"aSH" : sacrée danse par Aurélien Bory et Shantala Shivalingappa

Danse | Le chorégraphe Aurélien Bory réalise souvent des portraits dansés de femme. Après Stéphanie Fuster et Kaori Ito, il a travaillé avec l’interprète indienne Shantala Shivalingappa. Le résultat est un solo envoûtant à découvrir à l’Hexagone de Meylan.

Aurélien Martinez | Mardi 19 novembre 2019

Photo : Aglaë Bory


Une danseuse, au centre du plateau, devant une immense feuille de papier kraft qui sert de toile de fond. Elle s'appelle Shantala Shivalingappa, est indienne. Le chorégraphe Aurélien Bory (l'un des grands noms de la danse contemporaine française à l'aura internationale, et surtout un artiste qui soigne tout particulièrement ses scénographies) l'a rencontrée en Allemagne en 2008, alors qu'elle dansait dans la compagnie de l'immense Pina Bausch. Coup de foudre.

« La danse de Shantala est faite de ce parcours entre le kuchipudi [une danse traditionnelle indienne – NDLR] et Pina Bausch, entre l'Inde et l'Europe, entre Shiva et Dionysos dont d'aucuns disent qu'ils sont issus d'un seul et même dieu », écrit le chorégraphe en note d'intention – nous souhaitions l'interviewer, mais son emploi du temps très rempli et notre demande tardive en ont décidé autrement ! Ensemble, ils ont construit ce solo autour de la cendre (d'où le titre Ash, à lire en anglais) et mis en place un captivant livre d'images.

Shiva & co

Car aSH n'est pas un portrait au sens littéral du terme, comme peuvent l'être par exemple ceux que propose le chorégraphe Jérôme Bel, qui demande à ses interprètes de raconter leur vie sur scène. Ici, c'est par la danse que Shantala Shivalingappa s'exprime. « Elle incarne Shiva qui permet au monde de se manifester et à l'espace de danser. »

Une danse sacrée, donc, d'une grande précision dans les gestes, qui prend peu d'espace mais habite l'espace avec force. Et qui se retrouve renforcée par le choix de la musique live, jouée tant par le percussionniste Loïc Schild présent en bord de plateau que par le décor lui-même qui sert de percussions géantes. En découle une sorte de cérémonie qui matérialiserait aussi bien la mort que la renaissance. Et un grand spectacle.

aSH
À l'Hexagone (Meylan), mardi 26 et mercredi 27 novembre à 20h


aSH

Conception, scénographie et ms Aurélien Bory, chor. Shantala Shivalingappa. Avec Loïc Schild, percussions
Hexagone 24 rue des Aiguinards Meylan
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Notes bleues (et autres)

MUSIQUES | Jazz / On vous l’accorde : il a déjà commencé et, parution en décalage oblige, on vous en reparle avec un peu de retard. On s’en serait voulu de manquer le 16e Grenoble Alpes Métropole Jazz Festival, qui tient cette année la note bleue jusqu’au 17 octobre.

Martin de Kerimel | Mardi 6 octobre 2020

Notes bleues (et autres)

Salvatore Origlio et son équipe ont concocté un programme prometteur, en insistant tant sur la dimension universelle et intemporelle du jazz que sur sa grande diversité. Impossible de citer chaque artiste, alors on vous dévoile l’un de nos coups de cœur : le quatuor Cuareim (photo), accompagné par la percussionniste et chanteuse Natasha Rogers, qui s’adapte aux nouvelles normes sanitaires et va proposer deux sets successifs au public de l’auditorium du Musée de Grenoble, dimanche 11. Le projet, ambitieux, est d’associer des sonorités classiques à d’autres d’inspiration latine : un pari réussi, à en juger par les morceaux que nous avons entendus. Le festival dans son ensemble associera par ailleurs onze autres salles partenaires, à Grenoble, Bernin, Champ-sur-Drac, Crolles, Échirolles, Fontaine, Gières, Meylan, Saint-Égrève et Varces. Son programme complet est disponible en ligne, sur le site du Jazz Club de Grenoble (www.jazzclubdegrenoble.fr).

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"Tenet" : au temps pour lui

ECRANS | Attendu comme le Messie, le nouveau Nolan peut exploser le box-office si les spectateurs consentent à voir plusieurs fois ce Mission : Impossible surnaturel pour être sûr de bien le comprendre. Il y aura donc un avant et après Tenet. Encore que…

Vincent Raymond | Mercredi 26 août 2020

Agent travaillant pour une organisation gouvernementale, Tenet est chargé d’enquêter sur un trafic de matériaux aux propriétés physiques insolites puisqu’ils inversent le cours du temps. Derrière tout cela se cache un mafieux russe cruel, Sator, doté d’une belle femme malheureuse… Quand un concept surpasse la chair de l’intrigue… Nolan nous a habitués à manipuler — et de façon osée — les deux composantes “deleuziennes“ du cinéma : l’image-temps et l’image-mouvement. À modeler la texture de la première pour qu’elle accueille la seconde. Une démarche aussi productive qu’inventive entamée avec Inception, poursuivie avec Interstellar et étrangement Dunkerque (où le montage approfondissait différemment l’intrication d’espaces temporels disjoints et cependant parallèles). Tenet suit logiquement cette ligne, aussi sûrement qu’une obsession proustienne pour le temps perdu, avec donc ce qu’elle comporte de désespoir. Si les problématiques sont excitantes — irradier des objets ou des personnes pour qu’ils aillent à

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"L'Homme à tête de chou" : la décadanse de Gallotta et Bashung

Danse | Il y a encore une décennie, la société aurait parlé de "crime passionnel" pour évoquer l’histoire de L'Homme à tête de chou, album-concept culte de Serge (...)

Aurélien Martinez | Mardi 10 décembre 2019

Il y a encore une décennie, la société aurait parlé de "crime passionnel" pour évoquer l’histoire de L'Homme à tête de chou, album-concept culte de Serge Gainsbourg sorti en 1976. Où l’on suit la lente dérive d’un homme, journaliste pour une feuille de chou, qui commet un Meurtre à l'extincteur sur Marilou, femme qu’il est censé aimer. Un féminicide, mais artistique, dans la tradition de ces œuvres qui glamourisent la mort des femmes coupables d’en faire voir de toutes les couleurs à ces pauvres hommes. Une histoire tragique, reflet de notre société et rentrée dans le Panthéon de la chanson française, que Jean-Claude Gallotta a pris comme un matériau haut de gamme – ce qu’elle est, tant niveau textes que musiques (on parle de Gainsbourg tout de même). Un matériau relu par Alain Bashung et le musicien Denis Clavaizolle, avec notamment une réorchestration (voire une amplification – congas, guitares, trompettes, violons…) grandiose. Un exemple : le morceau Marilou Reggae, devenu encore plus généreux, gro

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"L'Orphelinat" : kids of Kabul

Cinema | De Shahrbanoo Sadat (Afg.-All.-Dan.-Fr.-Lux, 1h30) avec Qodratollah Qadiri, Sediqa Rasuli, Anwar Hashimi...

Vincent Raymond | Mercredi 27 novembre 2019

Kaboul, fin des années 1980. Errant dans les rues, Qoadrat vit d’expédients et n’a qu’une passion : les films de Bollywood. Serré par la police, il est expédié dans un orphelinat d’État où, entre rêve et réalité, il assiste aux prémices de la révolution islamique qui va renverser le régime… Après Wolf and Sheep (1996), premier opus d’une série qui devrait compter cinq épisodes, Shahrbanoo Sadat poursuit à hauteur d’adolescent sa relecture de l’histoire afghane contemporaine en changeant à la fois de décor et de style : finie, l’ambiance rurale et aride du conte pastoral, place à un décor urbain plus complexe puisque qu’il encapsule l’univers mental de Qoadrat habité par les "films qu’il se fait", transpositions des productions bollywoodiennes dont il se gave et devient le héros. En l’intégrant dans des séquences reprenant les codes des comédies musicales héroïsantes indiennes, la réalisatrice signe davantage que d’habiles parodies ou contrefaçons : elle le dote d’un territoire et d’un imaginaire personnels, outrancièrement fictifs mais esthétiquement différents de la fiction tenue pour authentique qu’assènent d’abord les représentant

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"Un monde plus grand" : esprit, es-tu là ?

