L'Internationale ?

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 24 mai 2013

La littérature peut-elle changer le monde ? On aurait beaucoup de mal, aujourd'hui, à répondre par l'affirmative, après la fin des idéologies et de la littérature dite "engagée". Mais qu'elle s'en fasse un peu l'écho, ou mieux, nous le fasse percevoir et vivre autrement, n'a rien de négligeable. Dans ses écrits sur le cinéma, l'écriture ou l'art, le philosophe Jacques Rancière décèle de nouveaux «partages du sensible» et, contre les fondamentalistes de la pureté moderniste, ose cette hypothèse revigorante : «Tous ceux qui ont été enrôlés au titre du paradigme moderniste – de Mallarmé à Malevitch, de Seurat à Mondrian ou Schönberg – visaient tout autre chose que l'autonomie de l'art : ils voulaient faire de la poésie le sceau nouveau de la communauté ; donner à la peinture la formule scientifique propre à fonder un nouvel art monumental ; définir les formes pures servant à construire les édifices et le mobilier d'une vie nouvelle».

Invité important de l'édition 2013 des Assises Internationales du Roman, Rancière pourrait servir de symbole (ou de prisme de lecture) à cette manifestation sensible aux effluves politiques du roman et toujours poreuse à la vie. Même un écrivain aussi apolitique que Jón Kalman Stefánsson le rappelle : «Un écrivain prend toujours position face à la vie dans ses œuvres. Il n'existe pas vraiment d'auteur qui ne soit pas politique, y compris le fait de ne pas prendre position est une prise de position». Les écrivains de l'autofiction font-ils exception ? Vous pourrez le demander à Christine Angot ou, mieux, au fondateur du genre, Serge Doubrovsky, selon qui «la vie est faite pour aboutir à un beau livre». Plus de lutte finale dans la littérature contemporaine, mais des luttes infinitésimales, virales, moléculaires.

Jean-Emmanuel Denave

7èmes Assises Internationales du Roman
Jusqu'au dimanche 2 juin

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Les Assises 2019 se dévoilent

Assises Internationales du Roman | Plus que sept mois à attendre avant le coup d'envoi des Assises Internationales du Roman qui se dérouleront du 21 au 26 mai aux Subsistances. Mais comme sept mois c'est long, surtout vers la fin, voici un solide avant-goût du programme proposé oscillant pour le moment entre le politique et l'intime.

Stéphane Duchêne | Lundi 26 novembre 2018

Les Assises 2019 se dévoilent

C'est encore une fois un large spectre de thématiques qui traversera une semaine durant les Assises Internationales du Roman, à la (re)découverte de quelques-unes des plus belles plumes du paysage littéraire national et surtout international. Ainsi l'on parlera de "courage" et de "nouveaux dissidents" (ces derniers en étant généralement remplis, de courage) avec l'Égyptien Alaa El Aswany, auteur du célèbre Hôtel Yacoubian, la photographe iranienne Reihane Taravati qui avait défrayé la chronique de son pays il y a deux ans avec une revisite locale et sans foulard du clip Happy de Pharrell Williams, l'intellectuel chinois Liao Yiwu, l'un des 303 signataires en 2008 de la Charte 08, et l'activiste serbe Srdja Popovic, auteur en 2015 de Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit, et sans armes. Mais aussi de "violence sociale et pol

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Catherine Corsini : « l’inceste n’est pas le sujet »

Un amour impossible | Après Laetitia Colombani et sa variation sur "Pourquoi le Brésil ?", Catherine Corsini adapte à son tour un livre de Christine Angot empreint d’un vécu douloureux et de secrets vénéneux. Une grande fresque digne.

Vincent Raymond | Jeudi 8 novembre 2018

Catherine Corsini : « l’inceste n’est pas le sujet »

À quelle occasion avez-vous découvert le roman de Christine Angot ? Catherine Corsini : Par ma productrice, trois-quatre mois après sa parution. J’ai mis un peu de temps à le lire d’ailleurs, mais je suis tombé dedans : je l’ai ressenti à la fois comme une lectrice extrêmement bouleversée et comme une cinéaste qui prend de la hauteur. Il y avait un incroyable mélo à faire ! Et moi qui sortais de La Belle Saison, j’avais curieusement cette envie de mélodrame — une envie qui vient de mon amour des films de Douglas Sirk, revisitée ensuite par Todd Haynes ; ce truc assez formidable de parler des années 1950 jusqu’à aujourd’hui en essayant de moderniser le mélodrame classique hollywoodien. Comment Christine Angot a-t-elle reçu votre proposition ? C’était très courtois, elle a réfléchi. Ensuite, c’était une histoire d’engagement et d’argent, avec une liberté totale d’écrire, en lui soumettant le scénario une fois qu’il était terminé — et le fait qu’elle pouvait retirer son nom et la mention librement adapté si ça ne lui plaisait pas. À partir du mom

