Pierre-Henri Castel, penseur incisif

La Chose Publique | L'humanité va disparaître dans quelques centaines d'années. Retenons nos larmes : dans son brûlot Le Mal qui vient, Pierre-Henri Castel en tire toutes les conséquences morales : des plus sinistres aux plus roboratives et incisives !

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 13 novembre 2018

Photo : © DR


Psychanalyste de formation lacanienne mais grand lecteur de Bion, philosophe et épistémologue puisant dans l'anthropologie ou la sociologie, Pierre-Henri Castel a le don d'en agacer beaucoup et de se mettre à dos ceux, trop nombreux, qui refusent d'ouvrir leur discipline à d'autres champs... Notre chercheur émancipé a travaillé concrètement sur l'hystérie, le rêve, le transsexualisme et son grand œuvre en deux volumes porte sur l'évolution historique, depuis l'Antiquité, de la conscience morale en Occident. Pierre-Henri Castel y montre notamment que la condition du sujet humain contemporain est la suivante : la société lui attribue de fait (et plus seulement de droit) une "autonomie-condition" qu'il s'agit pour le sujet de faire s'épanouir. Une situation qui ne manque pas de sel, car cette configuration sociale institue concomitamment et paradoxalement l'éclatement possible de toute société, la dissolution de tout lien social. Facteur essentiel du malaise de notre société, qui craint sans cesse de s'auto-dissoudre.

Plus d'avenir, et alors ?

Pierre-Henri Castel fait ainsi progresser la pensée à coups de provocations et de détours inattendus, mais restait jusqu'à présent dans les limites formelles du champ universitaire : de gros livres très référencés avec moult développements démonstratifs. Sans coup férir, il publie Le Mal qui vient, un court essai de cent pages, et troque, avec brio et virulence, la tenue de l'universitaire pour celle du moraliste. Le point de départ de sa réflexion est simple : d'ici 300 ou 400 ans, l'humanité aura disparu. Il n'y a pas à baragouiner, c'est un fait scientifique établi, il reste seulement à en envisager les différentes conséquences morales possibles : un cynisme total, un hédonisme effréné, une prédation sans borne, ou... une éthique qui ne s'appuierait ni sur dieu, ni sur l'humain, ni sur une finalité de l'Histoire, mais sur l'idée d'un individu « in-intimidable », lucide, capable de violence pour contrer la violence des « prédateurs », et mû par une vitalité débarrassée de la pesanteur du souci pour l'avenir. Plus de souci à se faire effectivement : l'avenir n'en a pas... d'avenir.

Rencontre avec Pierre-Henri Castel
À la Bibliothèque de la Part-Dieu ​le mercredi 21 novembre


Pierre-Henri Castel

Pour son ouvrage "Le Mal qui vient"
Bibliothèque de la Part-Dieu 30 boulevard Vivier Merle Lyon 3e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Renaître de ses cendres Disparus les centaines de milliers de lecteurs (enfin, n'allons pas trop vite, d'acheteurs) des livres de Foucault et de Lacan dans les années 1960 ? Mortes les sciences humaines dont les noms des auteurs n'évoquent rien à personne au cours d'un dîner, ou sur un plateau TV ? Disons que philosophes et universitaires se font peut-être d'autant plus discrets qu'ils se font plus "travailleurs" ! Et des cendres du 20e siècle, l'on peut renaître comme avec la réédition des écrits esthétiques de l'américain W. J. T. Mitchell, ou avec le court essai roboratif et explosif de Pierre-Henri Castel (Le Mal qui vient, Cerf) portant justement sur les cendres, celles-ci très concrètes et à venir, d'un monde humain voué inéluctablement à son autodestruction ! Des femmes psy On vous a déjà parlé ici de l'ouvrage de la psychanalyste lyonnaise Anne Brun sur les origines du processus créateur sorti récemment. D'autres p

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