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Vincent Raymond | Jeudi 24 octobre 2019

Après la mort de son compagnon, Corine (Cécile de France) part au fin fond de la Mongolie pour se changer les idées. Alors qu’elle enregistre le son d’une cérémonie chamanique, elle entre dans une transe violente, révélant des dons de chamans insoupçonnés. Une lente initiation va alors commencer… Il faut attendre le générique de fin pour apprendre qu’il s’agit d’un biopic. En soi, le détail n’a pas ou peu d’importance qui ne change rien dans le parcours de Corine. Indirectement, il résonne avec le sous-thème du film : la sérendipité (ou fortuité). En l’occurrence, le spectateur constate la véracité de l’histoire en étant entré dans une fiction comme Corine a découvert son "don" alors qu’exilée dans le travail à mille lieues du lieu de sa douleur, elle entamait son travail de deuil. S’il laisse une grande part au mystère et à l’inconnu, Un monde plus grand ne verse pas pour autant dans l’ésotérisme : il inscrit a contrario le processus chamanique dans le cartésianisme occidental, Corine étant le trait d’union lui permettant d’être scientifiquement étudié. Dommage cependant que Fabienne Berth

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Danse : nos huit coups de cœur de la saison

Panorama de rentrée culturelle 2019/2020 | Un programme entre solo, chorégraphie de groupe, reprise bienvenue ou encore concours tourné vers l'avenir.

La rédaction | Mardi 17 septembre 2019

Danse : nos huit coups de cœur de la saison

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"Working Woman" : chronique d'un harcèlement (malheureusement) ordinaire

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Vincent Raymond | Mardi 16 avril 2019

Alors que son mari peine avec son restaurant, Orna trouve un job dans l’immobilier où son efficacité fait merveille. Mais son patron commence à se livrer à des allusions déplacées et des privautés. Orna le tient à distance et n’en dit rien à son mari. Jusqu’au geste de trop… La mécanique est hélas trop connue, mais il n’est jamais inutile de rappeler la terrible spirale qui conduit un·e supérieur·e à user de son autorité sur un·e subalterne pour obtenir des faveurs. De montrer son approche prédatrice mâtinée de bienveillance cauteleuse et d’allusions libidineuses passant pour de la familiarité complice. En réalité, il s’agit d’une stratégie perverse visant à déstabiliser la victime : flattée pour ses compétences, puis son apparence, Orna est ensuite rendue coupable de susciter du désir chez son "pauvre" patron. Lequel manie dans le même temps la carotte économique ou joue de son influence pour la rendre redevable, silencieuse et donc finalement soumise à ses caprices. Mais si la réalisatrice israélienne Michal Aviad a appelé son film Working Woman, c’est bien parce que son héroïne se définit par sa force de travail e

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"Tel Aviv on Fire" : soap qui peut !

ECRANS | Un apprenti scénariste palestinien peu imaginatif se fait dicter les rebondissements de la série politico-sentimentale sur laquelle il trime par un gradé israélien. Le réalisateur Sameh Zoabi répond à l’absurdité ambiante par une comédie qui ne l’est pas moins… À hurler de réalisme et rire.

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Trentenaire velléitaire, Salam vient de trouver un job sur la série de propagande Tel Aviv on Fire que produit son oncle. Comme il réside à Jérusalem et que le tournage s’effectue à Ramallah, il doit chaque jour passer par un check-point dirigé par Assi, un officier israélien qui devient conseiller occulte de la série, avant de tenter d’en infléchir la direction… Quand les larmes sont inopérantes et la colère inaudible, alors il reste l’humour. La dérision s’avère sans doute l’arme la plus efficace lorsqu’il s’agit d’aborder une situation politique verrouillée depuis des lustres, voire des siècles. À condition, évidemment, de la manier avec intelligence et sans esprit partisan ; c’est-à-dire en pointant les comportements irréfléchis de chacun afin de renvoyer tous les protagonistes dos à dos plutôt que face à face, en les faisant rire ensemble de leurs travers mutuels et non les uns contre les autres – comme dans Les Aventures de Rabbi Jacob. Sameh Zoabi montre que la bêtise ne peut se prévaloir d’aucun passeport : elle adopte seulement des modulations différentes en fonction des caractères – orgueil, naïveté, vanité, jalousie... Rires en s

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"Les Éternels (Ash is purest white)" : les amants maudits

ECRANS | de Jia Zhangke (Chi, 2h15) Avec Zhao Tao, Fan Liao, Zheng Xu…

Vincent Raymond | Lundi 25 février 2019

2001, Datong. Amie d’un caïd de la pègre locale, Qiao effectue de la prison pour lui mais se trouve rejetée à sa libération – les anciens bandits étant devenus des notables. Elle va alors s’en tenir aux préceptes du milieu et tenter de reconquérir ce qu’elle a perdu... Concourant l’an dernier pour la Palme d’or, Les Éternels est l’ultime film de la compétition cannoise à sortir sur les écrans, à bonne distance du bruit et de la fureur animant la Croisette dont le prolifique Jia Zhangke est un régulier visiteur. De manière générale, le cinéaste est un homme d’habitudes, fidèle à sa comédienne Zhao Tao (son épouse à la ville), à sa région du Shanxi (dont il vient d’être élu député) et à ses structures narratives laissant de la place au temps et à la succession des époques. Il faut dire que l’évolution accélérée de la Chine contemporaine a de quoi stimuler les inspirations : Dong Yue avait lui aussi succombé à la tentation pour Une pluie sans fin (20

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Johan Asherton : that's old folk

Concert | Le musicien sera samedi 2 février à la Tête bleue. On vous le présente comme il est l'une des figures les plus cachées du folk français.

Stéphane Duchêne | Mardi 29 janvier 2019

Johan Asherton : that's old folk

Neil Young, Leonard Cohen, Bob Dylan, Nick Drake, Gram Parsons, Tim Hardin, Bert Jansch, Syd Barrett, l'école de Canterbury : voici, en vrac et pas forcément dans l'ordre, les références régulièrement accolées au nom de Johan Asherton dès lors qu'il s'agit d'ouvrir le grand jeu des comparaisons musicales. Même si le terme "régulièrement" est de fait quelque peu exagéré, Asherton étant l'un des trésors les plus cachés d'une tradition folk française elle-même fort peu dans la lumière. À cela vient s'ajouter le fait qu'Asherton, en accord avec ce nom anglophone, s'exprime uniquement dans la langue de Shakespeare – ou de Drake-Dylan-Young, c'est comme on veut. Il n'empêche qu'en plus de trente ans de carrière, le chanteur et guitariste aura su creuser, en groupe avec The Froggies ou en solo, le sillon d'un petit culte pour initiés fort mérité. Un sillon creusé notamment sur la foi d'une voix d'une profondeur abyssale qui peut, à l'occasion, rappeler la caresse du velours (là, la comparaison avec Cohen se justifie à plein) et de compositions d'une classe et d'une grâce absolues,

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Bonne année classique avec l'Orchestre national de France

Concert | Rendez-vous jeudi 3 janvier à la MC2.

La rédaction | Mercredi 19 décembre 2018

Bonne année classique avec l'Orchestre national de France

Si, contrairement à de nombreuses grandes villes françaises (Lyon par exemple) et internationales (Vienne, forcément), il n’est pas possible à Grenoble de passer le 31 décembre ou le 1er janvier en compagnie d’un orchestre de musique classique, cette année la MC2 entame tout de même la nouvelle année dès le jeudi 3 janvier avec l'Orchestre national de France et son chef grenoblois Emmanuel Krivine. L'illustre phalange interprétera pour ce bal, outre les traditionnelles valses viennoises, quelques sucreries de Georges Gershwin mises en bouche par la soprano Measha Brueggergosman. Une personnalité nord-américaine du monde lyrique dont la célébrité fit un triple axel en 2010 à Vancouver lorsque, devant un milliard de téléspectateurs, elle éleva la voix en même temps que le drapeau de la cérémonie olympique d'hiver. Et une artiste que les grands cousins d'outre-Atlantique redoutent régulièrement comme juge de l'émission de télé-réalité Canada's got talent. Grand spectacle assuré.

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"Pig" : ironie d’Iran

ECRANS | de Mani Haghighi (Irn, 1h48) avec Hasan Ma'juni, Leila Hatami, Leili Rashidi…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Réalisateur iranien en panne de tournage et condamné à la pub, Hassan Kassami en a gros sur l’ego : un tueur en série s’attaque à ses prestigieux confrères, les décapitant après les avoir occis. Hassan en viendrait presque à provoquer le dément pour être rassuré sur son statut… Cas de conscience, Trois visages, La Permission et maintenant Pig… L’année qui s’achève aura décidément été particulièrement faste du côté du cinéma iranien qui, pour des raisons aisément compréhensibles, se trouve plutôt cantonné dans des formats réalistes – qu’il s’agisse de fictions ou de documentaires. La proposition du réalisateur Mani Haghighi tranche, si l’on ose, avec la tonalité habit

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"The Mumbai Murders" : le venin du mal

ECRANS | Le copycat d’un tueur en série de Bombay provoque un flic déglingué en qui il a repéré un joli potentiel. Commence une longue traque faite de victimes collatérales. Une cavale bien noire puant le vice où toute innocence sera sacrifiée. Attention, c’est du violent.