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Odieux le père : "Un amour impossible"

Drame | de Catherine Corsini (Fr, 2h15) avec Virginie Efira, Niels Schneider, Estelle Lescure, Jehnny Beth…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Odieux le père :

Châteauroux, années 1950. Rachel Steiner est courtisée par Philippe, un fils de famille portant beau. Hostile à toute mésalliance sociale, il repart laissant Rachel enceinte. Bien plus tard, après plusieurs retrouvailles épisodiques houleuses, Philippe renoue le contact avec leur fille Chantal… Adaptant ici le “roman autobiographique“ — on ne sait comment qualifier le genre de récit qu’elle pratique — de Christine Angot, Catherine Corsini réussit plusieurs tours de force. S’approprier son histoire tout en rendant digeste et dicible la voix de l’autrice sans la contrefaire, et raconter avec élégance ce qui rappelle la noirceur incestueuse de Perrault dans Peau d’Âne comme des meilleures tragédies raciniennes (où les amours sont aussi impossibles, car univoques). Renversant le propos du conte, l’ogre symbolique s’incarne ici dans un homme exerçant son emprise toxique et dévorante sur deux femmes… dont l’une est sa fille. À cette lecture analytique se superpose en fin de film une interprétation sociale qui si elle évoque dans la forme le dénouement de Psychose, où le

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Jón Kalman Stefánsson, prêcheur d'Islande

Littérature | Dire d'un écrivain islandais qu'il est l'un des incontournables du paysage littéraire de son pays n'est pas une mince affaire, tant l'île a produit ces (...)

Stéphane Duchêne | Lundi 10 septembre 2018

Jón Kalman Stefánsson, prêcheur d'Islande

Dire d'un écrivain islandais qu'il est l'un des incontournables du paysage littéraire de son pays n'est pas une mince affaire, tant l'île a produit ces dernières décennies de plumes indispensables : d'Arnaldur Indriðason à Auður Ava Ólafsdótti, de Sjón à Hallgrímur Helgason en passant par Eiríkur Örn Norđdahl pour ne citer qu'eux, tous à leur manière dignes successeurs de la légende Halldór Laxness, Prix Nobel de littérature 1955. À cette liste s'ajoute Jón Kalman Stefánsson, révélé en France au début des années 2010 par sa trilogie Entre ciel et terre, La Tristesse des anges et Le Cœur de l’homme avant que D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds ne frôle le Médicis étranger en 2015. Cette fois, Stefánsson, de passage – c'est un événement – à la librairie Vivement Dimanche ce vendredi 14 septembre, revient avec Ásta, saga familiale – et amoureuse – sur la cruauté imprévisible du destin entremêlant, comme dans D'ailleurs les poissons..., les époques, les générations et les pays. Ásta du nom de l'héroïne du roman comme un écho à celle des

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Patrick Boucheron et Jacques Rancière : quel récit pour l'Histoire ?

Dialogue | Son Histoire mondiale de la France (parue au Seuil en 2017) a fait grand bruit, ce fut même la grande polémique de la discipline ces derniers (...)

Sébastien Broquet | Mardi 6 mars 2018

Patrick Boucheron et Jacques Rancière : quel récit pour l'Histoire ?

Son Histoire mondiale de la France (parue au Seuil en 2017) a fait grand bruit, ce fut même la grande polémique de la discipline ces derniers mois qu'a initié Patrick Boucheron, largement politisée car appuyant là où ça grince en ces temps troublés. Car oui, l'Histoire, le passé lointain, est le ferment du présent et selon la façon de la conter, de l'occulter, de la magnifier, l'on se façonne une société et donc un futur forcément différents. Les tenants d'un roman national, plutôt ancrés très à droite (Finkielkraut et Valeurs Actuelles sont montés au créneau), se sont offusqués que l'on rabaisse ainsi la France en l'intégrant dans la globalité du monde. Boucheron, qui s'est solidement entouré, a livré une somme démontrant avec justesse que le repli identitaire est une impasse historique, la nation s'étant de tous temps construite par ses échanges avec le reste de la planète. L'Historien spécialiste de la Renaissance échangera avec le philosophe Jacques Rancière (lui-même ayant abordé le sujet dans son ouvrage Les mots de l'Histoire) le vendredi 9 à 20h dans la salle des Parieurs de l'hippodrome, sur l

