Olivier Bertrand retrouve l'inconnu de 1944

Non Fiction | Olivier Bertrand vient présenter lors de la journée du livre de Tassin ce samedi son ouvrage Les Imprudents, tout juste paru. Une plongée dans les derniers mois de l'Occupation et un mystère resté obscur jusqu'à cette enquête joliment ficelée.

Sébastien Broquet | Mardi 19 mars 2019

Photo : DR


L'homme n'est pas un inconnu dans les rues de Lyon, qu'il a longuement arpentées lorsqu'il y était correspondant pour Libération dix années durant, ville quittée depuis pour Marseille - comme le quotidien, qu'il a également laissé derrière lui pour aller co-fonder le site Les Jours en 2015. Pour ce pure player, le journaliste a exploré la Turquie d'Erdogan : ça lui a valu un emprisonnement en novembre 2016, après la tentative de coup d'État, avant une interdiction de territoire.

Mais pour cet ouvrage, c'est d'abord dans les souvenirs de son enfance en Ardèche qu'il s'est plongé, explorant un mystère jamais élucidé - et pour cause, personne n'avait trop envie de chercher et de se remémorer les affres de la Seconde guerre mondiale, la collaboration, la Résistance. Surtout dans un tout petit village comme celui de Labastide-de-Virac, d'où vient Olivier Bertrand, qui a pourtant décidé d'aller farfouiller dans les secrets enfouis et d'en savoir plus sur cette histoire qu'il connaît depuis son enfance. L'humanité du bonhomme a fini par convaincre, puisque des boîtes cachées au sommet des armoires de bois, se sont petit à petit échappés souvenirs, lettres et photographies. Permettant de remonter le fil, de faire basculer l'enquête sur un fait de guerre oublié en un road movie suivant le groupe de maquisards Bir Hakeim depuis Toulouse jusqu'à Montpellier puis l'Ardèche.

Car le 3 mars 1944, dans ce petit village d'Ardèche, seize personnes vivant dans le hameau nommé les Crottes (grottes, en provençal) sont exécutées par les soldats SS de la division Hohenstaufen. Il y avait quinze habitants, ils avaient caché les maquisards nomades. L'identité du seizième mort était restée inconnue jusqu'à l'enquête d'Olivier Bertrand : personne n'avait creusé, il aura donc fallu attendre soixante-quinze ans. Et ce récit, mêlant souvenirs de jeunesse, Histoire de la Seconde guerre mondiale, enquête trépidante. Au cimetière de Labastide-de-Virac, la tombe de l'ancien inconnu a désormais un nom.

Olivier Bertrand, Les Imprudents (Seuil)
À la MJC de Tassin la Demi-Lune le samedi 23 février dès 10h dans le cadre de la Journée du Livre

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En Turquie, une presse muselée

European Lab | En marge de Nuits Sonores, l'European Lab se penche sur les smarts cities, le big data mais aussi sur la Turquie, plus que jamais coincée entre les griffes acérées d'Erdogan. Toutes les libertés sont mises à mal, comme en témoigne Olivier Bertrand, qui relate pour le site Les Jours les affres de ce pays où il a été arrêté en novembre, avant d'être relâché.

Nadja Pobel | Mardi 16 mai 2017

En Turquie, une presse muselée

Erdogan a toujours aimé les médias. Dès qu'il gagne la mairie d'Istanbul en 1994, il lance deux chaînes de télé. Quel rapport entretient-il avec eux avant l'occupation de Gezi en 2013 et le putsch de l'été 2015 ? Olivier Bertrand : Il a toujours été très attentif à la construction et au contrôle de son image. Quand il devient maire, il a déjà de très bons conseillers en communication et ses proches vont progressivement racheter des quotidiens. Et il y a une chose qui tient à sa personnalité : sa paranoïa. Quand survient le mouvement de Gezi et, six mois plus tard, les affaires de corruptions et les vagues d'arrestations, il comprend qu'on veut s'en prendre à lui, il interprète ça comme un coup d'Etat, va commencer vraiment une stratégie de contrôle à la fois de la justice, de la police et des médias. Aujourd’hui, comment les Turcs sont-ils informés ? Très difficilement. Parce que la plupart des quotidiens (et magazines, sites Internet, radios, télés) indépendants ont été soit fermés soit rachetés par des proches du pouvoir, soit placés sous tutelle. Il reste quelques médias. Le plus connu est Cumhuriy

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CONNAITRE | Après 23 ans passés à "Libération", dont onze comme correspondant à Lyon, Olivier Bertrand, lance avec quelques anciens collègues "Les Jours" qu’il vient présenter au Lab des Nuits sonores. Alors que ce pure player est encore en gestation, il revient pour nous sur son parcours – et sur ce qu’être journaliste aujourd’hui veut dire. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 12 mai 2015

Olivier Bertrand, de Libé aux Jours

Il n’aurait pas dû être journaliste. Il n’y avait même jamais pensé. Olivier Bertrand a grandi en banlieue parisienne à Epinay-sous-Senart, ville HLM, cité-dortoir dans toute sa (non) splendeur. Sans le bac, il multiplie les petits boulots, jusqu’à ce que le patron de la boîte informatique pour laquelle il était chauffeur-coursier le pousse, avec bienveillance mais fermeté, à reprendre ses études : «Il estimait que je n’étais pas idiot mais disait qu’il ne pourrait pas me faire progresser dans l’entreprise sans diplôme». Après obtention de l’ESEU (Examen Spécial d’Entrée à l’Université), Olivier Bertrand s’inscrit en philo et passe ses trois premières heures d’amphi comme sur un nuage : «Pour la première fois j’avais découvert le plaisir d’apprendre» dit-il sans angélisme. Ce sera un tremplin pour enchaîner avec un DESS à l’Institut Français de Presse de Paris 2, des stages à Nice-Matin (pour couvrir les fêtes d’Eddy Barclay !) et, pendant ses études, un premier contact comme pigiste avec Libé, où il retouchera les dépêches à destination de leur 36 15 (!) Libé est un journal

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