Vincent Raymond | Lundi 19 novembre 2018

Policier coké jusqu’à ses verres teintés, Raghavan traque le balafré Ramanna, un tueur en série aussi cintré qu’arrogant qu’il a laissé filer alors qu’il s’était livré à ses services. Reparti dans la nature, Ramanna continue à le provoquer en exécutant ses victimes avec une sauvagerie gratuite… Dans la volumineuse production indienne, par ailleurs très mal diffusée en Occident, il faut s’armer de patience pour trouver l’aiguille au creux de la meule de foin, ou le clou de girofle au milieu du garam masala. Mais quand on s’y pique, on tient sa récompense. C’est le cas avec ce film, enfin visible deux ans et demi après son passage à la Quinzaine des réalisateurs cannoise – une éternité pour le prolifique réalisateur des Gangs of Wasseypur. The Mumbai Murders s’inspire des méfaits de Raman Raghav, un authentique tueur en série paranoïaque ayant sévi durant les années 1960 dans les rues de Bombay, dont Ramanna se veut une manière de version réactualisée et "augmentée" – le titre original est d’ailleurs Raman Raghav 2.0. Dépositaire d’une forme de mal à la limite du fantastique, le criminel cherche à e

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"BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan" : Spike Lee en mode humour noir

ECRANS | Deux flics (l’un noir, l’autre blanc et juif) infiltrent la section Colorado du KKK. Le retour en grâce de Spike Lee est surtout une comédie mi-chèvre mi-chou aux allures de film des frères Coen – en moins rythmé. Grand prix lors du dernier Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Mercredi 22 août 2018

Colorado Springs, États-Unis, aube des années 1970. Tout juste intégré dans la police municipale, un jeune flic noir impatient de "protéger et servir" piège par téléphone la section locale du Ku Klux Klan. Aidé par un collègue blanc, sa "doublure corps", il infiltrera l’organisation raciste… Spike Lee n’est pas le dernier à s’adonner au jeu de l’infiltration : dans cette comédie « basée sur des putains de faits réels » (comme l’affiche crânement le générique), où il cite explicitement Autant en emporte le vent comme les standards de la "blaxploitation" (Shaft, Coffy, Superfly…), le réalisateur de Inside Man lorgne volontiers du côté des frères Coen pour croquer l’absurdité des situations ou la stupidité crasse des inévitables "sidekicks", bêtes à manger leur Dixie Flag. Voire sur Michael Moore en plaquant en guise de postface des images fraîches et crues des émeutes de Charlottesville (2017). Cela donne un ton cool, décalé-cocasse et familier, rehaussé d’une pointe d’actualité

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"Come as you are" : la mauvaise éducation

ECRANS | de Desiree Akhavan (ÉU, 1h31) avec Chloë Grace Moretz, Sasha Lane, John Gallagher Jr.…

Vincent Raymond | Mercredi 4 juillet 2018

1993. Surprise en plein ébat avec une camarade, la jeune Cameron est envoyée par sa tante dans un camp religieux de "réhabilitation" pour les adolescents "déviants" placé sous la férule des frère-sœur Marsh. Au sein du groupe, Cameron tente de préserver son intime personnalité… Ah, cette vieille obsession puritano-normative de guérir l’homosexualité par la réclusion et la prière... Dans l’idée (et l’efficacité), cela rejoint l’antique sacrifice des vierges pour s’assurer de bonnes récoltes ; le fait de croire que l’on peut infléchir des événements sur lesquels l’on n’a aucune prise en sadisant ses semblables au nom de l’intérêt général. La prétendue maison de rééducation religieuse des Marsh est à la fois un lieu de retrait du monde pour des familles honteuses de l’orientation de leur enfant ("cachons ce gay que nous ne saurions voir") et un centre de torture psychologique. Paradoxalement, le confinement des ados et les chambrées non mixtes tendent à annuler le lavage de cerveau hétéro opéré pendant la journée. La réalisatrice irano-américaine Desiree Akhavan épouse avec beaucoup de justesse et de sensibilité ce sujet. Elle montre comment Cam

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"Le Dossier Mona Lina" : promesses trompeuses

ECRANS | de Eran Riklis (Isr-All, 1h33) avec Golshifteh Farahani, Neta Riskin, Lior Ashkenazi…

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

Remise d’une mission éprouvante, une agent du Mossad est affectée à une opération en théorie tranquille : veiller le temps de sa convalescence sur une transfuge du Hezbollah libanais, Mona (Golshifteh Farahani), dans une planque sécurisée en Allemagne. Mais les anciens alliés de Mona sont sur ses traces… Qui manipule qui, qui est l’appât, qui est la proie ? À la base complexe (et plongée dans un vortex diplomatique depuis les décisions intempestives de Donald Trump), la situation géopolitique au Levant constitue un terreau favorable pour un bon thriller d’espionnage en prise avec le réel. Rompu aux questions de frontières (voir notamment La Fiancée syrienne en 2005), le réalisateur israélien Eran Riklis n’hésite pas ici à critiquer le cynisme des officines d’État (y compris le sien) manœuvrant en dépit de la morale et en fonction des intérêts du moment, quitte à sacrifier autant de pions (c’est-à-dire de vies) que nécessaire. Après un démarrage tonitruant porté par une musique et une distribution dignes des grandes productions internationales, le film s’engage dans un face-à-face prometteur puisqu’il oppose une renég

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Cabaret (frappé) d'ici et d'ailleurs

Festival | Toujours en renouvellement, avec ses (plus ou moins) jeunes pousses locales et, cette année, de belles têtes d'affiche sans frontières, le Cabaret frappé vise juste. Et frappe haut, comme on s'en rendra compte du lundi 16 au samedi 21 juillet au Jardin de ville de Grenoble.

Stéphane Duchêne | Mardi 19 juin 2018

Cabaret (frappé) d'ici et d'ailleurs

Derrière les têtes d'affiche qu'elle propose chaque année, il y a du côté de l'équipe du Cabaret frappé un prisme qui se veut d'abord grenoblois (ou local) et qui, en toute logique, s'attache à mettre en avant les talents d'aujourd'hui et de demain, à des degrés d'émergence plus ou moins avancés. Fait de découvertes et d'artistes affirmés en attente de confirmation (c'est la raison d'être de la Cuvée grenobloise, avec qui le Cabaret bosse), ce millésime annuel de talents qu'il est bon d'encourager est toujours enthousiasmant. Ainsi d'Arash Sarkechik, dont on avait évoqué ici la sortie du premier album solo Toutirabien ; de la chanson mauvaise herbe du trio Pelouse de l'activiste Xavier Machault ; de l'électro world fouineuse de Deyosan ; de la surf-music zinzin d'I'd Like to Surf ; ou encore du ta

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Six soirées à ne pas louper à Grenoble les quinze premiers jours de mai

MUSIQUES | Rendez-vous au Drak-Art, au Black Lilith, à la Bobine ou encore au Bauhaus.

Damien Grimbert | Mercredi 2 mai 2018

Six soirées à ne pas louper à Grenoble les quinze premiers jours de mai

Bashment Au Drak-Art vendredi 4 mai Retour printanier pour les soirées Bashment de l’asso Eddy Rumas, dédiées aux musiques dansantes caribéennes et à la culture sound-system dans toute son ampleur (reggae, dancehall, carnival, soca, bass music). Aux platines, les résidents Bassroom Sound, Tropikal Selecta et Badman & Gringo et, en invité spécial, Soul Crucial Sound, activiste dancehall de la première heure et résident des fameuses soirées Nice & Easy à la Bobine. Dreaming Back To Future Au Bauhaus samedi 5 mai Sans doute l’un des secrets les mieux gardés de la vie nocturne grenobloise, les soirées Dreaming Back réunissent aux platines deux DJs passionnés à la complémentarité évidente et à l’ouverture musicale sans égale (Youpidou et Phrax Bax) autour d’une sélection affûtée allant du reggae-dub à la techno, en passant par la disco, la house, le zouk, les musiques ethniques, l’ambient, les bandes-son psyché vintage ou encore l’expérimen

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"Toutirabien" grâce à Arash Sarkechik

Concert | Le multi-instrumentiste et chanteur adepte d'un monde musical sans frontières (mais basé à Grenoble) sort son premier album. Et sera en concert vendredi 27 avril à l'Ilyade (Seyssinet-Pariset).