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Notre besoin de poésie

CONNAITRE | Parmi les nombreux auteurs invités cette année aux Assises Internationales du Roman, nous avons choisi de mettre en avant l’Islandais Jón Kalman Stefánsson. Parce qu’il écrit de forts beaux livres. Et parce que ses mots ne sont pas sacrifiés à un imaginaire stérile, mais forent et forgent les puissances du réel. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Samedi 25 mai 2013

Notre besoin de poésie

Jack London, Jules Verne, Alexandre Dumas, Herman Melville… Comme beaucoup de gosses, la littérature nous a pris, d’abord, dans les filets de ses grands espaces, de ses aventures, de ses personnages hauts en couleurs. Alors quand l’Islandais Jón Kalman Stefánsson nous embarque avec le capitaine Pétur et son équipage pour une longue partie de pêche à la morue, nous retombons en enfance ou presque. A tel point, qu’en un sursaut critique, nous nous demandons, au début du premier volume de sa trilogie dite du "gamin", si Entre ciel et terre n’est pas, au fond, destiné à un public adolescent. D’autant plus que Stefánsson use abondamment d’images naïves et n’hésite pas à nous plonger dans un lyrisme des plus étonnants pour un auteur du XXIe siècle. A ce propos, l’auteur répond dans une interview (Le Matricule des anges de janvier 2013) : «Je ne suis pas sûr que ce soit tellement osé : pour moi, c’est simplement normal, j’écris tout bonnement comme je pense, et comme je respire. Je crois aussi que la poésie habite beaucoup plus de lieux que ne le soupçonnent la plupart des gens, tout le m

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- Pourquoi Angot ?

CONNAITRE | - Parce que c’est une déflagration. L’auteur de Pourquoi le Brésil ?, parfois insupportable sur les plateaux télé, trop habituée aux pages people des (...)

Nadja Pobel | Mercredi 14 novembre 2012

- Pourquoi Angot ?

- Parce que c’est une déflagration. L’auteur de Pourquoi le Brésil ?, parfois insupportable sur les plateaux télé, trop habituée aux pages people des magazines et souvent d'une impudeur agaçante dans ses écrits, vient de signer un livre indispensable – et c’est la seule chose que l’on demande à un écrivain - pour peu que le lecteur accepte de plonger en enfer. Une semaine de vacances se lit d’une traite, la nausée grandissante et la sidération constante de voir ce qu’un écrivain peut faire avec seulement des mots alignés. Pas de chapitre et pas de paragraphe pour dire la domination d’un homme sur une femme. Ceux qui ont lu Angot depuis 1999 connaissent d’ores et déjà le sujet. Pour les autres, mieux vaut ne rien savoir et se laisser embarquer car tout est plus subtil qu’il n’y parait. L’écrivain a enfin abandonné le «je» pour se placer au même niveau que ses lecteurs et ainsi les impliquer totalement, sans une omniscience inutile et néfaste : elle observe, comme nous observons, le pouvoir d’un sujet éduqué, maîtrisant le langage et le corps, sur une autre, devenue objet, sans parole et donc sans défense. La description des actes est cli

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Le bonheur en monnaie de singe

SCENES | Danse / «Parler de la bourgeoisie, c'était d'abord et avant tout parler du bonheur... Tout le monde a à se situer par rapport à ce milieu... Toutes les (...)

| Mercredi 31 janvier 2007

Le bonheur en monnaie de singe

Danse / «Parler de la bourgeoisie, c'était d'abord et avant tout parler du bonheur... Tout le monde a à se situer par rapport à ce milieu... Toutes les classes sociales éduquent à la bourgeoisie, qui est assimilée à l'art de vivre», déclare Christine Angot. À partir de ce principe (que l'on partage), le spectacle de la chorégraphe Mathilde Monnier et de l'écrivain Christine Angot, La Place du singe, dépasse l'autobiographie pour titiller nos propres corps et consciences. À Angot la lecture d'un texte sur la condition bourgeoise, à partir de sa propre expérience d'amour-haine pour ce milieu, et de celle de Monnier qui a toujours essayé quant à elle d'y échapper. Un texte vif, tranché, heurté, récurrent, comique. À Monnier son contrepoint dansé, les postures grimaçantes et singées, les mimiques de gosse rebelle, le corps entravé et insurgé, les explosions soudaines et presque folles... Une chorégraphie sur le fil, brouillée, improvisée, telle une conscience malheureuse du corps qui attend sa libération sans jamais vraiment y parvenir. La bourgeoisie reste en travers de la gorge, insiste, comme un diable ressort de sa boîte, de son entreprise... Aux côtés de la danseuse, la voix d'Ang

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