacré 19 ans auparavant). Il raconte l'histoire d'un gamin prénommé Momo qui vit avec d'autres « dans une pension sans famille pour les gosses qui sont nés de travers », et qui évoque son quotidien à hauteur d'enfant. C'est ce roman culte bourré de phrases qu'on aimerait connaître par cœur que la jeune metteuse en scène Heidi Folliet a décidé de porter au plateau. Avec un seul comédien (Maxime Ubaud, d'une grande justesse) face au public, qui offre le texte dans son plus simple appareil, faisant pleinement confiance à sa force intrinsèque.

À l'Autre rive (Eybens) jeudi 17 et vendredi 18 octobre
À l'Espace 600 (Grenoble) vendredi 10 janvier


Vous n'aurez pas ma haine

Un titre en guise de philosophie qu'Antoine Leiris, journaliste, écrivain et époux d'une victime des attentats du Bataclan de novembre 2015, a décidé de s'appliquer pour ne pas sombrer. Il en a livré un texte puissant publié en 2016, qui a été porté sur scène par Benjamin Guillard avec le comédien Raphaël Personnaz. Si nous n'avons pas vu le résultat, on imagine un moment potentiellement très fort.

Au Déclic (Claix) samedi 9 novembre


Un instant

Adapter À la recherche du temps perdu de Marcel Proust sur scène ? Une gageure ! Sauf si, visiblement (nous n'avons pas vu le spectacle), on s'y attèle humblement en choisissant quelques fragments, quelques duos – le narrateur et sa mère par exemple. C'est ce qu'a décidé de faire le metteur en scène Jean Bellorini – qui, pour info, vient d'être nommé à la direction du prestigieux Théâtre national populaire (TNP) de Villeurbanne. Un spectacle sensible et envoûtant si l'on en croit les critiques publiées lors de la création. On ira découvrir ça en tournée avant son passage par Grenoble pour vous en dire plus au moment venu.

À la MC2 du mercredi 13 au samedi 16 novembre


Héritiers

« Mon fil conducteur est autour de la quête identitaire et de la difficulté à trouver sa place auprès des autres. Un projet nourrit l'autre. » Voilà comment, il y a quelques années, le metteur en scène grenoblois Nasser Djemaï nous résumait son parcours artistique. Après donc des réussites comme Vertiges (2017), Invisibles (2011) ou encore Une étoile pour Noël (2005), sa nouvelle pièce, créée à la MC2 cet automne, sera « une sorte d'allégorie de notre état providence qui est en train de disparaître sous nos yeux » (extrait d'une interview accordée à la MC2). On ira découvrir le résultat avec plaisir au vu de la pertinence de son discours.

À la MC2 du jeudi 14 au vendredi 22 novembre


Linda Vista San Diego – California

Il y a cinq ans, le metteur en scène Dominique Pitoiset nous avait retournés avec sa mise en scène d'Un été à Osage county, texte de Tracy Letts et prix Pulitzer de la meilleure pièce en 2008 (qui est passée par la case ciné avec Meryl Streep et Julia Roberts). Il réitère sa collaboration avec cet auteur états-unien qui ausculte parfaitement les particularités et, surtout, les failles de son pays. Nous irons donc découvrir ça avec intérêt lors de la création en novembre à Annecy pour en parler ensuite en temps voulu.

À la MC2 du mercredi 11 au samedi 14 décembre


Rien à dire

Un clown muet nous invite chez lui (au sens littéral du terme – vous comprendrez) et, surtout, dans son quotidien tendrement décalé à base d'armoire qui régurgite des paires de chaussettes et d'ampoules farceuses. Un petit bijou burlesque vintage (on pense beaucoup au cinéma muet en regardant le Catalan Léandre Ribera) empli de poésie qui rencontre un succès dingue (400 représentations dans le monde) aussi bien en salle que dans la rue.

Au Prisme (Seyssins) jeudi 30 janvier


Joueurs, Mao II, Les Noms

Qui n'a pas encore vu le travail du metteur en scène Julien Gosselin doit réparer son erreur. Un jeune trentenaire qui, depuis une demi-douzaine d'années, élabore un théâtre à l'ambition folle en portant sur le plateau de grands récits romanesques. Après Les Particules élémentaires de Michel Houellebecq et 2666 de Roberto Bolaño, il s'est confronté cette fois à trois textes de l'États-Unien Don DeLillo qui brassent des questions très larges et contemporaines – capitalisme, terrorisme, individualisme… En découle un spectacle-fleuve de presque 10 heures dans lequel on se perd souvent mais qui dégage une immense force tant narrative que plastique.