Stéphane Duchêne | Mardi 24 avril 2018

Depuis le temps (quelque chose comme trois décennies) qu'Arash Sarkechik traîne ses guêtres alternatives dans le paysage musical grenoblois mais pas que, il était temps que l'homme livre son album solo. Jusqu'ici, on avait notamment pu le voir et l'entendre au sein de Shâady, d'Emzel Café et de Pan. Autant d'aventures qui lui ont permis de briller et de s'atteler à diversifier sa matière musicale, allant du reggae à la world music en passant par la chanson rock. C'est d'ailleurs en travaillant avec le trio Pan, son projet le plus récent, qu'Arash Sarkechik s'est mis à esquisser les contours du projet qui porterait cette fois son nom. Peut-être parce qu'il jouit d'un univers plus intime et matérialise un mélange entre ses influences orientales (il est d'origine iranienne) et sa culture occidentale. Mais cela ne l'empêche pas de convoquer, à l'image du joueur de oud Smadj, de nombreux musiciens à même de faire vivre un monde musical et une musique mondiale. De fait, c'est comme si toutes les expériences, toute la vie musicale d'Arash Sarkechik, par ailleurs parolier de premier ordre, se retrouvait ici en un point à l'image de la pochette de ce

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"Foxtrot" : contre-danse

ECRANS | de Samuel Maoz (Isr-Fr-All, 1h53) avec Lior Ashkenazi, Sarah Adler, Yonaton Shiray…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Dafna et Michael apprennent brutalement un matin que leur fils Yonatan, militaire affecté sur un poste frontière dans le désert israélien, a été tué. Il faut gérer la douleur, les démarches administratives, la famille, les cérémonies officielles absurdes. Sauf qu’il y a un coup de théâtre… Un film ? Plutôt trois et demi en un, alternant les couches ou les tranches comme dans un sandwich. Or, chacun le sait, le meilleur du sandwich, c’est rarement le pain. L’épisode central le confirme ici : après une ouverture ayant pour fonction de démontrer l’habileté du réalisateur Samuel Maoz, son goût pour la géométrie et son art à gérer la spatialité, on découvre ce qui aurait pu (dû ?) demeurer un fantastique court-métrage. Cœur du récit et nœud du drame, la vie au poste frontière est un mélange d’absurde et d’esthétique rappelant le roman de Julien Gracq Le Rivage des Syrtes, mais revisité par Jean-Pierre Jeunet époque Bunker de la dernière rafale. Un moment de sombre beauté en temps de guerre, où entre deux banalités dans le quotidien de troufions abandonnés à eux-mêmes, un drame va se cristalliser. Il y a

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Ash Kidd : stéréotype assumé

Concert | Difficile de faire plus représentatif des tendances du moment que la musique du rappeur français Ash Kidd, en concert samedi 21 avril à la (...)

Damien Grimbert | Mardi 17 avril 2018

Ash Kidd : stéréotype assumé

Difficile de faire plus représentatif des tendances du moment que la musique du rappeur français Ash Kidd, en concert samedi 21 avril à la Belle électrique. Des instrus vaporeuses et vénéneuses entre cloud rap, réminiscences trap, pop et R’n’B, un flow éthéré mi-rappé mi-chanté, des paroles à la fois crues et mélancoliques dans lequel le jeune Strasbourgeois de 25 ans s’épanche sur ses relations sentimentales houleuses et son amour de la ride, des nuits blanches et de la défonce… Visiblement pas dupe, il a d’ailleurs intitulé son quatrième EP, sorti début mars, Stéréotype, et affirme sans détour dans une récente interview pour Clique qu’il est littéralement « un cliché de cette génération » : « Je suis jeune, je porte ces sapes-là, je fume de la drogue, je vois des filles… » Alors certes, on apprécie l’honnêteté et la clairvoyance ; reste qu’en dépit du soin apporté à l’emballage, tout ça nous laisse passablement sur notre faim. C’est une chose d’incarner l’air du temps, c’en est une autre d’apporter quelque chose de nouveau à l’édifice…

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Pogo Car Crash Control : mortel accident

Concert | Le jeune quatuor de Seine-et-Marne est l'une des révélations de la scène rock française de ces dernières années. Il sera jeudi 5 avril à l'Ampérage pour le prouver.

Stéphane Duchêne | Mardi 3 avril 2018

Pogo Car Crash Control : mortel accident

Comme ça, a priori, ils ont l'air sains comme une cagette de pommes bio de Seine-et-Marne (il doit bien y avoir des pommes en Seine-et-Marne). Blondeur, sourire et mèche presque bien mise, la photo est pourtant trompeuse, évoquant davantage la conduite accompagnée que le pogo en voiture avec crash en bout de piste. Mais sur scène, c'est l'accident, tout s'enraye et les pommes bio deviennent radioactives au point de produire, on cite, « une grosse énergie gerbée sur un micro ». Celle de la Déprime hostile, jaillie comme d'une explosion nucléaire et qui donne son nom au premier album de Pogo Car Crash Control. C'est un fait : en à peine plus de vingt années, les membres du quatuor de Seine-et-Marne (Lésigny, capitale du rock) semblent avoir vécu bien des avanies pour en vouloir de la sorte à la terre entière. À commencer par eux-mêmes (Je suis un crétin) et par leurs instruments, sévèrement maltraités par un punk/garage/grunge lancé à toute allure et toujours au bord de faire rendre gorge ou de rendre l'âme (on pense aux cordes vocales du chanteur Olive, dont on se demande si elles passeront l'année).

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Incandescence sonore avec Sister Iodine

Concert | Mardi 3 avril au 102, on aura droit à du lourd. À savoir le harsh noise des Parisiens de Sister Iodine, qu'on vous présente.

Damien Grimbert | Mardi 27 mars 2018

Incandescence sonore avec Sister Iodine

Il serait tentant, pour décrire la musique du trio mythique de la scène harsh noise (une musique bruitiste et violente) parisienne Sister Iodine, de se focaliser exclusivement sur son insatiable corrosivité : "uneasy listening à l’état pur", "symphonie pour marteaux-piqueurs et fraises de dentiste quelque part entre l’acide chlorhydrique et les neufs cercles de l’Enfer" et autres formules-choc faciles. Mais cela ne saurait pour autant vraiment rendre justice à la sauvagerie fabuleuse, brute et avant-gardiste, émanant d'une formation qui, depuis le début des années 1990, emprunte à diverses entités comme la no-wave, l’électronique, l’ambient, le black métal et les musiques expérimentales pour repousser toujours un cran plus loin les limites de son cathartique exorcisme sonore. Si Venom, dernier album en date sorti sur l’excellent label égyptien Nashazphone, a été si bien accueilli (par les amateurs du genre, entendons-nous – le plateau télé n’est pas encore pour demain), ce n’est clairement pas seulement grâce à son incroyable radicalité. Mais bien parce qu’il explore aussi, dans une dé

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Ibeyi : comme deux ouragans

Concert | Un premier album accueilli triomphalement en 2015, une apparition dans le film "Lemonade" de Beyoncé, un défilé Chanel à Cuba… : les jumelles d’Ibeyi sont les coqueluches d’une pop mondialisée, statut confirmé (voire amplifié) par la sortie l’an passé de leur deuxième album "Ash". Elles viendront le défendre sur la scène de la Belle électrique, à guichets fermés.

Alice Colmart | Mardi 20 mars 2018

Ibeyi : comme deux ouragans

Des voix perçantes, des rythmes ancestraux, une soul expérimentale : autant d’ingrédients qui caractérisent le duo français d'origine venezueliano-cubain Ibeyi, au succès fulgurant. Filles du percussionniste cubain Anga Díaz (Buena Vista Social Club), Lisa-Kaindé et Naomi Díaz sont complémentaires autant par le lien de gémellité qui les unit que par leur travail artistique. La première est ainsi davantage chanteuse (en anglais et en espagnol), monte et descend en vagues mélodieuses, arrange toutes les voix, quand la seconde, musicienne, assure notamment les percussions. C’est en 2014 qu’elles commencent à faire parler d’elles avec la sortie de River, premier single tissé de chœurs ténébreux et de rythmes puissants. Très mystique, le titre rend hommage à la déesse Oshun, divinité issue des croyances religieuses yorubas avec lesquelles les deux sœurs ont grandi. Le duo est alors propulsé sur le devant de la scène, allant même jusqu’à faire vibrer le cœur de Beyoncé qui les invite à apparaître dans son film Lemonade qui accompagne en 2016 la sortie de l’album du même nom.

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"L'Affaire Roman J." : (navrants) pépins d’avocat

ECRANS | de Dan Gilroy (ÉU, 2h03) avec Denzel Washington, Colin Farrell, Carmen Ejogo…

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Issu du militantisme afro-américain, vêtu comme l’as de pique et passant ses journées dans ses dossiers, l’avocat Roman J. Israel (Denzel Washington) est un excellent procédurier, mais un maladroit plaideur. À la mort de son patron, un cabinet de prestige le recrute pour ses talents. Il va alors "changer"… Ce film-marathon semble hésiter à cerner son sujet, comme à croquer son personnage principal dont le caractère girouette plus vite qu’un Dupont-Aignan en période électorale. Présentant de nombreuses caractéristiques de certains syndromes d’Asperger (mémoire hallucinante, sociabilité "particulière", attachement à des rites…), la probité et le désintéressement d’un saint, Roman J. Israel oublie brusquement tous les préceptes ayant gouverné son existence pour commettre une action contraire à l’éthique. En plus d’être improbable, ce retournement psychologique s’accompagne d’une métamorphose physique aussi absurde que le costume hors d’âge/vintage dont ce pauvre avocat est affublé. L’idée initiale de confronter l’idéalisme d’un juriste de bureau versé dans les droits civiques aux requins de prétoires était pourtant bonne. L’ajout d’une intrigue

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"Mary et la fleur de la sorcière" : l’éclosion du talent Hiromasa Yonebayashi

ECRANS | de Hiromasa Yonebayashi (Jap., 1h42) animation

Vincent Raymond | Lundi 19 février 2018

À peine a-t-elle emménagé chez sa grand-tante que Mary découvre dans la forêt d’étranges fleurs bleues conférant à qui les utilise des pouvoirs magiques… pour une nuit. Grâce à ceux-ci, Mary accède à Endor, l’école de magie dirigée par l’inquiétante Madame Mumblechook… Transfuge du studio japonais Ghibli, Hiromasa Yonebayashi a créé le Studio Ponoc pour mener à bien ce projet hors de l’oppressante tutelle du duo Miyazaki/Takahata. Mais si les deux vieux maîtres n’ont plus de commandement hiérarchique sur son travail, ils continuent cependant d’exercer une influence artistique manifeste – comment pourrait-il en être autrement, après un demi-siècle de règne sur la "japanimation" ? Adapté d’un roman anglais ancêtre d’Harry Potter, Mary et la fleur de la sorcière se prête aisément à une transposition dans l’imaginaire nippon (peuplé de sortilèges, de métamorphoses, d’êtres enchantés vivant en osmose avec une nature protectrice) et sa culture, où la tradition et la transmission familiales occupent une place prépondérante – cela sans parler de l’icono de la collégienne en uniforme, car en ce moment ce serait plu

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"L’Insulte" : déroute à Beyrouth

ECRANS | Plus qu’un film de prétoire aux accents tragi-comiques, "L’Insulte" est, l’instar d’une écharde microscopique devenant plaie purulente que les fièvres surinfectent, une parabole éclairant les tensions au pays du cèdre… et partout ailleurs. Coupe Volpi à Venise et représentant le Liban dans la course à l’Oscar.

Vincent Raymond | Mardi 30 janvier 2018

Beyrouth, de nos jours. Yasser, un contremaître réfugié palestinien, fait réparer la gouttière vétuste de Toni, garagiste chrétien nerveux. Mais ce dernier, d’un geste puéril, détruit aussitôt le travail accompli. Une insulte fuse et commence une affaire dont l’ampleur gagne les tribunaux, jusqu’aux sommets de l’État… À qui doute de la puissance des mots, de leur charge explosive (surtout dans le contexte d’une poudrière politique et religieuse telle que le Liban), on recommande vivement cette fable moderne opposant deux hommes à la dignité outragée refusant, chacun pour des raisons compréhensibles, de revenir sur leurs positions. Deux citoyens que la justice ne peut départager ni donc satisfaire ; deux victimes et deux coupables, simultanément. L’origine de la violence Comme chez l'écrivaine française Nathalie Sarraute (mais transposée au Levant), un mot fatal est sinon le déclencheur d’une querelle, du moins le révélateur d’une tension latente entre deux pôles opposés, lesquels se saisissent de l’occasion pour s’en délivrer. On imagine l’abyssale différence de potentiel entre un chrétien libanais vivant dans le culte de Bachir Gemayel (n’hésita

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"Khibula" : sublime et tragique fin de partie

ECRANS | de George Ovashvili (All.-Fr.-Geo., 1h38) avec Hossein Mahjub, Kishvard Manvelishvili, Nodar Dzidziguri…

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

C’est la débâcle pour le Président de la République géorgienne. Escorté par le dernier carré de ses fidèles, dont le Premier ministre, il erre à travers un pays enneigé, refusant d’être exfiltré par les Russes. En lui demeure l’espoir de reconquérir la confiance de ses compatriotes… Le réaliateur géorgien George Ovashvili a le sens du sublime et de la tragédie. Il transcende donc un fait historique avéré (la fuite et la mort du dirigeant Zviad Gamsakhourdia au début des années 1990) pour donner du grandiose et de la dignité à cette débandade pathétique à travers des villages certes dépeuplés mais toujours accueillants pour leur illustre hôte d’une nuit. L’épopée shakespearienne croise souvent l’absurdité beckettienne, en particulier dans ces fondrières boueuses où le Président et son cortège en costume ruinent leur beaux souliers de ville. Un Président qui, abandonné de tous, au milieu de nulle part, ne se défait ni de son port impavide, ni de sa pauvre serviette – ultime vestige de son pouvoir révolu. Balade triste pour un exil manqué, fuite en avant hantée par le passé et l’incertitude du présent, Khibula est un gr

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Le hip-hop à contre-courant avec le festival Demain c’est bien

Festival | Du mardi 7 au samedi 11 novembre débarque la deuxième édition du festival des associations Mix’Arts et Base Art' dédié aux cultures hip-hop. On déroule le programme.

Damien Grimbert | Lundi 6 novembre 2017

Le hip-hop à contre-courant avec le festival Demain c’est bien

Initiée conjointement par les associations Base Art’ et Mix’Arts, la deuxième édition du festival Demain c’est bien tourne résolument le dos aux dernières évolutions de la scène rap française mainstream actuelle pour mieux se focaliser sur le versant "underground" des cultures hip-hop. Un parti pris certes à contre-courant, mais qui permet au jeune festival d’afficher une programmation à la fois très cohérente et assez irréprochable qualitativement. Si les concerts se taillent en toute logique la part du lion avec des têtes d’affiche de premier choix comme le Klub des Loosers, Casey, KT Gorique (en photo) ou encore Kacem Wapalek (pour n’en citer qu’une poignée), la présence bienvenue de plusieurs conférences et tables rondes autour des dimensions socio-culturelles du hip-hop promet également d’intéressants temps d’échanges et de réflexion. À ne pas manquer enfin, la traditionnelle "block party" du samedi après-midi à la Villeneuve, ainsi que la soirée de clôture à l’Ampérage qui laissera au quatuor électro-hip-hop local Monkey Theorem et aux turntablists virtuoses multi-primés DJ Fly, DJ Netik et DJ Veekash le soin de mettre le feu au dancefl

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Nashville Pussy : on dirait le sud (des États-Unis)

Concert | Samedi 11 novembre à l'Ilyade (Seyssinet-Pariset), on pourra rencontrer un quatuor américain qui s'adonne sans retenue (mais alors aucune) à un genre de hard rock sudiste bas du front, vulgaire et sexy (selon les critères que l'on a de ces deux notions) mais ô combien spectaculaire, efficace et (parfois) drôle.

Stéphane Duchêne | Mardi 7 novembre 2017

Nashville Pussy : on dirait le sud (des États-Unis)

Le 11 novembre à l'Ilyade, il y a aura comme un goût d'Odyssée. Non pas de celle qui conduisit le roi d'Ithaque à quelques détours avant de revenir au côté de sa Pénélope, mais l'un de ces voyages chaotiques et poussiéreux tels qu'on peut en faire à l'arrière d'un pick-up au pays des rednecks. Un pays, le sud des États-Unis, dans lequel il n'est guère plus conseillé de se perdre si l'on n'est pas du coin (et, là-bas, les coins sont plutôt obtus) que dans la mer Égée. C'est de ce sud profond de cette Americana trash convoquant aussi bien le folklore "southern gothic" façon Massacre à la Tronçonneuse que la très discutable esthétique confédérée, drapeau en tête, que se réclament, en se mordant les joues, les Nashville Pussy, y ajoutant une devise elle-même parodique mais qui annonce la couleur : « In lust we trust. » La luxure (l'alcool, le sexe, la défonce, l'enfer, toutes ces réjouissances), c'est donc aussi ce qui résonne dans les guitares et les voix de ce rock de contrebande distillé par le quatuor formé à l'origine par le couple d'Atlanta Blaine Cartwright et Ruyter Suys, tout droit sortis d'un film de Rob Zombie et bercés par Mot

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"Téhéran Tabou" : levons le voile sur l’Iran

ECRANS | Chronique rotoscopique de la vie de trois femmes et d’un musicien tentant de survivre dans une société iranienne aussi anxiogène qu’hypocrite, cette photographie sur fond sombre est émaillée, de par la forme choisie, d’instants de grâce visuelle. Implacable et saisissant.

Vincent Raymond | Lundi 2 octobre 2017

Vertus publiques et vices privés dans l’Iran d’aujourd’hui, où l’on suit quatre personnages d’un même quartier : un musicien voulant "réparer" la virginité d’une jeune femme avec qui il a couché en boîte, l’épouse d’un drogué contrainte à la prostitution et une femme au foyer aisée… À moins d’être aussi hypocrite que le soi-disant gardien de la morale apparaissant dans le film (un religieux usant de son pouvoir pour obtenir des faveurs sexuelles d’une femme en attente d’un divorce, d’un logement et d’une école pour son fils), personne ne s’étonnera de voir à quel point certains Iraniens peuvent se montrer accommodants vis-à-vis de la religion, tant qu’elle sert leurs privilèges ; peu importe si c'est au détriment des Iraniennes. Si l’État promeut la rectitude, l’élévation spirituelle, dans les faits, il encourage le dévoiement des règles, la corruption et récompense les bas instincts. Accents aigus Brutal, le reflet que Ali Soozandeh tend à la société iranienne n’a rien d’aimable ; il pourra même paraître déformé, du fait de son recours à la technique de la rotosc

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Et voici les 20 concerts de l’automne

Panorama de rentrée culturelle 2017/2018 | Une sélection à base de stars de la chanson, de rock qui déménage ou encore de surprises musicales bienvenues.