À la MC2 samedi 1er et dimanche 2 février


Illusions

Sous apnée : c'est comme cela que commence ce spectacle d'1h20 que le metteur en scène lyonnais Olivier Maurin a créé en juin 2016. Clémentine Allain, lumineuse trentenaire, donne voix durant une quinzaine de minutes à un vieil homme qui, à 84 ans, s'apprête à mourir et fait son ultime et bouleversante déclaration d'amour à celle qui l'accompagna toute sa vie. La rupture de ton est alors ensuite fracassante et les volte-face nombreuses dans ce texte du quadra russe Ivan Viripaev, monté à tout-va désormais. Et c'est une bonne nouvelle tant ses écrits sont l'empreinte, plus ou moins directe, de son pays malade et des rapports humains idoines. Dans un dispositif en bi-frontal, les quatre comédiens sont épatants dans leur manière d'opérer des angles droits. Entre comédie, polar et tragédie, Illusions désarçonne.

Par la MC2 en tournée décentralisée du jeudi 6 au dimanche 9 février
Au Théâtre Jean-Vilar (Bourgoin-Jallieu) jeudi 13 et vendredi 14 février


L'Œil égaré

Un montage de fragments poétiques peu connus de Victor Hugo, écrits lors de sa période d'exil, que le comédien Sébastien Depommier, souvent vu sur les scènes de l'agglo il y a quelques années, incarne sous l'œil précis de la metteuse en scène Muriel Vernet. En découle un seul-en-scène intense (à la base créé en extérieur, mais également présenté dans des théâtres comme ce sera le cas à Grenoble) dans lequel on se perd souvent, à l'image du Hugo en plein doute, en pleine introspection, qui a couché ces mots sur le papier. Vertige de la poésie...

Au Théâtre 145 samedi 15 février


Elle pas princesse, lui pas héros

En partant d'une commande d'écriture adressée à l'autrice Magali Mougel, le metteur en scène Johanny Bert a conçu un spectacle tout public qui déconstruit habilement les questions de genre – en gros, qu'est-ce qu'être un garçon et qu'est-ce qu'être une fille ? Et qui, par sa forme (le public, regroupé dans une école, est divisé en deux groupes), a un petit côté ludique bienvenu qui parle autant aux enfants (à qui l'écriture s'adresse particulièrement) qu'aux plus grands.

À la Faïencerie (La Tronche, hors les murs à l'école Coteau) vendredi 21 février


Le Grand Théâtre d'Oklahama

Présentée en 2018 au Festival d'Avignon, cette création imaginée avec les comédiennes et comédiens handicapés mentaux de la compagnie professionnelle Catalyse (une troupe mise sur pied dans les années 1980 par Madeleine Louarn) est un petit bijou. Une sorte de mise en abyme sur le monde du spectacle puisque, sur scène, on suit les aventures d'un homme juif exilé qui s'installe aux États-Unis et rejoint un théâtre qui « emploie tout le monde et met chacun à sa place » comme l'écrit Franz Kafka dans le roman qui sert de matière première à ce projet. Un projet à plusieurs niveaux de lecture donc, qui dégage une poésie et un humanisme bienvenus.

À la MC2 du mardi 24 au jeudi 26 mars


Borderline(s) Investigation #1

Il est agrégé de géographie mais également comédien et metteur en scène : depuis la création de sa compagnie Vertical Détour en 2001, Frédéric Ferrer travaille à partir de sources documentaires, d'enquêtes et collabore avec des scientifiques. Après une série de cartographies théâtrales du monde (des solos sur les canards perdus, les vikings, le Pôle Nord...), il signe, avec ce spectacle créé en octobre 2018, une passionnante et dense conférence à trois voix sur la collapsologie (science de l'effondrement) à laquelle il s'intéresse depuis 2005, bien avant que ce ne soit une mode. L'extinction des masses ou encore la probable désintégration de la Terre sont au programme avec jubilation, sérieux et un brin de folie dans plusieurs langues avec ces chercheurs internationaux. Bluffant.

À l'Hexagone (Meylan) mardi 5 et mercredi 6 mai


Contes et légendes

Joël Pommerat est l'un des plus grands metteurs en scène français (souvenez-vous par exemple de la claque Ça ira (1) Fin de Louis), qui construit un théâtre de la précision au plus près de l'humain. Qu'il passe par Grenoble avec son prochain spectacle est donc un événement. « L'enfance, un de ses sujets de prédilection, est au cœur de cette nouvelle création : une suite de courtes séquences situées dans un futur proche ; des petits contes à la fois concrets et fantastiques » nous annonce la MC2. Prometteur.

À la MC2 du mardi 9 au samedi 13 juin

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