La rédaction | Mercredi 13 septembre 2017

Et voici les 20 concerts de l’automne

A-Wa Les trois sœurs Haim n'en finissent plus de passer près de chez nous – ce sera leur cinquième date dans la région en tout juste deux ans. Et de s'ouvrir toutes les portes depuis la parution de leur Habib Galbi, transformé en hit au fil des mois (y compris en Israël, chose très rare pour un morceau chanté en arabe) et flanqué d'un album tout aussi réjouissant baptisé du même nom. Soit des chansons issues du répertoire traditionnel yéménite qu'elles ont souhaité s'approprier, le malaxant de leurs multiples influences allant des Beach Boys (ah, les harmonies vocales !) à Kendrick Lamar. On est fans, surtout en concert. À la Rampe mardi 26 septembre Amadou et Mariam Ils sont loin les Dimanche à Bamako (15 ans déjà) qui ont mis Amadou et Mariam sur la carte de la musique internationale (après 15 ans d'une première carrière) et ont permis de démontrer que la musique malienne allait bien au-delà de la kora traditionnelle e

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"7 jours pas plus" : à la petite semaine

ECRANS | de Héctor Cabello Reyes (Fr., 1h31) avec Benoît Poelvoorde, Alexandra Lamy, Pitobash…

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

Quincailler pointilleux attaché à ses habitudes de célibataire, Pierre (Benoît Poelvoorde) se trouve contraint d’héberger un Indien dépouillé de ses biens et papiers, le temps qu’il parvienne à contacter sa famille. Pierre lui a donné 7 jours, pas plus. Et c’est déjà énorme pour lui… Pour sa première réalisation, Héctor Cabello Reyes signe le remake de El Chino (2012), comédie sud-américaine ayant connu son petit succès en salles – troquant, par le jeu de la transposition, le massif Ricardo Darín contre l’explosif Poelvoorde et le Chinois contre un Indien. Commun outre-Atlantique, où les films étrangers sont rarement vus (et recherchés), ce type d’adaptation reste marginal dans l’Hexagone, gouverné par la tradition de l’auteur. Mais quel est ici l’auteur réel ? Le cinéaste ayant flairé un matériau adéquat pour Poelvoorde mais qui se borne à une réalisation utilitaire théâtralisante, ou bien le comédien déployant impeccablement ses gammes de l’hystérie à l’émotion, dans un emploi sur mesure, comme jadis de Funès, Fernandel ou le Gabin tardif ? Il manque derrière la caméra un soupçon de personnalité pour se dist

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"Une famille heureuse" : une ode géorgienne à la liberté

ECRANS | de Nana Ekvtimishvili & Simon Groß (Geo.-All.-Fr., 1h59) avec Ia Shugliashvili, Merab Ninidze, Berta Khapava…

Vincent Raymond | Mardi 9 mai 2017

Sans raison apparente Manana, enseignante quinquagénaire, annonce à son envahissante parentèle son intention de "divorcer" d’elle en emménageant seule. Ses parents, enfants et mari tombent des nues, mais Manana n’en démord pas et s’installe bientôt dans son chez elle… L’ironie douce du titre dissimule un film d’une grande acuité, qui jamais cependant ne se montre vis-à-vis des personnages. Jusqu’à la prise de parole (et de pouvoir) de Manana, chacun·e pense effectivement que le bonheur règne dans la famille. Son désir d’affranchissement, inédit pour une femme, révèle qu’il n’en était rien. Ce constat établi, il faut un surcroît de force à Manana pour assumer sa décision : tout le monde (à commencer par ses aînées, jalouses sans doute de son initiative courageuse), veut la "raccommoder" aux siens. Mais elle tient bon, et profite malgré le qu’en-dira-t-on et la désapprobation plus ou moins discrète des hypocrites, de son indépendance. Filmée sans heurt, sans hystérisation et avec beaucoup d’humour, cette histoire en disant long sur la place allouée aux femmes dans la société géorgienne nous cueille également par sa maîtrise de la durée. « On ne v

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"Werewolf" : loups-garous égarés

ECRANS | de Ashley McKenzie (Can., 1h20) avec Andrew Gillis, Bhreagh MacNeil, Kyle M. Hamilton…

Vincent Raymond | Mardi 21 mars 2017

Anciens toxicos sans feu ni lieu, Blaise et Nessa galèrent pour trouver de quoi acheter leur dose quotidienne de méthadone. Les petits boulots sont rares et les tentations de replonger, immenses. Quelques coups de pouce donnent l’énergie à Nessa, quand Blaise s’enfonce… Âpre et abrupt, ce premier long-métrage du Canadien Ashley McKenzie dresse le tableau cru de plusieurs marginalités conjuguées. Celle des drogués courant après les petits boulots pour assumer la prise en charge partielle de leur programme de sevrage (de ce fait, ils transfèrent leur addiction illicite pour les stupéfiants contre une dépendance morbide au dollar, plus admise). Et puis celle d’un quart monde isolé dans sa misère sociale ordinaire, où subsistent malgré tout des vestiges d’entraide. Corps détruits, ravagés, peaux marquées par les carences, le manque ou les intoxications ; images traduisant la confusion née des ivresses et de la souffrance… Werewolf n’esthétise pas cette pauvreté semblant ressurgir de la Dépression. Et si elle nous paraît déjà atroce dans ce décor canadien, on frissonne en pensant que pour des personnages vivant quelques k

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Trois soirées pour la fin février

Sélection | Au programme : musiques dansantes caribéennes au Drak-Art, house élégante et bien produite à la Belle électrique (avec Dixon) et les fameuses Hold-Up Ladies à l'Ampérage.

Damien Grimbert | Jeudi 16 février 2017

Trois soirées pour la fin février

18.02.17 > Drak-Art Bashment On a beau aimer la house et la techno, ça fait parfois du bien d’écouter un peu autre chose à l’occasion, histoire de s’aérer un minimum les oreilles. D’où l’intérêt d’un concept comme celui des Bashment, une nouvelle série de soirées lancée par l’asso Eddy Rumas, entièrement dédiée aux musiques dansantes caribéennes et à la culture sound-system. Au programme : reggae, dancehall, raggamuffin, afrobeats, carnival, soca, le tout saupoudré d’une petite pointe de jungle et de bass music, histoire de varier les plaisirs. ________ 25.02.17 > Belle électrique Dixon + Aera (live) S’il était déjà loin d’être un inconnu lors de ses précédents passages à Grenoble (respectivement en 2010 et 2011), le Berlinois Dixon s’est littéralement transformé en superstar d’ampleur mondiale dans l’intervalle. Niveau musique, en revanche, pas de changement radical à l’horizon pour le cofondateur du célèbre label Innervisions. On reste toujours dans cette même gamme de house élégante et bien produite, qui a l’avantage de ne pas virer dans la putasserie EDM de bas-ét

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"American Honey" : Le miel de la misère américaine

ECRANS | La trajectoire de Star, ado du Kansas fuyant un foyer délétère, pour intégrer une bande de VRP à son image, cornaqués par un baratineur de première. Un portrait de groupe des laissés pour compte et des braves gens d’une Amérique sillonnée dans toute sa profondeur, où même la laideur recèle une splendeur infinie.

Vincent Raymond | Mardi 7 février 2017

Quand on a 17 ans et aucune autre perspective que fouiller les poubelles pour nourrir sa fratrie ou se faire peloter par son épave de père, on n’hésite pas longtemps lorsque s’offre une occasion de quitter son trou à rat. Pour Star, elle se présente sous les traits de Jake, hâbleur et fantasque chef d’une troupe d’ados vendant des magazines en porte-à-porte pour le compte de la belle Krystal. Séduite et cooptée, Star rejoint son escadron de bras cassés cueillis au gré des haltes du cortège. De grands gamins paumés mais pas méchants, formant un clan où Star se sent “à part”… Étoile fuyante À de rares exceptions près, vous ne trouverez guère dans les JT, d’images authentiques de cette Amérique profonde, malade et déclassée, qui a fini par voter Trump par désarroi ou désespoir. Plusieurs longs métrages ont cependant diagnostiqué la lèpre sociale rampante, de Winter's Bone de Debra Granik (2010) à The Other Side (2015), sans ménagement ni complaisance. Visages édentés, corps ravagés par le crack, inceste et délinquance en sus, les tableaux de ce quotidien abominable y étaient d’une noirceur épou

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"Chanda, une mère indienne" : clichés nous voilà

ECRANS | de Ashwiny Iyer Tiwari (Ind., 1h36) avec Swara Bhaskar, Riya Shukla, Ratna Pathak…

Vincent Raymond | Mardi 3 janvier 2017

Servante opiniâtre, Chanda rêve pour sa fille Appu d’un meilleur destin : ingénieure, docteure, gouverneure… Hélas, l’ingrate se contente du minimum en classe. Alors, Chanda décide de retourner elle aussi sur les bancs de l’école afin de donner le bon exemple à la fainéante… Patrons paternalistes et bienveillants, mathématiques pas si difficiles que ça, fille égoïste mais apprenant les vertus de l’effort, ascenseur social en marche, absence de chansons, fin heureuse – pensez donc : Chanda n’a même pas à connaître le sort de Fantine, ni Appu à faire la Cosette… Tout cela part d’une excellente intention : promouvoir, par l’exemple de la réussite, l’émancipation féminine en montrant qu’une fille de servante n’est pas prisonnière de sa classe sociale au nom d’un vague déterminisme… ni d’un quelconque karma. Hélas, cet argument n’a su inspirer qu’un film platement illustratif, une sorte de tract chamarré pour soirée-théma-débat-dossiers-de-l’écran, où les clichés folkloriques répondent aux pirouettes scénaristiques attendues. Son seul atout est de rappeler, au passage, qu’il faut être fortuné ou économe pour offrir des études à ses enfants quand l’enseignement n’e

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"Fashion Altitude" : quand la montagne a du style

ARTS | Moon Boots, doudounes, pulls Jacquard, masques… L’exposition à l'affiche du couvent Sainte-Cécile passe en revue l’évolution du vêtement de montagne du XVIIIe siècle à nos jours, à travers un panorama historique agrémenté de vidéos et d’affiches. On enfile ses gants et on y fonce tout schuss.

Charline Corubolo | Mardi 3 janvier 2017

Si, sur une piste de ski, vous ressemblez plus à Jean-Claude Duss qu’à un moniteur de l’ESF au sourire ultra bright, allez dont faire un tour au couvent Sainte-Cécile, cela pourrait vous donner des idées côté style. Présentée par le Fonds Glénat, l’exposition Fashion Altitude, mode & montagne du XVIIIe siècle à nos jours retrace, combinaisons et accessoires à l’appui, l’évolution stylistique et technique du vêtement de montagne. Du loisir au tourisme, en passant par le sport et l’alpinisme, le parcours explore les différentes facettes des tenues d’hiver, mais aussi leurs représentations avec des lithographies, des affiches, des photographies, des films ou encore des peintures. Passée de territoire dangereux à un lieu de plaisir, la montagne a conditionné le vêtement, dont la mode s’est emparée au fil des années. L’esthétique et le technique se sont ainsi combinés, développant une véritable iconographie propre à l’allure des sommets, qui envahit aujourd’hui même l’environnement urbain. Une véritable expédi

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"Sex Doll" : London Darling

ECRANS | de Sylvie Verheyde (Fr., 1h42) avec Hafsia Herzi, Ash Stymest, Karole Rocher…

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Escort girl travaillant à Londres pour le compte de Raphaëlle et menant grand train, Virginie est approchée par Rupert, un mystérieux jeune homme fréquentant souvent les prostituées de son genre. Dans un but très précis… On ne changera pas Sylvie Verheyde, qui n’aime rien tant que décrire les faunes populo-marginales et les filmer entre chien et loup. Sauf qu’elle en tire des histoires arty confuses se regardant la misère (du Claire Denis, mais en plus sinistre), bien cachées derrière un alibi social – ce qui ne manque pas d’arriver, ici encore. Oh, on voudrait bien y croire, ne serait-ce que pour lui faire plaisir ; seulement, il y a un hic : l’interprète du rôle principal, Hafsia Herzi. Ses qualités de jeu ne sont pas en cause, entendons-nous bien ; elle n’a juste pas le physique bimboesque requis pour rendre crédible sa situation de demi-mondaine. Lorsqu’on y songe, c’est plutôt rassurant pour la comédienne…

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"Trashed" : le plastique, c’est satanique

ECRANS | Jeremy Irons nous guide à travers le monde des déchets gouverné par de belles saloperies : dioxines et plastiques – des polluants ubiquistes impossibles à recycler, résidus de la révolution industrielle et des Trente glorieuses. Un documentaire de de Candida Brady aussi édifiant qu’effrayant.

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Fin octobre, le WWF publiait une étude révélant l’extinction de 50% des espèces de vertébrés durant les quarante dernières années. À qui la faute ? Le documentaire Trashed délivre davantage qu’une ébauche de réponse à ce cataclysme supérieur à tous les accidents géologiques passés, en accumulant des strates d’informations. Pour certaines collectées au grand jour ; pour d’autres ramassées dans la fange putride de nos poubelles. Lesquelles, sous nos yeux obstinément aveugles, ont gagné notre espace vital. Elles gagneront tout court, si l’on n’y prend garde. Ordures ! Sur le front environnemental, d’aucun(e)s pensent qu’il est plus productif pour la cause d’encenser en sautillant benoîtement un chapelet de micro-initiatives positives, en prenant grand soin d’éviter de s’attarder sur la situation actuelle, décidément trop anxiogène. Une étrange forme de méthode Coué consistant à consentir un traitement, sans accepter de reconnaître la maladie – tout à fait en phase avec notre époque de l’aseptisé triomphant. Ici, Jeremy Irons ne fait pas de cœurs avec les doigts, ni n’étreint ses interlocuteurs sur fond "chill-out". Pas plus qu’il ne d

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"Les 7 Mercenaires" : et sept qui font sang

ECRANS | de Antoine Fuqua (E-U., 2h13) avec Denzel Washington, Chris Pratt, Vincent D’Onofrio…

Vincent Raymond | Mardi 27 septembre 2016

Akira Kurosawa s’amuserait sûrement devant cette nouvelle postérité de ses Sept Samouraïs (1954) qui, après être devenus Mercenaires (1960) devant la caméra de John Sturges, s’offrent un lifting sous la direction d’Antoine Fuqua. À chaque époque sa manière de remettre le passé à son goût du jour, de le récrire ou de lui offrir une perspective en s’imprégnant du présent. Celle de Fuqua découle des apports de Sam Peckinpah et Sergio Leone (comptant un Afro-américain, un Asiate et un Amérindien, sa horde de mercenaires est déjà davantage métissée), tout en renvoyant également au western classique avec un Ethan Hawke… hawksien, digne de Dean Martin dans Rio Bravo. Si cette version tient ses promesses, c’est qu’elle n’en fait pas de trompeuse, dans le sens où ce remake ne cherche pas à supplanter le film initial. Il s’agit plutôt d’une variat

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Cirque : nos cinq coups de cœur de l'année

Panorama 2016/2017 | Au Petit Bulletin, on adore les artistes qui s'envoient en l'air. La preuve avec cette sélection de spectacles riche en surprises et émotions fortes.

Aurélien Martinez | Lundi 24 octobre 2016

Cirque : nos cinq coups de cœur de l'année

Fenêtres Recréation d’un spectacle vieux de quinze ans, ce solo initialement interprété par le circassien Mathurin Bolze (qui l’a imaginé) a été transmis à Karim Messaoudi, passé comme lui par Centre national des arts du cirque. Un pur moment de grâce visuelle sur un homme enfermé dans un appartement et qui ne semble trouver d’échappatoire que par les airs, grâce à un sol trampoline. Grandiose. À l’Hexagone (Meylan) mardi 15 et mercredi 16 novembre _______ Patinoire Un solo entre cirque, théâtre et clown qui fonctionne parfaitement. Logique, il est l’œuvre d’un des fondateurs du collectif québécois de circassiens Les 7 doigts de la main. Patrick Léonard, seul en scène donc mais accompagné d’un fatras d’objets (qui auront une importance capitale pendant le spectacle), met en place une drôle de tension qui captive autant qu’elle surprend. Et quelle fin vertigineuse ! À l'Ilyade (Seyssinet-Pariset) mardi 29 novembre _______

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Derf Backderf, l'Américain qui explore les marges

Interview | Derf Backderf est l’un des plus pertinents auteurs contemporains. En trois romans graphiques, il s’est imposé comme un digne héritier de l’underground seventies, plongeant dans les marges de la société américaine. Punks ("Punk Rock & Mobile Homes"), serial killer ("Mon ami Dahmer") ou éboueurs ("Trashed") : ses héros sont loin de l’american dream et en dévoilent les envers et travers. Conversation par mail avant sa venue à Grenoble.

Sébastien Broquet | Vendredi 2 septembre 2016

Derf Backderf, l'Américain qui explore les marges

Vous avez travaillé pendant 35 ans avant votre reconnaissance internationale avec l’album Mon ami Dahmer : pourriez-vous nous raconter ces années-là ? Derf Backderf : J’ai commencé ma carrière en dessinant des caricatures politiques pour des journaux. Ça m’ennuyait terriblement, travailler pour ces mecs en costume qui n’avaient aucune idée de ce qu’était un bon dessin. J’ai arrêté et créé un comic strip nommé The City pour des hebdomadaires aux États-Unis. C’était des magazines underground très populaires dans les années 1990. Matt Groening [le créateur des Simpson – NDLR] a débuté ainsi. J’ai pris beaucoup de plaisir à faire ça, c’était réussi. Mais internet a tué ces hebdomadaires et j’ai dû trouver autre chose. J’ai commencé alors à faire des livres et j’ai eu plus de succès au cours des cinq dernières années que durant tout le reste de ma carrière. Je suppose que j’aurais dû faire des livres depuis le début ! Qu’est-ce qui a provoqué votre passage du strip court et humoristique vers le roman graphique autobiographique : est-ce l’arrestation du tueur en s

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"Whiplash" et Micromegas : in the jazz for love

CONNAITRE | Ce lundi, l'Espace 600 va diffuser le fameux film de Damien Chazelle avec, en préambule, le jazz de l’orchestre Micromegas et de François Raulin.

Charline Corubolo | Mardi 14 juin 2016

Alors que la grand-messe musicale du 21 juin se prépare tambour battant, l'Espace 600 propose une soirée tout aussi exaltante la veille, qui séduira non seulement les oreilles mais également les yeux. Le rendez-vous est pris avec l'orchestre grenoblois Micromegas, regroupant des musiciens amateurs et professionnels accompagné par le pianiste et compositeur François Raulin, pour un « préambule jazz » avant la projection de Whiplash, premier long-métrage de Damien Chazelle sorti en 2014. Dépeignant la relation conflictuelle d'Andrew, jeune élève au conservatoire de Manhattan férocement incarné par Miles Teller, avec son professeur Terence Fletcher, interprété par l'épatant J.K. Simmons, le film est avant tout une démonstration d'amour envers la musique et le cinéma. L'intensité des notes plonge le spectateur en pleine tempête jazz, et à travers la transe d'Andrew, on se croirait presque projetés dans les pages électriques du Sur la route de Jack Kerouac aux côtés du déglingué Dean Moriarty et du tourmenté Sal Paradise. Grandiose, oui.

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Blind Sun

ECRANS | de Joyce A. Nashawati (Fr./Gr., 1h28) avec Ziad Bakri, Yannis Stankoglou, Mimi Denissi…

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Blind Sun

Les premières images d’un soleil assommant – dilatant presque l’écran par sa luminosité cuisante – d’une terre aride et d’une peau moite laissent augurer d’un travail plastique pur sur les sensations éprouvées face à l’astre… Dommage qu’il ne soit pas mené à son terme : la réalisatrice Joyce A. Nashawati préfère nous placer en regard d’un désastre économique. Celui d’une Grèce exsangue, où l’eau, produit de luxe, serait le privilège de nantis et la convoitise d’un peuple d’ombre prêt à périr pour quelques gouttes. Un postulat à la crédibilité fragile, qui s’assèche très vite : à chaque fois que Joyce A. Nashawati tente de nous ancrer dans le réel, elle nous égare – peut-être parce que le chemin ne l’intéresse pas. Alors que ses séquences plus abstraites, évoquant une possible schizophrénie de son héros, font flotter un parfum d’inquiétude sèche autrement plus original. VR

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Mandarines

ECRANS | de Zaza Urushadze (Est./Geo., 1h26) avec Lembit Ulfsak, Elmo Nüganen, Georgi Nakashidze…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Mandarines

Davantage que le suave parfum de leurs zestes, ces Mandarines exhalent l’odeur du sang et de la poudre – une fragrance tenace, nourrie par l’absurdité d’un conflit et la bêtise des belligérants. Comme dans un conte sartrien, des ennemis sont ici contraints de cohabiter pour espérer vivre ou supporter de survivre ; dépasser des antagonismes de principe et apprendre à se connaître. On a déjà vu moult films se déroulant dans le contexte d’une guerre user de l’humour noir pour en prouver l’inanité. Parfois, l’excès d’ironie et la surabondance de la farce-faisant-pouët traduisent un intérêt très superficiel pour le sujet (voir le récent A Perfect Day) ; parfois, on se trouve touché par la sincérité de la démarche, et la volonté de planter une graine parabolique dans l’œil du spectateur. Le fruit que nous propose de cueillir Zaza Urushadze est amer, acide ; au moins a-t-il une saveur. VR

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"M*A*S*H" : à la guerre comme à la guerre

ECRANS | Le chef d’œuvre de Robert Altman, sorti en 1970 et Palme d'or à Cannes, est à revoir ce mercredi soir à la salle Juliet Berto.

Vincent Raymond | Lundi 14 mars 2016

C’est grâce à Robert Altman que les État-Unis, plongés dans le marasme vietnamien, débutèrent leur catharsis à travers le cinéma. Car avant que Coppola, Cimino ou Ashby ne donnent leurs visions dramatiques du conflit, le grand Bob réalisait M*A*S*H (1970). Une évocation satirique et libertaire de la guerre de Corée ne laissant cependant personne dupe : quelle que soit l’époque, les porteurs d’uniformes et leur hiérarchie sont toujours les mêmes ! Altman s’ingénie donc à les ridiculiser en transformant un camp en capharnaüm digne d’une colloc’ de hippies où s’égaille une bande de joyeux drilles – des médecins militaires davantage préoccupés par les courbes du personnel infirmier ou leurs clubs de golf que par la gloriole et le drapeau. Entre les lignes et derrière le front, l’institution en prend pour son grade, et les gradés ne sont pas épargnés. Immense succès malgré (ou à cause de son caractère subversif), M*A*S*H vaudra à Altman sa première distinction suprême internationale, la Palme d’or à Cannes – le cinéaste demeure le seul à avoir conquis en sus un Ours d’or à Berlin et un Lion d’or à Venise. Le film contribu

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Avant Danny Boyle, les autres Steve Jobs sur écran

ECRANS | Alors que sort ce mercredi 3 février le très attendu "Steve Jobs" de Danny Boyle, retour sur la figure du boss d'Apple dans les films de cinéma ou de télévision, que ça soit dans des fictions ou des documentaires.

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Avant Danny Boyle, les autres Steve Jobs sur écran

Mélange de coups d’éclat, d’échecs cinglants, d’incessantes résurrections professionnelles et de drames personnels, la vie du fondateur d’Apple était de nature à inspirer les esprits romanesques – d’autant plus titillés par son culte maladif du secret et son art consommé d’une communication maîtrisée. Hollywood ne pouvait rester indifférent à cette poule aux œufs, ou plutôt aux pommes d’or. Le petit écran fut le premier à s’intéresser au phénomène avec Les Pirates de la Silicon Valley (1999) de Martyn Burke, tourné juste après le retour gagnant de Jobs aux manettes de la firme de Cupertino. Racontant sur un mode semi-drolatique l’émergence d’une nouvelle industrie, ce téléfilm se centre sur le portrait croisé des deux frères ennemis Bill Gates (Anthony Michael Hall) et Steve Jobs (Noah Wyle, le Dr Carter de la série Urgences). L’orignal apprécia tellement la performance qu’il invita Wyle à l’imiter à ses côtes, sur la scène de l’Apple Expo 2000. Jobs eut aussi droit à de nombreuses parodies ; la plus fameuse sous les traits de Steve Mobbs, patron de Mapple en 2008 dans l’épisode Les Apprentis Sorciers de la série

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Zoom sur les artistes de la 15e Cuvée grenobloise

MUSIQUES | La fameuse compilation dédiée à la scène locale sort ce mercredi 27 janvier. Qui trouve-t-on dessus ? Et quels groupes joueront cette semaine à la Bobine, à la Bibliothèque centre-ville ou à la Belle électrique pour la promouvoir ? Réponses.

Stéphane Duchêne | Mardi 26 janvier 2016

Zoom sur les artistes de la 15e Cuvée grenobloise

À force de cuvées, la grenobloise, ourdie par Retour de scène-Dynamusic, devrait finir par s'autoproclamer AOC : Sainte-Émergence ou Château-La Pompe à talents. Le nom reste à trouver et, pour l'heure, c'est donc Cuvée grenobloise, 2016 et 15e millésime. Comme chaque année, le jury de la désormais fameuse compilation de talents locaux (émergents à divers niveaux) s'est enfilé quelques bonnes rasades de production locale avant d'en sélectionner un échantillon représentatif de nectar du cru. Représentatif car au-delà de la qualité intrinsèque et de l'engagement des acteurs (critères essentiels), tous les genres se trouvent ainsi représentés, un peu à la manière des sélections régionales du Printemps de Bourges. Il n'est pas de chapelle musicale qui passe sous le radar : rouge qui tache rock et son tanique avec Quintana, blanc acide coupé à la vodka de Cash Misère (prime de la meilleure étiquette pour le titre Poursuitovksy), chanson sulfatée de Bleu, ou reflets abstraits d'un Dzihan ou d'un Nikitch, étoiles montantes de l'électro.

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